BOC1N
Gautier, Baudon, êtes-vous là? ouvrez-moi lot la porte, beaux cousins.
Sois le bienvenu, Robin. Qu'as-tu pour être si essoulllé ?
ROBIN
Ce que j'ai? Mêlas? je suis si fatigué que je ne puis reprendre haleine.
BAUDON
Dis, on l'a battu?
ROBIN
Non pas, vraiment.
Parle donc : on l'a fa il quelque peine?
ROBIN
Seigneur, écoutez un peu : je suis venu ici vous chercher tous deux, car je ne sais -^iiel ménétrier à cheval (969) a prié d'amour Marion ce malin, el je crains qu'r1 »■ r™1'"""'
ne revienne.
( Le Roman du Chevalier «k Cygne, manuscrit du roi n° 7192 ,fol.
48, rerso, col. 1, v. 5.) Les passages suivants suffiront pour prouver ce que nous venons d'avancer :
Quant menguent seignor, Garçon et jougleour Fors de l'oslel remaignent, Esgardenl es pertuis ; Et quant on œvre l'uis Ens par force s'enpaignent.
Tex s'embat comme chiens, qui vit corn hons. Ce dist li Vilains.
(Proverbes du Vilain, manuscrit de l'Arsenal , belles-lettres françaises, n° 175, in-folio, fol. 278 recta, col. 2, v. 20, couplet 166.)
Mien escient que ce est .i. jugler
Qui vient de vile, de bore ou de cité,
Là où il a en la place chanté.
A jugleor poez pou conquesler.
De lor usage certes sai-ge assez
Quant ont .iii. sous, iiii. ou .v. assenblez,
En la taverne le» vont tost aloer,
Si en font feste tant com puent durer.
Tant com il durent ne feront lascheté
Et quant il a le bon vin savoré
Et les viandes, dont il a grant planté,
Si en boit tant que il ne puet tiner.
Quant voit li hostes qu'il a tôt aloé,
Dont l'aparole com jâ oir porrez :
« Frère, fet-il, querez aillors hostez,
Que marcheant doivent ci hosteler
KOB
HOU
A cheval pria <l amer ore Marolain ; si me dou< li cncoi Que il ne reviegne par là.
S'il revient, il le comperra.
BAl'DONS.
Che lia mon, par ccstc teste!
ROBINS
Vous avérés trop lionne fesle, Biau seigneur, se vous i venés; Car vous et Muars i serés, El Peronnele : sonl-cliou gcnl ?
El s'averés pain de fouriiienl, Bon froumage ei clere fontaine.
BAUDONS.
Hé! biau cousin, car nous i niaine.
ROBINS
Mais vous deus irés cliele part, Et je m'en irai pour lltiarl Et Peronnele.
BAUDONS.
Va don, va.
Et nous en irons par deçà Vers le voie devers le pierre, S'aporlerai me Iburke lieie.
BAUDONS.
Et je mai gros baston d'cspiile, Qui esl ciliés Bourguet me cousine.
Hé! Peronnele! Peronnele!
PERONNELE,
Robin, ies-tu che? Quel uouvele?
ROBINS
Tu ne ses, Marote te mande.
Et s'averons leste trop grande.
Donez-moi gage de ce que vos devez, i
Et cil li lesse sa chance ou son soller
Ou sa viele, quant il ne puet fere el
Ou il li oll're sa foi à aller
Ou'il revënra, s'il le veut respiter.
Toz diz fait tant que l'en l'eu lesse ;iler.
Et si vait querreuù se puist recouvrer,
A chevalier, à prestre ou à abé.
Boue costume certes ont li juglcr :
Ausi bien chante com il n'a que (liguer,
Com s'il éusl . xl. mars trovez ;
Toz dis fait joie tant com il a santé
(Li Montages Guillaume et ti com
il venqui Y tore devant' Paris,
manuscrit du roi (J985, folio
265, recto, col. 2, v. 44.)
Au reste, veut-on savoir pourquoi les jongleurs
étaient tombés dans celte misérable situation? La
citation suivante nous l'apprendra :
Bien vos puis dire el por voir afermer,
Prodom ne doit jugleor escoaler
S'il ne li veut por Deu del suen douer.
Que il ne set autrement laborer ;
De son servise ne se puel-il clamer,
S'en ne li donc il le lesse assez.
Au vout de Luque le poez esprover
Qui li gita de son pié son soller,
Puis le convint rheremanl racheter.
Les jugleors devroil-on inolt amer ;
loient (aie) désirent el aiment le chanter.
L'en les soloit jadis mnll henorer ;
Mes li mauves, li esehar, li aver,
Cil qui n'ont cure fort d'avoir amasser.
De gages praudn' el lur deniers presler,
Etjor et nuit ne llnenl d'usurer,
Tant meinl prodon nt fali déshériter'
C'est lor desduii, n'ont soins d'autre chanter
Si fête genl font benor décliner
1)'» les maudie, que je ne's puis amer!
S'il revient, il le paiera.
tu u DON.
Oui vraiment, par cette tète!
ROBIN
On vous fera fête, beau seigneur, si vous revenez; Baudon et lliiart y seront, ainsi que Péronnelle ; est-ce là du monde? el vous aurez pain de froment, bon fromage el claire fontaine.
BAIDON.
Hé, beau cousin, parions.
ROBIN
Vous deux, allez de ce coté; moi, je vais chercher Huait el Péronnelle.
BAUDON
Va donc, va.
El nous nous en irons par deçà vers le chemin, près la pierre, el j'apporterai ma grande fourche.
BAUDON
Et moi mon grand bâton d'épine, qui est chez ma cousine Bourguet.
ROBIN
Hé! Péronnelle, Péronnelle!
PÉRONNELLE
Robin, esl-ce toi? Quelle nouvelle?
ROBIN
Tu ne sais pas, Mai ion le mande, el nous aurons très-grande fêle.
Jà ne lairé por eaus mon vieler.
Si lor en poise, si se faeent uller.
As bons me tien, les mauves lès aler.
(Lu Bataille d'Arlesclians, manuscrit du roi il" 6985, folio 2U5 verso, col. 5, v. 21.1
Quoi qu'il en soit, Adencz, qui cherche toutes les occasions pour dire du mal des jongleurs, ne croit
pas inconvenant de leur comparer ses héros : Des cresliens li plus preif s], ce dist-on, Uni plus grevèrent le lignage Noiron, Ce ni Guillaumes et il (Ogier), ce tesmoigne-on, Li bersd'Orenge qui euerot de lion.
Il vielerent tout doi d'une ebançon Dont les vieles erent large ou blazon, Et brant d'acier estoienl li arçon.
De tes vieles vielerent maint son C.rief à oîr à la gent Pharaon, .le croi qu'il soient orendroit compaignon En paradis, lez Dieu, à son giron.
Oui de tel maistre retenroit sa leçon, Il porroit bien avoir le haut pardon De mètre s'ame à assohition.
(Les Enfances Ogier le Danois, manuscrit de l'Arsenal, B. I. f.
175, folio 17Î, verso, col. I,v.2.)
Nous signalerons une pièce curieuse sur les ménestrels, qui se trouve dans le manuscrit du Roi, suppl.ii" IS1, lui. î©5, rerso, col. 2.
L'on trouve en outre des renseignements sur les histrions dans le volume IV de iMnfûrsarian Repertory, p. (il. Enfin, nous terminerons celle note en renvoyant à l'histoire de saint Kentegern et d'un jongleur dans les Vitœ antiquœ Sanctorum. de Pinkertoii, ï.ondini, typis .lohaiinis Nicbols, 1789, in- 8", p. 277-279. — (M. Fr. M.)
1 101 ROB
PERONNELE.
Et qui i sera?
ROB INS
Jou et lu, t.t s'arons Gautier le ïestu, Baudon et Huari et Marole.
PERONNELE.
Vestirai-je me bêle cote?
ROBINS
Nennil, Perrole, nenil, nient, Car chis jupiaus trop bien t'avient Or le basie, je vois devanl.
PERONNELE.
Va, je le sievrai maintenant Se j'âvoie mes aigniaus tous.
Et qui y serai
IlOB
l'ÉUONNELLL.
ROBIN
14<li
Moi et loi, et nous aurons Gautier le Tèlu, Baudon el Huarl el Marion.
PÉRONNELLE
Vètirai-je ma belle cotte?
ROBIN
Nonni, Perreite, nenni, rien, car ce jupon le va forl bien. A présent, hàte-loi, je vais devant.
LI CHEVALIERS
Diles, bregiere, n'estes-vous Chele q-je je vi bui malin ?
MARIONS
Pour Dieu! sire, aies vo cbemin, Si feres inouï grant courtoisie.
Ll CHEVALIERS.
Certes, bêle très douche amie Je ne le di mie pour mal; Mais je vois queranl cbi aval .J. oisel à une sonnele.
MARIONS
Allés selonc ceste baiete;
Je cuit que vous Pi trouvères :
Tout mainienant i est volés.
Lt CHEVALIERS,
Est, par amours?
Oïl, sans faille.
LI CHEVALIERS
Cerles, de l'oisel ne me caille à'une si bêle amie avoie.
MARIONS
Pour Dieu! sire, aies voslre voie, Car je sui en trop grant friction.
Ll CHEVALIERS.
Pour qui?
MARIONS
Cerles, pour Robecbon.
Ll CHEVALIERS.
Pour lui?
MARIONS
Voire s'il le savoit, Jamais nul jour ne m'ameroit.
Ne je tant rien n'aim comme lui.
LI CHEVALIERS
Vous n'avés garde de nului, Se vous volés à mi entendre.
MARIONS
Sire, vous vous ferés sousprendre, Alés-vous-enl; laissié-me esler, Car je n'ai à vous que.parler :
Laissié-me entendre à mes brebis.
LI CHEVALIERS
Voirement, sui-je bien cailis Quant je mec le mien sens au lien.
PÉRONNELLE
Va, je te suivrais dès maintenant si j'avais tous mes agneaux.