‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 156 sur 1429 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

Vous voiriez sur le pays courir Air infaict et mortalité, Fiebure, langueur, pour acquérir Les vices et iniquités...

A l'approche des fléaux destructeurs, le Blasphémateur s'érneut ; il demande trois l'ois de suite : « Que sont ce la? » Il hésil& a s'armer. Mais, dans le cœur dépravé de sa femme existe encore le sentiment, obscur il est vrai, de la patrie; c'est elle qui jette le cri de guerre et d'alarme r

Vrayement len vous debueroit blasmer Cy vous ne prenez la deffence, Aussi seroit pour diffamet Trestout le royaulme de France...

Un affreux combat commence entre tous ces éléments discordants; le Blasphémateur, le Regnieur, et Vlnjwriateur sont vaincus, la Guerre s'empare du Blasphémateur , la Famine du Regnieur. la Mort de l'Injurialeur: Rends-toi, malheureux, dit la famine au Regnieur,

Rens toy malbeureulx a famine,

Qui maintenant te tient au cueurr

A la gorge, a la poitrine,

Dont tu mourras a déshonneur.

Infâme villain regnieur

De la saincte divine essence,

Et des diables inuoeateur.

En toy il na point de deffense.

Tu souloys auoir affluence

Des biens mondains pour te repaistre,

Dont tu auras grant indigence ;

De menger tu le doibs congnoistre

Fils de Dieu nés pas mais auoistre.

Car celuy tu regnis a plain

Qui a son semblant le lit estre

Comme verlueulx et humain,

Car ie te dy pour tout certain

Que ung tel vil pécheur n'est pas digne

De gouster ne menger du pain

Qui vient de la vertu divine.

Tu mourras par vifue famine

Sans veoir de pain croiste ne mye,

El puys descendras en ruyne Dedans Enfer...

Avant la fin du combat, Rriette et le fils de l'Injui iateur se sont enfuis ; quelques mots que nous allons citer, mis par le poète sur les lèvres de ce dernier, nous révèlent trèscertainement le lieu de la naissaunce de l'auteur inconnu des Blasphémateurs du nom de Dieuj

Je men voys en une aultre terre Plus vivre icy ie ne pourroys Car la famine mort et guerre Confondent nobles et bourcoovs

Adieu Normendie ie men voys De paour que ie ne sois souprins Je men voys vivre o les francoys Boyre dautant de ces bons vins...

Le dénouement de cette action étrange, est tel qu'on le peut déjà prévoir : le Blasphémateur, le Regnieur et l'injuriateur périssent dans l'impéiiitence finale, et tombent au pouvoir de l'enfer; mais à ce moment extrême, au milieu des tourments, ils implorent l'Eglise, qui les absout.

l'église.

Sainct Luc nous dit certainement Que quant ung pécheur se desuoyou Prenant en luy repentement Que tout le ciel si en faict ioye Je tabsoudz donc cesl chose vraye De tous les crimes et abus Et affin que exaulee se soyt Chanton Te Deum Laudamus.

Cy fiuht.

BODEL (Jean). — Jean Rodel ou Bodians, poète de la lin du xn" siècle, originaire d'Aï ras, prédécesseur d'Adam de Le Halle, n'est connu que par quelques détails qu'il donne sur lui-même dans une pièce de vers adressée a ses compatriotes, intitulée Li congiès Adam, et publiée en 1808 (Fabliaux et Contes, édit. de Méon, Paris, Warée, 1808, in-8°, M", p. 108). Il parait qu'attaqué de la ladrerie, il fut obligent' .sortir de la ville. Séquestré au monde, Jean Borel descendit tout vivant dans la tombe ; on ne sait plus rien de son sort. (Cf. Paulin Paris, art. Jean Bodel, dans YHist. liltér.de la France; Paris, in-V, .4342, t. XX, p. 605-638.) Le Jeu de saint Nicolas, dont il est l'auteur, est la principale et la plus incontestable production de ce poète. Il a mis en scène un mys 1ère attribué à saint Nicolas, évêque de Myre, dont la vie est si répandue et si curieuse. Un Siècle, avant lui, Hilaire, disciple d'Abélard, et un moine inconnu de Saint- Benoit-sur-Loire, avaient emprunté à la vie du même saint le sujet de plusieurs drames religieux, et le miracle de la statue avait ainsi, déjà deux fois au moins, défrayé la curiosité du moyen-âge. Selon M. Montmerqué (Théâtre fr. au moyen âge; Paris, 1839, gr. in-8°, p. 159), Jean Rodel aurait transporté ces scènes édifiantes de l'obscur sanctuaire des églises dans les villes et dans les manoirs à tourelles des seigneurs châtelains, d'où se serait conservé jusqu'à nos jours, dans les cités de l'ancien Artois, l'usage de ces pieuses représentations. Il eût été plus juste de dire que le poêle, en vulgarisant en langue française du temps les pièces latines antérieures, n'avait fait que rejeter au milieu des masses les traditions sacrées non moins populaires en latin dans te siècle précédent ; car le théâtre, en faveur dans tous les centres de population, cl mis

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l'Eglise, soit dans les plus riches cathé-

drales, soit dans les plus obscures abbayes, à la portée des masses, n'acquit pas un spee-

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tateui pour être transporté dans les manoirs. Le lieu de la scène et l'importance de l'action sont plus considérables dans le poète du xiii' siècle que dans ses prédécesseurs; on y sent l'influence des croisades; les déiails des m riirs y sont infiniment précieux ; des formules singulières, écrites peut-être en une lingue qui reste inconnue, et analogues à celles du miracle de Théophile, donnent h cette œuvre unp originalité particulière, mais de peu de profit pourl'hisloire. Les allusions aux malheurs tout récents de la première croisade sur saint Louis, et à la mort des Chrétiens tués en Afrique, en combattant au nom de la religion pour la conquête de Jérusalem et des lieux saints, que prétendait rencontrer M. Onésime Leroy (Etudes sur les mystères; Paris, 1837, p. 24), n'ont pu soutenir la critique. «Le Grand d'Aussy, a dit .M. Paulin Paris, avait donné un extrait assez inexact du Jeu de saint Nicolas ; et,

di puis, M. O. Leroy en a signalé l'importance et fait connaître les différents mérites dans un ouvrage estimé. Une seule préoccupation, le désir d'y retrouver la description de la bataille de la Massour, a légèrement déparé ces utiles recherches: Boiel écrivant à la fin du xn' siècle, ne pouvait rien avoir de commun avec Robert d'Artois ni avec la roi saint Louis. » (llist. lit. de la Fr., ibid., p. 6V7.1

BOEUF (Prose du). — Il semble que, ns les usages de la fête des Fous, il ait exisié une prose du Bœuf que l'on psalmodiait le joui- de saint Jean, et qui a disparu. [Théophili Raynaudi Soc. Jesit Theolo/j. Opéra; Lyon, Boissat et René, 16G3, in-fol., 19 vol.; Heleroclila spiritualia et anomulia pietatis cœlestium et infemorum, Sect. n, puncl. vin, § 20, t. XV, p. 209.)

1UHEZ SANTEZ NONN. — Yoy. Saime Nonne.

GALÈNES (Les). — La fête des Fous portait plus particulièrement, a Marseille, le nom de C alênes.

Dans une ebartede cette ville de l'an 1322, mi remarque que la Noël était dite les Ca Iènes ; et il était de coutume d'en célébrer In veille par un repas somptueux. Ge mot ('alêne vient-il de xaAsw, voco, ou de saisit, convivari, xiha-fia, convicium? C'est ce qu'il est difficile de décider. (Du Gange, VFeslwn culendanm. )

CALLIMAQUE. — CaïAmaque , écrit par Hrotswithe, au x* siècle, et dont nous donnons une version nouvelle, a été apprécié en ces termes par M. Magnin, son premier traducteur: « C'est, de tous les ouvrages de Hrotswiiha, celui qui, par la délicatesse passionnée des sentiments, l'exaltation du langage et le romanesque de la légende, se rapproche le plus du drame de nos jours. Poésie, mouvemert, passion, couleur générale plus empreinte des idées germaniques, tels sont les caractères qui recommandent... eelte originale et intéressante production. J'ai rapproché involontairement Roméo et Callimaque. » (Théâtre de IIrolsiitha; Paris, 18io, in-8', Préf., p. xliii et xlv. )

M. Patin a dit depuis: « Le commencement de Callimaque rappelle le début û'Hamlct. » (Journ. des Sav., 18i6, octobre, p. (502. )

Dans celte forte ébauche, divisée en deux parties très-distinctes, dont l'une comprend les sept premières scènes et l'autre les cinq dern'ères, sont marqués, en effet, avec une grande puissance, les caractères de diverses passions humaines. Dans la première partie, l'amour sensuel, extrême et criminel de

(135) « L'aventure romanesque et touchante qui fait le sujet de Callimaque, est racontée dans le vin" livre d'un ouvrage dont Fabricius a publié une rédaction latine parmi les apocryphes du Nouveau Testament (Coaices apocryph. Nov. Test. , t. î;

Callimaque contraste énei'giquement avec la

passion de Drusiana, profonde aussi, mais contenue par la religion chrétienne dans les bornes du strict devoir; dans la seconde partie, c'est le repentir de Callimaque, de l'homme dont les jeunes ans ont reçu les bienfaits de l'éducation, qui est mis en face de l'impénitence finale de l'esclave Fortunat. Il y a dans celle pièce une intention de mobilisation, marquée peut-être par des traits plus sévèrement philosophiques que dans aucun autre ouvrage du même auteur. — Yoy. Hrotswithe.

jii'iïim. — liésurreclion rie Drusiana et de Callimnque. DrusiaDa fui aimée non-seulement vivante, par Callimaque, mais même au milieu du plus allreux dé-espo r, dans l'aveuglement d'une passiun criminelle, et contre toute honnêteté, jusque dans le loniheau, après qu'ella l'ut morte dans le Seigneur : :mssi Callimaque péril— il misérablement de la morsure «l'un serpent. Mais, grâce aux prières de l'apôtre S. Jean, il fut ressuscité avecDiusiaua, et revécut dans le Christ (155).

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