MYSTÈRE DE SAINT CHRISTOFLE
« L'empereur Diodélien, à qui IY»n vient apprendre que Darius, roi de Lycie, de concert avec plusieurs autres princes , cherche à se soustraire a son obéissance, lui envoie un messager, pour tacher de le faire rentrer dans son devoir. Danus, méprisant ses menaces, envoie Sautereauauxrois ses confédérés. Dans son voyage , ce messager rencontre un paysan qui maltraite sa femme, qui, ainsi que celle du Médecin malgré lui de Molière, est fâchée lorsqu'on empêche son mari de la battre, et le pauvre Sautereau n'a pour récompense que des coups de bâton; il part avec cela, et suit la route de Damas; de là il va à Tripoli , et dans le pays de Chananée, et revient à Samos, ville capitale des Etats de Danus, lui rendre compte du succès de ses négociations.
« Tandis que Diodélien s'apprête à partir à la tête d'une puissante armée, pour punir la rébellion du roi de Lycie et de ses alliés, Lucifer assemble les esprits infernaux. Cerbérus et les autres démons s'empressent a lui apporter les pécheurs de toute espèce. On amène entre autres une femme de mauvaise vie, un avare, un débauché, et une malheureuse qui avait vendu l'honneur de sa fille. Nous n'entrerons pas dans un plus grand délail de celte scène assez curieuse.
« Cependant Dioclétien s'avance vers Samos , suivi de son connétable , de l'amiral , du prince des Souysses , du duc d'Albanie , et d'une nombreuse armée. Lorsque ces troupes sont prêtes à camper sous les murs de cette ville, deux soldats romains s'exa-' minent avec attention , et venant enfin à se reconnaître, ils se racontent mutuellement leurs aventures et celles de leurs anciens camarades. Comme celle scène se passe entre deux bandits , et qu'elle est écrite en langage singulier (143), nous croyons devoir l'insérer ici tout entière, pour ne point priver les curieux des grâces de l'original.
barraquin, premier tyran, commence.
Hé chouq, plais Dieu, ei queschecby ?
N'aray-je jamais de l'auberl?
dans les recrues que l'empereur fait faire précipitamment, et où on reçoit indifféremmenttous ceux qui se présentent. En comparant ce langage avec celui de Villon, on s'apercevra qu'il v a peu de différence. Cependant le célèbre Marot, qui a donné une édition de ce poète, avec ses collections, n'a pas osé le« hasarder sur ce jargon. Au reste, Dioclétien paiai' ici avec une suite telle que pouvait alors avoir ur roi de France. Les anciens poèmes dramatiques lourmillent de pareilles bévues. Les lecteurs peuveiv aisément les remarquer.