‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 178 sur 1429 · CHU · texte numérisé non relu

CHU

Ciilt

ser l'argent qu'ils viennent de gagner. « Pendant ce temps-là, le roi île Lycie,

désirant conserver la vie a Chrislolle et se l'attacher, assemble son conseil, et, suivant son avis, il envoie chercher îles tilles pour le séduire. Saulereau s'acquitte de celle commission, et conduit à cet cfl'el Aqueline el Nycelteà la prison où esl enfermé le serviteur de Dieu. Elles ne sont pas plutôt introduites dans son cachot, qu'elles emploient leurs ruses et leur adresse, pour remplir j'attente do Danus. Christofle ne répond à leurs caresses et à leurs discours séducteurs que par ce vers :

Et qu'est cecy, estes-vous folles ?

« Enfin, pour achever, ces malheureuses, bien loin de faire succomber ce soldat chrétien, se rendent à ses remontrances, reconnaissent leur aveuglement, el, suivant ses conseils, reçoivent le baptême do sa main. C'est en vain que le roi par les tourments veut les faire changer de résolution, elles persistent jusqu'au dernier soupir. Aqueline est jetée dans la mer, avec une pierre attachée a ses pieds, et Danus, après avoir .enté inutilement de faire consumer Nycelle dans un brasier, ordonne aux bourreaux de lui trancher la tête (147). »

QUATRIÈME JOl'RNÉE.

« Le martyre de Brûlant, et les tourments que l'on fait endurer à Christofle, produisent un effet contraire aux désirs du roi de Lycie, en augmentant le nombre des nouveaux Chrétiens. De ce nombre est Epigramus, favori de ce prince, qui paye ses services par une mort cruelle. Chrislofle ressent ensuite de nouveaux effets de sa fureur : après lui avoir attaché aux pieds une énorme meule de moulin, on le fait ainsi traîner par des chevaux indomptés, jusqu'à ce que les bourreaux, croyant qu'il a perdu la vie, l'abandonnent au milieu de la plaine, avec cette meule sur l'estomac. Mais le Seigneur, qui réserve ce martyr à de nouvelles souffrances, exauçant les prières de la sainte Vierge, envoie ses anges qui le rétablissent en parfaite santé. Une guérison si peu attendue jette le roi dans une fureur extrême : on attache par son ordre Christofle à un pilier, et là on lui déchire le corps à coups de fouets, et ensuite on le perce de (lèches, Par la permission divine, une de ces flèches, au lieu d'arriver au saint, vient frapper l'œil de ce roi impie. « Vous ne pouvez re- « cevoir de guérison, lui dit alors Chrislolle, « qu'en arrosant voire plaie de mon sang. » Soit rage, soil désir de voir l'elfel de celte prédiction , Danus ordonna aussitôt aux bourreaux de lui trancher la lêtc.

(147) L'auteur, qui s'est apparemment aperçu qu'il avait rempli cette journée (l'une infinité de discours qui; nous n'avons pu rendre ilans cil extrait, a voulu faire connaître qu'il n'en avait usé ainsi que pour inspirer plus d'horreur pour le vice qu'il y dépeinl avec des routeurs à la vérité un peu fortes; c'esl ce

[christofle.

Voi-me-cy prest d'offrir mon corps A Dieu, en ceste heure présente, Afin que l'ame soit exempte D'Enfer la puante maison.

bakraquin, lui coupant In têle.

C'est bien rithmé, lu as raison.

« Des anges portent son âme au ciel, Ny colin et Pasquelon ensevelissent son corps que les bourreaux abandonnent aux oiseaux de proie. Le roi revient un moment après, accompagné de ses courtisans; il se désespère, ne voyant plus le corps de saint Christoile, heureusement on aperçoit un peu de son sang répandu à lerre. Ce prince ne s'en est pas plutôt frotté les yeux qu'il recouvre non-seulement la lumière du corps, mais encore celle de l'âme, et, après avoir dil Fy de ses dieux, il déclare qu'il veul mourir Chrétien. Son exemple est suivi par la reine et par les seigneurs el dames de la cour. Le roi de Damas fait complimenter celui de Ly^ cie sur son heureuse conversion, et lui envoie un évoque; d'un aulre côté, les bourreaux, conjecturant qu'ils n'ont plus rien à faire à Samos, retournent à Dioctétien, et lui .apprennent le changement subit de Danus. La trêve accordée entre les rois confédérés et l'empereur étant près d'expirer, ce dernier assemble son armée, et marche vers Samos. Le roi de Damas accourt avec ses troupes, et celui de Chananée, quoique païen, embrasse la querelle commune.

« Le danger pressant où se trouvent les Lyciens n'empêche pas la reine de Samos de commander une magnifique châsse, dans laquelle on dépose avec cérémonie le corps de Chrislofle. Les miracles opérés par son intercession se répandent avec succès, et occasionnent la conversion du roi de Chananée. Cependant l'armée de Dioclélien approche de Samos; on ordonne à Landureau de mouler sur la lour, et de se tenir au guet. Mais, comme Landurée est hors de la ville, il veut la faire rentrer, pour éviter la violence des soldais. « Va, va, je ne crains « rien, » répond-elle. — « Tes craintes sont « ridicules, » ajoule Pasquelon en l'obligeant à monter.

LANDUREAU.

Je sçai bien que je suis C...

Pour dire le eas tel qu'il est :

Mais je ne suis pas tout seulet; J'ai des compagnons plus de mille, Autant aux champs comme à la ville.

C'est maladie incurable.

« Les Chrétiens, se confiant aux prières do saint Christofle, vont au devant des infidèles, et les taillent en pièces. Cette perte jette Dioclélien dans une telle fureur, qu'après avoir invoqué toutes les puissances infer-

que signifie le quatrain suivant qui se trouve à la fin de celle troisième journée.

Ici finit la lierre Journée,1 Nouvellement a Grenoble imprimée.

Laquelle sippreol <pie chacun ail lu cure He se garder du vice de liiMire.

an

CLO

CLO

nales, il aioute que, las de gouverner 1 empire romain depuis une trentaine d'années, i\ veut, pour changer d'état, être capitaine des enfers. Les diables accourent à ses hurlements et à ses blasphèmes, et l'emportent avec Barraquin, qui vient, par leur inspiration, de se donner un coup de poignard. Et la pièce finit par les actions de grâces que les Chrétiens rendent à Dieu, et au saint martyr, par l'intercession de qui ils ont obtenu une si belle victoire.

Voilà la lia du glorieux Mystère.

Saiiict Christofle, qui pour Dieu tant souffrit, Lequel triumphe, comme Martyr en gloire, Pour ce qu'il t'ust ferme en Jesu-Christ. »

CLAIRE (Sainte). — La Vie de sainte Claire est citée dans une liste de mystères publiée par de Beauchamps. {Recherches sur les théâtres de France; Paris 1735, in-8°, 3 vol.,

' CLOVIS (Le koi). —Le Baptême de Clovis est un des drames du manuscrit des Miracles de Notre-Dame, que conserve la Bibliothèque impériale, n° 7208, k. B., folio 262 recto.

Ce drame du xivc siècle a été longuement analysé par M. O. Leroy, dans ses Etudes sur les mystères (Paris, 1837, in-8°), et dans ses Epoques de l'histoire de France. (Paris, 18V3, in-8".) . .

Selon cet auteur, le catholicisme était alors bien moins «puissant qu'on a pu le croire; l'arianisme et d'autres hérésies, les païens et les Juifs étaient fort influents; et quoique le triomphe des Chrétiens, malgré le nombre de leurs ennemis, fût assuré par la profonde autorité de leurs dogmes, néanmoins le baptême de Clovis marqua le jour do la domination de l'Eglise, et ce baptême ne fut pas l'œuvre des ressorts politiques de quelques évêques, dont on rabaisse ainsi le grand caractère et la foi ; tout est dû à sainte Clotilde que Dieu même inspira.

11 est probable que l'auteur du Miracle eut sous les yeux des documents qui nous manquent aujourd'hui (Epoq., p. 139-lil), et Dubos, dans son Histoire critique, a supposé à tort et sans preuves que l'influence des catholiques gaulois donna à sainte Clotilde la force et les moyens d'amener Clovis au christianisme.

En effet, dans le drame, la sainte reine, sur qui roule toute l'action, n'apparaît pas comme une héroïne; elle dit d'elle-même qu'elle n'est que la chambrière de son seigneur. C'est une simple et faible femme. Mais elle" est calquée sur le modèle de Marie; elle est l'idéal de la piété. Aussi « pour enfanter, dit M. Leroy, suivant l'expression du Pape Anastase, non-seulement une race de rois, mais tout un grand peuple à Dieu... 2lle ne s'appuie, pour cette œuvre immense, que sur sa faiblesse, sur les lumières où elle est née, ou plutôt sur Dieu seul. » (Etudes, p. 17; Epoques, p. H5.)

MM. Monmerqué et Francisque Michel, dans leur théâtre français au moyen âge (Paris, 1830. gr. in-8", p. 609 CG8), ont publié

le mystère de Clovis, avec une version française.

Les personnages sont au nombre de trentesix dont voici les noms :

Al'RELIAN.

Page 1