‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 3 sur 1429 · II. ÉCRITS DES SAINTS PÈRES · texte numérisé non relu

II. ÉCRITS DES SAINTS PÈRES

I" SIÈCLE. — Dans le chap. 32 du livre vin des Constitutions Apostoliques. « Que celui qui est attaché aux spectacles du théâtre, quitte cet attachement, ou qu'il ne soit point admis à recevoir le baptême. »

11* SIÈCLE. — Théophile p.itr arc'ie d'Antioche, dans le ni* livre â Aulolyque, contre les calomniateurs de la religion Chrétienne. — «Il nous est défendu d'être spectateurs des duels, de peur que nous ne devenions complices des meurtres qui s'y font : Nous n'oserons pas assister aux autres spectacles ,

de peur que nos yeux n'en soient souillés, et que nos oreilles ne soient remplies de vers profanes qu'on y récite; comme lorsqu'on décrit les crimes et les actions tragi ques de Thyeste, et qu'on représente Térée mangeant ses propres enfants; et il ne nous est pas permis d'entendre raconter les adultères des dieux et des hommes, que les comédie is attirés par l'espoir du gain, célèbrent avec le plus d'agrément qu'il leur est possible; mais Dieu nous garde, nous qui sommes chrétiens, dans oui la modes-

SENTIMENTS l»E L'EGLISE SIR LE THEATRE.

tie, la tempérance et la continence doivent reluire, qui regardons comme seul légitime le mariage avec une seule femme; nous chez qui la chasteté est honorée, qui fuyons l'injustice, qui bannissons le péché, qui exerçons la justice, dans qui la loi deDieu règne, qui pratiquons la véritable religion, que la vérité gouverne, que la grâce garde, que la paix protège, que la parole divine conduit, que la sagesse enseigne, que Jésus-Christ qui est la véritable vie régit, et que Dieu seul règle par l'empire qu'il a sur nous : Dieu nous garde, dis-je, de penser à de tels crimes, bien loin de les commettre. »

Tatien, dans le Traité qu'il a composé contre les Grecs. — « A quoi me sert un Oreste furieux, ainsi qu'Euripide le représente, ou un autre qui vient nous entretenir du meurtre qu'Alcméon fit de sa mère, ou bien celui qui porte un masque ou qui fait des grimaces ayant Cépée au côté, et jetant des cris, ou celui qui s'habille d'une manière indigne d'un homme? Laissons |es fables d'Hégésilaus et du poète Ménandre ; pourquoi perdrai-je le temps à admirer dans les fables un joueur de flûte , et pourquoi in'arrêterai-je à considérer un Antigénide Thébain, disciple de Philoxène, qui faisait ce métier ? Nous vous laissons ces choses frivoles et inutiles, mais croyez plutôt les vérités «le notre religion, et quittez à notre exemple ces badineries. »

Tertullien, dans l'Apologétique, chap. xv. — « Tous ces esprits libertins qui travaillent pour vous donner du plaisir, tirent leurs sujets dis actions déshonnêtes qu'ils attribuent à vos dieux. Quanti vous voyez jouer les pièces divertissantes d'un Lentulus et d'un Hostilius, dites-moi si ce sont vos farceurs,ou vos dieux qui vous font rire; vous y entendez parler d'un Anubis impudique, d'une lune de sexe masculin, et d'une Diane qui a été fouetlée : on y récite le testament d'un Jupiter qui est mort ; on y fait des railleries des trois Hercules affamés. Outre cela lus comédies et les tragédies expriment tout ce qu'il y a de honteux dans l'histoire de vos dieux ; vous regardez avec plaisir le soleil plaindre le malheur de son fils qui est tombé du ciel; vous voyez sans rougir que Cybèle soupire pour un berger qui la méprise ; vous souffrez que l'on représente tous les crimes deJupiter, et que Paris juge le dilférend de Junon, de Minerve, et de Vénus. Mais n'est-ce pas quelque infâme qui se masque du visage de votre Dieu? N'est-ce pas quelque vicieux qui paraît sur la scène, avec un port contraint , et une voix efféminée, pour faire une Minerve ou un Hercule? Dites-moi si, quand vous approuvez ces sacrilèges par les louanges et les applaudissements que vous leur donnez, vous ne violez pas la majesté des dieux, et vous ne profanez pas la divinité? »

Chap. 38. — « Nous renonçons à vos spectacles, comme nous en condamnons les diverses origines, par la connaissance que nous avons que ce sont des effets de la superstition, et de l'idolâtrie. Enfin nous nous

moquons de tout ce qui s'y passe, nous n'avons aucun commerce avec les fureurs du cirque, avec l'impudieifé du théâtre, avec les vains exercices des athlètes, et avec les cruautés de l'amphithéâtre. Il a été permis aux épicuriens de se feindre une volupté, en laquelle ils ont établi la vérité du souverain bien; en quoi donc vous offensonsnous , si nous prenons d'autres voluptés que vous? Mais si nous voulons ignorer toutes sortes de réjouissances, il mesemb'e que ce n'est pas votre intérêt, et que si en cela il y a quelque perte, elle tombe toute sur nous. Nous rejetons, dites-vous , les choses qui vous plaisent. Nous avons droit de le faire, puisque nos plaisirs ne sont pas les vôtres. »

Tertullien, dans le Traité des spectacles. — Chap. 1. — « Serviteurs de Dieu qui ôtes prêts d'entrer au service de sa divine Majesté ; et vousqui y êtes entrés par la confession , et par la déclaration que vous en avez fait au baptême, sachez et reconnaissez que l'état de la foi , l'ordre de la vérité, et la loi de là discipline chrétienne, condamnent absolument le divertissement des spectacles» comme les autres dérèglements du monde, afin qu'aucun de vous ne pèche par ignorance, ou par dissimulation. Car la volupté a un si grand pouvoir sur les hommes , qu'elle les porte à embrasser les occasions du péché par l'ignorance , et à trahir leur conscience par la dissimulation. »

Chap. 3. — « Il y a des fidèles qui, par simplicité ou par défaut de docilité , ont peine à croire qu'ils soient obligés de se priver du divertissement des spectacles, parce que, disent-ils, il ne parait point dans l'Ecriture sainte que cela soit défendu aux serviteurs de Dieu. Il est vrai que nous ne trouvons pas dans la sainte Ecriture cette défense en termes expirés: vous n'irez point au cirque , vous n'assisterez pas aux comédies, vous rte serez point spectateurs des combats des athlètes , ou des gladiateurs : comme il est dit en fermes formels. Vousne tuerez point, vous n'adorerez point les idoles, vousne commettrez point d'adultère, vous ne déroberez point; vous ne ferez point injure h votre prochain. Mais néanmoins la condamnation des spectacles est assez clairement exprimée , par ces premières paroles des Psaumes de David. Bienheureux est l'homme qui n'est point allé dans le conseil des impies, qui ne s'est point arrêté dans la voie des pécheurs , et qui ne s'est point assis dans la chaire de pestilence. »

Chap. 14. — « Peut-on dire que les spectacles ne sont pas défendus par la sainte Ecriture, puisqu'elle condamne toute serte de concupiscence? Car comme la concupiscence comprend l'avarice, l'ambition , la gourmandise et la luxure , elle comprend aussi la volupté. Or, les spectacles sont une espèce de volupté. »

Chap. 4. — « Je passe à l'autorité principale qui est tirée du sceau de notre foi. Lorsque dans l'eau du baptême nous faisons profession do la foi de Jésus-Christ, sulou

dé-

SG

ia forme et la manière de sa loi, nous claroris de noire propre bouche que nous avons renoncé au diable, à ses pompes, et à ses anges, sinon l'idolâtrie qui comprend tous les esprits d'impureté et de malice ? Si nous faisons donc voir qu'il est constant, que tout l'appareil des spectacles appartient a l'idolâtrie, il s'ensuit, par une conséquence indubitable, que par le témoignage, et par la promesse solennelle, que nous avons fait au baptême de renoncer au diable, à ses pompes, à ses anges, nous avons aussi renoncé aux spectacles. »

Chap. 10. — « Quant aux comédies, si nous considérons l'origine du théâtre , qui est le lieu où elles sont représentées, nous trouverons que c'est le temple de Vénus; c'est sous ce titre qu'il a été établi dans le monde ; car auparavant, dès qu'on dressait des théâtres, souvent les censeurs les faisaient abattre pour conserver la pureté des moeurs dont ils prévoyaient la corruption , la ruine inévitable si l'on souffrait la licence des spectacles. Ainsi les sentiments des païens qui sont aussi les nôtres en ce point, leur sont un témoignage de l'impiété des comédies, comme les règlements même de la discipline humaine nous servent de préjugé contre ce dérèglement. Le grand Pompée qui s'est surmonté lui-même par la magnificence de son théâtre, ayant bâti cet asile de toutes sortes d'impuretés, craignant d'en être un jour repris par les censeurs, et de s'attirer par là quelque flétrissure injurieuse à sa mémoire, fil bâiir en ce lieu un temple à l'honneur de Vénus, et dans l'édit qu'il publia pour appeler le peu j île à la consécration de cet édifice , il ne lui donna point le nom de théâtre, mais de temple de Vénus, au-dessus duquel, ditil, nous avons mis des sièges pour ceux qui assisteront aux spectacles ; ainsi sous le titre d'un temple, il éleva ce bâtiment détestable , employant la superstition pour se jouer de la discipline. El ce heu n'est pas seulement consacre à Vénus, il est aussi dédié à Bacchus. Ces deux déuious de l'ivrognerie et de l'impureté, sont unis ensemble; de sorte que le théâtre est la maison de Vénus et de Bacchus. Les arts aussi qui appartiennent à la comédie sont sous la protection de Vénus et de Bacchus. L'art qui règle les gestes et les différentes postures du corps, qui appartient proprement à la comédie est consacré à la mollesse de Vénus et de Bacchus, qui sont deux démons également dissolus, l'un en ce qui regarde le sexe et l'autre en ce qui regarde le luxe et la débauche. Les concerts de musique, de violes et de luths sont dédiés à Apollon, aux Muses, à Minerve et à Mercure, qui les ont inventés. Vous qui êtes chrétiens, haïssez et détestez ces choses dont les auteurs ne peuvent être que l'objet de votre haine et de votre aversion. »

Chap. 15. — « Quelque bon et modéré que soit l'usage que les hommes peuvent faire des spectacles selon leur dignité, selon leur âge, ou même selon la condition de leur

es tragédies et les co-

nature, néanmoins leur esprit n'est pont si insensible qu'il ne soit agité de quelque passion secrète : nul ne reçoit de plaisir sans affection ; et il n'y a point d'affection qui ne soit accompagnée de ces circonstances qui l'excitent. Que si quelqu'un assiste à la comédie sans affection et sans plaisir, il ne laisse pas d'être coupable du péché de vanité, allant en un lieu où il ne profite de rien; or j'estime que la vanité ou l'occupation en des choses inutiles, est un péché dont nous devons nous éloigner. Mais d'ailleurs celui qui assiste à la comédie, ne se condamne-t-il pas lui-même , puisqu'en ce qu'il ne voudrait pas être semblable à ces acteurs, il confesse qu'il les déteste. Quant à nous, il ne nous suffit pas de ne commettre rien de semblable; mais nous sommes encore bien obligés de ne point favoriser de notre consentement et de notre approbation ceux qui commettent ces crimes : si vous voyez un larron, dit le Roi-Prophète (ps. xuxw 18), vous courez avec lui. Plut a. Dieu qu'il nous fût possible de ne point vivre en ce monde parmi ces gens-là : mais au moins nous devons nous séparer des œuvres du monde, parce que si le monde est un ouvrage de Dieu, les œuvres du monde ne sont que l'ouvrage du diable. »

Chap. 18. — « Si médies sont des représentations de crimes et de passions déréglées, elles sont sanglantes, lascives, impies, et d'une dépense désordonnée , car la représentation d'un crime énorme ou d'une chose honteuse, n'est point meilleure que ce qu'elle représente. Comme il n'est point permis d'approuver un crime dans l'action qui le commet, il n'est pas aussi permis de l'approuver dans les paroles qui nous le font connaître. »

Chaii. 22. — « Les auteurs des spectacles et ceux qui sont chargés de les faire représenter abaissent autant les comédiens qu'ils relèvent la comédie; ils les déclarent infâmes par leurs édits, ils leur font changer d'état pour les exclure de la cour, du barreau, du sénat et de l'ordre des chevaliers ; ils les privent de tous les honneurs et do toutes les dignités. Qui vit jamais un pareil désordre? Ils aiment ceux qu'ils condamnent, ils méprisent ceux qu'ils approuvent, ils approuvent l'art et ils notent d'infamie ceux qui l'exercent. N'est-ce pas un étrange jugement que de flétrir un homme pour cela même qui le rend recommandable? ou plutôt n'est-ce pas avouer clairement qu'une chose est pernicieuse lorsque ceux qui la font, quelque agréables qu'ils soient, sont notés d'infamie ? »

Chap. 23. — « Puisque les hommes quelque favorables qu'ils soient aux divertissements de la volupté, jugent ceux qui en sont les acteurs, indignes d'être admis aux dignités, et qu'ils les notent d'infamie, combien plus sévère sera le jugement que la justice de Dieu exercera contre eux ? »

Chap. 25. — « Un homme pensera-t-il à Dieu dans les lieux où il n'y a rien de Dieu?

SENTIMENTS DE L'EGLISE SUR LE THEATRE

npprondra-t-il à être chaste lorsqu'il se trouvo tout transporté et connue enivré du plaisir qu'il prend à la comédie? Mais il n'y a rien de plus scandaleux dans tous les spectacles, que de voir avec quel soin et avec quel agrément les hommes et les femmes y sont parés ; l'expression de leurs sentiments conformes ou différents pour approuver ou pour désapprouver les choses dont ils s'entretiennent, ne sert qu'à exciter flans leurs cœurs des passions déréglées. Enfin nul ne va a la comédie qu'à dessein de voir, et d'y être vu. Comment un homme se représentera -t-il les exclamations d'un prophète, en mémo temps qu'il sent frapper ses oreilles par les cris d'un acte ir de tragédie? Comment repassera-t-il en sa mémoire quelque chose des psaumes, lorsqu'il rend son esprit attentif aux vers que récite un comédien? A Dieu ne plaise que ses serviteurs se laissent emporter à une tede passion, pour un plaisir pernicieux; car n'est-ce pas un aveuglement étrange de quitter l'église de Dieu pour courir à celle du diable? C'est tomber du ciel, comme on dit, dans un égout d'ordures. N'est-ce pas une chose honteuse d'honorer les comédiens de votre approbation et de vos applaudissements en frappant des mains, que vous venez d'élever pour invoquer le nom de Dieu? »

Chap. 26. — « Pourquoi donc cps gens qui vont aux spectacles ne sont-ils pas possédés du démon? Nous en avons l'exemple d'une femme dont Dieu est témoin, laquelle étant allée à la comédie en sortit avec un démon dans son corps; et comme on pressait ce malin esprit dans l'exorcisme, sur ce qu'il avait eu la hardiesse d'attaquer une fidèle ; il répondit hardiment : « J'ai eu droit de le faire, puisque je l'ai trouvée dans un lieu qui m'appartient. » Une autre femme étant aussi allée à la tragédie, la nuit suivante elle vit en songe un suaire, et il lui sembla qu'on lui reprochait la faute qu'elle avait commise d'avoir assisté à celte tragédie, en lui représentant môme le nom de l'acteur ; ce qui l'effraya tellement qu'elle mourut cinq jours après. Combien d'autres exemples y a-t-il de ceux qui, suivant le parti du démon dans les spectacles, ont secoué le joug du Seigneur, car personne ne peut servir deux maîtres. Quel commerce peut-il y avoir entre la lumière et les ténèbres , entre la vie et la mort ? »

Chap. 27. — « Chrétiens, ne fuirez-vous point ces sièges des ennemis de Jésus-Christ, cotte chaire de pestilence, cet air tout infecté par ces voix exécrables ? Encore qu'il n'y eût rien dans les spectacles qui ne tût doux, agréable, simple, et qu'il y eût même quelque chose d'honnête, ils n'en seraient pas moins dangereux ; car comme personne ne môle le poison avec le fiel ou avec de l'ellébore, mais le met dans les viandes bien apprêtées, douces et agréables au goût, de mémo le diable répand son venin sur les choses de Dieu les plus agréables. Qui; tout ce qui se passe à la comédie soit généreux,

honnête, harmonieux, charmant et subtil:

Regardez tout cela comme un breuvage do miel dans une coupe empoisonnée; et considérez qu'il y a plus de péril à se laisser emporter à la volupté, qu'il n'y a de plaisir à s cn'rassasier. »

Chap. 28. — « Pendant que le monde se réjouira, dit Notre-Seigneur, vous serez dans la tristesse. Pleurons donc pendant que les gens du monde et les païens se réjouissent, afin que lorsqu'ils commenceront à tomber dans l'état épouvantable de douleur, que la justice de Dieu leur réserve, nous puissions entrer dans la joie que Notre-Seigneur prépare aux prédestinés : Car si nous voulons être dans la joie avec eux en ce monde, nous serons affligés avec eux éternellement. C'est une grande sensualité à des Chrétiens de chercher leurs plaisirs en ce monde ; ou plutôt, c'est une grande manie de considérer, comme un véritable plaisir les voluptés de ce siècle. Quelques philosophes ont donné ce nom au repos et à la tranquillité ; ils en ont fait l'objet de leur joie , de leur application et de leur gloire ; et vous Chrétiens , vous ne soupirez qu'après les comédies? Nous sommes si éloignés do pouvoir vivre sans volupté, que mémo nous devons trouver de la volupté dans la mort ; car notre plus grand désir doit être à l'imitation de l'Apôtre, de sortir de cette vie et souhaiter d'être unis à Dieu. Or, nous devons trouver nos délices dans l'accomplissement de nos désirs. »

Chap. 2D. — «Vous voulez passer toute votre vie dans les délices? c'est une étrange ingratitude do n'estimer pas autant qu'il le faut, de ne vouloir pas même connaître les abondantes et précieuses délices que Dieu vous a préparées. Qu'y a-t-il de plus aimable et de plus propre à nous donner une extrême joie que d'être réconciliés avec D.eu , que d'être éclairés de la vérité, que de connaître les erreurs qui lui sont opposées , que d'être assurés du pardon de tant de crimes que l'on a commis ? Quelle plus grandi; volupté peut-on sentir, que celle qui nous dégoûte de toutes les auties voluptés, qui nous l'ait mépriser le siècle , qui nous établit dans une véritable liberté, qui conserve la pureté de notre conscience , qui nous rend satisfaits do notre condition présente , qui fait que nous n'avons aucuno crainte de la mort , qui nous fait fouler aux pieds les idoles des païens , qui nous rend victorieux des démons , qui fait que nous ne vivons que pour Dieu? Ce sont-là les voluptés des Chrétiens; ce sont-là leurs spectacles, spectacles saints, éternels, et qui leur sont donnés gratuitement. Ils nous représentent les jeux du cirque d'une manière mystérieuse : au lieu d'y voir la course des chariots , représentez- vous le cours du siècle et du temps qui passe ; considérez l'espace de votre vie ; et au lieu du terme et du bout de la carrière , regardez la fin du monde ; au lieu des partis du cirque, défendez le parti de l'Eglise; attendez avec vigilance le signal uue Dieu vous dou-

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nera pour vous présenter devant son tribunal. Tenez-vous prêts au sou de la trompette , et à la voix de l'ange qui vous avertira ; considérez la victoire et la couronne des martyrs, comme l'objet de votre gloire.

« Aimez-vous les doctes comédies ? Il y a plus de doctrine dans nos exercices ; les vers y sont plus beaux, les sentences plus solides, les airs plus agréables, les voix plus charmantes : au lieu des fables, vous y trouverez des vérités ; au lieu des fourberies, une sainte simplicité; vous y -verrez l'impureté bannie par la chasteté ; la perfidie détruite par la foi; ia cruauté abattue par U miséricorde ; l'insolence chassée par la modestie. Ce sont là nos spectacles où nous sommes couronnés. »

Chap. 30. — « Mais quel sera ce spectacle, qui s'approche de l'avènement du Seigneur, lorsqu'il viendra faire éclater sa majesté, lorsqu'il paraîtra tout brillant de gloire dans la pompe d'un magnifique triomphe? Quelle sera la joie des anges ? Quelle sera la gloire des saints qui ressusciteront? Quelle sera la magnificence du royaume qui est préparé aux justes? Quel sera l'éclat de la nouvelle cité de Jérusalem ? Mais ce sera bien un autre spectacle , lorsque le dernier jour du jugement arrivera, d'où dépend l'éternité des peines ou des récompenses; ce jour que les nations n'attendent point; ce jour dont elles se moquent, lorsque le monde si vieux, et tout ce qui a été Eroduit, sera consumé par un commun emrasement. Quelle sera l'étendue de ce spectacle? avec quelle admiration, avec quel plaisir, avec, quels transports de joie et d'allégresse verrai-je tant de rois, qu'on disait avoir été élevés dans le ciel, gémir dans le fond des ténèbres de l'enfer avec Jupiter et les témoins de leur fausse divinité ? Alors les acteurs des tragédies se feront mieux entendre, poussant leurs plaintes d'une voix plus éclatante dans leur propre misère. Alors les comédiens feront mieux paraître leur souplesse, étant dovenus plus légers et plus agiles par le feu qui les pénétrera, etc. Il n'y a point de préteur, de consul, de questeur, de pontife, quelque libéralité qu'il déploie, qui vous puisse faire voir ces choses qui vous puisse donner ce plaisir : néanmoins la foi vous les représente dès ci présent par les images qu'elle en forme dans vos esprits; et après cette vie vous verrez ce que l'œil n'a point vu , ce que l'oreille n'a point entendu, et que l'esprit de l'homme n'a jamais conçu. Je crois que les représentations du cirque, du théâtre, de l'amphithéâtre et de tous les efforts de l'indusirie des hommes, n'égalent point ces spectacles. »

Clément d'Alexandrie, danslem'Iivredu Pédagogue, l'an 204. Chap. 2 — « Jésus-Christ, qui est notre pédagogue, ne nous conduira point aux spectacles. On peut justement appeler les théâtres et la carrière des courses publiques, une chaire de pestilence ; car tout ce qui se fait en ces lieux est plein de

confusion et d'iniquité : ces assemblées ne fournissent que trop de sujets d'impureté, où les hommes et les femmes, étant ensemble, s'occupent à se regarder; c'est là où se tiennent de pernicieux conseils, lorsque les regards lascifs excitent de mauvais désirs; et les yeux étant accoutumés à regarder impudemment les objets qui sont auprès d'eux, se servent de l'occasion qui se présente pour satisfaire leur cupidité. C'est pourquoi ces spectacles doivent être défendus, où l'on ne voit que des choses mauvaises, etc., on n'entend que des paroles dissolues ; car y a-t-il rien de hoi teux qu'on ne représente"sur les théâtres? Et y a-t-il dj parole insolente que les comédiens et les farceurs ne profèrent pour faire rire ? de sorte que ceux qui par leur inclination y prennent plaisir, en emportent chez eux cle vives images empreintes dans leur esprit. Et ceux qui ne sont pas touchés de ces choses, ne se laissent-ils pas au moins emporter à des plaisirs inutiles? S'ils disent que les spectacles leur servent seulement de jeu et de divertissement pour relâcher leur esprit, nous leur répondrons qu'il ne faut jamais acheter un divertissement par une vaine et inutile occupation; car un homme sage ne préférera jamais ce qui est agréable, h ce qui est pi us honnête et plus avantageux. »

Mim'cius félix, l'an 206. — « C'est donc avec raison que nous , qui faisons profession des bonnes mœurs et de la pudeur, nous nous abstenons d'e vos voluptés, de vos pompes et de vos spectacles, comme do choses mauvaises, et consacrées à de fausses divinités, dont nous savons la naissance ei l'origine, et nous les condamnons comme des corrupteurs agréables ; car qui n'a horreur dans la course des chariots, de voir la folie de tout un peuple qui se querefe? Qui ne s'étonne de voir dans les jeux des gladiateurs, l'art de tuer les hommes. La fureur n'est pas moindre au théâtre , mais l'infamie y est {dus grande; car un acteur y représente les adultères, ou il les récite ; et un comédien lascif émeut les passions des autres , en feignant d'en avoir luimême. »

IIP SIÈCLE. — Saint-Cyprien, l'an 250 , dans VEpître à Donat. — « Vous verrez dans les théâtres des choses qui vous donneront de la douleur, et qui vous feront rougir; c'est le propre de la tragédie d'exprimer en vers les crimes de l'antiquité. On y représente si naïvement les parricides et les incestes exécrables des siè-les passés, qu'il semble aux spectateurs qu'ils voient encore commettre etfectivement ces actions criminelles , de peur que le temps n'efface la mémoire de ce qui s'est fait autrefois; les hommes de quelque âge et de quelque sexe qu'ils soient entendant réciter ce qui s'est déjà fait, apprennent que cela même se peut encore faire ; les péchés ne meurent point par la vieillesse du temps. Les années ne couvrent point les crimes et on ne perd jamais le souvenir des mauvaises actions ;

SENTIMENTS DE L'EGLISE SIK LE THEATRE

it

elles ont cessé d'être des crimes, et elles deviennent des exemples; on prend plaisir n voir représenter dans la comédie ce qu'on n fait en sa maison, on à entendre ce qu'on y peni faire. On apprend l'adultère en le voyant représenter, et le mal qui est autotisé publiquement a tant de charmes, qu'il arrive que des {'(mimes qui étaient peut-être chastes lorsqu'elles sont allées aux snect icles en surlent impudiques. Les farceurs avec leurs gestes honteux ne corrompent-ils pas les mœurs, ne portent-ils pas à la débauche, n'eut retiennent-ils pas les vices ? Ils tuent leurs louanges de leur crime; plus ils sont impudiques, plus ils sont estimés habiles, et, ce qui est honteux, on les regarde avec plaisir. Dans ces dispositions y a-t-il rien qui! ces gens-là ne puissent persuader ? Us émeuvent les sens, ils flattent les passions, ils abattent la plus forte vertu. Ces corrupteurs agréables ne manquent pas d'approbateurs, qui leur servent à insinuer plus doucement leur poison dans les cœurs de ceux qui les écoutent. »

Dans le Truite ries spectacles. — « Quand même ia sainte Ecriture ne détendrait pas aux Chrétiens d'aller aux spectacles, la pudeur le leur déviait défendre : lorsque l'Ecriture commande quelque chose, elle exprime ce qu'elle commande ; mais lorsqu'elle fait quelque défense, ii y a des choses si honteuses, qu'elle trouve plus à propos de les détendre seulement en général, sans les exprimer en particulier. Si Dieu, qui est la souveraine vérité, fût entré dans ce détail, il aurait mal jugé du naturel de son peuple, car l'expérience nous fait voir que souvent il vaut mieux ne point exprimer en particulier ce qu'on défend, pour no pas donner occasion de le faire, puisqu'on se porte d'ordinaire aux choses détendues.

Mais encore qu'il n'exprime pas ces crimes dans l'Ecriture, il ne laisse pas de les défendre, puisque la sévérité dont il use dans la punition de toutes sortes de crimes, le marque suffisamment , et la raison le fait connaître évidemment. Que chacun seulement se consulte soi-même, et qu'il considère l'état de sa profession, il ne fera jamais rien d'indécent; car il gardera plus exactement la loi qu'il se sera prescrite lui-même. Mais qu'est-ce donc que l'Ecriture a défendu? elle a défendu de regarder ce qu'il n'est pas permis défaire; elle a, dis-je, condamné toutes sortes de spectacles , en condamnant l'idolâtrie qui est la mère de tous les jeux, d'où tous ces monstres de vanité et de légèreté sont sortis.

«Que fera donc un Chrétien dans ces spectacles, s'il fuit l'idolâtrie? Que dira-t-il? Peut-il prendre plaisir à des choses criminelles, lui qui est déjà sanctifié? Appro.iveia-t-il, coutre lu commandement de Dieu , les superstitions qu'il aime, lorsqu'il en e*t spectateur? Il doit savoir que c'est le diable tt non pas Dieu qui a inventé toutes ces choses. Aura-t-il l'impudence d'exorciser dans l'église les démons, dont il loue les volujilés dans les spectacles? ayant renoncé Dictionn. des Mystères.

au diable dans le baptême, il a renoncé à tout ce qui lui appartient. Mais si après s'être uni à Jésus-Christ, il va aux spectacles du diable, il renonce à Jésus-Christ, comme il avait auparavant renoncé au diable» L'idolAtrie, comme j'ai déjà dit , est la mère de tous les jeux ; et pour attirer à soi les fidèles Chrétiens, elle les flatte, et les charme, par les- voluptés des yeux et des oreilles. Le démon sachant que l'idolâtrie toute nue donnait de l'horreur, il l'a n vêtue de la volupté des spectacles, pour la rendre aimable. Néanmoins tout le monde va aux spectacles; on se plaît à cette infamie publique, ou pour y reconnaître ses vices , ou pour les apprendre; on court à ce lieu inf;lme, à cette école d'impureté, afin de ne faire pas moins de mal en secret qu'on en a appris en public, et à la vue pour ainsi dire des lois, on commet tous les crimes qui sont défendus par les lois. Que fait là un fidèle Chrétien ? Il ne lui est pas môme permis d'avoir une pensée d'impureté ; comment donc peutil prendre plaisir aux représentations de l'impureté, et commei-t s'exposera- t-il à perdre toute pudeur dans ces spectacles , pour pécher après avec [dus d'audace ? Eu s'accoutumant à voir la représentation des crimes, il apprend à les commettre ; ainsi, l'on aime tellement tout ce qui est défendu, qu'on se remet devant les yeux môme co que le temps avait couvert. Le dérèglement est si grand , qu'on ne se contente pas d'être chargé de ses propres vices, on se veut encore charger dans les spectacles des excès de tous les siècles passés. En vérité il n'est nullement permis aux Chrétiens do se trouver en ces assemblées.

« Que dirai -je des vaines et inutiles occupations de la comédie et des grandes folies de la tragédie ? Quand môme ces chose* ne seraient point consacrées aux idoles , il ne serait pas néanmoins permis aux fidèles Chrétiens d'en être les acteurs, ni les spectateurs; et quelque innocentes qu'elles fussent, ce ne serait toujours qu'un dérèglement de vanité, qui ne convient point à ceux qui font profession du christianisme.

« Les fidèles Chrétiens doivent fuir ces spectacles, qui sont, comme nous l'avons déjà dit, si vains, si pernicieux, si sacrilèges. Nous devons garder soigneusement nos yeux et nos oreilles. On s'accoutume facilement aux crimes dont on entend souvent parler. L'esprit de l'homme ayant une pente au mal , que fera-t-il , s'il y est encore porté par les exemples des vices de la chair, auxquels la nature se laisse aller si aisément. Puisqu'elle tombe d'elle-même, que fera-t-elle si on la pousse? Il faut donc retirer son esprit de ces folies. Un véritable Chrétien a bien d'autres divertissements plus relevés que ceux-là , s'il a de la passion pour les véritables et utiles plaisirs.

« Qu'il s'applique à la 1 dure de la sainte Ecriture, il y trouvera des spectacles dignes de la foi dont il fait profession. Y a-t-il , mes frères, de spectacle plus beiu, plus

agréable et p'us nécasseire, que

de coq'.c^-

pler sans cesse l'objet Je nuire espérance, cl il6 notre salut ? »

Dans V ÈpÙré 61 à Eachratius. — « Mon cher frère, comme nous avons de l'affection et do la déférence l'un pour l'autre, il vous a p!u de me demander mon sentiment sur le sujet d'un comédien de votre pays, qui exerce encore ce métier et instruit la jeunesse, non pas à se bien conduire, mais à se perdre; enseignant aux autres lu mal qu'il a appris, s'il doit être reçu dans notre communion. Je vous dirai qu'il me semble que le respect que nous devons à la majesté de Dieu et l'ordre de la discipline évangélique ne peuvent souffrir que la pudeur et l'honneur de l'Eglise soient souillés par une si dangereuse contagion. »

Lactance Firmies, dans le vi* livre des Institutions divines. — Chap. 20. — « Vous devez rejeter les speclacles publics , parce qu'étant des occasions des vices et ne servant qu'à corrompre les mœurs, ils sont non-seulement inutiles pour nous conduire à la vie bienheureuse, mais ils sont même extrêmement nuisibles.

« Je ne sais s'il y a moins de dérèglement dans les théâtres que dans les autres spectacles; car on représente dans les comédies l'impertinence des tilies et les amours des femmes de mauvaise vie. Plus les auteurs de ces infâmes représentations ont d'éloquence, mieux ils persuadent ceux qui les écoutent, par la politesse de leurs sentiments; et la justesse et la beauté de leurs vers fait qu'on les retient plus aisément. Dans la tragédie l'on expose avec éclat aux yeux du peup'e les parricides, les in :estes et toutes sortes de crimes. Que font les farceurs par leurs mouvements impudiques, qu'enseigner et inspirer l'impureté ? Ces efféminés démentent ce qu'ils sont, et s'étudient a paraître des femmes dans leurs habits, dans leur marcher et dans leurs gestes lascifs.

* Q ne dirai-je de ces bouffons qui tiennent école de la débauche ; qui, par de feints adultères , enseignent à en commettre de véritables ? Que feront les jeunes hommes et les filles, voyant comme on commet ces infamies sans honte, et comme tout le monde les regarde avec plaisir? ils apprennent par là ce qu'ils peuvent faire. Ces objets allument dans leurs cœurs le feu de l'impureté , qui s'enflamme par la vue. Chacun selon son sexe se représente à son imagination dans ces spectacles; on les approuve lorsqu'on en rit, et non-seulement les enfants, à qui on ne doit point faire goûter le mal avant inèm ■ qu'ils le [missent connaître, mais aussi les vieillards, à qui il est honteux 'le commettre des péchés qui ne sont plus de leur âge, emportant les vices du théâtre, s'en re ournent plus co. rompus en leurs maisons. 11 faut donc fuir les spectacle;», non-seulement aiin que les vices ne tissent aucune impression sur nos esprits, qui trouble la paix et la tranquillité de nos cœurs; mais aussi afin que nous ne nous laissions point emporter par la coutume du

siècle aux attraits des voluptés qui nous détournent de Dieu et des bonnes œuvres que nous devons faire. »

Dans le chap. 21. — « N'estimerait-on pas un homme impudique et Je mauvaise vie, qui tiendrait des comédiens en sa maison ? Or si vous ne pouvez être spectateur de la comédie lorsque vous êtes seul, sans blesser l'honnêteté, ne lablesserez-vous poin l lorsque vous laregarderez représenter sur le théâtre avec le peuple 1 Les vers polis et les discours agréables gagnent les esprits, et les portent où ils veulent : c'est pourquoi celui qui recherche la vérité, et qui ne veut pas se tromper soi-même, doit rejeter les voluptés pernicieuses auxquelles l'âme s'abandonne, comme le corps aux viandes délicieuses • il faut préférer les choses véritables à celles qui sont fausses, les éternelles aux passagères, et les utiles aux agréables. Nepriuez point de plaisir à regarder d'autres actions que celles qui sont justes et pieuses. Nb prenez point de plaisir à entendre autre chose' que ce qui nourrit l'âme, et qui vous peut rendre meilleur. Prenez garde de ne point faire un mauvais usa^e de ce sens qui vous a éié donné pour écouter les enseignements de Dieu. Si vous vous plaisez donc aux chants et aux vers, prenez plaisir à chanter;et à entendre chanter les louanges de Dieu : le véritable plaisir est celui qui est accompagné de la vertu; c'est un plaisir qui n'est point périssable et passager comme les autres que recherchent ceux qui suivenv les passions do leur corps, ainsi que les animaux; ma;s il est continuel et toujours agréable. Celui qui en passe les bornes et ne recherche dans le plaisir que le seul fdaisir, se procure la mort. Car comme la vertu conduit à la vie élernclle, aussi la volupté conduit à la mort; car quiconque s'attache aux choses temporelles, perdra les éternelles; quiconque met son affection aux choses de la terre, n'aura point de part aux biens du ciel. Comme c'est par la vertu et par les travaux, que Dieu nous appelle à la vie, c'est par la volupté que le diable nous conduit à la mort : comme on acquiert le véritable bien par de faux maux , on se procure les véritables maux par do faux biens. Il faut flonc éviter Jes plaisirs comme des (lièges et des filets, de peur que nous engageant dans la mollesse des douceurs du siècle, et devenant esclaves de noire corps, nous ne tombions sous la puissance de la mort avec noire corps. »

IV* SIÈCLE. — Sajnt-Macaip.e l'Ancien, dans l'homélie 27. — '< Si, par l'ouïe toute seule, on pouvait entrer dans le royaume du ciel et dans ,la vie éternelle sans peine et sans travail, ceux qui se divertissent aux spectacles du théâtre et ceux qui mènent u ic vie impudique y auraient bonne part. Mais on ne va au ciel que par des travaux et pir des combats, parce que le chemin qui y conduit est étroit , pénible et fâcheux ; c'est dans ce chemin rude qu'il faut marcher et souffrir beaucoup de peines et d'af- Qiclioos oour entrer dans la vie éternelle. »

SENTIMENTS DE L'EGLISE SLR LE THEATRE

Saint Cyrille, archevêque de Jérusalem, dans In première Catéchèse mystagogique aux nouveaux baptisés. — « Vous avez dit au baptême : Je vous renonce, Satan, je renonce à toutes vos œuvres et à toutes vos pompes. Les pompes du diable sont les spectacles du théâtre et toutes les autres vanités semblables, dont le saint roi David demande à Dieu d'être délivré : Détournez, dit-il, mes yeux, afin qu'ils ne regardent point la vanité. Ne vous laissez donc pas emportera la passion pour les spectacles du théâtre, poury voir les excès des comédiens tout pleins d'impureté et d'infamie. »

Saint Ambboise, archevêque de Milan, dans le Traité de la fuite du siècle. — « Adam n'eût point été chassé du paradis, s'il n'eût été séduit par la volupté; c'est pourquoi David, qui avait éprouvé combien les regards sont dangereux , dit avec raison que l'homme est heureux lorsque le nom du Seigneur est toute son espérance , et qu'il n'a nul égard aux vanités et aux folies trompeuses du siècle. Celui qui s'applique à considérer que le Seigneur lui est toujours présent, et qui a toujours les yeux intérieurs de son âme arrêtés sur Jésus-Christ, n'a point égard aux vanités et aux tromperies du siècle. Ainsi ce saint prophète se tournant vers lui, lui fait cette prière : Détournez mes yeux, afin qu'ils ne regardent point la vanité. Le cirque n'est que vanité , parce qu'il ne sert à rien. La course des chevaux n'est que vanité, parce que la vitesse d'un cheval est un secours trompeur, quand il s'agit de se sauver ; le théâtre et tous les autres jeux ne sont que vanité. »

Sur le 37' verset du psaume'fixvm. — « Celui qui est dans la voie de Dieu ne regarde point les vanités : Jésus-Christ est la voie parfaite. Celui donc qui appartient à Jésus- Christ, comment peut-il regarder les vanités, puisque Jésus-Christ a crucifié dans sa chair tous les vains plaisirs du monde ? C'est pourquoi détournons nos yeux des vanités, de peur que la vue de ces folies n'imprime de mauvais désirs dans notre âme. Et sans parler du sens mystique de ce passage, Dieu veuille que cette interprétation ait la force de retirer des spectacles du cirque et du théâtre ceux qui y courent. Ces jeux que vous regardez, ne sont que vanité ; élevez vos yeux vers Jésus-Christ , et détournez-les des spectacles et de toutes les pompes du siècle. »

Saint Jean Chrysostome, dans l'homélie 15 , oi* peuple d'Antioclie. — « Plusieurs s'imaginent qu'il n'est pas certain que ce soit un péché dé monter sur le théâtre, et d'aller à la comédie. Mais quoi qu'ils en pensent, il est certain que tout cela cause une intinité de maux ; car le plaisir qu'on prend aux spectacles des comédies, produit la fornication, l'impudence et toute sorte d'incontinence. D'ailleurs nous ne sommes pas seulement obligés d'éviter les péchés, mais nous devons encore fuir les choses même qui nous paraissent indiliérentes, et qui portent néanmoins insensiblement au

péché ; car comme celui qui marche sur le bord d'un précipice, quoiqu'il n'y tombe pas, ne laisse pas d'être toujours dans la crainte ; et il arrive souvent que la crainte le trouble et le fait tomber dans le précipice : de même celui qui ne s'éloigne pas du péché, mais qui en est proche, doit vivre dans l'appréhension, car il arrive souvent qu'il y tombe. »

Dans la troisième homélie De David et de Saiil. — « Je crois que plusieurs de ceux qui nous abandonnèrent hier pour aller aux.

spectacles d'iniquité, sont aujourd'hui ici présents, je voudrais les pouvoirreconnaître publiquement, afin de leur interdire l'eniréo de ces lieux sacrés, non pas pour les laisser toujours dehors , mais pour les rappeler après leur amendement. Comme les pères chassent souvent de leurs maisons et de leur table leurs enfants qui se laissent emporter à la débauche, non pas afin qu'ils en soient toujours bannis, mais afin qu'étant devenus meilleurs par cette correction, ils rentrent avec louange et honneur dans la maison et dans la compagnie de leurs pères : les pasteurs en usent de même lorsqu'ils séparent les brebis galeuses d'avec les autres, afin qu'étant guéries de leur maladie, elles retournent avec celles qui sont saines, sans aucun péril; car autrement s'ils les laissaient parmi les autres , elles infecteraient tout le troupeau ; c'est pour ce sujet que je voudrais pouvoir reconnaître ces personnes; mais encore qu'elles nous soient inconnues, elles ne peuvent pas néanmoins se dérober aux yeux du Verbe éternel, qui est le Fils de Dieu. J'espère qu'il touchera leur conscience et qu'il leur persuadera aisément de sortir volontairement, leur faisant connaître qu'il n'y a que ctux qui se portent à faire cette pénitence, qui soient véritablement dans l'église : au contraire, ceux qui, vivant dans le dérèglement, demeurent dans notre communion , quoiqu'ils soient ici présents de corps, ils en sont réanmoins séparés plus véritablement que ceux qu'on a mis dehors; de telle sorte qu'il ne leur est pas encore permis de participer à la sainte table ; car ceux qui selon les lois divines ont été chassés de l'église , et demeurent dehors , donnent quelque bonne- espérance par' leur conduite qu'après s'être corrigés des péchés pour lesquels ils ont été chassés-de l'église, ils y rentreront avec une conscience pure ; mais ceux qui se souillent eux-mêmes, et qui, étant avertis de se purkfier des tâches qu'ils ont contractées par leurs crimes , avant que d'entrer en l'Eglise, se conduisent avec impudence, ils aigrissent l'ulcère de leur âme, et rendent leur mal plus grand ; car il y a bien moins de mal à pécher, qu'à ajouter l'impudence au crime qu'on a commis, et à ne vouloir pas obéir aux ordres des prêtres.

« On médira : Le péché que ces personnes ont commis, est-il si grand qu'il mérite qu'on leur interdise l'entrée de ces lieux sacrés ? mais y a-t-il un crime plu» énorme

que lu leur? Ils se sont souillés du crime «l'adultère, et après cela ils se jettent iuipuderaraent comme des chiens enrages sur la sainte table. Que si vous voulez savoir comment ils sont coupables d'adultère, je ne vous le déclarerai point par mes discours, mais par les propres paroles de celui qui doit juger de toutes les actions des hommes : Celui, dit-il, q\ri verra une femme pour la désirer, a déjà commis l'adultère dans son cœur. Si une femme négligemment paré:: qui passe par hasard dans la place publique, blesse souvent par la seule vue de son visage celui qui la regarde avec trop de curiosité; ceux qui vont aux spectacles, non par hasard, mais do propos délibéré et avec tant d'ardeur qu'ils abandonnent l'église par un mépris insupportable pour y aller, où ils passent tout le jour à regarder ces femmes infâmes , auront-ils l'impudence de dire qu'ils ne les voient pas pour les désirer, lorsque leurs paroles dissolues et lascives, les voix et les chants impudiques les portent à la volupté? etc.

« Car si en ce lieu où l'on chante les psaumes, où l'on explique la parole de Dieu, et où l'on craint et respecte sa divine majesté, la concupiscence ne laisse pas de se glisser secrètement dans les cœurs, comme un subtil larron; ceux qui sont toujours à la comédie, où ils ne voient et n'entendent rien de bon, où tout est plein d'infamie et d'iniquité, dont leurs, oreilles et leurs yeux sont investis de toutes parts, comment pourront-ils surmonter la concupiscence? et s'ils ne la peuvent pas surmonter, comment pourront-ils ètie exempts d i crime d';;dulière? et étant souillés de ce crime , comment pourront-ils entrer dans l'église, et êl-ro reçus dans la communion da cette sainte assemblée sans en avoir fait pénitence ? C'est pourquoi je conjure et je prie ces personnes de se purifier par la confession, par la pénitence et par tous les autres reinèdos salutaires, des péchés qu'ils ont contractés à la comédie, afin qu'ils puissent être admis à entendre la parole do Dieu , car ces péchés ne sont point médiocres.

« Ne craignez-vous point, ô homme !

n'ayez-vous point horreur de regarder cette sainte labié, où l'on célèbre les redoutables mystères, des mêmes yeux dont vous regardez ce lit qui est dressé sur le théâtre, où l'on représente les détestables fictions de l'adultère? N'avez-vous point horreur d'entendre les paroles impudiques d'une comédienne, des mêmes oreilles que vous entendez les paroles d'un prophète qui vous introduit dans les mystères de l'Ecriture? N'appréhendez-vous point de recevoir dans un même cœur un poison mortel, et cette hostie sainte et terrible ? N'est-ce pas de là que naissent les dérèglements delà vie, lus désordres des mariages, les guerres, les troubles et les querelles domestiques ?

« C'est pourquoi je vous prie tous de ne point assister a ces infâmes représentations des spectacle* et d'en retirer les autres; car tout ce qui s'y lait, bien loin d'être uu

divertissement , n'est qu'un dérèglement pernicieux qui n'attire que des peines et des supplices.

« Que sert à l'homme de jouir d'un plaisir passager, s'il est suivi d'une douleur éternelle, et s'il est tourmenté nuit et jour par la concupiscence ? Consultez-vous vousmêmes, et considérez la différence qu'il y a entre l'état où vous êtes lorsque vous revenez de l'église, et celui où vous vous trouvez lorsque vous sortez des spectacles. Si vo is comparez ces deux étals selon leurs divers temps, l'un avec l'auire, vous n'aurez pas besoin de mes avertissements. Celte comparaison suffira pour vous faire connaître combien l'un vous est utile et avantageux, et combien l'autre vous est dommageable. »

Dans la ir" homélie, sur ces paroles du 1" verset du chap. vi du prophète Isaïe : J'ai vu le Seigneur. — « Il n'y a rien qui expose plus au mépris la parole de Dieu , que l'applaudissement et l'approbation qu'on donne aux représentations des spectacles ; c'est pourquoi je vous ai souvent conjurés par nies exhortations de ne point aller aux spectacles, vous qui venez à l'église pour entendre la parole de Dieu, et pour participer à son sacrifice mystique et redoutable, afin que vous ne profaniez point les mystères divins, en participant aux mystères du diable. »

Dans l'homélie 6, sur le chap. n de saint Matthieu. — « Ce n'est point à nous à passer le temps dans les ris, dans les divertissements et dans les délices; cela n'est bon que pour des comédiens et pour des comédiennes, et particulièrement pour ces flatteurs qui cherchent les bonnes tables; co n'est point à l'esprit de ceux qui sont appelés à une vie céleste, dont les noms sont oéjà écrits dans celte éternelle cité, et qui font profession d'une milice toute spirituelle ; mais c'est l'esprit de ceux qui combattent sous les enseignes du démon.

« Oui, mes frères , c'est le démon qui a fait un art de ces divertissements et de cts jeux pour attirer à lui les soldats de Jésus- Christ, et pour relâcher loule la vigueur, et comme les nerfs de leur vertu ; c'est pour ce sujet qu'il a fait dresser des théâtres dans les places publiques, et qu'exerçant et formant lui-même ces bouffons, il s'en sert comme d'une peste dont il infecte toute la vie.

« Saint Paul nous a défendu les paroles de raillerie, et celles qui ne tendent qu'a un vain divertissement; mais le démon nous persuade d'aimer les unes et les autres.

••< Ce qui est encore plus dangereux est le sujet pour lequel on s'emporte dans ces ris immodérés, car aussitôt que ces bouffons ridicules ont proféré quelque blasphème , ou quelque parole déshonnèle, on voit quo les plus fous sont ravis de joie, et s'emportent dans les éclats de rire. Ils leur applaudissent pour des choses pour lesquelles on les devrait lapider, et ils s'attirent ainsi sur

SENTIMENTS DE L'EGLISE SLl". LE THEA.T11E.

KO

eux-mô.r.cs par ce plaisir malheureux lo supplice d'un feu éternel ; car en les louant do ces folies, un leur persuade de les faire, 1 1 on su rend encore plus di-ne qu'oux de la condamnation qu'ils ont méritée. Si tout le monde s'accordait h ne vouloir point regarder leurs sottises, ils cesseraient bientôt du les faire : mais lorsqu'ils vous voient tous les jours quitter vos oc upations, vos travaux et l'argent qui vous en revient; en un mot renoncer à tout pour assister à ces spectacles, ils redoublent leur ardeur et ils s appliquent bien davantage à ces niaiseries.

« Je ne dis pas ceci pour les excuser, mais pour vous faire voir que c'est vous principalement qui êtes la source de tous ces dérèglements en assistant a leurs jeux, i:t y passant les journées entières. C'est vous qui, dans ces représentations malheureuses, profanez la sainteté du mariage, qui déshonorez devant tout le inonde ce grand sacrement : car celui qui représente ces personnages infâmes, est moins coupable que vous qui les faites représenter, que vous qui l'animez de plus en plus par votre passion, par vos ravissements, par vos éclats et par vos louanges, et qui travaillez en toute manière à embellir et à relever cet ouvrage du démon.

« Ne me dites point que tout ce qui se fait alors n'est qu'une fiction ; cette fiction a fait beaucoup d'adultères véritables et a renversé'beaucoup de familles; c'est ce qui m'afflige davantage, que ce mal étant si grand, on ne le regarde pas môme comme un mal, et que lorsqu'on représente un crime aussi grand qu'est celui de l'adultère, on n'entend que des applaudissements et des cris de joie.

« Ce n'est qu'une feinte, dites-vous : c'est pour cela môme que ces personnes sont dignes de mille morts d'oser exposer aux yeux de tout le monde des désordres qui sont défendus par toutes les lois; si l'adultère est un mal, c'est un mal aussi que du le repié enter.

« Qui pourrait dire combien ces fictions rendent de personnes adultères, et combien elles inspirent l'impudence et l'impureté lins tous ceux qui les regardent; car il n'y a rien du plus impudique que l'œil qui peut soulFrir de voir ces ordures. »

Dans l'homélie 38, sur le chap. n de saint Matthieu. — « Les chansons et les vers infâmes causent a l'âme une odeur plus insupportable que tout ce que nos sens abhorrent le plus, et cependant lorsque les comédiens les récitent devant vous , non-seulement vous n'en avez pas de la peine, mais vous m riez, vous vous en divertissez, bien loin d'en avoir de l'aversion et de l'horreur.

« Q ie ne montez-vous donc aussi sur le théâtre, aussi bien que ces boulions qui vous font rire ? Si ce qu'ils font n'est pas infâme, que n'imitez-vous ce que vous louez? allez seulement en public avec ces sortes de personnes. Cela me ferait rougir, ditesvous? Pourquoi donc estimez-vous tant co

que vous auriez honte de faire ? Les Uns (les païens rendent les comédiens infâmes, et vous allez en foule avec toute la ville pour les regarder sur leur théâtre, comme. si c'était îles ambassadeurs ou des généraux d'armée, et vous y voulez mener tout le monde avec vous i our emplir vos oreilles des ordures et des infamies qui sortent de la bouche de ces boulions; vous punissez: très-sévèrement vos serviteurs, lorsqu'ils disent chez vous des paroles peu honnêtes? vous no pouvez souffrir rien de sale dans vos enfants, ni dans vos femmes le moindre mot qui choque l'honnêteté; et lorsque les derniers des nommes vous invitent à entendre publiquement ces infamies que vous détestez si fort dans vos maisons ; nonseulement vous n'en avez point de peine , mais vous vous en divertissez et vous louez ceux qui les débitent, n'est-ce pas le comble de l'extravagance?

« Vous me répondrez peut-être (pic ce n'est pas vous qui dites ces choses infâmes. Si vous ne les dites pas vous aimez au moins ceux qui les disent; mais d'où piouverez-vous que vous ne les di'es pas? Si vous n'aimiez point à les dire, vous n'auriez point tant de plaisir à les écouter, ni tant d'ardeur à courir à ces folies.

« Quand vous entendez des personnes qui blasphèment, vous ne prenez point plaisir à ce qu'elles disent, vousfrémissez au contreiro, et vous vous bouchez ies oreilles pour ne les point entendre. D'où vient cela, sinon parce que vous n'êtes point blasphémateur ? conduisez-vous de môme à l'égard de ces paroles infâmes, et si vous voulez que nous croyions que vous n'aimez pas a en dire, n'aimez pas aussi à les écouter.

« Comment vous pouvez-vous appliquer aux bonnes choses, étant accoutumé à ces sortes de discours ; comment pourre/.-vous supporter le travail qui est nécessaire pour s'affermir dans la continence , lorsque vous vous relâchez jusqu'à prendre plaisir à entendre des mots et des vers infâmes ? Car'si lors même qu'on est le plus éloigné de ces infamies, on a tant de peine à se conserver dans toute la pureté que Dieu nous demande , comment notre âme pourra-t elle demeurer chaste , lorsqu'elle se plaira à entendre des choses si dangereuses ?

« Ne savez-vous pas quelle pente nous avons au mal? lors donc qu'à cette inclination naturelle nous ajoutons encore l'a; t et l'étude , comment iiï tomberons-nous pas dans l'enfer, puisque nous nous hâtons de nous y jeter ? N'écoulez-vùus point coque dit saint Paul : Réjouissez-vous au Seigneur? 11 ne dit pas : Réjouissez-vous au démon. Comment écouterez- vous ce saint apôtre?

comment serez-voustouché du ressentiment de vos péchés, étant toujours comme ivre et hors de vous, par la vue malheureuse de ces spectacles ? Vous y courez avec une ardeur et une. avidité insatiables. On n'en voit que. trop les malheureux effets, lorsque vous retournez chez vous. C'est là que chacun de vous remporte toutes ces ordures dont tes.

DICTIONNAIRE DES MÏSTERES.

paroles licencieuses, les vers impudiques, et les ris dissolus ont rempli vos âmes. Tous ces fantômes honteux demeurent dans votre esprit et dans votre cœur ; et c'est de là qu'il arrive que vous avez aversion de ce que vous devriez aimer , et que vous aimez ce que vous devriez avoir en horreur.

« Mais que dirai-jedu bruit et du tumulte de ces spectacles? de ces cris et de ces applaudissements diaboliques? de ces habits qu'il n'y a que le démon qui les ait inventés? On y voit un jeune homme qui ayant rejeté tous ses cheveux derrière la tête prend une coiffure étrangère, dément ce qu'il est et s'étudie à paraître une fille dans ses habits, dans son marcher, dans ses regards et dans sa parole. On y voit un vieillard, qui, ayant quitté toute lahonte avec ses cheveux qu'il a t'ait couper , se ceint d'une ceinture, s'expose à toute sorte d'insultes, et est prêt à tout dire, à tout faire et à tout iouffrir. On y voit des femmes qui ont essuyé toute honte, qui paraissent hardiment sur un théâtre devant un peuple; qui ont lait une étude de l'impudence, qui, par leurs regards et par leurs paroles, répandent le poison de l'impudicité dans les yeux et dans les oreilles de tous ceux qui les voient, et qui les écoutent, et qui semblent conspirer par tout cet appareil qui les environne à détruire la chasteté, à déshonorer la nature, et à se rendre les organes visibles du démon, dans le dessein qu'il a de perdre les âmes: enlin tout ce qui se fait dans ces représentations malheureuses ne porte qu'au mal : les paroles, les habits, le marcher , la voix, les chants , les regards des yeux, les mouvements du corps, le son des instruments, les sujets même et les intrigues des comédies, tout y est plein de poison, tout y respire J'impureté.

« Commentdonc espérez-vous de demeurer chaste après que le diable vous a fait boire de ce calice de l'impudicité ; qu'il en a enivré votre âme, et que par ses noires fumées il vous a obscurci toute la raison; car c'est là qu'il vous fait voir tout ce que le vice a ■ le plus honteux, la fornication, l'adultère, le déshonneur du mariage. , la corruption des femmes, des hommes et des jeunesgens; enfin le règne de l'abomination et de l'infamie. Toutes ces choses devraient donc porter ceux qui les voient, non pas à rire, mais à pleurer.

« Quoi donc , me direz-vous , renverserons-nous les lois en détruisant le théâtre qu'elles autorisent? Quand vous aurez détruit le théâtre, vous n'aurez pas renversé les lois, mais le règne de l'iniquité et du vice. Car le théâtre est la peste des villes.

« Imitez au moins les barbares qui se passent bien de tous ces jeux. Quelle excuse nous restera-t-il, si étant Chrétiens, c'est-àdire citoyens des deux et associés aux anges, et aux chérubins , nous ne sommes pas néanmoins si réglés en ce point que le sont les païens et les infidèles.

« Que si vous avez tant de passion pour vous divertir, il y a bien d'autres divertisse-

ments moins dangereux et plus agréables que ceux-là.

« Les barbares ont dit autrefois une parole digne des plus sages d'enlre les philosophes; car entendant parler de ces folies du théâtre et de ces honteux divertissements qu'on y va chercher: 11 semble, direul-ils, que les Romains n'aient ni femme , ni enfants , et qu'ainsi ils aient été contraints de s'aller divertir hors de chez eux; voulant montrer parla qu'il n'y a point de plaisir plus doux à un homme sage et réglé , que celui qu'il reçoit de la société d'une honnête femme et de celle de ses enfants.

«Mais je vous montrerai, me direz-vous, des personnes à qui ces jeux n'ont fait aucun mal ? Mais n'est-ce pas un assez grand mal que d'employer si inutilement un si long temps , et d'être aux autres un sujet de scandale? Quand vous ne seriez point blessé de ces représentations infâmes, n'estce rien que vous y ayez attiré les autres par votre exemple ? Comment donc êles-vous innocent, puisque vous êtes coupable du crime des autres ? Tous les désordres que causent parmi Je peuple ces hommes corrompus, et ces femmes prostituées, et toute celte troupe diabolique qui monte sur le théâtre, tous ces désordres, dis-je , retombent sur vous. Car s'il n'y avait point de spectateurs, il n'y aurait point de comédiens ni de spectacles, et ainsi ceux qui les représentent et ceux qui les voient s'exposent au feu éternel. C'est pourquoi quand nrême vous seriez assez chaste pour n'être point blessé par la contagion de ces lieux , ce que je crois impossible , vous ne laisseriez pas d'être sévèrement puni de Dieu , comme étant coupable de la perte de ceux qui vont voir ces folies, et de ceux qui les représentent sur le théâtre. Que s'il est vrai que vous soyez tellement pur , que ces assemblées dangereuses ne vous nu sent point , vous le seriez encore bien davantage , si vous aviez soin de les éviter.

« Quittons donc ces vaines excuses, et ne cherchons point desprétexles si déplorables. Le meilleur moyen de nous justifier est de fuir cette fournaise de Babylone, de nous éloigner des attraits de l'Egyptienne, et, s'il est nécessaire, de quitter plutôt notre manteau comme Joseph , pour nous sauver des mains de cette prostituée. C'est ainsi que nous jouirons dans l'esprit , d'une joie céleste et ineffable , qui ne sera point troublée par les remords de notre conscience, et qu'ayant mené ici-bas une vie chaste, nous serons couronnés dans le ciel parla grâce et par la miséricorde de Noire- Seigneur Jésus-Christ, à qui est la gloire et l'empire maintenant et toujours, et dans tous les siècles. »

Saint Jean Chrysostome, dans la préface de son Commentaire sur l'Evangile de saint Jean. ■ — « 11 n'est point nécessaire que je vous représente en particulier tous les viees des spectacles ; ce ne sont que des ris dissolus, des représentations honteuses, des paroles infâmes, des médisances, des bou-.

SENTIMENTS DE L'EGLISE SUR LE THEATRE

fumeries; tout y est corrompu, tout y est pernicieux. Je vous déclare à vous tous, qu'aucun de ceux qui participent à cette sai Mit* talile, ne trouble et ne perde son âme par ces spectacles qui causent la mort ; tout ce qui s'y iait est plein des pompe de Satan, et ne respire que l'impureté. Vous savez, vous qui êtes baptisés, quel est le pacte par lequel vous vous êtes engagés a nous, ou pour mieux dire, à Jésus-Christ. Lorsqu'il vous instruisait au baptême , que lui avez-vous dit touchant les pompes du diable, comment avez-vous renoncé à ce malin esprit et à Ses anges? N'avez-vous pas promis de n'acquiescer jamais à ses maximes et à ses œuvres? C'est pourquoi nous devons prendre garde très-soigneusement de n'être pas infidèles dans l'accomplissement de nos promesses, et de ne point nous rendre indignes de c.s sacrés mystères. »

Saint Jérôme, sur le premier verset du psaume, xxxn. — « Les uns mettent toute leur joie dans les choses de ce monde, les autres dans les jeux du cirque, les autres dans les divertissements de la comédie; mais vous, dit le Roi-Prophète à chaque juste, mettez toute votre joie dans le Seigneur et non pas dans les plaisirs de ce monde. C'est aux justes qui ont le cœur droit qu'il appartient de louer Dieu ; c'est-à-dire, à ceux qui dressent leurs cœurs par la règle de la vérité; car pour les impies il ne leur appartient que d'être malheureux. Malheur à ceux, dit le prophète Isaïe, qui disent que ce qui est doux est amer, et que ce qui est amer est doux. »

V' SIÈCLE. — Saint Augustin, dans le 2* Chapitre du ni* livre de ses Confessions. — « J'avais en môme temps une passion violente nour les spectacles du théâtre qui étaient pleins des images de mes misères et des flammes amoureuses qui entretenaient le feu qui me dévorait; mais quel est ce motif qui faitque les hommesy courent avec tant d'ardeur et qu'ils veulent ressentir de la tristesse en regardant des choses funestes et tragiques qu'ils ne voudraient pas néanmoins souffrir? Car les spectateurs veulent resseï tir de la douleur, et cette douleur est leur joie. D'où vient cela, sinon d'une étrange maladie d'esprit ? puisqu'on est d'autant plus touché de ces aventures poétiques que l'on est moins guéri de ses passions, quoique d'ailleurs on appelle misère le mal que l'on souffre en sa personne; et miséricorde, la compassion q l'on a des malheurs des autres. Mais quelle compassion peut-on avoir en des choses feintes et représentées sur un théâtre, puisque l'on n'y excite pas l'auditeur à secourir les faibles et les opprimés, mais qu'on le convie seulement à s'affliger de leur infortune; de sorte qu'il est d'autant plus satisfait des acteurs, qu'ils l'ont plus louché de regrets et d'affliction ; et que si ces sujets tragiques et ces malheurs véritables ou supposés, sont représentés avec, si peu do grâce et d'industrie, qu'il ne s'en afflige pas, il sort tout dégoûté et tout irrité contre les comédiens.

Que si au contraire il est touché de douleui, il demeure attentif et pleure, étant en mémo temps dans la joie et dans les larmes. Mais puisque tous les hommes nalu/ndlemeni désirent de se réjouir, comment peuvent-ils aimer ceslaf^-s et ces douleurs? N'est-ce point qu'encore que l'homme ne prenne paS plaisir à être dans la misère, il preE J plaisir néanmoins à être touché de miséricorde; et qu'à cause qu'il ne peut être touché de ce mouvement sans en ressentir do la douleur, il arrive par une suite nécessaire qu'il cliéiil et qu'il aime ces douleurs ?

« Ces larmes procèdent donc de la source de l'amour naturel que nous nous por tons les uns aux autres. Mais où vont les eaux de celte source et où coulent-elles? Elles vont fundre dans un torrent de poix bouillante, d'où sortent les violentes ardeurs de ces noires et de ces sales voluptés. Et c'est en ces actions vicieuses que cet amour se convertit et se change par son propie mouvement, lorsqu'il s'écarte et s'éloigne de la pureté céleste du vrai amour. Devonsnous donc rejeter les mouvements de miséricorde et de compassion ? Nullement. Et il faut demeurer d'accord qu'il y a des rencontres où l'on peut aimer les douleurs. Mais, ô mon âme, garde-toi de l'impureté; mets-toi sous la protection de mon Dieu , du Dieu de nos pères , qui doit être loué et glorifié dans l'éternité des siècles. Garde-toi, mou âme, do l'impureté d'une compassion folle; car il y en a une sageetraisonnabledont je ne laisse pas d'être touché maintenant. Mais alors je prenais part à la joie de ces amants du théâtre, lorsque par leurs artifices ils faisaient réussir leurs impudiques désirs ; quoiqu'il n'y eût rien que déteint dans ces représentations et ces spectacles, et lorsque ces amants étaient contraints de se séparer, je m'affligeais avec eux comme si j'eusse été touché de compassion ; et toutefois je ne trouvais pas moins de plaisir dans l'un que dans l'autre.

« Mais aujourd'hui j'ai plus de compassion de celui qui se réjouit dons ses excès et dans ses vices que de celui qui s'afflige dans la perte» qu'il a faite d'une volupté pernicieuse , et d'une félicité misérable. Voilà ce que l'on doit appeler une vraie miséricorde; mais en celle-là ce n'est pas la douleur que nous ressentons des maux d'autrui qui nous donne du plaisir; car encore que celuiqui ressent de ladouleur, envoyant la misère de son prochain, lui rende un devoir de charité qui est louable; néanmoins celui qui est véritablement miséricordieux, aimerait mieux n'avoir point de sujet de ressentir cette douleur. Et il est aussi peu possible qu'il puisse désirer qu'il y ait des misérables, afin d'avoir sujet d'exercer sa miséricorde, comme il est peu possible que la bonté mémo puisse être malicieuse , et que la bienveillance nous porte à vouloir du mal à noire prochain.

« Ainsi il y a bien quelque douleur quo l'on peut permelîfe; mais il n'y en a [ jûut

que l'on doive aimer ; ce que vous nous faites bien voir, ô mon Seigneur et mon Dieu, puisque vous, qui aimez les âmes incomparablement et plus purement que nous ne les aimons , exercez sur elles des miséricordes d'autant plus grandes et plus parfaites, que vous ne pouvez être touché d'aucune douleur. Mais qui est celui qui est capable d'une si haute perfection ? Et moi au contraire j'étais alors si misérable , que j'aimais à êlre touché de quelque douleur , et en cherchais des sujets , n'y ayant aucune action des comédiens qui me plût tant, et qui me charmât davantage, que lorsqu'.ls me tiraient des larmes des yeux'par la représentation dequelques malheurs éirangers et fabuleux qu'ils représentaient sur le théâtre. El f mt-il s'en étonner , puisqu'étant alors une brebis malheureuse qui m'étais égarée en quittant votre troupeau , parce que je ne pouvais souffrir votre conduite, je me trouvais comme tout couvert de gale?

« Voilà d'où procédait cet amour que j'avais pour les douleurs , lequel toutefois n'était pas tel que j'eusse désiré qu'elles eussent passé plus avant dans mon cœur et dans mon âme : car je n'eusse pas aimé à souffrir les choses que j'aimais h regarder; mais j'étais bien aise que le récit et la représentation qui s'en faisait devant moi, m'égratignât un peu la peau , pour le dire ainsi, quoiqu'ensuite, comme il arrive à ceux qui se grattent avec les ongles, celle satisfaction passagère me causât mi^> enflure pleine d'inllaramation d'où sortait du sang corrompu et de la houe. Telle était alors ma vie; mais peut-on l'appeler une vie, mon Dieu? »

Dans VEpître 5 à Marcellin. — « Rien n'est plus malheureux que le bonheur des pécheurs, qui nourrit pour ainsi dire uno impunité, qui est en effet une peine et qui fortifie la mauvaise volonté comme un ennemi intérieur. Mais les cœurs des hommes sont si pervertis et si rebelles, qu'ils s'imaginent que le monde est dans une pleine félicité , lorsque ceux qui l'habitent ne pensent qu'à orner et à embellir leurs maisons , et qu'ils ne prennent pas garde à la ruine • le leurs âmes ; qu'on bâtit des théâtres magnifiques , et qu'on détruit les fondements des vertus ; qu'on donne des louanges et •les applaudissements à la fureur des gladiateurs, et qu'on se moque des œuvres de miséricorde; lorsque l'abondance des riches entretient la débauche des comédiens, et que les pauvres manquent de ce qui leur est nécessaire pour l'eulri-tien de leur vie ; lorsque les impics décrient par leurs blasphèmes la doctrine de Dieu, qui par la voix de ses prédicateurs crie conire celle infamie publique, pendant qu'on recherche de faux dieux à l'honneur desquels on célèbre ces spectacles du théâtre qui dé.-honorent et corrompent le corps et l'âme. Si Dieu permet que ces désordres arrivent, c'est alors qu'il en est plus irrité : s'il laisse ces crimes impunis, c'est alors qu'il les punit plus sévèrement; et quandil ôte aux hommes les

moyens d'entretenir leurs vices, et que par la pauvreté il détruit l'abondance et la multiplication des voluptés; ce traitement qui paraît contraire à leurs désirs , est un effet de sa miséricorde. »

Dans le chapitre 33 du premier livre de la Concordance des évangélistes. — ■ « Quant à ce que les païens se plaignent que le christianisme a diminué la félicité du monde; s'ils lisent les livres de leurs philosophes*, qui reprennent ces choses dont ils sont privés maintenant malgré eux, ils trouveront que cela tourne à la louange de la religion chrétienne ; car quelle diminution souffrentils de leur félicité, sinon à l'égard des choses dontils faisaient un très-mauvais usage, s'en servant pour offenser leur Créateur ? Il leur semble peut-être que le temps est mauvais , parce que presque dans toutes les villes, les théâtres, ces lieux infâmes, où l'on fait une profession publique de l'impureté, tombent en ruine ; d'où vient cela, sinon de la pauvreté, qui ne leur permet pas de réparer ces lieux qu'il avaient bâtis autrefois avec une profusion honteuse et sacrilège ? Leur Cioéron louant un certain comédien nommé Roscius, n'a-t-il pas dit qu'il était si habile dans son art, qu'il n'y avait que lui seul qui fût digne de monter sur un théâtre; et que d'ailleurs il était si homme de bien , qu'il n'y avait que lui seul qui n'y dût point monter, marquant parla , en termes bien exprès, que le théâtre est si infâme que plus un homme est vertueux, plus il doit s'en éloigner. »

Dans le chapitre 29 du h" livre de la Ltté de Dieu. — « C'est avec raison , peuple romain, que vous avez exclu les comédiens dudroit debouigeoisie. Eveillez-vous encore un peu davantage, et reconnaissez qu'on ne se rend point agréable à la majesté de Dieu par les exercices qui déshonorent la dignité des hommes. Comment donc pouvez-vous mettre au rang des saintes puissances du ciel ces dieux qui se plaisent à recevoir un culte, qui rend indignes parmi vous ceux qui le rendent, d'être mis au nombre des citoyens romains? Celte cité céleste est incomparablement plus illustre , où la vérité est toujours victorieuse, où la dignité est inséparable de la sainteté , où il y a une paix et une félicité perpétuelle, où la vie est éternelle. Si vous avez eu honte de recevoir ces sortes de personnes dans votre ville pour être vos concitoyens , à plus forte raison cette sainte cité ne reçoit point ces sories de dieux. C'est pourquoi si vousdésirez d'avoir part à la félicité de celte bienheureuse cité, fuyez la compagnie des démons. C'est une chose honteuse à des personnes vertueuses d'adorer des dieux qui regardent d'un œil favorable le culte déshonête que leur rendent des infâmes. Embrassez la pureté du christianisme, et éloignez de vous ces profanes divinités, comme les censeurs ont exclu les comédiens de vos honneurs et de vosdignités, les notantd'infamie »

Dans ;e 1" sermon sur le 1" verset du\psau~ me xxxu. — « C'est aux hommes injustes si

SEMiMENTS DE L'EGLISE SL'U LE TUEATRE.

méchants à se réjouir dans ce monde : le monde finira, et leur joie finira avec Je monde; mais il faut que les justes mettent leur joie dans le Seigneur, nlin qu'elle soit permanente et immuable comme lui. Il faut que nous mettions notre complaisance et noire joie, et que: nous nous appliquions à le louer; il est le seul dans lequel il n'y ait rien qui nous déplaise; comme au contraire, il n'y a personne en qui les infidèles trouvent tant de choses qui leur déplaisent. Tenez ce peu de mots pour une maxime indubitable, que l'homme àqui Dieu plaît, plaît aussi à Dieu. Ne pensezpas, meslrès-chers frères, que ce que je dis soit d'une petite importance, vous voyex aussi bien que moi, combien il y a d'hommes qui disputent contre Dieu? Combien il s'en trouve à qui ses œuvres et sa conduite déplaisent; car lorsqu'il veut quelque chose de coniraire à la volonté des hommes, à cause qu'il est le souverain maître, et qu'il sait bien ce qu'il fait, et qu'il ne considère pas tant nos inclinations que notre utilité, ceux, qui voudraient que leur volonté s'accomplît plutôt que celle deDieu, voudraient aussi réduire sa volonté è la leur, au lieu de corriger et de régler la leur par la sienne.

« C'est à ces hommes infidèles, impies, méchants (j'ai honte de le dire, je le dirai pourtant, parce que vous savez combien ce quo je vais dire est véritable), c'est à ces sortes depersonues qu'un comédien plaîi davantage que Dieu, c'est pourquoi le P.ophète après avoir dit : Justes, réjouissez-vou» en Dieu (parce que nous ne saurions nous réjouir en lui, qu'en le louant , et que nous ne pouvons le louer, si nous ne lui plaisons, d'autant plus qu'il nous plaît davantage) , il ajoute : C'est aux justes qu'il appartient de louer Dieu. Qui sont les justes? ce sont ceux qui conforment leur cœur à la volonté de Dieu , qui règlent et conduisent leur volonté parla sienne. Si la faiblesse humaine leur cause quelque trouble dans les fâcheuses rencontres de celte vie; l'équité divine les console , et les remet dans le calme. »

Dans le Sermon sur le psaume xxxix. — « Combien y a-t-il de personnes qui se reconnaissent ici dans la peinture que je vous fais des gens du inonde? Ces personnes converties se regardent avec étonnement les unes les autres et parlent avec joie dans l'Eglise de Dieu des miséricordes qu'il leur a laites. Se voyant dans le sein de l'Eglise , elles considèrent avec une extrême reconnaissance l'affection que Dieu leur a déjà donnée pour la parole , pour les offices et les œuvres de charité, pour être souvent dans rassemblée des fidèles et ne sortir (juasi point de l'église.

« Elles font attentivement réflexion sur toutes ces grâces que Dieu leur a faites , et qu'il a faites en même temps à d'aulres pécheurs , et se plaisent h s'en entretenir avec ceux qui participent au même bonheur. Quel changemnnt, disent ces personnes , voyons-nous en cet homme, qui était

si passionné pour le cirque ? Combien pa| changé cet autre qui aimait et qui louait si fut ce chasseur ou ce comédien? Cet homme converti parle ainsi des autres , et les autres parlent de lui de la même snrie.

« Certainement nous voyons par la grâce deDieu de ces conversions merveilleuses, et elles nous sont un sujet d'actions de grâce et dejoic. Mais si nous nous r jouissons à cause de ceux qui sont convertis, ne désespérons pas de ceux dont nous voyons des égarements et des désordres. Prions pour eux, mes très-chers frères; c'est du nombre de ceux qui étaient méchants et impies, que Dieu se plaît à faire croître le nombre des saints.

« Que notre Dieu devienne donc notre unique espérance : celui qui a fait toutes choses est meilleur que toutes choses. Celui qui a fait les belles choses est plus beau que tousses ouvrages. Celui qui a fait les choses fortes, est plus fort que tout ce qu'il y a de plus fort. Celui qui a fait tout ce qui est grand, surpasse tout ce qu'on se peut figurer déplus grand; il vous tiendra lieu de ce que vous aimez.

« Apprenez à aimer le Créateur en la créature, et l'ouvrier en son ouvrage. Il ne faut pas vous bisser occuper par les choses qui sont les effets de la puissance île Dieu , et perdre ce Dieu même qui les a faites, et par qui vous avez été tiré du néant. Bienheureux donc est l'homme qui met son espérance dans le nom du Seigneur, et qui n'a nul égard aux vanités , et aux folies trompeuses du siècle.

n Celui qui se sentira touché de ce que j'ai dit, qui voudra se corriger de ses vices, ra occupé de la crainte des jugements

qui sera de Dieu,

que la foi lui représente , et qui cominenera de vouloir marcher dans la voie étroite, craindra peut-être de n'avoir pas la force de persévéïer , et nous dira : Ma volonté ne durera pas, et je ne continuerai pas dans la voie que vous m'avez proposée, si vous ne donnez des spectacles à nies yeux, et des objets à mon esprit, qui me tiennent lieu de ceux auxquels jeienor.ee. Comment faut-il donc , mes frères, que nous traitions ces personnes qui sort lit ainsi du dérèglement , et qui renoncent aux plaisirs du siècle? Que leur donneronsnous en la place de ce que nous leur faisons quitter? Les laisserons-nous sans leur donner des spectacles qui leur plaisent, et qui les occupent ? Ils mourraient de tristesse , ils ne subsisteraient pas, ils ne pourraient pas nous suivre. Qui! pourrons-nous donc faire pour les contenter , et les retenir? il faut sans donie que nous leur donnions des spectacles pour d'autres spectacles.

« Mais quels spectacles pouvons-nous offrir à un homme chrétien que non- voulons retirer des spectacles vains, et profanes du monde ? Je rends grâces à Noire-Seigneur de ce qu'il nous a marqué dans le verset suivant quels spectacles nous devons fournir aux amateurs des spectacles. Oui, nous consentons, et nous approuvons que le

CO

chrétien qoï se prive des divertissements du cirque, du théâtre , de l'amphithéâtre, cherche d'autres spectacles. Nous ne vidions point qu'il en manque. Que lui donnerons nous donc à leur place? Ecoutez ce que dit notre Prophète ; Seigneur, mon Dieu, votisnvez fait une multitude de choses qui sont autant de merveilles que vous nous mettez devant (es yeux. Ce Chrétien se plaisait auparavant à considérer les frivoles merveilles des hommes; qu'il s'arrête maintenant aux merveilles de Dieu; qu'il les contemple, et qu'il le,s admire, puisque ce sont des miracles d'une magnificence et d'une sagesse to te divine qui mérite d'être toujours également un sujet d'admiration. Pourquoi l'accoutumance à voir toutes les merveilles du monde et de la nature dont Dieu est l'auteur, les lui a-t-elle rendues moins estimables et moi 'i9 précieuses ? »

Dans le Sermon sur le psaume en. — « Quand je dis : Ui homme pécheur se présente à vous, je marque deux noms, et ce n'est pas inutilement et sans raison ; car êire homme et être pécheur sont deux choses Lien différentes ? Etre homme , c'est l'ouvrage de Dieu ; être pécheur, c'est l'ouvrage del'ho i me. Pourquoi, medirez-vous, ne m'est-il point i ermis de donner à l'ouvrage de l'homme? Qu'est-ce que donner à l'ouvrage de l'homme? C'est donner à un pécheur à c.iuse de son péché, parce qu'il vous divertit par son impiété. Mais qui fait cela, dites-vous? Piût à Dieu que personne ne le fit , ou qu'il y eûl peu de gens qui le tissent, ou qu'on ne le fit pas publiquement. Ceux qui donnent aux comédiens, pourquoi leur donnent-ils? Ne sonl-ce pas des hommes à qui ils donnent; mais ils ne considèrent pas en eux la nature de l'ouvrage de Dieu ; ils ne regardent que l'iniquité de l'ouvrage de l'homme. »

Dans le traité 100, sur le xvi' chapitre de saint Jean. — « Donner son bien aux comédiens, c'est un vice énorme, bien loin d'être une vertu. Vous savez aussi bien que moi ce que l'Ecriture dit de ces sortes de personnes auxquelles le monde donne d'ordinaire des applaudissements et des louange* : On loue le pécheur de ses actions, et on bénit le méchant à cause de ses méchancetés. »

Dans le 1" et 2' chapitre du n* livre du Traité du symbole aux Catéchumènes. — « Sachez, mes bieii-a niés, que le démon, notre ennemi, séduit et prend plus de gens par la volupté que par la crainte; car pourquoi tend-il tous les jours les pièges des spectacles? pourquoi présente-t-il tant de vanités et d'infâmes plaisirs, qui ne sont que folie et qu'illusion, sinon atin de prendre ceux qui l'avaient abandonné , et pour se réjouir d'avoir trouvé ceux qu'il avait perdus ? Il u'ts'l point nécessaire d nous étendre plus au long sur ce sujet, il suffit de vous représenter en peu de mots ce que vous devez rejeter et ce que vous devez aimer. Fuyez les spectacles, mes bien-aiutés, fuyez ces théâtres infâmes du dkb'c,

afin de ne vous point engager dans les liens de cet esprit malin. Mais s'il iaut relâcher votre esprit, si vous vous plaisez aux spectacles , l'Eglise notre sainte et vénérable mère vous en fournit de plus excellents et déplus agréables; ce sont des spectacles salutaires qui remplissent l'esprit de joie. »

Dans le sermon 18 Des paroles du Seigneur. — « Un bon Chrétien ne veut point aller aux spectacles, et en cela même qu'il réprime sa passion , et qu'il ne va pas au théâtre, il crie après Jésus-Christ, et le prie de le guérir. Cependant il y en a d'autres qui y courent; mais ce sont peut-être des païens ou des juifs. Certes si les Chrétiens n'y allaient point, le nombre des spectateurs serait si petit, que la honte et la confusion qu'ils en auraient les feraient retirer. 11 y a donc des Chrétiens qui sont si malheureux que d'aller aux spectacles, et d'y porter un si saint nom pour leur condamnation. Mais vous qui n'y allez pas, niez sans cesse après Jésus-Christ pour implorer son assistance. »

Saint Isidore , prêtre de Damiette, dans l'épître 33(5 du m' livre. — « Les comédiens ne s'étudient principalement qu'à pervertir le peuple, et non pas à le rendre meilleur; car c'est la débauche de leurs spectateurs q i fait leur félicité ; de sorte que s'ils s'appliquaient à la vertu, le métier de comédien serait aussitôt anéanti. C'est pourquoi ils n'ont jamais pensé à corriger les dérèglementsdes hommes; et quanji ils le voudraient entrei rendre, ils ne le sauraient faire, parce que la comédie, d'elle -même et par sa nature, ne peut être que pernicieuse et nuisible. »

Dans l'épîlre 186 du v* livre. — « S'il est certain , comme on n'en peut douter , qoo le jour du jugement viendra, il faut pratiquer la vertu. Qui; si cela paraît difficile et (âcheux ;i quelques-uns, il vous sera facile de le faire si vous fuyez les théâtres et le cirque ; ces lieux infâmes qui perdent tout le monde, ou plutôt les villes ou ces spectacles sont représentés, et particulièrement les personnes qui se laissent emporter à la passion de ces honteux divertissements. »

Dans l'épître 463 du même livre. — « Celui qui a une passion violente pour les spectacles du théâtre , ne sera pas moins transporté pour l'amour infâme. Fuyez donc ce premier dérèglement pour ne pas tomber dans l'autre ; car il est plus facile de détruire le vice avant qu'il soit enraciné, que de l'arracher après qu'il a pris de profondes racines; ce qui est très-difficile, et quelques-uns même l'estiment impossible. »

Saint Salvien , évoque de Marseille , dans le vi" livre de la Providence de Dieu. — « Quelle monstrueuse folie? Quoi, s'il nous arrive quelque bon succès ; si nous remportons des victoires sur nos ennemis; enfin si Jéîus-Christ nous comble de ses faveurs, nous lui oflrons des jeux publics , et ce sont nos actions de grâces! Nous imitons en cela celui qui paierait d'uneinjurele plaisir q.u'ij viendrait de recevoir, et qui percerait le

SENTIMENTS DE L'EGLISE SIR LE THEATIIE

visage et le cœur do celui qui lui ferait des caresses. Je demanderais volontiers à ceux que les grandeurs et les richesses font reconnaître par-dessus les autres , de quel supplice serait digne un esclave qui outragerait son maître de qui il viendrait de recevoir la liberté ? Il est hors do doute que celui-là est tout à fait méchant qui rend le mal pour le bien, n'étant pas même permis do rendre le mal jiour le mal. Nous faisons toutefois ce que je viens de dire, nous nous disons Chrétiens, et par nos impureté-; nous excitons contre nous un Dieu miséricordieux; nous l'irritons alors qu'il s'a] aise', et nous l'outrageons alors qu'il nous caresse. Nous offrons donc à Dieu des jeux infâmes pour les bienfaits qui viennent de lui , nous lui faisons des sacrifices exécrables, comme s'il avait pris notre chair pour nous donner de si mauvaises instructions , où qui nous les eût fait entendre par la bouche dr ses a| ûti es. Ce fut peut-être pour cela que Dieu voulut naître ici-bas comme un homme, tt qu'il daigna prendre notre lionle et notre bassesse en naissant comme nous? Ce fut peut-être pour cela qu'il naquit dans une étable où les anges le servaient ? Ce fut peut être pour cela que Dieu qui enveloppe le ciel et la terre se laissa envelopper de petits linges dans lesquels il gouvernait toutes choses? Ce fut peut-être pour cela que Di<'u qui se fil pauvre pour i.ous enrichir, qui s'est humilié même jusqu'à mourir sur la croix, et dont la mort lil trembler tout le monde, voulut être pour nous attaché sur une croix ainsi qu'un criminel'.' Nous nous imaginons peut-être qu'il nous a fait des leçons d'impiété , alors qu'il vivait et qu'il souffrait tant de peines et tant d'injures pour nous ? Nous reconnaissons d'une étrange façon les effets de ses souffrances , nous avons reçu notre rédemption et notre vie par le moyen de sa mort, et ce bienfait n'est payé que par les vices d'une vie débordée. Saint Paul dit que la grâce s'est

montrée

qu

'elle nous a enseigné à vaincre

l'impiété, et à perdre les appétits déréglés; qu'elle nous commande devivre sobrement, d'être pieux et justes dans ce monde , en attendant l'effet d'une bienheureuse espérance, et la venue de la gloire de Jésus, qui s'est donné lui-même pour nous à dessein de nous i acheter, et de la ver par son sang un peuple agréable à sa divinité, et sectateur des bonnes œuvres. Où sont maintenant ceux qui mettent en usage les choses pour lesqui lies l'Apôtre dit que Dieu est venu ? Où sont les Chrétiens qui retranchent de leurs cœurs ces appétits déréglés ; qui fassent profession de la piété, et tout ensemble de la sobriété, et qui témoignent par leurs actions qu'ils ont l'espérance d'une gloire qui do. t toujours durer. Quiconque vit bien et ne se laisse pas emporter aux tempêtes du temps, montre qu'il attend celte gloire, et qu'il mérite de la receveir. Dieu, dit l'Apôtre, est venu pour laver de son san// un peuple agréable à samajesté et amateur de bonnes uctions. Où est ce peuple pur et net .' Où

est ce peuple agréable à Dieu? Où est ce peuple qui fait gloire des bonnes actions? L'Ecriture nous apprend que Dieu souffrant pour nous, a fait les chemins que nous devons suivre; peut-être que ces chemins nous conduisent aux jeux publies et aux spectacles qu'il détend ? Dieu nous a peutêtre laissé ce témoignage pour ce sujet? Dh'u, dis-je, de qui nous ne lisons point qu'on l'ait vu rire, Dieu a pleuré pour nous, parce que les pleurs sont des témoignages d'un esprit touché, et n'a point voulu rire, d'autant que c'est ainsi que les meilleures disciplines se corrompent. Aussi a-t-il dit par la bouche de l'évangéliste : Malheur sur vous qui riez, parce que vous pleurerez ; et au contraire vous êtes bienheureux vous qui pleurez maintenant , car vous rirez quelque jour.

;< Nous ne nous contenterions pas de rire et de nous réjouir si nous ne rendions nos réjouissances criminelles, par le moyen des vices que nous y mêlons. Nous ne pouvons nous divertir sans faire des péchés de nos divertissements ; nous penserions que nos plaisirs seraient en quelque façon défectueux s'ils ne nous rendaient coupables, et qu'il n'y aurait point de contentement à rire si l'on n'offensait Dieu. Rions même sans mesure; réjouissons-nous sans cesse , pourvu que ce soit innocemment. N'est-ce pas une étrange folie que s'imaginer que nos divertissements ne seraient pas agréables s'ils n'étaient injurieux à Dieu.

« Dans ces speclables dont nous avons parlé, nous nous déclarons eu quelque façon apostats, transgres.seurs de la loi et ennemis des sacrements , car la première protestation que les Chrétiens font au baptême, n'est-ce pas de renoncer au diable, à ses pompes, à ses spectacles, à ses ouvrages ? Nous les suivons toutefois après le baptême; nous savons bien que ces spectacles sont des inventions du diable ; nous y avons renoncé ; d'où s'ensuit nécessairement qu'en y allant volontairementet avec dessein, nous devons reconnaître que nous retournons au diable ; car après tout nous avons en même temps renoncé à l'un et à l'autre, et avons confessé que l'un et l'autre sont la même chose. Si bien que si nous retournons à l'un, il est véritable que nous retournons à l'autre.

« Je renonce, dit-on en se faisant baptiser, au diable, à ses pompes, à ses spectacles , et à ses œuvres ; et l'on ajoute aussitôt après : Je crois en Dieu le Père tout-puissant et eu Jésus-Christ son Fils, L'on renonce donc première nt au diable, aûn que l'on croie en

Dieu, d'autant que quiconque ne renonce pas au diable ne croit pas en Dieu ; et parlant quiconque retourne au diable, méprise et quitte son Dieu; or les démons se trouvent dans les spectacles et dans les pompes solennelles, de sorte que quand nous y retournons nous quittons la foi de Jésus- Christ. Le mérite des sacrements de noire religion se perd eu ::ous ; tout ce qui suit

DICTIONNAIRE DES M \ STERES

d-aris notre symbole est clioqué et tout ensemble affaibli; car le moyen de s'imaginer qu'une chose puisse demeurer debout quand son appui esta bas. Dis moi donc, ô Chrétien, qui que tu sois, ayant perdu par tes mépris et par ta rcbeillon les principes de la croyance, comment pourras-tu faire état de >a suite? et comment t'imagineras-tu que le iesie te pourra profiter ? Les membres sans l,i tête ne peuvent rien; toutes choses dépendent de leur principe , et ne piolilent pas sans lui. Quand les fondements d'un édifice sont sapés, tout le reste tombe en ru ne; les arbres qui n'ont plus de racine ne durent pas longtemps, et les ruisseaux <:e qui l'on tarit lessources se diminuent et se perdent bientôt ; enfin rien ne subsiste sans la tête.

« .Mais si l'on ne trouve pas que ces spectacles dont nous avons parlé soient de si grande conséquence, que l'on considère attentivement ce que nous avons dit, et sans doute on reconnaîtra qu'au lieude contentement ils nous apportent la mort, qu'ils nous perdent au lieu de nous divertir; car eu se retirant de ce qui peut entretenir la vie, ne se met-on pas au hasard de la perdre entièrement; et lorsqu'on a ruiné le fondement de sa religion, n'a-t-on pas sujet d'appréhender la perte de son salut ?

« Retournons maintenant à ce que nous avons si souvent dit, retournons aux b rbares, puisque les Chrétiens sont si détestables. Où trouvera-t-on chez eux tant do malheureux spectacles? où sont leurs gladiateurs, et tous ces prodiges d'impureté qui paraissent chez nous? Mais quand on verrait entre eux tout ce que je viens de dire , ils ne seraient pas toutefois si coupables que nous, parce que l'offense qu'ils feraient en voyant de si grandes impuretés ne serait pas suivie de la transgression delà loi. Que pouvons-nous répondre au contraire qui nous excuse, et qui ne nous condamne ? Nous sommes en possession le la véritable croyance, et nous la ruinons; nous confessons que nous avons le gage de notre salut, et tont ensemble nous le nions. Où est en nous le caractère de Chrétien ? Il semble que nous ne prenions les sacrements du christianisme que pour nous rendre plus coupables par le mépris que nous en taisons. Nous préférons les choses vaines au service de Dieu, nous méprisons les autels, et nous respectons le théâtre , nous aimons tonte chose, nous avons toute chose en vénération et en comparaison de tout, il n'y a que Dieu qui nous semble méprisable. Bien que cette vérité ne manque point de preuves, je dirai néanmoins une chose qui la rendra visible à tout le monde. S'il arrive qu'en un jour de fête on fasse des jeux publics, les églises seront-elles plus remplies que les lieux destinés aux spectacles ? Les paroles de l'Evangile font-elles une plus vive impression sur les cœur» que celles des théâtres? Je laisse pour juge de celte demande la conscience de tous les Chrétiens ; et je n'ai que faire de dire ce

qu'une pernicieuse coutume fait voir trop clairement, l'on relient plus facilement un mauvais mot, qu'une sentence de l'Evangile, et l'on est plus content d'écouter les paroles delà mort, que celles de la vie ; ainsi le criminel aime mieux entendre cequi le condamne, que ce qui lui donne sa grâce.

« Si un jour de fêle on apprend dans les églises, où l'on ne va bien souvent que pour adorer les créatures , qu'il y a de ces divertissements en quelques lieux , l'on méprise le temple et l'on court au théâtre ; l'on quitte le ciel pour aller aux enfers. L'Eglise est vide en peu de temps , et en moins de temps encore le lieu qui reçoit les spectateurs au théâtre est rempli. On laisse sur les autels un Dieu qui se donne à nous pour nourriture, et l'on va se repaître de la viande du diable; on va commettre des adultères par la vue, l'on va applaudir a sa perte ; et lorsqu'on se réjouit ainsi dans ses prospérités , l'on ne songe pas à ces paroles que Dieu prononce par la bouche da prophète : \rous serez perdus pour vos péchés* et les autels du ris et de la réjouissance seront abattus. »

VI' S.'ÈCLL. — Sainl Anastase sinaïte , patriarche d'Ànliorhe, da is le Traité du la sacrée communion. — h Notre aveuglement est grand, notre négligence est extrême ; nous n'avons point de componction ; nous n'avons point de crainte de Dieu ; nous ne corrigeons point nos mœurs, nous ne faisons point de pénitence; mais notre esprit s'applique entièrement à la malice et aux voluptés; et il arrive souvent que nous passons • sans peine les journées entières au théâtre dans les conversations déshonnôtes et dans les autres œuvres du diable. Nous quittons le manger, nous abandonnons noire maison, nous négligeons nos affaires importantes , pour nous occuper à ces vanités, cl à ces infâmes divertissements ; et nous ne voulons pasdemeurer uneheuredànsi'Egl se pour vaquer à la prière et à la lecture, et pour nous tenir en la présence de Dieu. Nous nous liâlons" d'en sortir aussi vite que si nous nnus relirions d'un embrasement. Si la prédication de l'Evangile dure un peu trop, nous faisons éclater notre indignation et notre impatience. Si le prêtre fait des prières un peu longues, nous sommes sans goût et sans attention. Si celui qui offre le sacrifice non sanglant tarde tant soit peu , nous nous ennuyons, et nous regardons la pi ière comme un procès dont nous voudrions avoir une prompte expédition; et cependant suivant les mouvements du diable, nous nous emportons dans les vanités et dans les voluptés. Certes, mes frères, notre misère est grande I »

VIIe SIÈCLE. — Saint Isidore , archevêque de Se ville, dans le xviu' livre des Etymologies, chap. 19. — « Un Chrétien ne doit avoir aucun commerce avec les folies du cirque, avec l'impudicité du théâtre , avec les cruautés de l'amphithéâtre , avec la barbarie des gladiateurs , avec l'infamie des jeux de Flore ; c'est renoncer à Dieu que de,

SENTIMENTS DE L'EGLISE SC3 LE TïlEATIŒ.

s'amusera ces vanités; c'est so rendre prévaricateur de la foi chrétienne que de rechercher après le baptême les choses auxquelles on a renoncé en le recevant ; c'està-dire le diable, ses pompes, et ses œuvres.»

VIII* SIÈCLE. — Sain» Jean Damascenb, dans le m" livre des Parallèles, chap. 47. — « Il y a des villes qui depuis le matin jusqu'au soir repaissent leurs yeux de divers spectacles des comédiens, et qui ne se lassent point d'employer un si longtemps à écouter des vers lassifs et licencieux , qui remplissent les esprits d'ordures ; et il y a même des personnes qui appellent ces peuples heureux, en ce que, quittant leurs affaires et les occupations nécessaires puur l'entretien de la vie , ils passent les journées entières dans l'oisiveté et dans la volupté, ne considérant p:is que le théâtre où l'on représente ces spectacles honteux, et l'école commune et imblique de l'impureté pour ceux qui s'assemblent dans ce heu infâme.

« Ceux qui ont la crainte du Seigneur , attendent le dimanche pour offrir leurs prières à Dieu, et pour recevoir le corps et le sang de Noire-Seigneur. .Mais les lâches et les fainéants attendent le dimanche pour ne point travailler, et pour s'abandonner aux vices. Ils courent, où plutôt ils volent au théâtre, pendant que nous voyons les spectacles de l'Eglise; nous y voyons Jésiis- Ghrist reposant sur la table sacrée; nous y entendons l'hymne que les séraphins chantent dans le ciel en l'honneur de Dieu ; nous entendons les paroles de l'Evangile ; nous y jouissons de la présence du Saint-Esprit; nous y entendons la voix des prophètes ; l'hymne dont les anges glorifient Dieu, et ce chant de joie qui nous excite à louer sa divine majesté. Tout y est spirituel, salutaire, et propre à nous rendre dignes du royaume du ciel. Ce sont là les spectacles que l'Eglise donne à ceux qui y vont ; mais quels sont au contraire les spectacles de ceux qui vont à la comédie? Ils n'y voient que les pompes du diable ; ils n'y entendent que la voix du démon. »

IXe S1ECLK. — Photii s , patriarche de Conslantiuople dans le Xomocanon, lit. ix, chap. 27. — « Si un évèque ou un ecclésiastique assistent aux spectacles du théâtre, qu'on leur interdise la fonction de leur ministère pendant trois ans, et qu'on les enferme dans un monastère. Que s'ils donnent des marques d'une pénitence sincère , les prélats pourront abréger ce temps. »

Xl'SlECLE. — Olympiodore, sur le verset 17 du chapitre iv de l'Ecclésiaste. — « Quand vous entrez dans la maison de Dieu, prenez garde à vos pieds , ri approchez-vous pour écouler sa parole. Réglez , dit le Sage, tout entre corps dételle sorte nue nous n'employons point pour faire le mat les mêmes ■membres dont 7ious nous servons pour faire le bien. Comme s'il disait : Je vous prie quo ces pieds dont vous vous servez pour aller .nu temple de Dieu , ne soient point employés pour aller aux jeux du théâtre, el

aux spectacles infâmes. Apprenez par là (pie vous en devez user de même à l'égard des autres parties de votre corps. Ctrtes ceux qui ont les pieds nets en entrant dans l'Eglise de Dieu doivent prendre garde de ne les point souiller , en allant dans des lieux impurs et profanes qui déplaisent à Dieu. »

X1J/ S1È LK. — Sahl Behnaiid , dans le Traité de la conversion des mœurs, chap. 11 — « Quant à la vue des spectacles vains, que sert-elle au corps, ou quel bien 'apport e-t-el le à l'âme? Certes vous ne trouverez point que l'homme tire quelque profit de la curiosité. Les divertissements sont de pures niaiseries ; et je ne sais quel plus grand mal je lui pourrais souhaiter que la durée de ces vains amusements qu'il recherche, et de cette inquiétude curieuse dont il est charmé, et qui lui fait haïr la paix et la douceur d'un heureux repos. Il est bien clair qu'il n'y a rien de solide en tous ces plaisirs, puisqu'on n'en aime que le mouvement passager par lequel ils succèdent 1 s uns aux autres, et non pas leur continuation et leur durée. Que si les vanités ne sont que des choses vaines , comme le nom seul le uiarque assez clairement ; il faut nécessairement que le travail qu'on emploie à des choses v;iines soit aussi vain qu'elles. O gloire ! ô gloire, dit un Sage, qu'êtes-vous parmi la plupart des hommes, qu'une v.:ii;e enflure que le cœur conçoit par l'oreille? Et cependant combien cette var.ilé heureuse, où plutôt cette vaine félicité produit-elle de malheurs ?

« C'est de là que vient l'aveuglement du cœur, selon ce qui est écrit : O mon peuple, ceux qui vous appellent heureux vous trompent. C'est de là que viennent les peines lâcheuses des soupçons , et les cruels tourmenta de la jalousie, etc.

« Ceries ce n'est pas tant une folie qu'une infidélité d'aimer des choses si basses, où plutôt des choses de i éaut , et d'estimer si peu cette gloire que nu! œil n'a vue, que nulle oreille n'a ouïe, que nul esprit humain n'a imaginée, ces biens et ces trésors que Dieu a pré, ares pour ceux qui l'aim nt. »

Jean de Salisbery, évêque de Chartres , dans le I" livre des Vanités de la cour, chap. 8. — « Notre siècle ^'attachant à des fables et à de vains amusements, ne prostitue pas seulement les oreilles et le cœur à la vanilé ; mais il flatte aussi son oisiveté par les plaisirs des yeux et des oreilles ; et il allume le feu de l'impureté cherchant de toutes parts ce qui est propre à entretenir les vices.

« L'oisiveté est l'ennemie de l'âme, qui la dépouille de toutes ses inclinations vertueuses; c'est pourquoi un très-savant homme donne ce conseil : Que l'ennemi du genre humain, dil-il , vous trouve toujours occupé, afin qu'avec autant de bonheur, que de prudence , vous vous couvriez de vos occupations , comme d'un bouclier contre toutes ses tentations. Il faut fuir l'oisiveté comme une dangereuse syrène ; et cependant les comédiens nous y altiieut. L'ennui se glisse aisément dans u:i esprit vide

SENTIMENTS DE L'EGLISE SLR LE TllEATKE.

qui ne se peut supporter lui-même, s'il n'a quelque volupté pour se divertir ; c'est pour cela que l'on a introduit les spectacles, et tous ces appareils de la vanité , où s'occupent ceux qui ne peuvent vivre sans quelque amusement ; mais c'est un dérèglement pernicieux ; car l'oisiveté leur serait encore plus avantageuse qu'une si honteuse occupation.

« Estimez-Vous un homme sage qui se plaît à écouler et à voir ces uiaiseri s? J'avoue qu'un homme de bien peut hnn élément se donner quelque plaisir modéré.

Mais c'est une chose hu Ht use à u 1 homme grave de s'avilir , et de se souiller par ces sortes de divertissements intâ.ues. Un homme d'honneur ne doit pas regarder les spectacles, et particulièreme t ceux qui sont déshonnêtes, de peur que l'imo t nence de sa vue ne soit un témoignage de l'impureté de son âme. G'esl avec raison que Périclès étant prêteur reprit Sophocle, son collègue, en ces termes : «Il fautqu'u 1 magistral n'ait « pas seulement les niai us pures, mais les y eux c« même. «C'est pourquoi un homme à qui la

puissance royale donnait une grande licence, faisait cette prière h Dieu : Détournez mes yeux, afin qu'ils ne regardent point la vanité; car il savait hien qu'il est certain que la vue cause une infinité de maux ; ce que le prophète Jérémie déplore dans ses Lamentations : Mes yeux, dit-il, ont ravi mon âme comme une proie.

« Vous ne douiez point que l'autorité des Pères de l'Eglise n'ait interdit la sacrée communion aux comédiens et aux farceurs; d'où vous pouvez juger quelle peine méritent ceux qui les favorisent) si vous vous représentez que les coupables des crimes et 1 urs complices doivent être également punis. « Ceux qui donnent aux comédiens, « dit saint Augustin, pourquoi leur donci nent-il-, si ce n'est parce qu'ils se plaisent « au mal que font ces personnes infâmes ? » Or celui qui se plaiiau mal, et qui l'entretient, cst-d honini" de bien? <> (Traité de la comédie et des spectacles selon la tradition de l'Eglise ; Paris, Bil aine , llilio, in-8° p. 30- 140.)

ABRAHAM. — M. Magnin a dit de ce drame de Hrotswithe, religieuse de Gandersheim aux' siècle : « Cette pièce, qui repose sur une donnée si voisine de la licence, a été écrite par une religieuse enthousiaste do la chasteté, jouée par des religieuses, en face de graves prélats. »

M. Onés.ynie Leroy, dans ses Etudes sur les mystères (Paris, 1837, in-8°, p. 4--7), a donné une rapide analyse de la pièce d'Abraham de Hrotswithe.

Argument d'Abraham i 33) — Chute el conversion de Marie, nièce d'Abraham, ermite. Après avoir pratiqué vingt ans la vie de solitaire, elle perd sa virginité, rentre dans le inonde et ne craint pas de. se mêler à une troupe de courtisanes. Au hout de deux aus les conseils d'A-

(33) « Ce drame, le plus pathétique que nous ait laissé Hrotswithe, est tiré d'actes que nous possédons tant en grec qu'en latin, et qui portent le nom de saint Ephrem. Plusieurs modernes, entre autres Vossius et Arnaud d'Andilly, lequel a traduit cette touchante histoire dans ses Vies des Pères des déserts (t. I, p. 271 et 547), l'ont attribué à saint Ephrem, le solitaire, qui devint diacre d'Edesse et qui vivait au iv" siècle. D'autres pensent que les Actes d'Abraham et de Marie sont l'œuvre d'un autre Ephrem un peu postérieur à celui qui, avant d'être diacre, avait

braham qui était parvenu auprès d'elle 'ous les déliera d'un amant, la rappell» ut à la venu I "..le effaça par des larmes abondantes, par des jeûnes, des veilles el des prières perpétuels, peildant vingt aus, les souillures de ses péchés.

PERSONNAGES

Abraham, ( „„,.,„ t- ' [ ermites.

Marie, nièce d'Abraham.

on ami d'Abraham.

Un hôtelier.

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