‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 306 sur 1429 · SCÈNE XX · texte numérisé non relu

SCÈNE XX

LES PARENTS D'AUBIN, GlIBOUR, LP. BAILLI, LES SERGENTS, LE BOl RREAU, PEUPLE.

le frère. Cher sire, nous venons requérir, de votre grâce bienveillante, justice au sujet de notre ami.

le bailli. Esi-il enterré, on au milieu de la salle où je vous laissai, lui el vous? Je sais toute la vérité. Que dites vous?

le cousin. Oui, mon doux sire, il est déposé au sein de la terre.

le bailli. Vous serez bienlôl expédiés. — Aubri, va chercher le bourreau , el dis-lui qu'il dresse ptompiement le gibet pour le supplice d'une femme. Quand tout sera prêt, qu'il vienne tout de suile vers moi. Allons! fais vite.

le premier sergent. Volontiers, sire ; en vérité, je le vois, c'est bien mon affaire. — Cochet, allez vile, sans délai, de par le bailli, noire maître, dresser el mettre un gibet au vieux logis en ruine. Allons, vite, sans retard ! El sitôt que vous aurez fait, vous reviendrez au tribunal. Dépêchez-vous.

le bourreau. Mon doux ami, cela sera bientôt fait. Dès à présent je vais m'en occuper. Dites-lui que j'y vais.

le premier sergent. Ami Cochet, je le lui dirai. Sire, j'ai parlé àCocbet. Il a fourche, gibel, crochet, cordes el tout ce qu'il faut. Il va venir ici, sans faute, tout à l'heure.

le bailli. A présent, Gobin, amène sans relard Guibour en ma présence. Je veux encore L'entendre.

le deuxième sergent. Sire, vous serez prompiemerit ohai :j'y vais. — Allons! sortez dehors, Guibour; il faul venir sans relard vers le bailli.

guibour. Douce Mère de Dieu, veuillez vous souvenir d'une malheureuse; car je ne crois pas que je vive longuement : c'est pourquoi, douce Dame, je vous prie d'avoir pitié de mou àme, quelque pécheresse que j'aie été. Ah , Dame! par votre bonté réconforlez-moi.

le bailli. Guibour, belle amie, lu as confessé toi-même avoir mis ion gendre à mon cl à perdition : tel a été ion aveu. Tu as disculpé ton mari et la fille , et nul autre que loi n'est coupable de es crime

guibour. Sire, c'est la \érilé, par ma foi ! Je vous ai dit pourquoi et comment ; et je vois bien que je suis amenée ici pour entendre mon jugement. Ah ! que Dieu ail pitié de mon àme ; qu'il veuille l'attirer vers lui, eu même temps que la préserver el la retirer de l'enfer, où il n'y a que tourment.

le frère. Cher sire, je requiers dés à présent le jugement de cette vilaine meurtrière qui a si

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traîtreusement assassiné mon frère. VeuilU-z m'en l'aire justice sans délai.

le cousin. Sire, vraiment sa requête est juste. Puisque le fait esl confessé, la loi vous oblige à accorder la requête.

le bourreau. Monseigneur, la besogne esl prèle, selon vos ordres. Maintenant, dites-moi, que voulezvous que je fasse de plus?

le bailli. Prends une harl et lace-la-moi autour du cou de celle femme : il faut qu'elle meure ignominieusement. Liez-lui aussi les mains, et pois d'ici nous nous en irons au lieu des exécutions.

le bourreau. Je veux travailler de mon métier, puisque vous le dites.

(ai mit h. Ah, Dame! qui , par vos mérites dignes et précieux aux yeux de Dieu, avez cl aurez la suprématie sur toutes les âmes glorieuses qui sont en paradis et qui jamais pourront y être (c'est à vous que je parle, Vierge Marie), réconfortez-moi d.ms cette extrémité, et prenez soin et souci de mon âme; car je vois bien que sans faute il faut que mon corps meure honteusement et bientôt.

le frère. Cènes, meurtrière, on ne peut vous faire trop de mal et trop de honte pour avoir fait périr mon frère d'une telle manière.

le bailli. Je lui ferai expier son tort. — Aubri , va tantôt crier sur la place, n'y manque pas, que nul eh if de famille ne se dispense de »enir vile à la justice (lieu des exécutions); et puis reviens.

le premier SERGENT. Sire, je vous obéirai ponctuellement. — Or écoulez , bonnes gens ! A tous et h chacun ma foi! je donne commandement , si vous ne voulez forfaire envers le roi, devenir promptement assister à la justice que le bailli veut faire.

le premier voisin. Par ma foi! j'aime mieux y aller que de payer l'amende.

le deuxième voisin. El moi aussi ; de peur qu'on m'y condamne, j'y vais.

le bailli. Allons! notre suite est assez nombreuse, et il viendra encore assez de inonde. — Toi et lui , passez devant moi. — Cochet , il faut se dépêcher : le relard n'est bon h rien. Mouvez! Mouvez!

le bourreau. Enavant! tachez de venir , dame; il ne faut pas dire : Q t'est ce que c'est? Je vous mènerai avec cette hart vommine un chien en laisse.

guibour. Eh, Dieu! pourquoi mon coeur ne se femVil pas. aliu que je meure et que je ne boive plus li home de la terrible extrémité où je me vois? — Stc bailli , oclroycz-moi un don , s'il vous plait : je vous demande un peu de loisir pour prier la Dame degràce; puisque je passe devant l'église, je vous adresse celle requête.

le premier voisin Eh, cher sire! accordez-lui ce qu'elle vous demande pour l'amour de Dieu, sans entrer dans le lieu saint ; vous ferez bien.

le deuxième voisin. Certainement, sire, je liens que, si vous lui donnez un peu de répit, elle ne pourra que mieux trépasser; et nous devons,, comme l'Ecriture le porte, vouloir le salui de toute créature.

le bailli. Femme, allons! dépèche loi vile; je te l'accorde, puisqu'on m'en prie; mais ne nous liens pas longtemps ici. Mels-toi à genoux.

guibour. Volontiers, mon cher et donx seigneur. — Ah, Dame de miséricorde! réconciliez mon âme avec Dieu, votre cher fils! Vous qui justifiez les pécheurs, et qui glorifiez les vôtres dans les cieux, ayez pilié de ma misère! Dame, qui êtes la douce Mère du Créateur universel ! Vous qui êtes si douce, ayez pilié d'une malheureuse au comble de la tristesse et de la douleur! Ah! j'ai grand besoin de votre aide. Secourez mon àme, aidez-la; car le corps sera hienlôt détruit, embrasé par le feu cl grillé : c'est pourquoi, pauvre pécheresse, je me confesse à vous de tous les péchés que je commis jamais , et dont je me rendis coupable envers votre nls, Foil en paroles, soit en actions. Dame, failes-

m'en donner pardon de Dieu, qui seul en a le puissance, et qui voit clairement Je repentir de» cœurs!

le bailli. En avant, en avant! sus! allons-nousen. Je demeure trop longtemps ici. Pas tant de retards. La plus grande parlie du jour esl écoulée. Alliins, vite, Guibour! passez, passez. — Cochet, hâte- oi de l'emmener. Il faudra faire de son corps un tison ardent.

guibour. Ah? Vierge T pierre précienseT je redoute comme la foudre ce bailli qui s'irrite tellement et tonne contre moi. Vierge pure cl sans laehe, impératrice cl dame du monde entier , pai le lourinenl de celle flamme, par celte mort lerrible cl houleuse , Reine glorieuse do ciel, arrache et préserve mon àme de l'enfer; garde-la comme la tienne : je le la livre.

le bourreau. Puisqu'il faut que je vous expédie , dame, menez-vous ici à genoux. Allons, je vais vous lier parles côlés à ce poleau-cr; et puis je vous referai un nœud sar le cou et sur la poitrine , pour en finir avec vous.

guibour. Gens qui me rrg rdez en face, pries pour moi Notre-Dame! El puisqu'on doit cousuini t mon malheureux corps par le feu et la flamme, que mon àme puisse fuir le feu d enfer et n'ea eue pas touchée! Ah! bonnes gens , ne reprochez jamais, je vous en prie, ma moi i infamante ni à mon mari , qui n'en est nullement coupable , ni à sa fille, Hélas! ma mort les chagrine cl les navre l'oit ; cite les mel dans une grande Uistesse; ils participent à mon tourment, et ne peuvent autrement s'en tirer.

le bailli. Cochet, songe à te bàler. Maintenant qu'elle esl attachée par de forts liens, couche largement sur elle de tomes parts des bûches et de la paille, el puis mets-y le feu partout, sans lanl attendre.

le bourreau. Je ne veux ni boire ni manger jusqu'à ce que cela soit fait. Regarde/ , maître. Je ne sache pas qu'on la puisse mieux disposer : elle esl de tous côlés entourée de bois comme dans une huche, et ça va vite s'allumer.

le bailli. Le feu, le feu, sans attendre plus longtemps! le l'eu, bien vite!

le bourreau. Sire, je vais tantôt le quérir. Maintenant loui est prêt.

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