LES MÊMES, DIEU, NOTBE-DAME, ANGES
dieu. Mère, Mère, voici le temps el l'heure de descendre pour sauver Guibour, qui vous appelle d'une voix si lamentable, et demande avec tant d'iusiances de voire miséricorde sa réconciliation avec moi, et le pardon de son crime. Allez la défendre efficacement, et, quelque feu qu'on lasse autour d'elle, faites que la flamme n'attaque, ne déirui>e ni ne maltraite son corps.
notre dame. Fils, je suis toule prèle à y aller.— Allons! Gabriel, descendez, ainsi que vous, Michel; et chaulez en allant là-bas.
Gabriel. Dame , votre voh.nté sera faite. — En avant, Michel! — Amis, puisque nous nous sommes mis eu route, chantons mélodieusement et d'accord.
Rondeau.
Dieu puissant, miséricordieux, votre grande miséricorde réconcilie les pécheurs avec vous : c'est un doux accord, Dieu puissant, miséricordieux; et la vérit • est que, par le souvenir de voire grâce , l'on arrache maint cœur à Satan. Dieu puissant, etc.
le bourreau. Je veux allumer ce feu avec une telle force, puisque j'en ai la matière, qu'il faudra qu'on recule de ions côlés.
notrf.-dvme Mes a:ms , éloignez ce feu si loin de
FEM
PEM
ma lny.de amie qu'il ne puisse lui faire de mal. — Cuibour, rassure ton cœur : lu n'auras, sois eu sure, ni peine ni tourment par ce feu , grâce à ton appel si dévot.
guibour. Ah! Dame! qui, sur tous les saints du paradis, avez la grâce et la prérogative d'être louée débouche, de voix et de paroles, puisqu'il vous plait de inc défendre, pauvre malheureuse que je suis, d'une mort aussi cruelle, comment pourrai-je m'en montrer reconnaissante, Vierge Marie?
le bailli. Certainement, celte femme est consumée, le feu a jeté une flamme tics-grande cl trèspélillanle.
le frèhe. Sire, les fagols étaient secs; cl si elle y a gagné, qu'elle le prenne. Je n'ai de sa moil ni remords ni courroux.
LE BOURREAU, llnla' SCigllCIirS, M'S lil'US , sis
cordes et tous ses harls sont rompus; il n'y a rien qui ne soit entièrement brûlé; niais elle est encore en parfaite santé , elle n'a aucune plate et ne saig.ie pas; au contraire, elle est très-belle.
lk mi.iti.. Par le sang et par les boyaux! meurtrière, vous ne vous en irez pas ainsi; vous serez brûlée tout de suite, vous ne l'échapperez pas. — - Cousin, allons vile chercher des échalas, des buissons , du chaume , des cosses de pois, afin que, cette fois, elle n'échappe pas à la mort.
le cousin. Et de bon cœur, cousin, allons.
le FRERE. Bailli, nous voulons que cette meurtrière soit brûlée, et sa chair dispersée eu poussière; vous entendez.
le bailli. Jetez sur elle du combustible, personne ne s'y oppose, afin que le Ici prenne vile, et qu'il ne reste rien d'elle ni chair ni os.
notre-damf. Feu , je le détends el interdis de pas ser sur cette femme et de lui taire le moindre mal. — Belle amie, prends courage. — Allons nous-en, seigneurs, vous et moi, là-haut dans les cieux.
Michel. Nous ferons votre volonté, Dame. — Allons! Gabriel, chantons en mesure.
Hondeau.
Et la vérité est que, par le souvenir de votre grâce, l'on arrache maint cœur à Satan. Dieu puissant, clc.
cuibour. Beaux seigneurs, par miséricorde, je vous prie humblement tous et vous requiers d'agir avec douceur. Epargnez-moi, vous ferez bien. Je sois gardée par la grâce de Dieu. N'ayez pas honte d'être vaincus; car j'ai pour sauvegarde Notre-Dame, Reine et dame des cieux , et Dieu m'a aussi protégée avec elle.
le bailli. Seigneurs, seigneurs, certes, voici un miracle bien merveilleux el sans pareil. Nous avons méchamment péché contre Dieu en maltraitait! ce saint corps aussi indignement. — Guibour, chère amie , sortez hors de ce feu. Par mon âme ! je vous le jure, je vois bien que vous êtes une sainte femme. N'ayez peur.
guibour. Sire, je ferai sans retard ce que vous commanderez. Allons ! me voici sortie du feu; que vous plait-il , sire?
le bailli. Dame, je vous demande pardon, à genoux et à mains jointes, du courroux et de la colère que j'ai montrés contre vous, el de ma mauvaise conduite à voire égard; ou, au moins, que je ne sois pas maudit par vous, ni blâmé, ni conspué dans le monde : je vous en prie.
cuibour. Pour Dieu! levez-vous, sire, ne vous humiliez point ainsi; car, en vérité, vous n'ètescoupable de rien à mon égard. En effet, mon crime est si grand que vous eussiez dû me brûler cent fois, si vous eussiez pu. Mais par la douceur de la Vierge Marie, que j'ai invoquée de cœur el d'àme, je suis sauvée et garantie. Si vous m'avez fait outrage, que la Mère de Dieu vous le pardonne comme moi, et nous donne à tous une bonne lin !
le premier voisin. Maintenant, ne nous arrêtons
pas ici; mettons- nous tous en roule avec elle et ar-
<• pagnons-la à l'église. La elle rendra grâces à
Dieu et à sa Mère aussi . qui l'a si bien gardée.
le deuxième voisin, C'est chose très-bien vue el qu'on doil faire.
le bailli. Ma chère amie débonnaire, ils disent la vérité. Allez devant; nous vous suivrons de près tous ensemble.
cuibour. Sire, qu'il ensuit ainsi, puisque bon vous semble; aussi bien y avais-je pensé. — Amoureux Jésus, qui avez garanti mon corps d'une mort ignominieuse, et vous. Daine, châtelaine ne l'empire céleste, sceptre de la gloire royale, fontaine et puits de grâce, je vous remercie vous et voire (ils autant que je sais et que je puis, el je vous rends grâces de tout mon cœur. Durant le reste de ma vie, je vous servirai de Joules mes forces, et je ne m'occuperai qu'à cela; c'est bien juste. — Sire bailli, puis-jc-, s'il vous plait, m'en aller dans ma maison' Veuillez nio donner réponse à ce sujet, si c'est voire bon plaisir.
le bailli. Oui, Guibour; mais vous n'irez pas seule, au contraire je vous escoricrai et vous tiendrai compagnie, moi el mes gens.
premier sergent. Soyons diligents à nous mettre en roule. Je vais devant.
deuxième sergent. El moi avec vous. Allons, en avant! — Plaie par ici, place!
guibour. Seigneurs , que, pour votre boulé à m'accompagner ainsi , Dieu vous donne à tous la joie éternelle! Maintenant, si vous m'aimez réellement', laissez moi seule.
le bailli. Retournons sur nos pas. — Adieu Guibour.