SCÈNE XXII
GUIBOUR, PAUVRES.
guibour. Sire, Dieu vous donne son amour! je vous remercie.
le premier pauvre. Vierge, que Dieu a assise à son côté, gardez tous ceux qui me font du bien. Le corps me fond de pauvreté. Combien je suis malheureux ! Je ne sais, quand l'on me pousse, si ce sonl bêtes ou gens; je ne puis non plus distinguer ni l'argent, ni le plomb, ni le cuivre ni la monnaie d'or. — Hélas! bonnes gens , quel noble trésor perd celui qui perd la vue ! Donnez-moi, car en vérité personne aujourd'hui ne m'a rien donné. Donnez, donnez au pauvre aveugle! pour l'amour de Dieu !
guibour. Bonhomme, ne bouge pas ; attends, attends, je vais à loi. Tiens, mon frère, prie pour moi le Roi des cieux.
le premier pauvre. Ali dame ! que Dieu veuille vous mettre et tenir en sanlé corporelle, et qu'a la fin il soit miséricordieux pour votre âme !
le deuxième pauvre. Eh, Dieu, y a-l-il homm» ou femme qui me réconforte d'une aumône ? Que Dieu, qui est assis sur le trône des cieux, aide qui m'aidera et qui me donnera son aumône ! Dame Guibour, donnez-moi votre aumône pour l'amour de Dieu. Je suis un pauvre cultivateur, qui n'.ii rien à donner à manger a mes trois petits enfants. Sur mon âme ! je ne sais comment leur porter du pain.
guibour. Non, ami, ne le tourmentes pas : lu ne t'en iras pas avec un refus. Puisqu'il en est ainsi, liens, emporte ce sac plein de blé, charge-le bien, quille vile le seuil de ma porte et va à la garde de DJeu!
deuxième pauvre. Dame, que Dieu, qui vol el apprécie pleinement l'intention du cœur, vous le rende au grand jugement qu'il doillenir!
guibour. Que Dieu s'en souvienne , ami, je le désire, et qu'il me donne sa grâce.
troisième pauvre. Ah ! par pitié ! que Dieu, bonnes gens, vous pardonne tous vos péchés, comme à la Madeleine ! Vous voyez dans quel tourment je vis; il n'y a pointlà de faux semblants. — Eb, dame! pir votre bonté, falies-moi du lien.