SCÈNE XXV
DIEU, NOTRE-DAME, ANGES, SAINT JEAN, SAINT VINCENT, SAINT LAURENT, GUIBOLR.
dieu. Allons, vous tous; allons, partons! Dans ce jour où je lus offert au temple, je veux réconforter .l'une messe Guihour qui me sert là-bas; elle la mérite bien. —Anges, vous deux, allez devant. — Mère el vous, vous les suivrez; et nous, nous irons après. — Anges, soyez prêts à chanter en route un beau cantique.
mic.iel. Nous le ferons volontiers, Sire.el de cœur, pour plusieurs raisons. — Gabriel, cher compagnon, chantons d'un joyeux accord el sans tristesse. liondeau.
Humains, n'est-ce pas assez d'être tant aimés de ce Uieu qui souffrit mort et martyre pour vous? oui, humains, cela doit bien vous "suffire. Et quand il vous fan dire par nous que vous l'aimiez de tout votre cœur, humains, cela doit bien vous suffire, etc.
*aint jean. Imoératrice de l'empire de Dieu, s'il
vous plaît, vous offrirez ce cierge. — Et vous aussj ces deux pareillement. — Dame, je m'en vais làbas. — Tenez, ami Vincent, voici! — Laurent, vous aurez ce cierge-ci, que vous irez offrir quand ou aura chanté l'offrande. — Tiens, femme, loue Dieu de ce que lu vois ici, d'une volonté grande et sainte.
cabrifl. Allons, commençons à haute voix 17niroïl sans ri lard. Le Confileor est dit. — Michel, allons !
(Ils chantent ici tous ensemble ; puis Noire-Dame va
à l'offrande, el les autres après; ensuite Noire- Dame dit :)
notre-dame. Michel, va dire à cette femme qu'elle s'attire un grind blâme en faisant tant muser le prêtre, el qu'elle vienne sans plus de faux-fuyants offrir son cierge.
MicREi.. Volontiers, Vierge glorieuse. — Dame, venez sur-le-champ à l'offrande; le prêtre mus* trop longtemps. Venez offrir. C'est mal à vous de le faire attendre ainsi.
guibour. Ami, sachez que je n'offrirai ce ciergoci à lui ni à nul autre. Je le garde précieusement. Que le préire passe à l'oraison et achève sa messe sans m'allendre.
michel. Je vais rapporter celle réponse. — Glorieuse Vierge Marie, elle m'a dit qu'elle ne viendrait pas, el que le préire peut passer à sa préface el achever sa messe hardiment.
notre-dame. Gabriel, vas-y promptement, et dis-lui qu'elle se hâte de venir, parce qu'en ce jour c'est l'usage d'offrir un cierge.
Gabriel. Dame, j'y vais sans pins de retard. — Femme, dépêchez -vous vile; voici ce que vous mande Notre-Dame: Apportez ce cierge à l'offrande. VuUS commettez une bien vilaine action en faisant lanl attendre le préire. Veuillez vous mettre vile en roule, venez faire votre offrande.
guibour. 11 peui bien se passer de moi. En peu de mots, qu'il dise sa ine-se; je ne songe point à aller à l'offrande, el je n'irai point.
Gabriel. Puisque vous ne voulez pas y venir, jî le dirai à ma maîtresse. — Dame, elle veut garde.' son cierge, et certainement elle ne l'offrira point : voilà le loul en peu ae mots.
notredame. Va encore à elle de rechef, el dislui qu elle ne se refuse pas davantage à venir promptement offrir le cierge; si elle ' s'obstine à faire le contraire, ôle-lui par force le cierge hors des mains.
Gabriel. Dame, c'esl bien le moins. — Je reviens à vous, belle amie. Venez à l'offrande, n'y manquez pas, ou je ferai ce dont on m'a charge, c'està-dire ipie je vous ôterai ce cierge des poings, es vérité.
guibolr. Ami, vous n'aurez pas assez de force pour me l'ôter du poing, el je vous défends d'v ioucher.
6abriel. Puisque je le liens par le milieu, j'en serai le maître.
guibour. El j'y veux tellement mettre ma force que certes il me demeurera; il ne sortira pas de nies mains. Vous tirez vainement.
Gabriel. Bientôt vous direz toute aulre chose. Au moins j'emporterai ceci. — Dame des cieux, voici tout ce que j'ai pu en avoir, et j'ai bien fait mon possible pour le lui ôter.
dieu. En avant! En vérité elle garde précieusement el avec beaucoup de dévotion ce qu'elle a. Allons! achevons notre procession aux cieux; et vous, anges, chantez ; c'est ce que je vois de mieux.
Michel. Vrai Dieu, avec joie, sans vous contredire.
Rondeau.
El quand il vous f .il dire par nous que vous l'ain iez d'un cœur sincère, humains, cela, etc.
guibour. Ali! Dame, je vous remercie de votre
FEM
DICTIONNAIRE DKS MYSTERES.
fi:t
g.-andc lionié. Die! où î-i-je été? Vraiment, il m'a teiiihlé (|ue j'étais dans une grande église où je vous voyais connue reine. Il y avait une grande foule de saints. Là, voire lils chantait la messe, dont saint Tinccnt était le diacre et saint Laurent le sonsdiacre. A ce (|u'il me sembla, un saint remit à chacun n n cierge. Il commença par vous tout d'aliord et vint en dernier lieu vers moi, avant Vlniiuil. Puis, la messe dite à bautc voix jusqu'à l'i (fraude, vous allâtes offrir la première, et tous les aunes après. Alors v.nt vntre a> ge qui me pressa d'offrir mon cierge, que je souhaitais garder tout entier. Je refusai, et il m'en a pris et emporté la moitié par force. Cependant, Dame, je m'en console, attendu qu'il l'a rompu et partagé de telle manière qu'il m'en a laissé la plus grande partie; et je vois bien, vierge Marie, que j'ai été ravie eu esprit. Je vous eu reincrc e humblement, et je rends grâces à l'amoureux Jésus de ce qu'il ne m'a pas oubliée; au contraire, il a eu la courtoisie de nie faire ouïr la messe aujourd'hui.