SCÈNE IV
(Aussitôt après elle sort de l'église, rentre chez elle , fait dresser et couvrir des tables de pain et de vin pour réconforter les clercs et les pauvres; à peine sont ils réunis et commencent-ils de manger, que Murmorin dit à ses satellites.)
harmorin. Mes cbers amis, vraiment je n'ai jamais eu aussi faim qu'aujourd'hui; je n'eu puis plus. Faites-moi donc à manger, et vile, car je meurs. Une vous êtes lents! IHus vile donc, plus vile! Portez-moi à manger.
les satellites s'en ion/ , rapportent des vivres et disent au rot : Vos ordres sont accomplis, voici un repas prêt que nous apportons. Hainlenant, à vos souhaits; vous pouvez en peu de temps apaiser la faim qui vous tourmente.
(On offre l'eau, le roi se lave les mains, il se met à] manger.)
le roi. J'ai mangé et j'ai soif, apporiez-moi du vin, je veux qu'il soil versé à l'instant par mon page, le lils de Gctron.
L'ENFANT, à part, en entendant le roi, et avec un soupir. Hélas! liélas! bêlas! malheureux que je suis! J'aspire à la mort, car, durant ma vie, seraije jamais libre?
le roi, à l'enfant. Tu soupires, et pourquoi? Je l'ai vu soupirer avec force. Qu'y a-t-il? Pourquoi cela? Qui l'a fait du mal ? De quoi le plains-tu?
l'enfant. Du souvenir de ma misère; mon père, ma pairie se sonl présentés à ma mémoire, j'ai soupiré aussitôt et gémi;, et je me disais en moimême : Voici un an accompli depuis le jour où, par malheur, j'ai élé fait prisonnier, el depuis que, soumis à vos volontés royales, j'ai dépassé le seuil de ce palais.
le roi. Ah! misérable! c'esl là ta pensée; c'est à quoi lu le plais dans les angoisses de ton cœur. Mais nul ne peut le ravir à moi, aussi longtemps que je le voudrai garder.
(A ce moment arrive l'acteur jouant le rôle de saint
Nicolas, il tire à lui l'enfant qui lient encore à la
main la coupe remplie de vin épicé, il le mène aux
portes du palais el se relire invisible.)
DNlDEB habitants d'excORAMDE à l'enfant. Enfanl, qui es-tu et quel chemin suis-lu? Qui donc a élé
(ICi) c Ces deux mois paraissenlélre le commencement d'une antienne qui f.iisait partie de l'office de saint Nicolas, el dont le chant terminait la représentation du miracle. - (Note de .'/. rabot La Bouderie,
cette coupe pleine
/ gdnéi eux pour le donner encore de \ i n épicé?
l 'i NPANl . C'esl d:n;s ccl'e cilé même (pic je viens, cl je n'irai pas plus loin. Je suis le lil> unique de Cetrou. Honneur et gloire à saint Nicolas, qui par miracle m'a ramené.
l'habitant, courant à Gétron. Bonheur! Géiron. Plus de larmes. Ton lils est aux portes II bénil les grandes actions de saint Nicolas qui l'a ramené par miracle.
El Fiio-INE se précipitant an devant de son fils dès les premiers mots du messager cl l'embrassant mille fois. Honneur à Dieu! Gloire à Dieu! sa miséricorde suprême a changé en joie noire deuil, par le retour de notre lils. Louanges perpétuelles el merci à notre père saint Nicolas, dont les prières auprès de Dieu nous oui aidé dans celte extrémité.
tout le cuoeur. Copiosœ kurilulis (IG5).
FRANCE (La). — On lit dans Duverdier.
Bibliothèque française, p. 899, 900 : « Mystère où lu France est représentée en forme d'un personnage an roi Charles VII pour le glorifier des grâces que Dieu a faites pour lui et iju'il a reçues de sa cause duranl son règne; et parlent ensemble en forme de dialogue. Puis ses barons parlent l'un après l'autre, chacun en deux couplets, h savoir : Le sieur de Barbaran, — le sieur d'Estouteville, le maréchal de Boussac, — le sieur de Gaucourt, — Poihon de Xaintrarlles, — La Hire, — Armadoc de Vignoles, — Jean de Breszé, — l'amiral de Crictini, — messiro Robert de Floques, — le comte d'Aumale,
— le comte de Bokan, — le comle d'Ongtas,
— le sieur de Gamaches, — le baron de Coulonces, — Arturde Bretaigne, connétable de France, — le sieur d'Orval, — le comte du Mayne, — messireBené de Breszé,
— le comte de Dunois, le comle de Foy, — le sieur de Buevil, — le sieur de Loëhuc, — Joachim Rohault. — Escrit à la main.»
Les frères Parfait ( Hist. du Théâtre françois ; Paris, 15 vol. in-12, 1735, l. il , p. 539) ont ajouté' à la noie de Duverdier les quelques renseignemenls suivants : « On ignore l'année de la composition de ce mystère... qui n'a jamais paru imprimé. Suivant toutes les apparences... il fut composé sous le règne de Louis XI, et peut-êlre lui a-l-il été présenté ; mais il est du moins certain que l'auteur vivait sous la lin iio celui de Charles. VU, et depuis que ce prince., ayant chassé les Anglais Usurpateurs de ses Etats, se trouva paisible possesseur do son royaume. C'est ce qu'on peut en juger par les renseignemenls que nous en donne Duverdier, qui avait eu le manuscrit. Ou peut assurer c 'pendant, sur ce qu'il en dit, que le poème ne consistait qu'en un dialogue entre le roi et la France personnifiée, terminé par quarante-huit couplets, dont chaque seigneur eu récitait deux dans l'ordre çi-Jessus, el qui roulaient sur le même sujet.
lui marge de l'exemplaire de Y Histoire du Théâtre français appartenant à la Liibliolhè-
dans /-' Jus saint Nicolai par Jehan Bodcl, imprimé pour la Société des Bibliophiles français; Pan-, 183-t, in-8°, édile par MM. l'abbé La Bouderie cl Monmcique; l'ièces jointes, clc, p. 150.)