LIONS
l'empereur. Seigneurs, Ignace me jnueelse moque de moi. Je n'ai pu encore ni le > hangi r, ni le convertira notre loi. Mais, depuis trois jours, il est en mou pouvoir, sans boire ni manger, el livré au;. angoisses de la prison. Allez le chercher sans retard, et amenez-le ici.
premier sergent. Je ne sais ce qu'il a l'intention défaire désormais. — Gamache, non ami, allons lous deux le chercher.
deuxième sergent. Allons, fùl-il mis à mon' Eli. regarde quelle peine il nous donne! Allons, sire! sortez, el que ce soit pour voire malheur.!
ignace. Mon ami, que Dieu, le roi des cieux, vous le pardonne!
le premier sergent. Ob issez, obéissez sur ce point et venez-vous-en avec nous. — Sire, tenez, voici Ignace, tout nu eu braies.
l'empereur. Maintenant eiuule : Abandonne la loiel consens à nPobéir, ou tu vas épuiser toutes les peines el les plus cruels lotirmenls, au lieu «le délices; choisis donc entre la mort, les pleurs ou la joie. Que veux-tu?
ignace. Vos menaces, empereur, ne valent pas un fétu. Je vous prie, pour Dieu, faites pour'le mieux ; mais vos plus grands tourments ne me chaugeronl pas à l'égard de mon bon Dieu.
DICTiON.NAlUE DES MYSTERES.
IMI
iôl
premier chevalier, lia élé Irop longtemps laissé on repos. Eb ! gare! comme il parle à cheval. On dirait Perceval ou Aillais. Il a du cœur néanmoins.
DEUXIÈME CBEVAl un. Je ne croirai jamais qu'il n'ait pas i|iiclc|ui's amis intimes qui l'entretiennent dans cet orgueil, car, sire, il ne vous redoute nullement. Il me semble même que son corps est en meilleur élat que je l'aie jamais vu. Esi-jl comme les femmes méchanles qui engraissent d'être battue? lia bien la chair revêtue île lionne peau.
IGNACE. Le Dieu que j'adore et invoque me nourrit et me renforce de telle manière que plus je souffre, plus j'ai ili! force pour souffrir.
l'emperuk. Je te ferai bientôt livrera un tel supplice que lu diras, de hou gré ou non, ;ie pouvoir en supporter les souffrances. Va dire au sénac qu'il m'amène accouplés les lions qu'il garde par mon ordre, et qu'il ne larde pas de venir
premier sergent. Que Mahomet me tienne en santé! Sire, j'y vais tout de suile. — Senae, sire, ne tardez pas à venir auprès de l'empereur, et amenez-lui tantôt les lions avec promptitude.
le senac. Amis, je vais les chercher à l'instant même; passez, allez-vous-en devant. — Sire, je viens à votre ordre : voici les deux lions que vous demandez. S'il vous plaii, commandez-moi ce que j'en dois faire.
l'empereur. Senne, je vous le dirai leut à l'heure. — Allen. lu qu'Ignace est Irop orgueilleux et qu'il méprise et notre loi et tous nos dieux, qu'il s'en moque en ma présence et en fait des gorges chaudes, je veux qu'il soit dévoré par ces deux lions, quoi qu'il advienne, et qu'il ne reste rien de lui, ni chair ni os.
le senac. Sire, en vérité, j'ose vous le dire: vous le leur verrez exterminer plus tôt que deux forts limiers ne viendraient à bout d'un lapin. Je veux, sans en dire davantage, les découpler; puis je les ferai fondre sur lui comme sur une charogne.
IGNACE aux chevaliers et au peuple. Seigneurs, qui nie regardez, dans l'extrémité où je suis et pendant le suiiplice que je souffre pour L) Dieu vivant, veuillez profiter de ce que je dis pour remettre vos cœurs dans la bonne voie. Je n'ai pas travaillé sans salaire, car ce n'est pas en raison de mes péchés que je souffie, niais à cause de ma piété. Je suis le froment de Dieu qui ai tend d'être moulu par les dents de ces lions, pour è re fait pain; c'est chose certaine et Dieu 1 ; veuille !
l'empereur. Beaux seigneurs, c'est étrange. Ces Chrétiens plutôt que tous autres souffrent pour huis dieux. Où sont les Barbares ou les Grecs qui en feraient autant ? En vérité, je ne sais.
ighace. Empereur, je vous déclare que tous les supplices que vous m'avez fait subir, je les ai soufferls non par le secours d'une force humaine ni par l'artifice du diable, mais par l'aide de mon ami Jésus-Christ, mou Dieu, et par la foi. Maintenant voici l'heure, je le vois bien, où je vais quitter ce moud;. Ah ! Seigneur Dieu, source de tout bien, je vois re< hèles accourir à moi : veuillez secourir mon aine à la lin de mon voyage, en sorle qu'elle jouisse éternellement de voire vue.
le senac. Ilu ! lui ! sur lui ! sur lui ! lions ! en avant, sur lui !
le premier chevalier. Il m'est avis qu'ils n'ont lias manqué leur coup : du premier ils l'ont terrassé ; ils l'auront bientôt logé dans leur ventre.
le senac Attendez, vous verrez dans peu de temps ce qu'ils feront.
DEUXIEME CHEVALIER. El] ! là, ils II ont fait que le
flairer, le humer du groiiin et le pousser d'un endroit dans un anlre, cl il est mort.
L'empereur. Seigneurs, il est évident qu'ils n'ont pas cn\ie de rien manger de son corps: cela nie cause un profond élonneinent. Voyez, ils n'en manderont lias. Allons-nous-en, laissons-le en cel étui ,
cl s'il est quelqu'un qui veuille le prendre el l'emporter pour l'ensevelir, je ne veux pas l'empêcher d'exécuter hardiment son intention.
le premier lui \ vLiiii. Puisque ici est votre plaisir, sire, allons-nous-en : il en est temps.
le m i \n mi: sria.ivr. lionnes gens, levez-vous d'ici, faites place en avant à monseigneur et à sa suite; retirez-vous.
le senac. Il me faut racconpler mes lions et les remmener; je ne les laisserai pas se démener à leur volonté, de peur qu'ils ne fassent du mal ou ne courent parmi loul le peuple à leur gré.