‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 504 sur 1429 · INN · texte numérisé non relu

INN

4oK

tout

avez

liberté. Alors, frère, je mis le comble à ma trahison en vous trompant iiiulac'eiiseiiicnl et on portant conlrc elle une accusation si grave que vous la files sans raisnu descendre de sa dignité ci mettre à

mort. L'iiifurt ie était complètement innncenle.

Aussi je consens et me condamne à mourir île la mort la plus cruelle, comme d'être écorché, btûld ou de subir ici supplice que vous direz.

l'impératrice. Maintenant, ami, si vous avez confesse, vous boirez ceci. Voyez si vous n rien oublié ou celé.

LE FRÈRE. En vérité, je ne me souviens de rien que je n'aie dit.

l'impératrice. Eh bien! buvez donc hardiment et «ans réplique.

le tape. Dame, je liens pour certain que pieu vous aime, et cela se voit bien alors que vous l'avez guéri aussi proniplcuicnt d'un mal pareil.

le PREMIER cardinal, ("est un': noble action : Pile doit bien eu être récompensée.

le deuxième CARDINAL. Cènes, Dieu fait de* miracles en faveur de celle dame. Il n'y a ,pas à en douter, puisqu'elle guérit et chasse dehors si tôt et (i bien un Ici mal

l'empereur. Ah, frère! comment as-tu pu concevoir une pareille, scélératesse pour assouvir la luxure? Tu m'as accablé de bien des maux en me privant d'une épouse si bonne et si dévouée, qui faisait tant d'aumônes, qui soutenait les pauvres de Dieu , et qui nie donnait de bons avis dans le besoin.

l'impératrice. Mon cher seigneur, je suis de loin , et veux m'en retourner dans mou pays. Pour tua peine et comme marque de votre satisfaction, je \ieus nous prier, sire, d'accorder à votre frère la

rémission et le pardon de son crime ; ne me cl ira

pas d'autre salaire.

l'empereur. Dame, comment ponfrai-je le faire? .le ne sais, Dieu nie secoure! .le voudrais bien mourir sur l'heure même ici (levant vous.

l'impératrice. Mou doux sire, sur mon àme ! il n'est pas bon de se courroucer si fort. Si vous avez perdu une femme, vous en aurez cent voulez; je ne sais pourquoi vous VOU! ainsi.

l'empereur. Ma chère amie, que dites-vous? .l'ai perdu mon honneur et ma joie! Oui, certes, car j'avais la meilleure femme qui naquit jamais ■' mère : c aine c q mou empire cl tout ce que j'a; ; et je vois bien que

par ses anus anéinli.

l'impératrice. Très-cher sire , puisqu il en est ainsi, dites moi : l'aiiniez-vous aillant , Dieu vous garde ! que. vous en laites semblant?

l'empereur. Oui; et je devais l'aimer ainsi, dame, tant en raison dosa haute position que des bonnes qualités qu'elle avait.

L'iliPÉRATRICE. Quoi qu'il en puisse arriver, je ne puis plus vous voir; je vous défends de pleurer devant moi. Je n'y liens plus. Cher sire, je suis votre amie ; ne me reconnaissez-vous pas? Allons ! regardez-moi bien eu l'aie. Dieu par sa grâce m'a sauvée, lui ainsi que la Dame de inajesle en la douce garde de qui j';u depuis été.

l'empereur. Ma chère compagne , ma sœur , mon amour, ma joie, à cetle heure je suis heureux

ilisquc je le vois! Baise-moi , baise et ctnbrasse-

si vous désolez

une

c'est pourquoi je suis dans une douleur si ne pour elle je méprise ci je hais moi-même.

l'empereur. Saint-Père, comment ai- je pu m'y tromper? I. 'impératrice ma femme était la , et , sur

n aine . je ne la reconnaissais pas. Que la Trinité

soit Innée! — Par Dieu! qu'eies-vous devenue depuis si longtemps , mon amie ?

l'impératrice. Je ne puis déguiser la vérité. J'ai souffert bien des maux. Une l'ois mise entre les mains de vos gens et livrée à eux pour la mort, ils furent tous de. si bon naturel qu'ils ne purent se résoudre:! nie faire du mal niais, ils me niellèrent à une. ruche dans la mer et m'y laissèrent. Je ne pouvais bouger de là. J'y fus pendant trois joui s s ois manger, et tellement battue par la mer que je tombai sans connaissance sur la roche:, et là je m'endormis. Au milieu de mon sommeil survint la Dame des cieux, qui" me réconforta bien mieux que je ne vous pourrais dire; elle me donna les herbes, sire, avec lesquelles j'ai depuis guéri maints lépreux. Au troisième jour vint un vaisseau monte par des gens de bien qui me recueillirent, m'emmenèrent avec eux el me mirent sur la terre ferme. Depuis j'ai fait ainsi mainte course dans le pays nù j'ai habile, ramenant à la santé tous les lépreux que je trouvais , aussitôt qu'ils avaient bu le jus de 1 herbe précieuse el rare que la trésoricre de grâce m'apporta de son paradis cl qu'elle mil sous ma tèle , pendant mon sommeil.

LE pape. Tonl cela n'est qu'heur el malheur. Mais le n. irai le csl solennel, Allons, écoulez! il n'y a rien de mieux à faire que de s'en aller tous ensemble dans mon palais , et là nous ferons une fête magnifique , Allons el chaulons eu rouie. Je voudrais avoir ici mes clercs, pour qu'ils fissent leur devoir en chantant bien.

t.E premier sergent d'armes. En vérité , je vais les chercher; sire, je les ferai vite venir. — Seigneurs, sans vous arrêter ici davantage, venezvous-en proiiiptenicui auprès du Saint-Père : il veut que, vous tous, vous chantiez devant lui d'un* voix éclatante.

les clercs. Mon doux ami , nous chanterons 1resvolontiers.

le pape. Vous savez ce qui vient d'arriver, mes chers amis? nous avons tons cause de joie : c'est pourquoi chantez , et qu'on vous entende; car je le veux.

l'un oes clercs. Sire, nous ferons votre volonlo de bon cœur : c'est raison. — Allons! disons ensemble et d'accord ce motel-ci. 'Ils chantent.)

INCARNATION (£'). — L'abbé rie Lnruc, ' us ses t'ssais historiques sur les bardes, les

puis à cause d'elle être malmené cl jongleurs et les trouvères normands el anylo

normands (Caen, Maticel, 183i, in-8% 3 vol.. t. I", p. 166], l'ait mention d'un Mystère de l'Incarnation, qui, en 1378, fut représenté n Londres. — Voy. Passion, Ii, § '*.

INNOCENTS (Les). —Ce fragment de mystère qui dale du x' ou du xi" siècle est le'dernier de ceux conservés dans le manuscrit n" 1139 du fonds latin de la B bliollièquo. impériale, provenant de l'abbaye de Saint- Martial de Limoges. {Voy. Saint-Martial.) Ce morceau, placé tout au lias du feuillet :)2 verso, a été publié par M. Magnin, dans le Journal des Savants, cahier de février 18V6, p. 93. « Les vers de ce fragment dramatique, dit ce savant, sont d'une facture et d'une latinité tellement barbares, qn m-

(7ci ils se fiùment) le pâte. Tous deux ils sont muets de joie , et en pâmoison : allons et relevons les tout de suite.

LE premier chevalier. En vérité , vous dites bien , sire, allons à eux.

le pape. Debout, de par Dieu ! debout , tous deux, vous avez été assez longtemps par terre. Dictiosn. des Mystères.

jépendatnraent de toutes preuves paleogra pliiques, le mètre et la langue attesteraient à eux seuls le x' ou le xte siècle. On lit de» plaintes de Bachclà peu près semblables dans un autre mystère des Innocents, compose un siècle et demi plus tard pour l'abbaye

Page 1