LE CHRIST SOUFFRANT
Le dr.oie du Christ souffrant ou de la Passion du Christ, est attribué à saint Grégoire de Naziauze, et daterait ainsi du iv" siècle.
Les manuscrits grecs de ce drame sont nombreux dans les grandes bibliothèques d'Europe, et ont été tous consultés
Le nombre des éditions n'est pas moins considérable : la plus récente est celle de M. Diibner, dans les Classiques grecs de la collection Didot.
(229) Cette théologie miséricordieuse, qui se retrouve dans toules les pièces de Hrolsvilha prouve que la barbarie des mœurs n'avait pas pénétre dans les doctrines. iM. Magnin.)
(230) Voy. Christ (le meurtre du).
(251) M. Magnin a remarqué que Fabrice, dans sa préface, comptait avant lui deux traducteurs; or, ne connaissant ipie l'édition de Guldebeck, antérieure à celle de Fabrice, l'illustre membre de l'institut suppose que la date de l'éditio n de Roillet est ince
Il n'existe du Christ souffrent que des traductions latines; les plus anciennes sont celles de Gabriel Garcia, en 1519, de Sebastien Guldebeck, en 1550, dans l'édition de saint Grégoire, donnée à Bâles, et de Fabrice de Ruremonde, en vers latins (231). M. Diibner a retouché la traduction latine des Bénédictins.
Le Chris tus patiens a été, en 184-9, l'objet d'articles très-développés dans le Journal des Savants des mois de Janvier, p. 12-26, et de Mai, p. 275-288, tlus à la plume savante et ingénieuse de M. Magnin. Le Chrislus patiens porte) deux tities dans les manuscrits : tantôt yjtmàç itkvyyi, la Passion du Christ; et tantôt, mais plus rarement, T6 zoa-pioT^Tiiptov Tzédoi, la Passion du Sauveur du monde. Inconnu en Occident jusqu"au milieu du xvr siècle, il n'a pu exercer aucune intluence sur les mystères du moyen âge. Le texte de cet ouvrage a reçu de ses premiers éditeurs le nom de saint Grégoire de Nazianze, que donnent presque tous les manuscrits. uSes premiers traducteurs ne semblent pas même avoir soupçonné que l'attribution de ce drame à saint Grégoire pût soulever la plus légère contradiction. Ce sont deux théologiens prutestants William Fulke et Robert Cooke, qui, très-probablement, ont les premiers refusé de reconnaître dans le Christus patiens l'œuvre de saint Grégoire de Nazianze. Ils furent bientôt suivis dans cette opinion par leurs coreligionnaires, Guillaume Cave, Perkins et André Rivet. De leur côté, et dans le même temps, les célèbres catholiques, Théophile, Antoine Possevin, Baronius, Bellarmin, Philippe Labbe, Adrien Baillet, dont Rémi Ceillier se prononcèrent dans le même sens. Enfin, dans le dernier siècle et dans le nôtre, Philippe Buonarotti , Malhias Sehrœck, Daniel Triller, Casp. Walrkeuaér, Richard Poison, Daniel Beck, Schœll, Henr.-Chr.- Abrali. Eichstadt, l'abbé Caillau, et M. Fréd. Diibner ont adopté la même opinion. Cependant Juste Lipse, Jean-Gérard Vossius, Isaac Casaubon, Daniel JJeinsius, Lenain de Tillemont, se sont renfermés dans les limites du doute, tout en jugeant cetie pièce peu digne de l'orthodoxie et du talent de saint Grégoire. Enfin, un petit groupe de critiques ne trouve pas de raisons suilisautes contre le témoignage unanime des manuscrits. Ce sont principalement Combelis, Casimir Oudin, Pierre Lambecius, Yriarte, J.-A. Fabricius, Warton, et plus récemment M. J.-Chr.-Guill. Augusti.
Les objections de ceux qui veulent rayer le Christus patiens des œuvres de saint Grégoire sont de deux sortes : les unes tliéolo-
taine. Mais Martin Ballius indique en ces termes la traduction de Garcia : i Gregorii tragœdia Christus Patiens, Gabriele Garcia Tarraconensi interprète, Purisiis, nvud Wechelum, 1549. » Cf. le catalogue de Ballins intitule : (JEternœ memoriœ viri Am. Angusiini, archiepisc. Tarracon.) Uibliolltcciv grecœ mss. latinat mss. mixta ex libris eilins vaiiurum linguarum ; Tarracone, upud Philippum Mey, 15SC, i«~i», — Bibli Mixt., il" 229.
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diction>;aiue des mystères.
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gigues, les outres littéraires. Parmi les premières, la plus grave est, sans contredit, la profonde altération qu'a subie le caractère de la Vierge. Elle apparaît livrée aux violents paroxysmes de la douleur humaine, menaçante, irritée, baignée de larmes, tremblant pour sa propre vie, ou livrée a des projet» de suicide, empruntant ses imprécations à la Médée d'Euripide, ou sa résolution de se donner la mort, à la nourrice de Phèdre. Aussi, le cardinal Bellarmin a» t-ildit:Lc Christus patiens n'a pas la gravité accoutumée de saint Grégoire de Nazianze, surtout dans la description du désespoir do la Mère du Christ, si prudente et si résignée. » Diverses traditions apocryphes y figurent; entre autres, la nourriture miraculeuse de la sainte Vierge dans le temple, et l'apparition miraculeuse de Jésus-Christ à sa More aussitôt après sa résurrection ; et ces traditions sont postérieures au temps où écrivait saint Grégoire. Il y est question du culte de la sainte Vierge , postérieur aussi. Enfin, un certain nombre d'épithètes laudatives adressées à la Mère du Sauveur, ont paru aux Bénédictins être moins dans l'esprit du IV" siècle que dans celui de saint Jean Damascène, ou môme accuser une époque encore plus récente. En second lieu, la lenteur et l'embarras de l'action, dont la marche revient continuellement sur elleinème, des vers cinq ou six fois reflétés, des tirades entières dont le sens fait double ou triple emploi, des contradictions nombreuses, ni la force, ni l'os rotundum, le to cTfoyyOXov de saint Grégoire, le peu de précision et l'impropriété du langage, l'emploi de vers d'Eschyle, de Lycophrou et d'Euripide, ù ce point que le drame en est presque entièrement composé chez un auteur si discret à l'endroit des poésies païennes dans les vingt mille autres vers qui subsistent de lui, l'inexactitude du mètre iambique, si exact dans toutes les poésies du saint évéque, tendraient à prouver que le Chrislus patiens ne saurait être compris dans la liste des nombreux travaux de saint Grégoire.
Baron i us l'attribue à l'un des deux Apollinaires, ses contemporains, controversistes et poêles aussi , mais d'une orthodoxie suspecte. Adrien Baillet, Guill. Cave ont partagé cette opinion. Casaubon et Vos.sius n'en sont pas éloignés. Ellies Dupin et Ceillier l'ont réfutée en s'appuyant sur ce que le Chrislus patiens serait indigne du mérite littéraire des Apollinaires; leurs erreurs sont d'un autre genre et beaucoup plus graves que celles signalées. Quelques-unes Ues vérités fondamentales du dogme chrétien , et notamment la croyance à la double nature de Jésus-Christ ont été rejetées par les Apollinaires. Dom Ceillier attribue celle pièce à Grégoire, évéque d'Antioche, vers l'an 572 ; Daniel Tnller, à quelque moine ignorant; Buonarotti, aux loisirs scolastiques d'un écrivain moderne.
Mais, outre les manuscrits dont l'accord est unanime, comme il a été dit ci-dessus,
Diction?;, des Mystères.
la Vie de Saint Grégoire par un prêtre, son homonyme, mentionne, dans ses ouvrages, des comédies et des tragédies [lieuses, et Philostorge, presque contemporain de saint Grégoire, cité dans Suidas, remémore nommément le Christus patiens dans les œuvres du grand évéque. (Commenlar. de Aug. Iiibl. Cœsar. Vindobon., éd. Kollar, I. iv, p. 47.) Suivant Combelis, Casimir Oudin, Lauibccius, on a exagéré l'accusation d'hétérodoxie. Le culte de la sainte Vierge avait reçu déjà assez d'extension pour justifier tout ce qu'on en trouve dans ce drame; et si celte pièce est la seule qu'ait composée en centons saint Grégoire de Nazianee, ce n'est la preuve que d'une concession d'un instant au goût des hommes de son temps.
Telles sont les opinions, les objections, les attributions diverses et les répliques qu'a occasionnées jusqu'ici le Christus patiens. M. Magnin, après les avoir fait connaître dans tous leurs développements, demande à son tour place dans le débat pour son propre jugement. La critique, dit-il , peut reconnaître à la fois, dans le Christus patiens, le siècle de saint Grégoire et les vi', vir et vin* siècles; l'usage d'iambes réguliers et do vers dont la facture présage ceux qu'on a nommés vers politiques, c'est-à-dire où les faules sont systématiques; et des passages où se trouvent des opinions orthodoxes et hétérodoxes, des doubles emplois, des contradictions etdes longueurs. Cela tient, selon l'habile critique, à ce que cette pièce est (et c'est là le mot de l'énigme) une réunion assze malhabile de plusieurs drames, ou fragments de drames, écrits en différents temps sur la Passion , rapsodies cousues par quelque copiste du x' ou du xi' siècle...
« La moins imparfaite et la plus ancienne de ces pièces, celle qui a dû former en quelque sorte le fondement et la pierre angulaire de cet éditice de construction composite, me semble être la tragédie même de saint Grégoire de Nazianze, dont le nom illustre a prévalu et est demeuré seul en tête de l'ensemble. Si l'on veut accorder quelque chose à la conjecture , le second drame pourrait appartenir à cet autre Grégoire, évéque d'Antioche en 572, dont parle Kemi Ceillier; le troisième serait l'œuvre de cet Etienne, (Stephanus , monachus Subaita) , signalé à Gregorio Giraldi, (De poelar. hist. dialogus, ap. Opéra, t. 1", p. 288), dont la pièce était déjà si rare auxv' siècle, que cet infatigable chercheur de manuscrits n'en put découvr.r aucune copie.
« Dans les deux mille six cents vers dont so compose le texte actuel de x^iotoî ■nàv/^v (nombre qui serait excessif pour un seul drame...) il est possible de reconnaître assez aisément les fragments de deux ou trois tragédies pieuses, sorties, à diverses époques, de mains différentes et dont les principales scènes ont été rapprochées et réunies en corps, à peu près comme ont été accouplées, dans certains manuscrits de nos chansons de gestes, plusieurs rédactions successives des plus célèbres épisodes d'un même cycle. »