‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 670 sur 1429 · LA MÈRE DE DIEU, LE MESSAGER, USE FEMME DC CHOEUR, LE CHOEUR · texte numérisé non relu

LA MÈRE DE DIEU, LE MESSAGER, USE FEMME DC CHOEUR, LE CHOEUR

le choeur. Je vois que le messager prend haleine pour parler.

le messager. Ah! ah! hélas! illustre, vénérable, Irès-chaste Marie! Hélas! Iroislois hélas! nous sommes perdus, el ce n'est pas comme on croirait; aucun de nos ennemis...

la mèhf. de dieu. Qu'avez-vous dit? quelles sont ces paroles? Eh bien? quoi? quel nouveau bruil vous épouvante ?

le choeur. Vous l'avez enlendu , hélas ! Vous l'avez entendu! Vous savez que quelqu'un... Quelqu'un a livré votre Fils aux meurlriers.

la mère de dieu. El qui allez-vous nommer après ce forfait inoui? Qui est celui-là? Est-ce quelqu'un de ceux que l'on croyait fidèles?

le choeur. C'est celui qui recevait l'argent, c'est ce mauvais disciple, dil [le messager], gardien de la bourse, mais bien plutôt avide d'argent, dissipateur et avare.

la mère de dieu. O désespoir! quel autre malheur, après ce premier, est lancé sur nous par des mains crues amies? Eh quoi! ce misérable a osé cet excès de honte? et dans quel moment infâme a-l-il livré le généreux dispensateur de lous les biens? quelle occasion ce furieux a-l-il saisie pour son forfait?

le choeur. Ecoulez; on va tout vous dire.

le messager. Ecoulez, infortunée, auparavant si heureuse; écoutez le cruel récit que je vous apporte.

la mère de dieu. Ali! ah! nous sommes perdus.. J'eniends. j'entends... Certes vous êtes un messager de malheur.

le messager. De malheur et de vérité ! Comment ni'exprimer? Après avoir mangé la Pàque nouvelle, selon la parole de Jésus, dans un repas au milieu des disciples, un grand repas, où fut annoncé, sous des mots couverts, le traliisseur du Verbe, et à la fin duquel Jésus lava lui-même les pieds des disciples, il sort, et se rend, selon la .coutume, au monl des Oliviers; là il annonce aux siens que tout est accompli, il les réconfurle lous dans leur initiation, et parmi bien d'autres, il fait celle prière à Dieu •

PAS

MCTIONNAlKE DES MÏSÎERES.

PAS

O l'ère, donnez-moi lu souveraine gloire. Si je ne démérilai jamais de celle que j'ai eue en vous, je\ vais en acquérir une plus grande, dans lu ruine de l ennemi du genre humain. O vous qui êtes le Muitre de tout, donnez-moi les nations! Lesuyuni, et suspendu parmi elles en trophée opime, je serai de rechef dépendant de vos mains. l'Ius grand après ces [ails éclatants, invitez aux festins ceux qui nous aiment. Vous êtes le Saint, le Saint des suints, vous qui accomplissez de si grandes choses! El en outre, comme au nom ■lu genre humain, il élève la voix, il alleste la gloire; sa voix ébranle les airs: Je vous ai auparavant glorifié, je vous glorifierai encore davantage. Les mots à peine parvenus, sur ce ton de voix inhabituel, aux oreilles des disciples, il est déjà au milieu d'eux, auprès du lo-rent, où il se rendait le plus souvent. Le vendeur n'ignorait pas <|u'il élail-là celle nuit; il conduit une cohorte de scélérats, de sicaires, qui annoncent hautement leurs meurtriers desseins. 11 t'approche en ami vers le Mail re, lui dit : Salut, Maître ! et l'embrasse perfidement»

la mère de dieu. Hélas! Iiélas ! quelle plus terrible audace lut jamais ! et que répondit mon Fils?

le messager. Ces seuls mots : Ami, pourquoi êtesvous venu ! Aussitôt se portèrent sur lui des mains impies. Nous, cependant, nous avions fui, loin de lui, va et là. L'illustre Pierre a renié Jésus. Celui qui seul se fut jamais appuyé sur le cœur du Maître, l'a suivi tranquillement. El moi, j'ai cru entendre une voi» qui, tout bas, apostrophait ainsi le misérable vendeur de son maître: i Oh! Forfait impie! Misérable! ne crains-tu pas Dieu? ne crains-lu pasla loi buinaine, et Adam, qui a ensemencé la lerre, et les pair arches de la race élue?Toi, l'un desdisciples, tu couvres ainsi de houle louslescompagnons. Le Maître des mystères, hélas! a été vendu par loi, pour de l'argent, ei livré an trépas entre des mains meurtrières. N'avaitil pas parlé? Dans sou inquiétude pour (on âme, ne l'avail-il pas donné l'avis de dédaigner ces biens, par l'ambition desquels lu as causé son malheur? Tu n'y as fait nulle attention. Eh bien, reçois de brûlantes leçons. Ce n'est point chose ignorée pour toi: son Père est divin. Et sans les serments failsà Abraham, jamais il n'eût subi de tels maux sans colère et son injure sérail poursuivie parmi les hommes. As-tu pu cro re qu'il eût souffert de tels outrages, s'il ue devait en résulter quelque immense profil ? El dans l'avenir, après avoir quille celle lerre, remonté d'une manière inouïe dans les deux, il gardera en silence son jugement , pour témoigner un jour au Père couue vous, contre ton forfait,, et contre l'audace de ces populaces sanguinaires, ainsi qu'autrefois le prédit David, à qui rien n'était caché bien avant que ces faits éclatants fussenl accomplis; et il remplira toute la terre du triomphe prodigieux île la Foi, d'amours immenses et d'innombrables miracles. Oui! vous le verrez revenir dansla gloiredu Père, apportant le jugement aux vivants etaux morts, eldisinbuaiil à chacun selon ses mérites. Comment alors souliendrez-vous son regard, el toi et les meurtriers? El quel juste châtiment ne subirez-vous pas? Mais encore, avant ce jour, vous paierez sans doute votre délie, el selon la justice, à moins de laver vos mains sanglanles, sur lesquelles lui-même, — cl en ce jour sachez comprendre , — lui-même ferait couler des torrents... Sans doute, aussitôt que lu seras repu de Ion audace, lu en auras conscience ; et avec loi, toute Ion exécrable bande. Désormais donc, si lu veux attendre, aiiends un jour encore; el puisses-tu n'être pas frappé des maux que je crains tant , el dont je l'ai, dans ce sermon, révélé les mystères. Eh. bien, fuis en quelque lieu secret, uniquement préoccupé de toi-même: [Le Maine] fera son œuvre. Mais loi, selon la justice, méchant! lu périras mal, pendu à une corde, lancé dans l'abîme, précipité dans l'enfer , dévoré aussitôt que tombe dans le» gouffres brftlanls! Dés-

espéré, trahiueur salarie*, lu ne veux plus , en effet, te soustraire à ion châtiment, et lu vas maicheren avant... Telles sont mes prédictions! Non ! la lumière de Dieu ne le verra plus demain, et tu ne contempleras pasla résurrection du Ressuscitateur des nions, lanl est profond Ion aveuglement! Libre encore, libre do quelque puissante résolution, dans l'abandon de tout, de tomber aux genoux du Maine, de répandre des larmes brûlantes, lu ne songes qu'a la corde qui doit servir à le pendre, et ion âme égarée n'erre qu'au travers des lacs. Et pourtant, dans celte désespéiance el peur ces desseins, [le Maître,] dont le regard est arrêté sur loi, ne te fournira point d'aide, car il ne peut, quelle que soit sa bonté, faire œuvre de mort; il ne veut point non plus faire, malgré loi, Ion bonheur, caria force n'est pas une des lois qu'il prescrit aux hommes, el dans son unie, il n'y a rien du tyran. Tu vas perdre, brisé, tes entrailles perverses, el tu ne seras pas au boni. Non, ne le crois pas : el toi el les meurtriers vous serez soumis à d'autres épreuves. Des maux eilroyables que sentira loulce peuple audacieux, vont accabler, ou nions ou vivants, Ions les coupables que doivent recevoir en dernier lieu les torrents de feu. Ti Is sont les décrets, tel est l'infaillible oracle. Vois, Judas, l'étendue de les maux. Pour moi, qu'y aurai-je gagné? L'autorité de la justice; car Dieu luimême ne le contraindrait pas à la raison. Le libre arbitre de l'homme est à même, en tous temps, de faire la distinction des choses.) C'est ainsi que parla l'envoyé au vendeur du Verbe. Elail-ce un homme ? On ne sail. J'ai dit. (Il se retire.)

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