LA MÈRE DE DIEU (233 , UNE FEMME DU CHOEUR, LE CHOEUR
la mère DE dieu. Plût au ciel que le serpent n'eût jamais rampé dans le jardin, et que sous les épais feuillages nul piège n'eùl élé dressé par le dragon habile à changer de formes! Car celle ijh. est sortie de la cote (de l'homme) , la malheureuse mère du genre humain, qui fui trompée, n'eiit pisisé un crime au-dessus de louie audace, prise au ccciir de l'envie d'un arbre, et convaincue d'avoir ainsi part à la nature divine! Pour avoir persuadé à son éjOUl de manger du fruit qui, si rapidement, devait ne. leur plus cire utile à iien , elle n'eût pas é é exilée du fortuné jardin, condamnée à la (loueur et à l.i cruelle mort. Elle n'eùl pas appris , sur un lit funeste, les angoisses materne les de l'enfa- le ment, à demi-morte des douleurs des couches. El e n'eût pas , en sueur, fouillé le sein de la terre inféconde, avec son époux el ses enfants frappés de la p'us terrible malédiction, el qui, selon les décrets, devaient naître au milieu des pleurs et des gémissements, de générations en générations durant les siècles, jusqu'au jour de la grande réconciliation. Le genre humain loul entier n'eut pas é;é perdu. Le Tout-Pnissanl, pour apporter un remède à lant de maux , n'eût pas élé contraint , dans sa bonté, à descendre sur la terre, à se faire homme d'une manière nouvelle et à subir la Mort. El moi je ne serais pas Vierge-Mère, ci je n'apprendrais pas, à cette heure, qu'on traîne devant des juges mon Fils, descendu des deux, hôle de celte terre, cl né dans des conditions si pures. Et je ne serais pas glacée d'horreur en le voyant exposé à lat't d'ouirages. Dans l'ombres (de celle nu il) , hélas! quelle cruelle flamme je porte, qui me consume avec une telle puissance, bouleverse mon àme el frappe dans ma poitrine envahie des coups non moins terribles que ceux d'une machine de guerre! 0 vrae prophétie du vieux Siniéon dont l'œil clairvoyant plongé dans l'avenir y lisait ! Salut supeèinc assurément pour la femme, de n'avoir point d'autre opinion que celle
taphrasle. Elle assista à la Passion tome enlière avec force el constance , sa' s que rien pût, dans ses gestes ou ses paroles, blesser les plus susceptibles convenances; mère sans doute, mais mère d'un lel lils. Elle lendit ses mains maternelles à la descente de la croix, elle recueillit les clous, et baisa les membres sacrés de Jésus en les inondant de ses pleurs. Elle ne dit que ces mois pleins de simplicité : « Le mystère de ce monde s'est accompli en vous , ô Seigneur, i El à Joseph : « Vous aurez soin, pour la sépulture, que lout soil convenable...» El Ji^e II même , qui n'était pas connu encore, ne fut soutenu el n'eut lant de hardiesse, que par les exhortai. on» de la mère de Dieu; ce fut elle qui le décida à atleT auprès de Pilaie réclamer le corps de Jésus... Le poitrail tracé par saint Grégoire de Nazianze , ou plutôt par Apollinaire, n'esl donc, comme les nombreux incidents racontés de la Passion par bien des saints hommes ,ou les récits de saint Anselme, autre chose que le résultai de pieuses méditations; l'histoire véritable n'a rien de commun avec ces opinions, dont quelques-unes toutefois, comme celles de saint Anselme, pou ra.cnl eue des révélations de Dieu , ina:s i|ue nous n'avons pas à mêler parmi les faits de l'histoire ecclésiastique...
TAS
PAS
de son époux , complaisante pour lui en lonle chose, ainsi qu'il convient, sourde pour loul autre qui ne saurai! être qu'un trompeur, et n'ayant , avec son "uiile naturel, qu'une même àme et une même volonté. Maintenant, au contraire, l'inimitié est partout, la souffrance partout, depuis que la femme a trahi l'homme et livré l'honneur de l'empire. Une ancienne injure en amène constamment une nouvelle, les larmes découlent des larmes, sans raison et sans nombre, et le mal, dans la lutte, vient du mal. Aussi la nature bienfaisante, accablée par son abaissement, gémit et pleure sur les cohortes infinies des malheurs, sur la succession intolérable des maux; sans cesse coulent ses pleurs, à la vue de l'ennemi , au sentir des outrages, sur la souillure de la première mère, cause de 1 antique chute, et sur la séduction de ce père, qui prêta l'oreille à son épouse, et de qui, sur celle terre, nous sommes tous descendus. Elle crie à la foi jurée, elle en appelle aux promesses faites et à la main (donnée) , elle atteste Dieu. L'infortunée sait, au milieu des calamités, combien il est doux de ne pas abandonner la patrie. Elle liait le monde , el n'éprouve pas de joie à sa vue. EX moi , j'en suis à cet excès de douleur d'avoir la concupiscence de ce monde, et venue jusqu'en ces lieux, de dire au ciel les maux de la naiure, si misérable, ne cessant de pleurer! dans l'enfantement, le repos ou l'abstinence. 0 malheur! c'est moi , moi-même, dont je parle, en parlant de toi , (ô nature) ! moi qui ai mis au monde, sans enfanter , cet Etre supérieur à la raison , moi accouchée sans couches, que dire? sans douleur et sans .corruption! moi ignorante de l'ardeur et du souille pervers de l'homme, comme l'airain non trempé, el dont la fleur virginale n'a pas élé ravie! El mon Fils, comment lui ai-je donné la vie? Chose incroyable! El aujourd'hui comment le voir au milieu d'un tel oulrage? Pourquoi donc, inscienle des douleurs d'une mère, mon coeur esi-il la proie des angoisses? Pourquoi, autrefois, ai-je tressailli de joie, lorsque le messager céleste vint in'annoncer ma conception, signal de la défaite des ennemis du genre humain? quelle joie élrange transporta mon âme? Je ne voyais point alors le double sens des paroles du porteur des célestes oracles, el j'avais pleine foi , en ce qu'il me prédisait en mon Fils, non pas une victime, niais le roi de la terre el du ciel entier. Quels transports d'allégresse! Quel hymne loul féminin jaillil du fond de mon cœur! quels cris! Mes profondes actions de grâces poursuivirent l'annonciateur. J'allumai, pour dévorer les parfums, les flammes sacrées, el je lis les sacrifices prescrits par les saints prophètes : vive dévotion, espril contrit, ardeur impuissante à contenir ses élans, dans ce pieux entraînement qui fut accepté comme louable. Mais comment un malheur si cruel IroUble-l-il aujourd'hui mon sein? Jetais accourue malgré la nuit pour voir quels maux accablaient mon Fils, el voici qu'on me conseille d'attendre le jour.
i'ne femme du choeur. Dame, enveloppez-vous vile dans vos voiles; j'aperçois des hommes qui courent dans la ville.
LA mère de sied. Qu'y a-I-il? Annoncez-vous la présence secrète dans l'ombre d'une bande hostile?
DDE femme du chœur. Une troupe nocturne approche en désordre, avec tumulte; c'est loule une armée dans ces lieux obscurs , qui s'avance avec des torches el des armes.
la mère de dieu. Et ne vieni-il pas quelqu'un .auprès de nous, d'un pas rapide , pour nous donner peut-être la nouvelle de quelque événement encore inconnu?
une femme du choelr. J'entendrai son récit, son message... O vénérable, ô vénérable, ô trés-chasie Vierge, hélas! trois fois hélas! ô vous! si grande parmi les hommes et sans lâche, appelée chaste uar lotis les habilaolsde ce monde sous 'Ouïe' '«"»
latitudes! Oh! combien vous éles malheureuse, vous si heureuse autrefois!
la mère de dieu. Qu'y a-l-il? qui en veut à ma vie?
une femme du choeur. Personne ; mais voire Fils succombe sous les couos des meurtriers.
la mère de dieu. Malheur à moi ! qu'a-t-on dil? vous m'avez perdue, ô femme!
une femme du choeur. Considérez votre Fils comme mort.
la mère de dieu. O méchante parleuse , ne fermerez-vous poinl vos lèvres, et ne cesserez-vous point ces discours insolents? Comment? n'avez-vous pas dit qu'il n'était déjà plus? L'Elernel ! Prononcez des mots sensés, el si vous avez quelque chose à dire, dites-le en des termes tels que vous n'offensiez point Dieu. Mon rejeton a fleuri sur un trône d'or, el ce serait chose élrange que le sang d'un Dieu coulât sous la main des morlels! Non! l'Immoriel ne peut mourir! Je l'ai engendré , el je sais comment...
le choeur. Infortunée! vous ignorez vos malheurs, el vous repoussez el vous discutez nos avis. Mais, au lever de l'aurore, vous verrez voire Fils expirant , car les meurlriers ont employé à son jugement la nuit enlière. Et je vois un des serviteurs de voira Fils qui accourt, essoufflé, en loule hâte, auprès de nous. On lit sur son visage quelque chose de nouveau qu'il va dire.
la mère de DiEc. Que vient-il nous apprendre !