SCÈNE V
les mêmes, LE CHRIST pansant, mu t.
LA mêrf. df. dieu. Ali ! à moi ! que vois-je? Des mains criminelles, 6 mon Fils né de Dieu ! vous emmènent, vous irai eut... Vous, chargé de chaînes!.. Ft que ne fera-t-on encore ?.. Vous qui avez brisé les chaînes de celle innumérable famille des hommes qui en était accablée!.. Ah! ali ! quelle différence avec les premières promesses du l'ange, cl que j'étais loin de prévoir ce jour, ô mon Fils.
le choeur. Mais ne sonl-c.e pas là les prophéties, dans lesquelles lui-inèiue avait annoncé d'avance sa Passion entre des mains criminelles ?
la mère de dieu. Ali! que faire? I.e cœur me iintnque. (On voit paner le Christ, au loin, entouré, inaccessible.) Où allez-vous, mou Fils, où allezvous? que ne puis-je mourir? Dans quel dessein accomplissez-vous celle course rapide? Y a-t-il de nouvelles noies à Cana, et y allez-vous pour eh tnger si étrangement l'eau en vin? Vous suivrai-je, ô mou Fils, ou bien vous allcndrai-je ici? Parlez, parlez-moi, ô vous qui êtes le Verbe de Dieu le Père. Voire silence est-il du dédain pour votre mère qui vous a élevé? Je souhaite tant d'entendre en cel instant votre voix adorée, de vous parler, ô mou Fils ! Par le Seigneur, votre Père, laissez-moi, ô mon Fils ! toucher de mes mains voire corps sacré, panser vus pieds, et vous entourer de tues bras... (Le Christ fiasse muet.)
Ah ! à moi, mon cœur est arraché. Venez, amies, venez. N'ayons plus de crainte. Approchez, entourez moi, parlez-moi, tenez ma main dans les votre-. Oli ! que je suis malheureuse ! transpercée de mes larmes, glacée de crainte. Hélas, helas ! infortunée! je suis entièrement anéantie.
O Femmes, depuis que j'ai vu le triste visage de mon Fils, je souhaite la mort, et je ne supporte plus la vie.
.Malheur sur moi! que deviendrai-je ? comment échapper aux mains de ce peuple ? mes ennemis dénouent lotîtes leurs cordes contre moi. Je n'ai point «l'asile sur contre leur perversité. Que faire doue? que 'aire ? coinmcnl échapper a tant de Lu s ?
UNE femme du choeur. Je ne sais, en vérité, trèsci. ère sœur; j'ai peur aussi, et des larmes brûlantes cou'eni de mes yeux. Suivez le Christ par derrière, avancez sans bruit; marchez vers le danger, avec l'héroïsme de votre grand cœur, et nous vous suivrons d'un pas tremblant. Car une troupe furieuse COUD amour de lui, et il ne faut pas être trop près de ces niasses égarées. L'àme de ces hommes engourdie, leur haine supporteraient mal notre présence; entêtés, sanguinaires, impétueux dans leurs passions, tels, dans leurs mœurs sauvages, leur esprit et leurs idées, que les barbares. J'ai peur que, d us quelqu'une de leurs mobiles impressions, ils ne vous accablent de quelque calamité plus terrible. Plus mon regard s'arrête sur eux, plus je redoute ipu: quelque épée aiguë ue perce le cœur de Jésus, e qu'ensuite vous lie soyez sous le coup d'un malheur imprévu t plu- affreux, le corps sang! ni de
votre Fils gisant sur la voie publique. Un peu à I 8iaiii!e ces scélérats, regardons les forfaits atroces i'e celte race cruelle. Allons donc, allons jusqu'à la forêt.
ia mf.he de DIEU. Vous avez raison, vos conseils ne saluaient déplaire à personne; quittons ces lieux, selon votre avis.
{Elles se mettent en marche.) SCÈNE VI.
LES MÊMES
le CHŒUR. C'est d'ici que, comme d'un beffroi, nous allons I ou l voir, cachées dans celte ombre.
LA \ ÈRE DE dieu. 0 ma llieureusc ! infortunée! verrai je mon Fils dans ces tourments douloureux, et descendre ainsi au tombeau? El j'ai fui loin de ces
hommes, sous la crainle du mal ! Mais quelle joie allends-je doue encore dans cette vie? Oui ! oui ! que je meure à I instant, s'il ne m'est pas donné une glorieuse vieillesse, jusqu'au jour (et ce jour, j'y compte,) où mou Fils resstis ilé d'entre les morts, assemblera tous le* peuples pour les juger.
Ces Hébreux, si avides de sa mort, sont ceux i!e sa race; c'csl-à- lire de ma race, à moi, mère désolée, et non de celle du Père, dont le Verbe a été fait bouime, et que j'ai mis virginaleutent au inonde, parmi mystère supérieur à la raison humaine, et sans éprouver les douleurs cruelles de l'enfanleinent. Oh ! j'ai la foi, j'ai la foi, malgré mes gémissements, cl malgré ma faiblesse à la vue de sa Passion : je l'ai engendré, je sais comment je l'ai engendré, quoiqu'il me soit impossible d'eu expliquer intelligiblement les mystères. Il faillirait pourtant, à l'approché du malheur, dénouer nia langue. Aussi vais-je raconter d'abord les premières sensations maternelles de ce corps encore vierge, ignorant de la volupté, de se* ternicseldeses peintures, loin desquelles mes regards étaient écartés par mon âme virginale. J'en atteste celui qui sait tout clairement ! Je ne laissai jamais les sentiments mondains envahir mon cœur. S'il n'en est pas ainsi, que je périsse dans la honte et l'infamie; que mou corps soit rejeté parla nier, la lerre et le ciel; que mon àuie soit repoussée par les mains de mon Fils qui souffre là; tous mes vœux brisés, mou espoir anéanti, et ma tète confondue ! Telle j'étais... mais je ne puis, au milieu de mes lar > es, m'arrêler plus longtemps sur ce sujet; j'en ai dit assez, Ah ! coulez, mes pleurs, sur les maux dont je suis accablée, incertaine de ne pas sentir encore le poids de revers plus funestes !
Je veux pourtant raconter les temps heureux de ma vie, pour inspirer de mes maux une pitié plus grande. Ignorante des bouillies , vierge , je ne connaissais une les devoirs d'une femme obscure, D:eu m 'accordant abondamment les dons et les Ircsorsdesa grâce. Ainsi, les calomnies fondées ou nue, comme c'est toujours une cause de mauvaise renommée que d'être souvent au dehors, je rejetais toute. envie de sortir, et je restais assise au foyer domestique, dont j'écartais les vains bavardages des voisines, forte de la pureté de iccn cœur, et me sullisani à moi-même. Instruite des avantages de la modestie, du bon renom qu'elle répand autour d'elle, je donnais l'exemple du silence et d'une humeur toujours égale. Je savais comment me distinguer do mes compagnes, et non moins comment et dues quelles choses elles l'emportaient siirinoi. Mon mari, me recevant pure des mains de Dieu, lue laissa vierge aussi ci sans tache. Ce ne sont poinllàde vaine» paroles : les événenemciHs vont eu prouver la vérilé. De fut alors que je devins l'épousée de Pieu.. .Mais, me direz- vous, comment eûtes-vous un Fils ? aucune femme ne pourra jamais dire qu'elle enfanta connue moi...
-le choeur. Excellente dame , très-chaste Vierge, nous savons que vous êles la seule inere sans noeçs
PAS
PAS
et sans époux, parmi tontes celles qui vivent ici-bns. La main (!e l'accoucheuse qui n'eut rien à faire, témoigne en faveur île votre divin enfantement. L'n ange vous anronça la conception d'un Dieu. Les iruvres de ce Dieu, déjà connues, sont supérieures à l'homme et ce sera chose incroyable s'il subit des tourments con m Min des mortels.
la mère de dieu. Bien dit, s'il plaît à Dieu que de t Iles faveurs soient accordées par lui aux hommes, car pour eux il est le remède unique de la mort et l'unique moyen de délivrance des maux dont elle les accable. El je veux vous montrer la grandeurdececi :1e Verbe qui instruit les hommes a habité en moi, et il répand sa grâce. Quand l'homme eut été formé de I) tue par le Créateur, placé dans le Paradis pour en cultiver les plantes, dans le dessein de l'introduire au ciel, et que le serpent l'eut rapidement, parla faute maligne de la femme, chassé du Paradis et éloigné des cieux , le Fils imagina de prendre vie, quoique Dieu, dans le sein d'une lemme, de devenir homme tout en restant Dieu, et de renverser à jamais par son sacrifice, le destructeur du genre humain écrasé sous son pied.
Croyez en mes paroles, ayez la foi, et considérez comme un Dieu celui qui est venu sur la terre pour montrer aux hommes le chemin des cieux. Rendezlui hommage, célébrez-le dans vos chants et béuissjz-le. Car on le verra une autre fois sur la terre; il va sortir du tombeau, comme d'un lit, et monter ensuite au ciel, selon ses prédictions et les prophéties antérieures.
J'en ai l'espoir el la certitude. Sans doute, partout où l'on peut le trouver encore, je puise l'espoir qui me soutient; mais, non, mou esprit ne me trompe pas : quelque grand honneur m'attend. Cons ■lame pensée! et quand l'espoir sera devenu certitude, quelle joie! Ainsi, accablée de maux, jecomple sur un prochain avenir, mais le chagrin domine mes espérances.
le choeur. 0 glorieuse femme, ô excellente Vierge, à qui il a été donné de porter un Dieu dans ses Bancs! ainsi que vous l'avez dit, vous avez annoncé l'avenir, mais jetez les yeux sur le présent. Nous vous savons plus sage qu'aucune autre femme , et - dans la sagacité de votre esprit, capable de prévoir la fin de ces choses, si pleines de mystères, si inintelligibles pour toutes les créatures humaines, sauf pour vous.ô -Mère de Dieu!
la mèue de dieu. Oh ! que je suis malheureuse! combien je suis abreuvée de douleurs! Je connais l'étendue de mes maux , mais sais-je comment en soutenir le poids?0 stupeur! Lui! élevé sur la croix! Je le vois, il va mourir, et de bonne volonté! Malheur à moi! Hélas! ah! ah!
le choeur. Qu'y a-t-il? que faites-vous? Vous qui avez supporté tant d'épreuves déchirantes?
la mère de dieu. Est-il une consolation dans mon affreuse situation actuelle? Lu est-il une' Je ne sais. La mort peut-être, immédiate? Je l'espère, je la souhaite. Un seul jour, pas plus d'un jour, afin que les ennuis dont je suis accablée, aient une fin. Oui! 6 mon Fils bien-aimé, ne m'abandonnez pas seule ici-bas.
une femme du choeur. Ah! ah! vos lamentations nie troublent : tantôt vous prophétisez en remplissant de crainte mes oreilles, et vos paroles m'emplissent de terreur, et tantôt vous relevez mon courage, mais par des paroles bien obscures...
l\ mkiie de dieu. Vous n'avez pas longten ps à attendre le terme de vos espérances.