‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 686 sur 1429 · LES MÊMES, LA MERE DE DIEU · texte numérisé non relu

LES MÊMES, LA MERE DE DIEU

la mère de dieu. O généreux amis, courageux Vieillards, grâces vous soient rendues h tons deux ; à vous Nicodème; à vous, illustre Joseph. Vous è es venus pour notre bien, et vous avez bien fait : car, pour des amis fidèles, les maux des amis sont également un malheur qui reniolit la poitrue d'angoisses.

llitcz-votis, hàtez-vous; descendez le corps. Je vois que l'un et l'autre vous êtes venus dans ce dessein. Montez, montez de suite. Descendez -moi le Mort, que j'embrasse le sein du Seigneur et tous ses membres, que j'attache mes lèvres sur ce corps que ]ai vu grandir!

Joseph. Uetirez-vous, retirez-vous, dans la crah.le de» meurtriers, qui ne souffriraient pas votre présence.

Nous, nous montons [a la croix] , comme vous voyez, et nous allons dans peu avoir descendu le Mort de nos propres mains'.

Allons, ami Nicodème, mettez le pied le premier, et lestement, sur les bâtons serrés de l'échelle, et ôtez de ces poteaux croisés le corps du Lion, sur qui la plèbe s'est ruée en joie, comme sur une proie.

Et vous, allez- vous-en promptement, quelque triste que vous soyez, pour éviter des violences; car vous ne pouvez rien à ce qui est accompli, ni par vos gémissements, ni par vos pleurs.

la MÈRE DE dieu. Oh! que je vais èlre malheureuse, coulée, jusqu'au moment où j'aurai vu mon Fils,

même mort, et jusqu'à ce qu'il ait été mis au tombeau !

Néanmoins, je vais fuir cette plèbe, dans l'effroi des outrages...

{Elle fait quelque* pas pour sortir et revient.) Mais sans mon Fils, l'amour de ma vie? Sans moi, on pleurera mon Fils mort, on l'ensevelira, on touchera ses pieds, on embrassera ses membres ?

Allons, ma misérable main, touche au moins lo mort !

josepu. Non, non, n'avancez pas la main, ne louchez pas au mort; non, non. Je viens moi-même, de mes mains, l'ensevelir, avec Nicodème qui me prèle le secours de son travail, et qui a apporté une grande quantité de parfums.

Pourvu que personne de ses ennemis ne lui fasse quelque nouvel outrage, n'arrache les suaires cl ne lire le corps du cercueil.

Aillant qu'il est possible, je n'eus avec lui aucune parenté, mais je respecte en lui un ami mort.

Quels derniers soins lui rendre ? que pourrait-on faire pour [voire Fils] mort, qui plaise à voire esprit? réfléchissez-y. Mais suivez aussi mes conseils; au moins, souffrez en silence. Tout va bien jusqu'ici.

Ce n'est pas moi que vous verrez malveillant pour votre Fils sans vie. Je suis Juii, je ne le désavoue pas, niais on ne me convaincra jamais que votre Fils n'ait pas été un homme excellent : le contraire soil ilit par loul le monde, les bois mnntueux soient remplis de lettres, je sais qu'il est le Juste.

Dame, étendez les mains avec ces jeunes lllles et recevez, votre bien-aimé Fils qui est mort.

Et pleurez, à voire gré, et embrassez son corps.

la mère de dieu. Voici de bonnes paroles, et vous compterez encore plus à l'avenir parmi ceux de nos amis qui ont bien mérité de nous, connue un homme qui a triomphé de bien des périls et dont la victoire est d'aulaul plus glorieuse.

Eh bien, Joseph, ami comblé d'âge, prenez dans vos bras, prenez mon Fils, el tirez-le à vous...

Prenez, prenez à présent, élevez le corps, soutenez la tête, appuyez-la sur votre épaule droite, et tenez le droit.

joseph. Dame, el vous autres, jeunes filles, étendez les bras; recevez le mon qui donne la vie aux morts el moi, selon mes forces, je le soutiendrai.

la mère de dieu. Courage! ô ma misérable main • louche à ce mon! ah! que vois-je? ah! qu'ai-je ùuts les bras? qui est celui-là que j'ai mon dans mes bras? O tristesse! avec quel respect l'appuyer sur mon sein ! De quels mots lugubres m'exprimer? ô mon Fils, donnez-moi vous-même les expressions dont je dois nie servir envers vous, mort, el laissezmoi embrasser vos membres! Salin! enfin, je vous vois en vous parlant, vous qui , quoique né de moi, n'eussiez jamais dû mourir, et que des pervers ont mis à mal. Oh! laissez voire mère embrasser voire main droite! O main hien-aimée, que j'ai tenue tant de fois, à laquelle je m'attachais comme le lierre aux rameaux du chêne ! ô chers yeux, ô lèvres adorées, ô beauté, ô grandeur des traits de mon Fils! ô suave approche des lèvres ! ô corps divin, ô très-douee chaleur.ô parfums délicieux de ces membres divins! accablée de maux, je vous semais à peine, et déjà mon cœur était soulagé. Pourquoi ,'avez-vous voulu mourir si ignominieusement? Pourquoi votre mère, qui vous a élevé, est-elle privée de vous? O douleur! ô mon Fils! que ne suis-je morle avec vous! Il me valait mienx mourir que de vous voir expiré. Comment celui qui est là, muet, l'œil éteint, me ponera-t-il secours? Comment supporter d'être encore? O douce chaleur de ce corps? C'est donc en vain que mon sein, ô mon Fils, vous a allaité dans vos langes. En vain, j'ai eu tant de peines, et j'en porte le poids depuis les premières heures do

PAS

DICTIONNAIRE DLS MYSTERES.

TAS

o naissance inouïe. Ah! voire rie agiice, votre îriorçphè des enfers. 6 Fils du Tout-Puissa.il, ont ac-

"Ei^JlSmrfcH. observas Tordre de sue-

cession des

faits.

irgueil, qui irompa la mère universelle cl le premier père, générateur du genre humain, elduiit In postérité est si innombrable, est h» cause de votre merveilleux enfantement, ô mon Fils glorieux; votre Père avait trouvé ces choses lionnes bien avant moi et même avant toute création. Engendrée moi-même enfin .selon les desseins de votre l'ère, a ce que je crois,. je ne fus point nourrie an foyer paternel , et ma mère me donna un temple pour abri. t. est île la, nue si étrangement élevée sous la ganle il un ange, je fus au temps prescrit, arrachée, pour un homme honnête, par le Conseil eniieF [du Temple] , sous la responsabilité ei la surveillance duquel J ela'S. En tout cela , Dieu révélait sa prévoyante suprême, sans doute pour une je fusse, dans un temps donne, une preuve foourson Fils], et pour donner un tuteur a l'Enfant1 dont la conception est un mystère. Je demeurai donc vierge, après vous avoir enfante : je sais, en effet, moi, que. je demeurai vierge, et vous aussi, vous, à qui toutes choses sont révélées. Or, a peine'éliez-vous né, par mon intermédiaire, de Dieu le Père qu'il se répandit contre moi cent mots inconvenants et perfides! On prétendait que j'avais enfanté avec un homme. Et co ne fut point assez île ces outrages. Je pressai notre fuite en tgvple, nu j'eus bien des fatigues et où je fus accablée de travail Mais je voyais les prodiges accomplis par vous, et sans cesse émerveillée dans mes comparaisons [b«ire vous et les autres hommes], je ne vous croyais pas mortel et je n'avais pas la crainte que vous pussiez mourir. Sans doule/r'esl en vertu de quelque pacte avec Abraham, père [des Hébreux], ou de miclqiie médiation; c'est pour les masses infiniesde nos devanciers, ou en raison du serment fait par vous pou- notre, salut, que vous avez ele amené a mourir afin de secourir le genre humain. Voila pourquoi vous avez supporté la naissance cl la mon. bt moi, est-ce là ma récompense pour tant de peines intolérables, que, de vous tenir mort, o mon ¥ ils, dans mes liras? Oui , je me plains de vous aimer ; je suis désolée, je pleure, je gémis, et personne, canaille de vous pleurer avec connaissance de cause ne sera attiré auprès de moi [par mes cris]. \ola Joseph tout piêl à vous envelopper avec bienséance dans ses mains, même à vous construire un sépulcre, à répandre I sur vous] bien des parfums précieux que Nicodèine a généreusement et abondamment apportés : légers services pour ceux que Ion aima quand ils ne sont plus. Car, que servent aux morts ces parfums répandus? Mais votre Père veille a la cause des morts. Vous, vous les précipitez tous, connue un butin, vers les cieux, tous ces prisonniers de l'enfer, enlevés, charges déchaînes dans l'horreur ténébreuse du Tartare. Enfin le Père expose aux veux de tous les sccrels du mystère, après avoir imposé la mort à son Fils unique, lu ainsi I avait annoncé le disciple, voire cousin-germain, el selon vous-même, le plus grand des prophètes, qu a massacré le peuple hébreu, homme grave, un homme enfin en bien des choses, el qu'on a vu chaste, nu, s'abslenant de nourriture et vivant solitaire. Il misait de rien qui pût être le prétexte d une inculpation, vêtu des habits d'un suppliant, souille, hérissé , endurant une vie terrible, et dont pourtant ilélailavide, car ceux-là seulsfuient la vie, donll an e rsi dans les délices du monde, el n ayant autour de lui, de toutes parts, qu'une vaste solitude ou coulait le Jourdain dans son lit rapide. Comme il a montre, dans des symboles évidents, votre ensevelissement, ce prophète qui passa trois jours dans les profondeurs de l'Océan! . . -

Ah! dans la révélation de ces faits, je suis en.vite

de bonheur, el dai.s l'attente de votre sortie du tombeau.

C'est donc ainsi, ô mon Fils, que vous avez déjà subi voire mort el votre passion [dans les prophètes], el ce qui s'est accompli n'a eu lieu qu'a cause des hommes, pour qui il y avait hâte que vous fussiez mort el que vous leur prêtassiez aî.ie.

Mais ni Judas, ni ce misérable Pilale n'éviteront leur châtiment, et ils seront atteints par l'œil revendicateur et vengeur du Père; ci de même ci t:e ville eut ère, et de même la tourbe des meurtriers.

O Punie [Pilale], c'est loi, loi qui as fait le mal; n'essaie pas de le cacher de l'œil de la justice qui voil loul, quoique lu le sois lavé les mains, comme étranger au crime.

Le Trahisseur aussi a jelé au loin le pria; du snng, el déjà il faut que le glaive tombe sur s'a lêle.ouque son gosier soitserré par une corde, ou que les ondes bleuâtres [des mers] cachent son corps jelé eu nourriture aux poissons.

Si encore vous n'aviez vendu qu'un homme, ô misérable ! (car il faut que j'en revienne à vous), si vous aviez livré lonl autre à la mort ; vous eussiez justement subi les punitions des hommes. Mais c'est celui qui vous avait comblé de tant de bienfaits, l'envoyé du Père pour le salut de tout le genre humain, (pie vous avez vendu, livré à la mort par envie. Quelles puniiions n'esi-il pas juste que vous subissiez?

jcsr.ni. Le plus pervers des hommes a déjà eie frappé par la plus sévère justice : on vient de voir ce disciple infâme, Iraitre à son Seigneur, pendu a une corde , cl presqu'aiissilôl tombant par le bris du lacet d'une grande bailleur sur le sol , au milieu de mille cris; 'le misérable ne s'est même pas su si proche de son sort funeste. Il esl enfui juge selon h; droit et la justice; et la veaiigeauce s'accomplit.

LA Mtr.E de difu. O mon Fils, combien votre Père n'esl-il pas grand! Il a entendu , dans sa jus; lice, mes imprécations ! Sa main pesante a frappe le iraitre , infidèle, impie , inique el méchant, voleur el niachinaleur delà mort de Dieu , rebelle, dans sa perversité, à toute résipiscence. Voila donc quelle mort il lui a fallu subir! Périsse ainsi, périsse misérablement , sous votre ires-exacte justice, lonl pervers qui rebute les secours suprêmes de la pénitence. . .. .

Il esl un Dieu ; ce Dieu esl fort cl grand; il est la Providence et le Jugement de Dieu.

Malédiction sur l'impie; il esl l'ennemi de Dieu. Prenez-le [mon Fis] el portez le dans le selpulne neuf; allez, enfermez-le dans le riche tombeau. Il a mus l'es suaires nécessaires an dernier séjour, et qui consolent faiblement du trépas. Et selon moi , il n'importe pas beaucoup aux nu r;s d avoir de magnifiques funérailles! ce n'est qu'une vaine pompe de ceux qui leur survivent. Couvrez donc a I instan le visage avec les voiles, placez les mains , ensevelissez de suite le mort, ce Roi des Juifs lue par eux , celte victime qu'il faut emporter à l'instant.

O mon Fils, ô sublime coopéiaieur du Père, qui a toulcréé que peuvent donc les hommes sans vous? Qu'y a-l-il qui ne soil soumis aux conseils de Dieu? liélas' ô Roi! hélas! comment vous pleurer.' O mon Dieu! ô mon Dieu! comment vous appeler! comment mon cœur ardent chantera-t-il vos louanges? . , ,„.

K-i-ce donc vous, dans ces suaires, enveloppe, gisant . vous, autrefois plié dans des langes?

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