SCÈNE XXXVII
AMIS, YTIËR.
amis. Eh, Dieu ! qu'il vous plaise que je voie bientôt la fin de mes jours; car la vie n'est pour moi que peine et chagrin dans ce monde! Ah! je me rappelle ce que j'ai été au temps passé, et à cette heure, je n'ai membre dont je puisse me servir : m s pieds ne peuvent me porter, ma vue est trouble, et mes bras et mes mains sont avilis de l'horreur de la lèpre. Hélas! j'ai le corps si malade qu'à peine p:iis-je dire un mot! Ah! sire Dieu, je ne vous demande que la mort.
ytier. Par ma foi ! sire, vous avez lort de souhaiter ainsi votre fin ; songez que Dieu de là-haut, quand il vous afflige ainsi, se montre votre ami dévoué, et faites trêve à vos plaintes, mon cher seigneur.
amis. Et comment, Ytier, ne pas me plaindre' c'en serait trop par ma foi! ne le comprends-tu pas?Puisje oublier la cruauté et la grande déloyauté de Lubias ta dame, qui, si elle eût elé ma fidèle épouse et telle qu'il convenait, ne m'eût pas contraint a mendier par le pays?... N'est-ce pas étrange qu'elle ait été la première à faire savoir mon mal à tout le monde : ce qui m'a forcé d'aller demeurer loin des hommes et de la ville, dans une maison déserte et misérable, où elle m'a laissé mourir de faim? et encore elle a tant machiné qu'il m'a fallu partir comme un pauvre étranger. Tu sais donc que la fortune m'est si contraire et si mauvaise, que j'ai été vilainement dépouillé par mes propres frères. Le comble de ma douleur est que même ils n'ont pas daigné me reconnaître, aussi j'ai la rage dans le cœur, puisque ma femme m'a chassé de mon comté, puisque mes frères m'ont renié ; repoussé par ceux qui sont miens, honni par le monde, je prie Dieu que sans retard il lui plaise de m'envoyer la mort. Ah ! qui me regarde sans avoir le cœur gonllé d'horreur! Ma douleur ne peut s'exprimer, et les maux que je soulfre maintenant sont sans pareils.
VTir.R. Sire, sire, je vous conseille d'aller jusqu'à la bonne ville de Paris pour savoir si Amille votre bon ami y sera ; j'espère qu'il vous fera grand bien, si nous le trouvons.
amis. Hélas! je suis si faible que je puis à peine parler ; et puis-je marcher? et je sais bien que si je pouvais arriver auprès de lui, je ne manquerais d'aucune chose à mon désir.
YTiEit. Allons-y donc, sire; je vous y conduirai bien et vous y mènerai volontiers, même à aussi petites journées qu'il vous plaira. A présent dites-moi si nous irons.
amis. Oui vraiment, nous ferons ce vovage, quelque peine qu'il doive nous causer. Allons! pensons a nous mettre en marche. De loi je ferai mon
DICTIONNAIRE DES MYSTERES. AMI m
soutien pour avoir moins de fatigue • cela le Dlaira-t-il? ' v
ytier. En marche, de par Dieu ! oui , allons par