LES MEMES, AMIS, VTIER
amis. Ytier, vois-tu là ce manoir? c'est l'hôtel que Charles donna à Amille quand il lui lit épouser sa fille.
ytier. Ce jour-là il ne le frappa pas d'une bille dans l'œil.
amis. Par saint Spire de Corbeil ! tu dis vrai : il est bon et beau. Laisse-moi; je veux, comme un lépreux, faire retentir ma cliquette. — Ah, monseigneur! n'oubliez pas un pauvre lépreux.
amili.e. Henri, avance; prends un hanap de bois plein de vin, je le l'ordonne, et du pain et do la viande, et porte tout cela à ce lépreux là-dehors, pour que Dieu nous soit miséricordieux à notre dernier jour.
HENRI. Monseigneur, j'y vais sans retard. — Frère, voici viande et pain; si lu as un hanap, prends-le pour mettre ce vin.
amis. Cher ami, que le doux roi des deux donne la joie céleste à celui qui m'envoie ces biens par vous! Mettez ici, sire.
ue.nri. Eh, quoi! peu s'en faut que je ne dise que c'est le hanap de monseigneur; il n'est ni plus petit ni plus grand, mais tout pareil.
amis. Cher ami, je ne sais pas comment est le hanap de votre seigneur; mais je suis tout prêt à prouver que depuis longtemps, je vous le dis bien, ce hanap-ci m'a appartenu et m'appartient encore.
henri. Frère, je ne vous en parle plus quanta présent; mais en vérité ce hanap ressemble à celui de mon maître. — Monseigneur, par le Roi des cieux! ce lépreux qui est à la porte, boit dans un bon hanap dont il est porteur, et qui est d'argent, non de bois. J'ai cru que c'était le vôtre , par sainte Foi!
amille. Vraiment? je le veux voir à mon tour. — Mon ami, que Dieu vous donne son amour! D'où ètes-vous!
amis. 11 vous importe bien peu, doux seigneur. Vous voyez, je suis lépreux et bon à rien. Cependant je puis vous le dire. Je cherche Amille que je désire bien voir, sire; mais ne le trouvant pas, je voudrais mourir, avec le bon plaisir de Dieu.
amille. Dussé-je mourir, je ne pourrais m'abstenir de vous baiser. Cher compagnon, vous êtes Amis: vous ne pouvez me le nier, si vous ne voulez renier toute amitié et toute foi.
amis. Ah, cher compagnon ! auprès de vous je ne puis retenir mes pleurs. Certes, je n'aurais pas voulu venir jusqu'ici.
amille. Dieu en soit loué au contraire! — (à Ytier.) 'Eh ! l'ami, prenez-le d'un côté ; et vous Henri (Dieu vous garde !), soutenez-le de l'autre, et amenez-le moi à l'hôtel ; je vais devant.
ïTiKit. Allons et suivons-le promplement.
amis. Pour (l'amour del Dieu! menez-moi doucement, mes chers amis.
uenri. Sire, où vous plait-il que l'on le mette? dites-le-nous.
amili.e. Asseyez-le ici, mes bons amis, jusqu'à ce qu'il soit temps d'aller se coucher. — Lova! compagnon el cher ami, soyez le bienvenu. Comment èles-VOUS reste si long-temps sans me voir? j'en suis lout ébahi, par ma foi ! et il n'y a rien d'etonnaul.
amis. Sire, sans vous déplaire, je n'ai pu mieux: j'ai eu trop d'occupations depuis que je ne vous vis.
LA fille. Mon cher seigneur, dites -moi, quel est cet homme que je vous vois honorer et fêter de si bon cœur.
amili.e. Dame, je puis bien vous le dire: c'i Et mon cher compagnon Amis, par qui fut mis à mon llardré qui voulait faire mourir de mort douloureuse vous et votre mère, quand Amis combattit à ma place. Faites-lui bon visage, sans y nianouer: vous y êtes tenue.
la fille. Ah ! digne chevalier , comme je vous vis hardi et brave quand vous coupâtes la tête à ce méchant llardré ! Vous arrachâtes à la mort ma mère et moi. En vérité, je vous ferai fête, et vous ne coucherez dans aucun autre lit que le mien.
amis. Dame, que Dieu vous rende le bien que vous nie ferez !
LA fille. Monseigneur, s'il vous plaît, vous serez assez Ivin pour me permettre d'aller ouïr la messe, avant qu'il y ait plus grande foule à l'église ; quand je serai de retour je vous promets de faire fête à Amis.
amille. Dame, ce que vous dites me sourit ; auez donc à l'église, et menez tous vos gens avec vous, dame.
la fille. Allons ! vous deux, hommes, et vous, femme, accompagnez-moi.
henri. Dame, volontiers : je dois faire ce qui vous plaît.
la demoiselle. J'en ai aussi très-grand désir et bonne volonté.