XXI. Des Marchons du Temple
« Emelius, oise'.eur , Celidon, marchand d'agneaux et de chevreaux , et Rabanus, changeur, paraissent dans le temple et s'entretiennent sur la beauté du temps , et la recetle qu'ils espèrent faire ce jour-là.
(Icy vient Jésus à grande avpresse chasser d'ung fouet tes Marinons hors du Temple, et abbattre et trébucher la Table et la monnoye des Changeurs.
JÉSUS
Dehors, dehors sans contredire, Cessés de vostre œuvre vaine.
(Icy frappe dessus.) RACANOS.
Jamais je ne vy face humaine Doni lusse tant espovanlé; Ne jamais ne fui foûellé Si liés-vif pour une scpmainc.
ÉMÉL1US.
J'ay veu une suyeur soubdaine,
En sa face, et une elerté,
Qui m'a tellement hébété
Que j'en suis encor hors d'alaine;
Et jamais ne vy face humaine
Dont fusse '.anl espovanlé.
CELCIDON.
Tous trois nous a mis en grand peine, Et a tous nos estaux jeclé.
Mais dire pourquoy çà esté Je n'en sçai la cause ceriaine-
RABANUS.
Je n'ay sur moy membre ne veine Qui n'en soil pire de santé.
CELCIDON'.
Jamais ne vy face humaine Dont fusse tant espovanlé.
ÉSIÉLICS.
Jamais je ne fus fouetté
Si très-vif pour une sepmaine.
CELCIDON.
Vecy bien estrange fortune Pour nous, et grande couardie.
Car nous avons tous de coustume De vendre céans Marchandise, Toulesfois à face hardie C'est homme ey fait ses efforts, Et d'un grand fouet par maisliie Nous a tous du temple mis hors.
RABANUS.
Je croy que j'en suis enchanté ; Je ne sçay d'où vient cet ouvrage , One ne lus si espovanlé Que de voir Jésus au visage, Il a tumlié tout mon mesnage El m'a fait ma place quiller, .
Où j'ay bien grand perte et dor Et si n'en oze caqueter.
ÉMÉLIUS.
Nous ne devons point endurer
r,es fais de Jésus, ne ses dis ; Mais finit contre lui murmurer Et estre constans et hardis, Car nous serions interdit?
De nous laisser vilipender El serons meschans et mauldils Si ne Talions appréhender.
« Icy vont les Marchans à Jésus, » et lui demandenl raison de celte violence. Jésus leur dit de détruire ce temple, et qu'il le rétablira en trois jours. Eux qui n'entendent rien à ce discours, qui est au-dessus d'eux, prennent le parti de s'aller plaindre à la justice. En s'en allant, Celidon dit :
Ce n'est que ung enchanteur parfait A ce qu'il dit, et ung vanteur, Qui nous cuide ey faire peur Pour la puissance dont il ose. »
(Icy se départent les Marchans du Temple; et Jc"sus demeure.)