AMIS
amille, i.a fille DU ROI, HENRI CHER
la fille du roi. A'h ! glorieuse Madeleine! quelle merveille sous mes yeux! — Pour Dieu! seigneurs, diles-moi lequel d'entre vous deux est mon mari? Vous êtes si semblal les quant à l'extérieur, que je n'y trouve aucune diflérence. Duquel île vous deux puis-je être la femme? Lequel est-ce?
amille. Certainement, c'est moi, dame comtesse. Celui-ci, c'est mon compagnon Amis, à qui Dieu a rendu la santé, comme vous voyez
la fille. Sire Dieu, loué soyez-vous de cette haute courtoisie! Je n'eus jamais de ma vie une aussi grande joie.
amille. Dame, ne soyez pas si hâtive de vous réjouir, car, sur ma foi! vos deux lils sont tués; j'ai coupé la gorge à chacun d'eux, et j'ai avec leur sang lavé Amis C'est ce qui l'a guéri : mais nous n'avons pus moins lieu d'être affligés de leur mort.
la fille. Hélas! ce que v us dites est-il bieu vrai?
amille. Je vous le jure par la Trinité, dame, c'est vrai.
hesri. Marie, j'y cours au plus vite pour le savoir.
la fille. Hélas, malheureuse! que ferai-je? Hélas, malheureuse! Mes chers lils, mon pauMe moi est bien plongé dans la douleur pour votre moi l ! quand je me rappelle le plaisir et la joie que je prenais en vous. Mon pauvre cœur a bien perdu toute sa joie.
amille. Ma douce compagne et ma sœur, hélas! consolez-vous. Cessez de \ous lamenter, ou, par mon aine! je m'en irai si loin que jamais, sachez-le bien, dame, vous ne me verrez.
la fille. Ah, mort! comme mon cœur est emprisonné par toi, dans les plus cruels tourments! Jamais rien ne me causera plus de plaisir.
iiem-.i. Madame, Dieu me donne joie! vous vous affligez bien sans cause. Je ne sais de quoi vous vous plaignez,: vos deux fils ne sont nullement en mal, au contraire ils s'embrassent et jouent l'un avec l'autre, je vous assure
la fille. Henri, vous dites qu'ils sont vivants el en santé?
uenri. Oui, madame, n'en doutez pas : j'en viens dans l'instant.
amille. J.' n'attends p.us; je cours. En avant! Mes enfants! qu'est-ce là? Dame et vous tous, venez ici : \oici nos lils bien portants et gais, eux que j'avais fait tantôt mourir.
la fille. Ah! sire Dieu! combien nous devons d'un cœur reconnaissant le glorifier, louer et célébrer ton saint nom !
la demoiselle. Par ma foi! dame, nous le devons, certes, bien.
amille. Jamais je ne mangerai de pain, je puis bien vous le dire en vérité, que je n'aie offert leur poids de cire. — Amenez-ks avec moi, femme, surle-champ à l'église de Notre-Dame.
la demoiselle. Sire, je ne vous dédirai pas; je vais les chercher.
amis. Cher compagnon, je veux vous prier de me laisser aller avec vous; car il me semble, pour cire
ANC
écrit i ii li88,
ANC
bref, que je suis tenu d'y faire mon offrande, autant qu'aucun île ceux que je vois ici.
i.\ fille. Mettons-nous ions ensemble en route; Je ne vois rien de mieux.
,\mii i r.. Ni moi non plus, que Dieu m'aide! Allonsnpus-en; ne lardons plus, et chantons [>ar dévotion, pour ces miracles . Te Deum laudamus.
AMITIE BANNIE DU MONDE (L'), de Théodore Prodrome. — En 1835, M. Magnin, dans son coins professe à la Faculté des lettres comptait le drame de Théodore Prodrome, l'Amitié bannie du momie, parmi les monuments du drame aristocratique orientale au xii' siècle.
La carectère purement littéraire, semipaïen, et nullement ecclésiastique de cette pièce, nous borne à une simule citation :
i. amitié. D'abord je suis toujours unie purement a Dieu et à la Trinité. Je suis aussi mêlée sans forme corporelle aux esprits mondains et aux triades supérieures comme les séraphins, les chérubins et les trônes, cl à toutes les autres saintes milices. C'est moi qui fais régner la bienveillance entre elles et le Seigneur; je réunis ces innombrables myriades d'habitants du ciel et j'en forme une chaîne unique. Le seul Lucifer jadis me prit en haine et fut chassé de la voûte céleste; tant l'ordre que j'ai établi repose sur moi, et ne peut être maintenu que par moi! Maudit soil le bavard Empédocle qui disait que la discorde était l'auteur de tout ici-bas. Qui a co'jrbé eu sphère le vaste ciel qui anii-< l'ois formait une surface plane? qui le fait céder à la voix du Seigneur, si ce n'est l'attractive amitié?
Emu parle récit des tribulations de V Amitié t l'Etranger lui propose de l'épouser:
l'amitié. Préférez-vous le bien de vos amis au vôtre?
l'étranger. Je le ferai.
l'amitié. Vous pourriez vous exposer à la mort pour eux?
l'étranger. Oui, certes.
l'amitié. Vous ne voudrez pas de mal aux envieux?
l'étranger. Non.
l'amitié. Vous aimerez ceux qui médisent de vous ?
l'étranger. Je les aimerai.
l'amitié. Je crains que les faits ne démentent ces promesses ?
l'étranger. J'ai promissous lesceau du serment.
l'amitié. Rappelez-vous bien ce serment et je vous suis....!
(Cf. Journ. génér. de t'Instr. Publique n° 88, 3 sept. 1835, p. 4G2.) ANCIEN TESTAMENT ET LA PASSION
( L' ) [An 14-88]. — On lit dans le très-remarquable catalogue que poursuit avec tant de persévérance et de talent M. Paulin Paris {Les manuscrits françois de la Bibliothèque du Roi; Paris, 18i8, t. Vil, p. 212) :
« N" 72G8. 5. — Mystère de l'Ancien Testament et de la Passion... volume in-k° magno de 281 feuillets, à lignes longues; fin du xv" siècle. Demi-reliure à dos de veau fauve, recouvert d'une langue de veau rouge, avec le chiffre de Louis-Philippe. — Fonds de La Mare, n° 285.
« Ce volume est très-mutilé ; le premier feuillet conservé a été restauré lant bien que mal avec du papier tiansnuent. II a été
comme le prouvent ces vers placés a la suite du grand mystère, fol. 270.
Au nom de notre sire, amen!
L'an de l'Incarnation courant
Mil un. c. un. xx. et huit.
Cette notable passion
Fut par giainlr dévotion Achevée du tout descripre....
« Les premières lignes conservées appartiennent à un sermon écrit en méchantes rimes, et qu'on pouvoil débiter à la place des ouvertures de nus modernes ouvrages dramatiques. Nous déchiffrons, ligne cinquième :
De la célestial Ayde tout bien descend Du ciel impérial A tout homme honneur vient...
« Cela bourré de latin et de vers de toute mesure, se continue jusqu'au fol. 4, recto, prédicateur prend congé en ces
Alors termes
Dictes, dictes amen, amen,
Plus ne vous en dirav cy.
Le surplus vous démonstrera
Ce message que véez là,
Qu'il csl abille pour ce faire. Amen'
« En effet parle ainsi :
au verso suivant le Mcssag*
Benoîte soit la compaignie Qu'il à l'honneur du fru l de vie, Est aujourd'huy cyassanblëe; De Dieu soit ek' rémunérée!
Nous nous lirions très-humblement Qu'au gré prenez et doucement Le misiére qu'avons joué Qu'avez de bon cuer escouté Sans faire noyse ne lensons, De quoy nous vous remerevons.
Demain verres cy plaist à Dieu, En ce mesme et propre lieu , Jouer de Dieu la Passion Ce nous avons temos et saison...
« Ces discours servaient d'épilogue, dit M. Paulin Paris, à un premier mystère que nous ne retrouvons pas ici ; ou peut-être les premiers feuillets ont-ils été transposés et le discours devrait-il être à la fin de la première journée de la Création et naissance du Sauveur. » Il nous semble plus probable que les fragments cités par l'illustre savanlétaiunt l'épilogue de la première journée du drame , comprenant V Ancien Testament , à la suite duquel se joua la Passion, dans une seconde journée. — Vient ensuite, continue M. Paris, un nouveau sermon divisé en deux distinctions; enfin au fol. 8 commence le mystère de la Création du monde. Premiers : Deus Pater stet in Paradiso in Cathedra et angeli mine et inde, et dicel :
Tout ce que fait avons cy est bien ordonné, Autre chose voulons faire à noire volonté. Or soit faicte et crée resplendissant lumière Pour tout enluminer de ma grâce plenière, Qu ils croiront fermement et tiendront foy entière.
« Alors la lumière se fait, puis les anges, puis l'homme.
ANC