XVI. En lu 3Iaison d'Anne
(Ira suyrenl Saincl Pierre cl Saincl Jehan de loing Jétus, que l'on ntaine ; et tous les Juifz arrivent à l'Osiet d'Anne.)
« Nous avons dit à la fin du quatorzième mystère, que la servante Hédroit avait [iris les devants, et avait eu soin de faire un bon feu. Comme il fait froid, Salmanazar etNembroth viennent s'y chantier; cependant les tyrans d'Hérode et de Pilate sont très-consternés de n'avoir pu piller. Ils s'en vont, protestant fort de ne plus se mêler do choses do si peu d'importance. Sur ces entrefaites, s»int Jean, qui a froid, frappe à la porte d'Anne, et comme il est connu de la servante (parce qu'autrefois, pendant qu'il faisait son métierdo pêcheur, il venait apporter du poisson dans cette maison), Hédroit veut bien le laisser entrer pour se mettre auprès du feu. Saint Pierre vient se présenter a la porte, mais tant s'en faut que celle servante lui fasse' la même grâce, qu'elle le rebute avec loute la hauteur et la dureté possible. La nécessité où se Irouveeet apôtre l'oblige à passer sur toutes ces insolences sans faire semblant de les entendre , et de renouveler ses instances.
SAINCT FiEURF,.
Vous plairoit-il point que j'entrasse, Dame, par voire courtoisie ?
UÉDROIT.
Que VOUS f.llll-il?
SAINCT PIERRE
De vostre gra :e
Vous plairoil-il que j'entrasse?
Il fait si froil, je me chauffasse?
HÉDROIT.
Attendez là, si vous ennuyé.
sainct pierre.
Vous plairoil il poini que j'entrasse Daine, par vostre courtoisie.
HÉDROIT.
Rien, rien, vous n'y entrerez mie, Si de vous congnoissance ii'ay :
Desqnelz estes- vous ?
SAINCT PIERRE
Je ne sçay :
En moy n'y a pas grand acquest.
SAINCT JEHAN
Ilelas, Chambrière, s'il vous plaisl , Laissés l'entrer à ma requeste; C'est 1111g vaillant homme et lionncsie, Aussy bon que vous veislcs luiy.
HÉDROIT.
Le conguoissez-vous, Jehan?
SAINCT JEHAN
Ouy :
Je vous répons de sa personne.
HÉDROIT.
Pour l'amour de vous >c lny donne Congé d'entrer.
(lc<j entre Sainci Pierre dedans)
SAINCT PIERRE
Certes, Hédroit, Oneques mes je n'eus si grant fro.il, Je sens mon cueur si refro iy, Qu'à peine sçay-je que je dy ; Je viens céans à l'avanlure.
Ilcj s approche Saincl Pierre du feu, cl y sont tous les Juifz auprès.)