‹ Dictionnaire des opérasChapitre 168 sur 928 · CHARLES XII ET PIERRE LE GRAND · texte numérisé non relu

CHARLES XII ET PIERRE LE GRAND

opéra-comique en.trois actes, paroles de De Meun, musique de Chancourtois, représenté à l'Opéra-Comique le 16 novembre 1819.

CHARLES-QUINT DEVANT TUNIS (Karl

der Fûn f 'te vor Tunis), opéra allemand en trois actes, musique de Charles Stœppler, représenté avec succès sur le théâtre de Brunswick au mois de décembre 1847. On a remarqué surtout l'ouverture de cet ouvrage. L'auteur était alors attaché au duc de Brunswick en qualité de musicien de la chambre.

CHARLES VI, opéra en cinq actes, paroles de Casimir et Germain Delà vigne, musique de Halévy, représenté à l'Académie royale de musique le 15 mars 1843. De tous les livrets modernes d'opéras , celui de Charles VI renferme le plus de beaux vers; les situations en sont dramatiques, intéressantes. La musique d'Halévy est pleine de beautés de premier ordre. L'ensemble de cet ouvrage est de nature à réveiller dans les âmes les sentiments du plus pur patriotisme. Et cependant on n'entend plus à Paris , depuis de longues années, cet opéra national, dans lequel on voit nos aïeux repousser l'invasion étrangère, tandis que sur presque toutes les autres scènes on n'a fait aucune difficulté de perpétuer le souvenir de nos discordes civiles. Nos voisins d'outre-Manche n'ont jamais poussé la courtoisie à notre égard jusqu'à étouffer les souvenirs de leur histoire nationale.

Au premier acte, la jeune Odette, fille de Raymond, vieux soldat d'Azincourt, quitte sa chaumière pour se rendre auprès du roi, dont elle est la filleule et une sorte d'ange gar-

dien au milieu de ses accès de folie. Le chœur d'adieux chanté par les jeunes filles, ses compagnes, est d'une fraîcheur et d'une simplicité charmantes. Raymond, entouré des paysans, évoque des souvenirs belliqueux, excite leur haine contre l'étranger en chantant avec le dauphin les strophes suivantes :

La France a l'horreur du servage.

Et, si grand que soit le danger.

Plus grand encore est son courage , Quand il faut chasser l'étranger.

Vienne le jour de délivrance.

Des coeurs ce vieux cri sortira :

Guerre aux tyrans ! Jamais en France, Jamais l'Anglais ne régnera.

Guerre aux tyrans! Jamais en France, etc.

LE DAUPHIN

Réveille-toi, France opprimée, On te crut morte, et tu dormais; Un jour voit mourir une armée, Mais un peuple ne meurt jamais.

Pousse le cri de délivrance, Et la victoire y répondra :

Guerre aux tyrans ! Jamais en France, Jamais l'Anglais ne régnera.

En France, jamais l'Angleterre N'aura vaincu pour conquérir; Ses soldats y couvrent la terre, La terre doit les y couvrir.

Poussons le cri de délivrance, Et la victoire y répondra :

Vive le roi! Jamais en France, Jamais l'Anglais ne régnera !

La musique et la poésie de ces strophes suffisent à réunir dans une commune admiration les noms de Casimir Delavigne et de Halévy. Le dauphin, sous l'habit d'un écuyer, prend part à ce chant de délivrance interrompu par l'arrivée des soldats anglais, de Bedford et de la reine Isabeau. Dans l'entrevue de celle-ci avec Odette, on doit remarquer la belle phrase : Respect à ce roi qui succombe, dont l'harmonie et le caractère sont d'une élévation et d'une distinction extrêmes. Le dauphin , que son amour frivole pour Odette avait amené, ne tarde pas à apprendre d'elle la mission qu'elle doit remplir auprès de son père; ce qui amène ce passage :

En respect mon amour se change :

Reste pure, Odette, et sois l'ange De tes rois et de ton pays !

Pour eux, c'est en toi que j'espère ; L'ange qui va sauver le père Sera respecté par le fils.

Quoique Duprez n'aimât pas ce rôle sacrifié, il le chantait avec beaucoup de charme, et il a laissé de bons souvenirs, surtout dans ce duo : Gentille Odette, eh quoi? ton cceur palpite. Le dauphin, reconnu, est sauvé par Odette de la poursuite des Anglais. Au se-

CHAR

CHAR

cond acte, on assiste à une fête donnée par Isabeau de Bavière au duc de Bedford, dans l'hôtel Saint-Paul. Mme Dorus-Gras se faisait applaudir dans cette scène. Elle est suivie de celle dite de la Folie, la plus remarquable page écrite par Halévy. Les récitatifs, le cantabile : C'est grand' pitié que ce roi, que leur père, portent l'empreinte de l'égarement , et chaque phrase a le caractère qui convient au sens. Lorsque le musicien pense et sent comme le poète, l'œuvre dramatique est parfaite. Odette cherche à distraire Charles VI ; nous signalerons ici des couplets de la facture la plus distinguée : Ah! qu'un ciel sans nuage, et le grand duo des cartes, au moyen duquel la jeune fille cherche à faire vibrer dans le cœur du roi la fibre guerrière ; mais c'est en vain. Isabeau parvient à lui faire signer à la fois l'adoption du jeune Lancastre et la déchéance du dauphin. Le troisième acte est rempli en grande partie par la marche du cortège qui se rend au couronnement du jeune Anglais. Le roi reprend ses sens et arrache la couronne du front de l'enfant. L'air de Raymond, Fête maudite, est accentué avec énergie. La reine et Bedford , au quatrième acte, remettent sous les yeux de Charles l'acte d'abdication qu'il a signé. Le roi le brûle et les chasse. Epuisé par cet effort, il s'étend sur un lit de repos et chante cette phrase touchante :

Avec la douce chansonnette Qu'il aime tant,

Berce, berce, gentille Odette, Ton vieil enfant.

Suit alors une ballade admirablement dite par Mme Stolz : Chaque soir, Jeanne sur la plage. L'accompagnement de hautbois produit un effet ravissant. Le roi s'est endormi, mais dès qu'il rouvre les yeux , Isabeau fait apparaître des spectres, Clisson, Jean sans Peur, l'homme de la forêt du Mans, qui lui déclarent qu'il mourra de la main du dauphin. Ce prince est arrêté par l'ordre de son père. Le cinquième acte a deux tableaux : le premier représente les bords de la Seine où se réunissent les chevaliers fidèles, Dunois, Tanneguy-Duchâtel , La Hire, Xaintrailles. Guidés par Odette, ils iront à Saint-Denis s'opposer à ce qu'on livre la France à l'étranger. Le second tableau montre le chœur de l'abbaye de Saint-Denis. Tous les personnages s'y rencontrent. Odette saisit l'oriflamme et le place entre les mains du roi. Une bataille s'engage ; les Anglais sont repoussés, et Charles vient tomber mourant dans les bras de son fils. Casimir Deiavigne n'a pas terminé son poème aussi simplement.

En voici les derniers vers , si la longueur du spectacle et l'horreur naturelle du public français pour l'inédit, l'inusité, n'y avaient mis obstacle, il eût été beau d'entendre déclamer cette prosopopée prophétique, sur de beaux accords, tels que Halévy aurait pu les imaginer.

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