‹ Dictionnaire des opérasChapitre 221 sur 928 · DÉMO · texte numérisé non relu

DÉMO

moment où il croit l'avoir vaincue par ses séductions, mais la jeune fille tombe morte à ses pieds ; et, comme il s'apprête à enlever celle qu'il considère comme sa proie, un ange paraît, qui la lui ravit.

Ce livret est peut-être conçu plutôt dans la forme de l'oratorio que dans celle du vrai drame lyrique. Mais le musicien en a fait une œuvre virile, passionnée et vivante, à qui l'on a pu parfois reprocher un certain manque d'originalité, mais à qui l'on ne saurait refuser la grandeur, la puissance et le sentiment pathétique. Le sujet offrait d'ailleurs au compositeur un élément pittoresque dont il a su tirer un parti superbe, et ses chœurs, comme ses airs de danse, ont une couleur et un éclat qu'on ne saurait dépasser.

Il faut remarquer, au premier tableau du premier acte, le chœur des esprits de la terre, la grande imprécation du Démon, qui est une page grandiose, et le joli chœur des femmes qui viennent puiser de l'eau au torrent ; au second tableau, toute la scène de la caravane et celle de la surprise du camp, avec l'épisode si dramatique de la mort de Sinodal. Les danses orientales du second acte sont d'une couleur et d'une originalité saisissantes, et elles forment un contraste frappant avec la grande scène de l'annonce de la mort du prince, où le compositeur montre toute la puissance avec laquelle il sait manier les forces chorales et instrumentales. Quant au dernier acte, il ne comprend qu'une scène, un duo singulièrement développé entre Tamara et le Démon, mais ce duo est d'une puissance et d'un effet indescriptibles.

Interprété par Mmes Raab, Krutikoff et Schrœder, MM. Komissarewski et Melnikoff, le Démon obtint dès son apparition dans la patrie de l'auteur un immense succès, qui ne s'est jamais démenti depuis lors et qui s'est renouvelé partout où il a été représenté. On le joue couramment en Allemagne, où la musique de Rubinstein est d'ailleurs très appréciée, et c'est avec un véritable enthousiasme que l'ouvrage, traduit en italien, fut accueilli au théâtre Covent-Garden de Londres, lorsqu'il y parut pour la première fois le 21 juin 1881. Il était joué alors par Mme Albani (Tamara), M. Lassalle (le Démon), M. Edouard de Reszké (le prince de Goudal), M. Marini (Sinodal) et Mme Trebelli (l'Ange de la lumière).

Chose assez singulière, le Démon, prêt à être représenté à Saint-Pétersbourg en décembre 1871, fut interdit préventivement pour motifs politiques (!). Il dut attendre

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