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trois années pour obtenir enfin l'autorisation de paraître en public.
* DÉMON (le), opéra en quatre actes, musique de M. Boris Scheel, représenté au théâtre Marie, de Saint-Pétersbourg, en mars ou avril 1885. Cet ouvrage était écrit depuis plus de vingt-cinq ans lorsqu'il put enfin paraître à la scène, d'où l'avaient écarté des obstacles sans nombre. Dès l'année 1860, l'ouverture en avait été exécutée sous la direction de M. Antoine Rubinstein. Après diverses tentatives infructueuses, l'auteur avait obtenu, en 1870, que l'administration des théâtres impériaux prit connaissance de son œuvre, mais il se trouva qu'à ce moment M. Rubinstein venait d'achever un opéra portant le même titre, ce qui fit écarter celui de M. Boris Scheel, qui dut attendre encore quinze ans pour voir représenter son Démon. DÉMON DE LA NUIT (le) , opéra en deux actes , paroles de Bayard et Etienne Arago, musique de M. Rosenhain, représenté sur le théâtre de l'Académie nationale de musique le 17 mars 1851. Les morceaux les plus saillants de cet opéra sont la ballade chantée par Mme Laborde : Le soir, à l'heure, etc.; le chœur syllabique de voix d'hommes et de femmes qui ouvre le second acte et dont la modulation du majeur au mineur est d'un effet original ; le grand air de soprano Sur cette terre je n'ai que lui ; la romance Ombre du mystère , chantée délicieusement par Roger, et la scène de nuit dans laquelle se trouvent des effets musicaux fort intéressants, et particulièrement la phrase charmante Quand de la neige, qui le protège, dite aussi par Roger. Cet opéra a été très bien interprété par Mme Laborde , Mlle Nau, Brémont et Marié. M™e Cabel a chanté aussi cet ouvrage à Bruxelles.
DEMONE AMANTE 0 GIUGURTA, opéra italien, musique de Pollarolo, représenté à Venise en 1686.
DEMON'S BRIDE (the) [la Fiancée du diable}, opéra -bouffe anglais, livret de MM. Leterrier et Vanloo, musique de M. G. Jacobi, représenté à l'Alhambra de Londres le 7 septembre 1874, avec un grand succès.
DÉMOPHON , tragédie lyrique en trois actes , paroles de Marmontel , musique de Cherubini, représentée à l'Opéra le 1er décembre 1788. Le poème a été inspiré par le Demofoonte de Métastase. La musique n'obtint pas le succès qu'elle méritait. Démophon est le premier ouvrage français mis en
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musique par le célèbre compositeur florentin. Il renonça, pour l'écrire, au style italien qu'il avait adopté dans ses précédents opéras représentés en Italie et à Londres. Il s'efforça de faire concourir à l'intérêt dramatique les ressources de sa science harmonique. Mais le public de ce temps n'était pas encore préparé à cette transformation de l'art, que consommèrent avec plus de succès Méhul, Berton, Spontini. On peut constater le droit d'invention qui appartient à Cherubini , en analysant le beau chœur de Démophon : Ah! vous rendez la vie.
démophon , tragédie lyrique en trois actes, paroles de Desriaux, musique de Vogel (Jean-Christophe), représentée le 22 septembre 1789. Comme le Démophon de Marmontel, cet ouvrage est une imitation du drame de Métastase. Vogel partagea l'admiration qu'excitaient alors les œuvres de Gluck, et s'efforça d'imiter son style. Son opéra de la Toison d'or avait obtenu un succès qui disposait le public à accueillir favorablement la partition de Démophon. Le compositeur mourut avant la représentation de son opéra. Il avait trente-deux ans. Malgré l'intérêt qu'on portait à l'œuvre posthume, elle n'eut que vingt-quatre représentations. Elle fut cependant reprise en 1793. L'ouverture peut être considérée comme un chefd'œuvre. La richesse du tissu harmonique, la noblesse du caractère, les traits déchirants et pathétiques en font un superbe tableau qui prépare l'âme des spectateurs aux émotions les plus douloureuses. Cette ouverture fut placée par Gardel dans le ballet de Psyché. Elle a été souvent exécutée dans les concerts, et notamment au Champ-de-Mars en 1791, dans la cérémonie funèbre des officiers tués à Nancy. Douze cents instruments à vent furent réunis en cette circonstance. La partition de Démophon, que nous avons sous les yeux, nous offre des morceaux bien dignes d'être signalés aux amateurs de musique dramatique. L'andante Ah! que sa tendresse m'est chère, la scène Venez, jeunes amants, sous ces berceaux de fleurs, l'air en si bémol Hélas! que ne puis-je vous dire quel est l'ex' ces de mes malheurs! le larghetto Cher enfant, tes malheurs ne t' épouvantent guère; enfin la scène de désespoir Quelle fatalité, allegro terrible dans lequel le souffle de Gluck semble avoir passé; telles sont les principales parties d'une œuvre fort remarquable, presque oubliée et qu'un directeur pourrait reprendre avec quelques chances de succès. En effet , le style du Démophon est si
élevé, les accompagnements sont tellement intéressants, variés, et l'inspiration est si naturelle et si vraie , qu'aucune partie n'a vieilli ; ce qu'on ne peut dire que d'un petit nombre d'opéras composés à cette époque.
DÉMOPHON , grand opéra allemand, musique de Kozeluch, représenté à Prague vers la fin du xvme siècle.
DÉMOPHON, opéra allemand , musique de Lindpaintner, représenté à Munich en 1811.
DEN BERGTANO (la Montagnarde enlevée), opéra suédois, musique d'Ivar Haiistrom, représenté à Stockholm en août 1874
DENKMAL IN ARKADIEN (das} [le Monument en Arcadie], opéra allemand, paroles de Weisse , musique de C. Hunt , représenté à Dresde vers ] 785.
DÉNOÛMENT INATTENDU ( LE ) , opéra en un acte, musique de Henri Berton, représenté à Favart en 1798.
* dent DE sagesse (la), opérette en un acte, paroles d'Ed. Martin, musique de Louis Heffer (pseudonyme d'Hervé), représentée aux Folies-Nouvelles en 1857.
DENYS LE TYRAN , MAÎTRE D'ÉCOLE A CORINTHE, opéra historique en un acte, paroles de Sylvain Maréchal , musique de Grétry, représenté à l'Opéra national le 23 août 1794. Cette bouffonnerie, dans laquelle Denys fait la classe à des enfants qui le maltraitent, s'enivre avec un savetier, laisse tomber son diadème, et est condamné à être battu de verges au pied de la statue de la Liberté, ne fait pas honneur à l'esprit du librettiste. Si, comme l'indique assez la date de la représentation, cette pièce a été une saturnale de circonstance, Grétry a commis une mauvaise action en lui prêtant le concours de son talent, car il avait été comblé des bienfaits de la cour. Louis XVI, le tyran, comme on disait alors, lui avait fait accorder une pension de mille francs sur la caisse de l'Opéra, et y avait ajouté une autre pension de mille écus sur sa cassette. Grétry a eu la pudeur tardive de ne pas laisser graver cette partition.
DEODATA, opéra de Kotzebue, musique de Weber ( Bernard- Anselme ) , représenté à Vienne en 1810.
* DE P P Y W, « jeu comico-lyrique » en un acte, paroles de M. Felipe Perez, musique de M. Angel Rubio, représenté au théâtre Romea, de Madrid, en 1895.
DÉPART DE grétry (le), opéra, musique d'Eykens,repr. sur le théâtre de Liège en 1829.
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DÉPIT GÉNÉREUX (le) , opéra en deux actes, paroles d'Anseaume et Quêtant, musique de Laruette, représenté à la Comédie- Italienne le 16 juillet 1761.
DÉPUTÉS DU VILLAGE (les) , opéra allemand , musique de Wolf , représenté à Weimar en 1773.
* DÉRAILLEMENT (un), opérette en un acte, musique de M. Edmond Waucampt, représentée à Tournai vers 1875.
* DERELITTA (la) [l'Abandonnée'], opéra sérieux italien, paroles de M. Paravicini, musique de M. le vicomte d'Arneiro, représenté au théâtre San Carlos de Lisbonne le 14 mars 1885. Le sujet de l'ouvrage était tiré d'un roman anglais d'Anne Radcliffe ; les interprètes étaient Mme Borelli, MM. Ortisi, Devoyod, David et Solda.
* DERNIER ABENCÉRAGE (LE), opéra-CO-
mique en deux actes, musique de M. Régnier, rep.. chez M. le comte Wiard le 21 mai 1874.
* DERNIER AMOUR (le), opéra-comique en un acte, paroles de M. Paul Berlier, musique de Mme Gabrielle Ferrari, représenté dans un concert, au Théâtre-Mondain, le 11 juin
* dernier appel (le), « épisode dramatique de la vie moderne » en un acte, paroles de Mme de Waltershausen , musique de M. Marie-Joseph Erb, représenté au théâtre municipal de Strasbourg le 31 octobre 1895.
* dernier des abencérages(le), drame lyrique, poème de M. L. Bartok, musique de M. Franz Sarodi, représenté à l'Opéra de Pesth le 4 janvier 1887.
* DERNIER DES MUFLHAUSEN (le), Opérette en un acte, paroles de M. Maurice Lefèvre, musique de M. Georges Street, représentée au concert de la Scala en 1886.
DERNIER DES SORCIERS (le) , opéra allemand, musique de Mme Pauline Viardot ; représenté sur le théâtre de Weimar, en avril 1869, à l'occasion de la fête du grandduc; la célèbre cantatrice a reçu des personnes de la cour les éloges qu'elle désirait obtenir comme compositeur de musique.
DERNIER JOUR DE MISSOLONGHI (le), drame en trois actes et en vers libres de Ozaneaux, musique d'Herold, représenté sur le théâtre de l'Odéon le 10 avril 1828. Le poème est très émouvant et bien traité. La forme littéraire est noble et digne du sujet. Mais il faut reconnaître qu'Herold a été inférieur à
lui-même en cette circonstance, soit que son talent ne pût s'élever à exprimer' les plus grands sentiments, tels que ceux du patriotisme et du désespoir, soit qu'il se sentît déconcerté par les souvenirs écrasants du Siège de Corinthe, qui, joué deux ans auparavant, avait offert des situations analogues à celles du Siège de Missolonghi.
DERNIER JOUR DE POMPÉI (le) [Il ultimo giorno di Pompei], opéra italien en deux actes, livret de Tottola, musique de Pacini, représenté à Naples le 19 novembre 1825, et à Paris le 2 octobre 1830.
DERNIER JOUR DE POMPÉI (le), opéra en quatre actes, musique de M. A. Gabst, représenté à Breslau le 16 avril 186*Ï.
DERNIER JOUR DE POMPÉI (le), opéra en quatre actes et cinq tableaux, livret de MM. Nuitter et Beaumont, musique de M. Victorin Joncières, représenté au Théâtre- Lyrique le 21 septembre 1869. Ce sujet a été traité plusieurs fois à la scène, et les épisodes du roman de Bulwer Lytton ont servi à plus d'un auteur, non seulement à propos de Pompei et d'Herculanum, mais presque chaque fois qu'il a été question d'une ville embrasée ou d'un palais en flammes. Seulement, dans ce livret-ci, les auteurs ont perdu le filet qui sert à les lier. Il en est résulté une suite de scènes décousues, des personnages peu caractérisés et une action languissante ; une meilleure musique aurait triomphé difficilement d'un aussi mauvais poème. Au premier acte, après une scène où les gladiateurs jouent un rôle épisodique, Hermès arrache une j eune esclave, nommée Nydia, à la brutalité de son maître, le gladiateur Milon, et la lui achète. Nydia témoigne sa reconnaissance à son nouveau maître et devient immédiatement éprise de lui, ce qui n'est pas invraisemblable, mais blesse les mœurs de l'art dramatique. L'auteur qui commet cette faute ne comprend donc pas que le public ne s'intéresse à une passion qu'autant qu'elle est suffisamment préparée, amenée, fortifiée dans un cœur honnête, c'est-à-dire capable de la ressentir et de la contenir surtout dans de justes réserves. Enfin, en quatre vers de récitatif, et séance tenante, voilà Nydia jalouse d'Ione, amante d'Hermès. On célèbre les fêtes d'Isis, la bonne déesse. Païens et chrétiens sont en présence. Le prêtre Pythéas apostrophe Diophas, nouveau converti au christianisme, et excite contre lui la fureur populaire. Diophas renverse l'idole. Le peuple, effrayé d'une telle audace et en proie à
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une terreur superstitieuse, s'enfuit. Pythéas jure de punir Diophas. Il est distrait de sa vengeance à la vue d'Ione qu'il aime en secret. Hermès arrive au rendez-vous et chante avec Ione un duo d'amour. Nydia les voit, tombe accablée de douleur sur les marches du temple. Pythéas comprend qu'il peut trouver en elle un instrument de sa vengeance. Dans le deuxième acte, une sorcière, la Saga, prédit la destinée de Pompéi et se livre à des incantations. Ione et Hermès, au milieu de la tempête qui mugit au dehors, viennent lui demander asile et la consulter sur leur sort. La Saga leur annonce les plus grands malheurs; Ione s'en effraye et Hermès se raille de la sorcière qui les poursuit de ses imprécations. Pythéas a assisté caché à cette scène; voilà la troisième fois que" cela lui arrive ; c'est trop de deux. 11 prend en main la cause de la sorcière méprisée, et obtient de celle-ci un breuvage qui rendra son rival fou et débile; ensuite a lieu une orgie en l'honneur de Vesta. Diomède, bien nommé, parle ainsi aux convives réunis :
Voici venir un mets que je vous recommande. Des murènes ! Dans mes viviers
Pour les nourrir trois mois,
Je leur ai fait jeter
Dix esclaves gaulois.
{On apporte solennellement les murènes.)
Il me semble que M. Jourdain n'avait pas tort de s'étonner de ce que tout ce qui n'est point prose est vers. Voici un échantillon du poème du dernier jour de Pompéi qui est l'idéal entrevu par le bourgeois de Molière. Le musicien n'en a pas moins écrit une marche bien contre-pointée pour l'entrée des murènes, et l'a fait suivre d'un chœur agréable, appelé dans l'ouvrage Chœur des gourmets. Mais on a donc perdu toute espèce de goût artistique et littéraire dans notre malheureux pays ? Qui pourrait prêter l'oreille à la plus jolie musique et en même temps habituer son esprit et ses nerfs au repas de ces espèces d'anthropophages ? Après que les dix esclaves gaulois ont été mangés, on danse et on tire une loterie. Pythéas arrête Nydia qui porte à Hermès des tablettes d'Ione. Il lui dit qu'il a deviné son amour pour son maître. Il excite sa jalousie, et finit par lui faire accepter le philtre préparé par les mains de la sorcière, et qui doit la faire triompher de sa rivale. Elle le verse à Hermès dans la scène suivante. Il produit un effet instantané. Hermès, il est vrai, oublie Ione et donne des marques de tendresse à Nydia; mais il a perdu la raison. Pendant ce temps, Ione
attend son amant dans le bosquet de Cybèle ; pourquoi pas Cythère ? Pythéas donne à deux esclaves noirs l'ordre d'enlever Ione et de la transporter dans sa maison des champs. Diophas se présente; le prêtre d'Isis cherche aie ramener au culte des idoles par les promesses de l'ambition et les séductions de la volupté. Diophas résiste à tout, et Pythéas dans sa fureur le frappe de deux coups de stylet pendant qu'on voit les esclaves enlever Ione. Hermès paraît, toujours sous le charme du philtre. Pythéas l'accuse du meurtre qu'il a lui-même commis ; le malheureux est hors d'état de se justifier. Il succombe sous la vindicte publique et, malgré les efforts de Nydia, il est condamné à mort par le préteur; ainsi finit le quatrième acte. Les auteurs ont eu le tort de faire commencer le quatrième acte par un chœur sur les mots : A mort; une œuvre dramatique ne comporte jamais ces répétitions, séparées par un entr'acte. Nydia s'introduit dans la prison où Hermès a été jeté. En vain elle veut se faire reconnaître ; en vain le peuple au dehors réclame que le coupable soit livré aux lions du cirque : Hermès ne parle que de se couronner de fleurs. Ione, qui s'est rendue libre, entre en scène. Nydia, renonçant à ses propres efforts, traîne Hermès devant Ione, espérant que sa vue et sa voix lui feront reprendre l'usage de la raison ; c'est ce qui arrive en effet. Pythéas à son tour est démasqué et convaincu. Il résiste inutilement ; il est maudit par tous. Un tremblement de terre se déclare; des flammes envahissent le théâtre. Pythéas est renversé par la chute d'une colonne, une symphonie descriptive succède; elle doit exprimer l'éruption du Vésuve. Lorsque les nuages se dissipent, on voit en pleine mer, sur une barque, Nydia, Hermès et Ione ; les deux amants sont endormis. Ici commence une scène fort belle, la meilleure des trois derniers actes. Nydia fait ses adieux à la vie ; elle a sauvé Hermès et Ione. Elle ne peut supporter la vue de leur bonheur, qui cependant a été son œuvre, et, après avoir longtemps contemplé celui qui est l'objet de sa passion fatale, l'infortunée se précipite flans les flots. Cette scène a un caractère de simplicité antique qui aurait décidé du succès de l'ouvrage, si le reste du livret y eût répondu. M. Joncières a eu la main malheureuse ; mais il prendra sa revanche s'il consent à entrer dans la voie qui lui est propre, d'abord , et s'il ne fait pas traîner à sa muse, plus gracieuse que tragique, un si lourd boulet. L'introduction est pleine d'en-
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train et de verve. Le style et la liaison des idées ne laisseraient rien à désirer, si on n'y remarquait pas de nombreuses réminiscences des opéras d'Herold, en particulier de Zampa. Les procédés de composition sont identiques. La scène de l'achat de l'esclave, la romance de Nydia : C'est toi dont la clémence, ont un bon sentiment; mais l'expression n'en est pas assez forte pour un grand opéra. La scène de l'Opéra-Comique et les livrets qui lui conviennent, voilà quel devrait être l'objectif de M. Joncières. Je ne sais s'il brillerait là au premier rang, mais, à coup sûr, il occuperait dignement le second. La marche des prêtres d'Isis a de la chaleur, de l'ampleur. Quant à la couleur de l'orchestration, elle se rattache à la manière de Wagner et n'ajoute rien à l'effet. Le morceau d'ensemble : Quelle audace inouïe, qui procède par imitations à l'octave, est ultra-classique et n'en est pas moins un des passages les mieux réussis de l'ouvrage. Le style, cette qualité si rare, semble naturel à M. Joncières. Il donne même à quelques morceaux les apparences du plagiat, comme par exemple à la grande scène dans laquelle Diophas brave les sectateurs d'Isis ; dans d'autres endroits, le musicien cherche , au contraire , des effets étranges, comme dans le chœur : Voici les jours fêtés, sur des quintes à la pédale, etn'arrive qu'à offenser l'oreille. Le duo qui termine le premier acte est poétique et mélodieux. Là aussi quelques réminiscences de la musique de M. Gounod ; cet acte est bien supérieur aux autres. Le deuxième débute chez la Saga (la sorcière). La scène fantastique est faible; toutes ces septièmes diminuées, employées de diverses manières, ne produisent plus d'effet, tant le procédé est usé. Dans le trio qui suit, au milieu de souvenirs de l'Herculanum de M. Félicien David, on distingue une jolie phrase : Nulle autre femme. J'ai parlé plus haut du Chœur des gourmets. Le premier allegretto du ballet est fort gracieux. M. Victorin Joncières écrit avec élégance et facilité la musique de danse. Je signalerai la romance d'Ione qui ouvre le troisième acte; la pensée en est soutenue; c'est un cantabile suave et bien écrit pour la voix ; en général, les morceaux du Dernier jour de Pompéi sont courts et ont à peine les proportions des morceaux d'opéra-comique : le motif du chœur de femmes n'a rien de neuf, mais il est bien présenté et bien accompagné ; le finale a de la véhémence, mais pourquoi se terminet-il par une strette à l'unisson, à la manière de la nouvelle école italienne inaugurée par
M. Verdi? Il n'y manque que le cornet à pistons, l'hôte assidu de la Traviata, qui suit le chant comme un barbet suit son maître. Le commencement du quatrième acte offre une réminiscence du Pré aux Clercs. Le morceau d'ensemble : Muet d'horreur et de surprise, est pathétique ; l'éruption du Vésuve, dont on s'est beaucoup moqué à la représentation, à cause de l'insuffisance des décors, comme on s'est amusé autrefois de la fameuse mer Rouge du Mosè, a fourni à l'auteur l'occasion qu'il semble rechercher d'écrire une symphonie. Il y a sans doute plusieurs banalités harmoniques ; mais elle est bien écrite et dans le caractère dramatique du sujet. Quant à la scène de la barque, il me semble qu'il était inutile de chercher à imiter le bruit de la rame, ou de la vague, ou de je ne sais quoi, par des quintes dissonantes. M. Joncières, qui a beaucoup de talent, peut sans se faire tort laisser ces enfantillages aux musiciens qui se défient de la fécondité de leur imagination. La dernière scène, dans laquelle Nydia fait ses adieux à la vie, est touchante et poétique. Le Dernier jour de Pompéi ne pouvait pas réussir ; mais le compositeur a donné de son mérite une preuve suffisante pour qu'on lui confie à l'Opéra-Comique un poème de demi- caractère.
Sur ce terrain, il peut faire honneur à l'école française. Le Dernier jour de Pompéi a eu pour interprètes principaux : Massy, Bacquié, Grignon, M">es Schrceder, Wercken, Alice Ducasse, Borghèse.
* DERNIER JOUR DE THULÉ (LB), opéra,
musique de M. G. Rauchenecher, représenté au théâtre municipal d'Elberfeld le 2 avril
dernier roi DE juda (le), opéra biblique en deux actes, poème de M. Maurice Bourges, musique de M. Georges Kastner, exécuté dans la salle du Conservatoire le 1er décembre 1844. Cette composition lyrique est, à proprement parler, un oratorio ou une suite de scènes offrant au musicien l'occasion d'employer les ressources diverses de son art sans être gêné par les exigences de l'action dramatique. A une ouverture très développée succède l'introduction en ré mineur dans laquelle le prophète Jérémie et le chœur des Hébreux gémissent sur l'état de Jérusalem, et les voluptueuses profanations de la ville sainte. L'orchestre , que M. Georges Katsner traite magistralement , exprime à la fois le double effet des accents du prophète et des chants de joie des filles de Syrie. On a remarqué eu-
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suite un duo entre Amitala, mère du roi Sédécias , et Jérémie; un autre duo entre Sédécias et Jémina ; la romance de Sédécias, Ma bien-aimée, où donc est-elle? délicieusement accompagnée par la harpe et le cor anglais, que Roger a chantée avec beaucoup d'expression, et un chœur guerrier. Cet oratorio, dans lequel on a surtout admiré l'habileté dont le compositeur a fait preuve dans l'usage des instruments à vent, a été chanté par Roger, Hermann-Léon, Massol, M"" Dorus Gras, Mondutaigny et Hortense Maillard.
* DERNIER ROMAIN (le), opérette en un acte, paroles et musique d'Eugène Moniot, rep. aux Folies-Marigny le il octobre 1867.
DERNIÈRE BATAILLE (la), opérette en un acte, musique de M. Félix Godefroid, jouée dans les salons en 1861.
* dernière crinoline (la), opérette en un acte, musique de M. Georges Moniot, représentée en 1877 aux Folies-Marigny.
dernière débauche de l'ivrogne
(la), opéra, musique de Mederitsch, représenté à Vienne vers 1795.
* dernière folie (une), opéra-comique en deux actes, paroles de M. Faure, musique de M. Frédéric Lecocq, représenté à Lille le 26 avril 1883.
* dernière NUIT (la), opérette, paroles de MM. Heidm iiller et Cassmann, musique de M. Emile Christiani, représentée au théâtre Cari Schultze, de Hambourg, en janvier 188S.
dernières grisettes (les), opérette en trois actes, livret de MM. Nuitter et Beaumont, musique de M. Legouix, représentée sur le théâtre des Fantaisies- Parisiennes, à Bruxelles, le 12 décembre 1874. La musique a été goûtée, et, quoique cet ouvrage n'ait pas obtenu un grand succès, néanmoins plusieurs morceaux ont été bissés en raison de l'extravagance du sujet, entre autres un chœur d'emballeurs! L'incohérence des idées, les coq-à-Fâne semblent être les éléments de ce genre de littérature. Des modistes de Paris transportées dans le palais d'un monarque d'Asie, l'une d'elles montant sur le trône, puis épousant un photographe, tout cela n'est pas très lyrique. Chantée par Verdellet, Ginet, MU" Massue, Howey et Laurent.
DÉROUTE DE CULLODEN (la), opéra en trois actes, musique de Berlyn (Antoine), représenté à Amsterdam en 1846.
DÉSENCHANTEMENT (le) , opéra-comique,
avec des ballets, musique de Schubert (Joseph), représenté à Dresde vers 1781.
* DESENGANY (lo), opéra-comique en deux actes, livret en dialecte catalan de M. C. Roure. musique de M. A. Bassatta, représenté en juin 1885 à Barcelone, avec si peu de succès que cette première représentation fut aussi la dernière.
DÉSERT (le), ode-symphonie en trois parties, poésie de A. Colin, musique de Félicien David, exécutée dans la salle du Conservatoire le 8 décembre 1844, puis à l'Opéra-Comique. Cette œuvre, dont la partie descriptive est très remarquable, a excité un enthousiasme général et a enfin ouvert à M. Félicien David un accès aux faveurs de l'opinion publique.
Parmi les nombreuses productions musicales auxquelles l'admiration de la nature orientale a donné naissance, celle-ci est sans contredit la plus remarquable et la mieux caractérisée. C'est que l'auteur a fait mieux que de lire les Voyages en Orient de Chateaubriand, de M. de Lamartine, les Récits de lord Byron, les Orientales de Victor Hugo ; il a lui-même visité l'Orient à l'époque où il faisait partie de la secte saint-simonienne. Alors fort jeune et doué d'une imagination disposée à recevoir vivement les impressions d'un spectacle nouveau pour lui, M. David tira un grand profit artistique de son voyage. Mélodiste partout et toujours, il sut s'emparer de tout ce que les mélopées sauvages et abâtardies des Arabes ont conservé de leur caractère primitif. Il a cherché l'effet en artiste, et là où l'un de ses prédécesseurs, Villoteau, n'avait recueilli que des notions confuses, contradictoires, des observations archéologiques de quelque valeur sans doute, mais subordonnées à un système préconçu , le compositeur rapporta des mélodies et des rythmes d'un effet qui parut nouveau.
Dans son ode-symphonie du Désert, M. David ne s'est pas seulement montré musicien, mais il s'est révélé poète. L'orchestration de cette partition est imagée , pleine d'intentions. Nous ne nous étendrons pas sur les mérites d'une œuvre qui a fait sensation lorsqu'elle a été exécutée pour la première fois et qu'on entend toujours avec un vif intérêt. Nous nous bornerons à en indiquer les principales divisions : 1° chœur Allah! Allah! 2o Marche de la caravane; 3° La tempête au désert ; 4° Hymne à la nuit ; 5° Fantaisie arabe, danse des aimées ; 6° La liberté au désert ; 7° La rêverie du soir ; 8° Le lever du soleil ; 9° Chant
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du muezzin; 10° Le départ de la caravane. Les motifs les plus remarqués sont la Marche de la caravane, sur un rythme original ; O nuit! ô belle nuit! cantilène empreinte d'une vague langueur ; Ma belle nuit, ô sois plus lente, charmante rêve»ie. Il est à remarquer que presque tous les motifs de M. Félicien David procèdent de l'intervalle de quarte-, depuis la célèbre romance des Hirondelles jusqu'aux thèmes de Lalla-Roockh, c'est toujours cette succession mélodique qui est le point de départ de son inspiration. C'est un fait que nous signalons, sans vouloir accuser pour cela M. Félicien David de monotonie. Enfin, nous rappellerons le Lever du soleil :
Des teintes roses de l'aurore
La base des cieux se colore ; L'astre du jour Rayonne tout à coup comme un hymne sonore Et remplit le désert de lumière et d'amour.
Les violons exécutent un trémolo sur le mi à l'aigu de la chanterelle pendant que les autres instruments font leur rentrée graduellement et déterminent à la fin un tutti éîlatant. En 1844, c'était une trouvaille musicale ; depuis, ce procédé a été reproduit à satiété et est tombé dans le domaine des effets communs : Assueta vilescunt. Il en sera toujours de même des procédés d'imitation en musique. Le plagiat est si facile, en pareille matière ! Il suffit de lire la partition d'orchestre. Ce qui l'est moins, c'est de s'emparer de l'inspiration du maître, de ses idées personnelles ; celles-ci restent et resteront toujours la propriété de M. Félicien David. C'est un compositeur original.
En 1846, on a représenté à Aix-la-Chapelle, dans la salle de spectacle, cette œuvre lyrique en costumes Quarante figurants et deux chameaux en carton ont paru dans la représentation. C'était pousser un peu loin l'amour de la couleur locale.
DÉSERT ou L'OASIS (le), opéra-comique, musique de Arquier, représenté à la Nouvelle-Orléans vers 1802.
Déserteur (le), drame en trois actes, en prose, mêlé de musique, paroles de Sedaine, musique de Monsigny, représenté aux Italiens le 6 mars 1769. Cet ouvrage est assurément le meilleur qui soit sorti de la plume de ce compositeur. C'est au moins celui dans lequel sa sensibilité exquise s'est manifestée avec le plus de force et de charme. Tout le monde connaît l'air d'Alexis : Adieu, chère Louise ; le récit du gendarme Courchemin , le Roi passait, au milieu duquel se trouve
cette phrase touchante : C'est mon amant, et s'il faut qu'il expire , que Adolphe Adam a si malheureusement refaite pour la reprise de cet ouvrage à l'Opéra-Comique le 30 octobre 1843. Monsigny a traité fort heureusement aussi la partie comique ; le duo, en forme de canon, chanté par le grand cousin et Montauciel, est amusant, ainsi que la leçon de lecture et l'air Je ne déserterai jamais, qui a été chanté avec beaucoup de verve et de succès par Mocker.
DÉSERTEUR (le) , opéra prussien en deux actes, musique de Ebell, représenté à Berlin en 1799.
DÉSERTEUR (le), opéra en trois actes, livret de M. Ernest Pesqué , musique de M. F. Hiller, représenté à Cologne le 17 février 1865. Le sujet est différent de celui de l'opéra de Monsigny. La partition de M. Hiller a été jugée remarquable.