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parer les deux amants, ils se trouvent réunis et s'enchaînent l'un à l'autre d'une façon indissoluble.

La partition d'Esclarmonde, malgré de réelles qualités, n'est pas une des meilleures qu'ait écrites M. Massenet. Il me paraît s'être trompé en prenant pour de l'inspiration des formules musicales qui, trop prodiguées depuis longtemps de tous côtés, sont tombées dans le domaine public, en usant et en abusant du leit motiv pour relever ces formules, et en accompagnant le tout à l'aide d'un orchestre toujours en fureur, toujours frémissant, toujours porté à un maximum de sonorité tel que les oreilles de l'auditeur en sont endolories. Ce qu'il y a de timbales, de cymbales et de grosse caisse dans cette musique est inénarrable. Quant au leit motiv, il me semble que M. Massenet aurait pu faire aux théories et aux procédés de Richard Wagner des emprunts plus intéressants. La partition d'Esclarmonde est remplie de dessins de ce genre, et l'on pourrait citer tel d'entre eux qui a véritablement hanté l'esprit du compositeur : par exemple celui que les instruments à cordes établissent dès le commencement de la première scène du prologue sur cette phrase de Phorcas : J'abandonne mon trône à ma fille Esclarmonde, qui parcourt sans interruption tout l'ouvrage, passant incessamment de l'orchestre aux voix et des voix à l'orchestre, et que l'on retrouve encore au plus fort de l'épilogue.

Il semble que l'inspiration, cette inspiration chaude, neuve, vivace, dont ailleurs il a donné tant de preuves, ait manqué à M. Massenet lorsqu'il écrivait cette partition d'Esclarmonde. On la rencontre assurément de temps à autre, mais non pas précisément où l'on serait heureux d'être saisi par elle. C'est surtout dans les pages épisodiques que le maître s'est laissé franchement emporter sur les ailes de son imagination, par exemple dans les airs de ballet et dans les entr'actes, qui ont été soignés par lui et d'où disparaît l'insupportable leit motiv. Sous ce rapport on doit signaler particulièrement le fragment symphonique élégant et clair, plein de grâce et de fraîcheur, qui ouvre le sixième tableau, avec son large soli de violoncelles qu'accompagne si bien le contre-chant des premiers violons, et parmi les airs de ballet celui de la danse des Esprits, au second acte, avec ses échappées de chœur invisible, dans lequel les flûtes et les harpes se font entendre avec une rare délicatesse.

Je ne saurais vouloir dire, d'ailleurs, qu'il n'existe point de pages intéressantes dans la partition d' Esclarmonde ; il en est certainement, mais elles sont clairsemées, et l'œuvre pèche par l'ensemble, la cohésion et l'unité. Parmi les épisodes les mieux venus, il faut citer, au premier acte, la cantilène mélancolique d'Esclarmonde : Comme il tient ma pensée, qui est d'un caractère caressant et tendre; puis la scène en trio qui contient cette jolie phrase de Parséïs : Oui, je permets Vespoir ; puis encore l'ensemble des deux sœurs, qui ne manque ni de chaleur ni de mouvement, et la scène de l'évocation des Esprits, malgré certaines excentricités vocales uniquement destinées à faire briller le gosier d'une cantatrice. Au second acte, la grande scène de Roland et d'Esclarmonde se termine par un ensemble dont l'effet vocal serait excellent s'il n'était étouffé par un orchestre d'une violence vraiment cruelle. Le tableau du siège de Blois, à part le premier chœur, qui est court et vigoureux, ne me paraît pas heureux. On voudrait plus de netteté et de fermeté dans la déclamation, et aussi une prosodie moins fâcheuse, surtout dans la prière dite par l'évêque, auquel le chœur répond par des phrases d'une rapidité choquante. On ne saurait louer non plus, au tableau suivant, la scène de la confession, que précède néanmoins une bien jolie mélodie dite par Roland : La nuit bientôt sera venue, d'un dessin large et d'un beau sentiment. Ce qui est exquis, par exemple, c'est la plainte si touchante exhalée par Esclarmonde lorsque, découverte par l'évêque qui vient de lui arracher son voile, elle s'adresse à son amant : Regarde-les, ces yeux, plus purs que les étoiles... Cela est absolument délicieux. D'une jolie couleur aussi la phrase dite par Esclarmonde au quatrième acte : Hélas! en retrouvant la vie et la pensée, que suit malheureusement un quatuor où toutes les forces de l'orchestre sont déchaînées avec une implacable fureur. On ne pourrait signaler ensuite que le duo des deux amants, qui forme un ensemble très harmonieux et qui est peut-être la seule page de l'œuvre où se fasse sentir le souffle d'une véritable passion. En résumé, on le voit, cette œuvre est incomplète et profondément inégale.

L'ouvrage était ainsi distribué : Esclarmonde, M1|e Sybil Sanderson, qui faisait ses premiers pas en public dans ce rôle important; Parséïs, MUe Nardi; Roland, M. Gibert, qui débutait à l'Opéra-Comique, venant du théâtre des Arts de Rouen ; Phorcas, M. Tas-

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kin ; l'Evêque, M. Bouvet; Enëas, M. Her bert ; Cléomer, M. Boudouresque.

ESCLAVAGE DE CAMOËNS (l'), opéra-CO-

mique en un acte, musique de "Van der Does, représenté au théâtre de La Haye vers 1850. * ESCLAVE (r,1), opéra-comique en un acte, paroles de Gosse, musique de Bruni, représenté au théâtre Feydeau le 16 mars 1800.

ESCLAVE (l'), opéra en quatre actes et cinq tableaux, livret de MM. Ed. Foussier et Got, musique de M. Edmond Membrée, représenté au théâtre national de l'Opéra le mercredi 15 juillet 1874. Le livret peu intéressant, rempli de trop fortes invraisemblances, où l'action repose sur des conventions locales étrangères à nos idées et oblige le spectateur à admettre des hypothèses difficiles à comprendre du premier coup, a entraîné dans sa chute une partition fort distinguée, remplie de mélodies agréables et offrant plusieurs belles pages. Le prince caucasien Kaledji est devenu l'esclave du comte russe Vassili; poursuivi par son maître, il a trouvé un asile chez le pope Paulus, dont la fille, la belle Paula, sollicite la grâce du fugitif. Vassili confie Kaledji, blessé, aux soins du pope et se propose de séduire Paula ou de l'enlever. La reconnaissance et le dévouement ont produit l'amour que se jurent les deux jeunes gens. Le comte les surprend dans un moment où ils se font la promesse de vivre on de mourir ensemble. Il humilie son esclave de toutes sortes de manières pour le déshonorer aux yeux de sa maîtresse. Moraskeff, ami de Kaledji, informe celui-ci du prochain soulèvement des esclaves. Vassili a fini par enlever Paula; dans une orgie, les seigneurs ont choisi leurs maîtresses pour enjeu; Vassili a perdu et est obligé de leur livrer Paula. L'esclave intervient pour la défendre; mais que peut-il contre ses ennemis? Le pope se présente armé d'un ukase de l'empereur qui somme le comte de comparaître pour se justifier de sa conduite ; Vassili offre au pope d'épouser sa fille. Celui-ci est flatté d'une si illustre alliance et donne son consentement. Paula refuse le sien et déclare devant tous qu'elle aime l'esclave. La loi russe ordonnant qu'en pareil cas la femme libre devienne esclave à son tour, le comte réclame Paula, et, à minuit, il viendra la chercher. Paulus, irrité du refus de sa fille, va la tuer; sa femme, Prascovia, se précipite au-devant du poignard. Les esclaves se sont soulevés; ils ont été vaincus et massacrés. Paula retrouve parmi leurs cadavres celui de son bien-aimé;

elle se donne la mort, et lorsque Vassili revient, le pope lui montre le corps inanimé de sa fille et lui dit : « Prends-la ! »

Dans le premier acte, il y a une scène religieuse d'un beau caractère, quand le pope explique à sa famille le récit biblique dans le sens de la rigueur et avec exaltation ; sa femme et sa fille l'interrompent par des accents d'amour et de charité émue. La romance de Paula ne manque pas de charme.

Le deuxième acte offre un joli chœur dansé: C'est le mois des roses, et le duo de Paula et de Kaledji.

La romance chantée par Vassili : Pleure aujourd'hui, demain tu souriras, et l'air de Kaledji implorant le comte et les seigneurs pour sauver l'honneur de celle qu'il aime sont les meilleurs fragments du troisième acte. Toutefois, on peut reprocher au musicien de ne pas avoir mis plus de variété dans cette dernière scène et d'avoir fait répéter aux seigneurs la même phrase que l'esclave, puisque les sentiments sont différents.

Le duo du quatrième acte entre la mère et la fille est pathétique et rempli de belles phrases, d'une expression tendre et dramatique à la fois. Le trio qui suit avec le pope et le quatuor avec Kaledji sont bien conduits et surtout bien accompagnés par l'orchestre. Ce qui a nui peut-être à l'effet musical de cet opéra, c'est qu'il est trop exclusivement vocal. Les personnages y chantent constamment sans intermittence ; l'attention de l'auditeur se fatigue à la longue de suivre les paroles, d'une part, et, d'autre part, des sonorités vocales trop prolongées. Néanmoins, la critique s'est montrée injuste à l'égard d'un compositeur à qui ne manquent ni la science, ni l'inspiration, ni le goût. Elle s'est montrée plus indulgente à l'égard d'autres auteurs qui ne possèdent que la première de ces qualités. Chanté par Sylva, Gailhard, Bataille, Lasalle, Mlle Mauduit, Mme Geismar. Dans le ballet, on a remarqué Mlles Beaugrand, Montaubry, Pallier, Piron, Stoïchoff, Parent, Valain, Lapy.

ESCLAVE DE CAMOËNS (l') , opéra en UD acte , paroles de Saint-Georges , musique de M. de Flottow, représenté à l' Opéra-Comique le 1er décembre 1843. Le poëme est assez intéressant, Camoëns, dont les vers sont chantés dans les rues de Lisbonne, est proscrit et mourant de faim. Une esclave, qu'il a ramenée de ses voyages dans l'Inde, s'est attachée à lui, et va chanter le soir pour nourrir le poëte malheureux. Le roi dom Sébastien s'amourache de la gitana et la suit jusqu'à la posada où Camoëns se tient caché. Celui-ci

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