‹ Dictionnaire des opérasChapitre 753 sur 928 · TANCREDI AL SEPOLCRO DI CLORINDA · texte numérisé non relu

TANCREDI AL SEPOLCRO DI CLORINDA

opéra italien, musique de Zingarelli , représenté à Naples en 1805.

TANISIA, opéra italien, musique de Antonio Draghi, représenté à Vienne dans le carnaval de 1688.

* TANNHÀUSER, opéra en trois actes et quatre tableaux, poème et musique de Richard Wagner, représenté sur le théâtre royal de Dresde le 21 octobre 1845. Pris dans une vieille légende de la Thuringe, où se trouve le manoir de la Wartbourg, le sujet de Tannhàuser est, comme celui de la plupart des œuvres de Wagner, un sujet symbolique, qui offre au spectateur la lutte de l'amour sensuel et de l'amour idéal. C'est un « état d'âme », c'est une étude psychologique que l'auteur a portée sur la scène, avec le désir d'en faire un drame. Aussi, n'est-il pas étonnant que de ce drame l'action soit nulle, et qu'il ne s'en dégage aucun intérêt; j'entends d'intérêt scénique, le seul qui importe au théâtre, où le personnage n'émeut que par ses actes, et non par ses pensées. Le mélange du surnaturel et du réel (et aussi du profane et du sacré) n'est pas ce qu'il y a de moins singulier dans ce poème singulier de Tannhàuser. On comprend la féerie, et tout est permis dans cet ordre d'idées. Mais en un sujet qui a presque des prétentions historiques, puisqu'il se rapporte aux temps modernes et que le principal personnage a existé, en un sujet où le lieu et l'époque sont avec

TANN

TANN

soin précisés (la scène est en Thuringe, au xme siècle), il y a quelque chose de bizarre à mettre le spectateur en présence de Vénus, à faire du héros l'amant de cette déesse, et à le faire redescendre ensuite sur terre, où on nous le montre se mêlant au monde réel, et s'y mêlant jusqu'à se rendre en pèlerinage à Rome et à se présenter au pape pour lui demander l'absolution de ses péchés. Voit-on d'ici la contenance de ce pape en entendant son pénitent lui raconter les relations qu'il a eues avec l'épouse de l'infortuné Vulcain ? En réalité, ce poème est d'une conception enfantine et d'un intérêt absolument nul, comme on s'en convaincra sans doute par l'analyse que voici.

Le premier acte nous montre les merveilles du Vénusberg. Tannhàuser, nonchalamment étendu auprès de Vénus, assiste aux ébats de ses nymphes et des satyres qui les poursuivent. La fête terminée, il déclare à la déesse qu'il veut rompre une liaison qui lui pèse. Celle-ci cherche vainement à le retenir, en employant tour à tour la prière, la tendresse, la colère et les larmes; tout est inutile, et Tannhàuser, pour en finir, invoque le nom de la vierge Marie. Il se trouve alors transporté tout aussitôt dans la vallée de la Wartbourg, auprès d'une image de la vierge sainte. Là, on entend dans le lointain les voix d'une troupe de pèlerins qui chantent les louanges du Seigneur; les pèlerins se rapprochent, puis, passant devant Tannhàuser immobile, traversent la vallée et s'éloignent par le côté opposé. Tannhàuser est ému, et son âme s'ouvre au repentir. Surviennent le landgrave Hermann et ses chevaliers, anciens amis de Tannhàuser et ménestrels comme lui, tous enchantés de le retrouver. Celui-ci, se jugeant indigne, veut fuir. « Reste, lui dit Wolfram, reste près d'Elisabeth. » Et ce nom, qui lui est cher, le décide à se mêler à ses compagnons.

Elisabeth est la nièce du landgrave, qu'il a aimée jadis, et qu'il a quittée pour se plonger dans les délices du Vénusberg. Nous la trouvons, au second acte, dans le palais de la Wartbourg, attendant Tannhàuser, dont on lui a appris le retour. Il se présente et implore son pardon, qui lui est facilement accordé. Bientôt toute la cour s'assemble pour assister au tournoi des chevaliers, qui, sous la présidence du landgrave, vont chanter l'amour. Le vainqueur recevra le prix des mains d'Klisabeth, et il n'est si haute récompense à laquelle il no puisse prétendre, c'està-dire qu'il pourra porter son ambition jusqu'à obtenir la main de la princesse.Wolfrain

commence, et chante l'amour pur. Tannhàuser vient ensuite, fait honte à Wolfram de sa froideur et, par une étrange aberration d'esprit autant que par une singulière versatilité dans les idées, en présence de la chaste Elisabeth qu'il vient de retrouver, il glorifie l'amour sensuel. Walter entre en lice à son tour et exalte la vertu. Tannhàuser s'échauffe et reprend sa thèse. Wolfram lui répond, et enfin Tannhàuser, électrisé par la lutte, hors de lui, s'enflammant à chaque instant davantage, finit par décrire avec enthousiasme les joies et les voluptés du Vénusberg. Là-dessus, scandale, tumulte, furie générale; les épées sortent du fourreau, et tous les chevaliers vont fondre sur l'impie, lorsque Elisabeth les arrête. — « Que serait, leur dit-elle, la blessure de votre glaive, auprès du coup que j'ai reçu de lui, moi qui l'aimais? Laissez au moins au pécheur le repentir, avec l'espoir de la délivrance. » Le landgrave alors déclare à Tannhàuser qu'il le bannit sous peine de mort et l'exhorte à se joindre aux pèlerins qui partent pour Rome et à aller demander au pape la rémission de ses péchés. Tannhàuser part en effet.

Le troisième acte ramène l'action dans la vallée de la Wartbourg. « Portant en son cœur la mort qu'elle a reçue de lui », Elisabeth prie jour et nuit pour celui qu'elle n'a cessé d'aimer. On la voit agenouillée au pied de la statue de la Vierge, tandis que Wolfram la contemple discrètement. Tous deux attendent le retour des pèlerins, qui reviennent de Rome. Voici qu'on entend au loin leurs chants, qui se rapprochent peu à peu. Les premiers d'entre eux paraissent, bientôt suivis de tous leurs compagnons, et traversent de nouveau la vallée. Pleins d'angoisses, Elisabeth et Wolfram cherchent vainement Tannhàuser parmi eux, Tannhàuser ne vient pas. La sainte fille, désespérée, s'éloigne alors, tandis que Wolfram, resté seul, la nuit venue, voit poindre au ciel une étoile dont il chante l'apparition dans une romance devenue célèbre. Enfin, voici venir Tannhàuser, pâle, chancelant, défait, déguenillé. 11 ne reconnaît pas d'abord Wolfram, à qui il demande le chemin du Vénusberg. N'ayant pu, malgré son repentir, obtenir son pardon, il fuit le culte, l'église, la prière, les promesses menteuses. Dans un récit écrasant, il raconte à Wolfram ses misères, ses douleurs, ses luttes, les souffrances inouïes qu'il a endOr réos. Puisque rien n'a pu lo racheter, il veut retourner aux voluptés passées, il invoque Vénus, qui lui apparaît dans un nuage, il va

TANN

TANN

se perdre de nouveau... Mais "Wolfram le retient : « Tu peux encore obtenir ton salut. Un ange a prié pour toi, qui va bientôt quitter la terre, Elisabeth... » A ce nom, Tannhàuser revient à lui. On entend des cloches ; un cortège funèbre s'avance, les pèlerins précèdent un cercueil ouvert en chantant les dernières prières. Tannhâuser s'approche, reconnaît le corps de celle qui l'aimait, tombe en s'écriant: « Sainte Elisabeth, priez pour moi ! » et meurt. Et les pèlerins disent à leur tour : « Le pécheur entre maintenant dans la paix des bienheureux. »

Pièce singulière en vérité, plus symbolique qu'émouvante, dans laquelle l'intérêt, s'il s'en trouve, se concentre non sur le héros, qui est versatile et insupportable, mais sur les deux personnages secondaires d'Elisabeth et de Wolfram, qui, eux au moins, sont doués de sentiments humains et généreux. Quant à l'action proprement dite, on a pu voir, par cette analyse, ce qu'elle est en réalité. Ce que Wagner a voulu mettre en scène, c'est la lutte entre la volupté païenne et la vertu chrétienne, qui se disputent Pâme de Tannhâuser, celle-ci paraissant l'emporter parla mort du pécheur repentant. Le tout est de savoir s'il y a là le sujet d'un drame. Les partisans déclarent que oui, et trouvent ce drame admirable ; les autres, les sceptiques, se contentent de sourire.

Pour ce qui est de la musique, on peut dire de l'œuvre qu'elle est profondément inégale, aussi bien au point de vue de l'invention proprement dite qu'en ce qui concerne le style et la couleur générale. Mais à côté de pages fatigantes par leur lourdeur, leur longueur, il en est d'une envolée superbe et qui excitent l'admiration. Quoi de plus beau, de plus majestueux, de plus émouvant, que le chœur des pèlerins du second tableau, qu'on entend d'abord faiblement, qui se rapproche et grandit peu à peu, qui prend toute son intensité lors de l'apparition des personnages, puis qui se fond dans le lointain à mesure que ceux-ci disparaissent ? Quoi de plus noble, de plus grandiose, de plus chevaleresque que la marche avec chœur du second acte, cette marche superbe qui annonce l'arrivée des chanteurs venant prendre part au tournoi, et dont l'éclat semble comme tempéré par une série de modulations successives dont l'effet est délicieux ? Cela est d'une couleur prodigieuse. Mais c'est ce second acte, pourtant et surtout, qui est singulièrement inégal et disparate. La scène d'Elisabeth et de Tannhâuser, conçue dans le plus pur style italien, n'est même

pas exempte des gruppetti et des ports de voix que les virtuoses ont fini par rendre si ridicules ; presque aussitôt vient la marche, qui est empreinte d'un souffle absolument ■weberien ; puis, le finale nous ramène à la forme italienne, mais cette fois dans ce qu'elle a de plus banal, et nous sommes loin ici de l'admirable sextuor de Lucie de Lamm.errn.oor, où Donizetti a fait preuve d'une autre puissance et d'une autre inspiration. Je n"ai pas à m'étendre sur le septuor des chevaliers, qui encadre la suave mélodie chantée par Wolfram, non plus que sur la romance célèbre de l'étoile, non plus que sur le gigantesque récit de Tannhâuser et de son voyage à Rome. Mais à côté de ces pages lumineuses, que de longueurs, que de scènes fatigantes par des redites oiseuses ou d"inutiles développements ! Les imprécations de Vénus au premier tableau, l'interminable harangue du landgrave, qui précède le tournoi, les plaintes d'Elisabeth, touchantes sans doute, à la suite de ce tournoi, sa prière au troisième acte, comme tout cela est long, lent, lourd, comme tout cela manque de mesure et de proportion ! Une fois que Wagner a attaqué une idée, Une peut plus s'en dessaisir; il ne peut plus s'en arracher; il faut qu'il la retourne en tous sens, qu'il l'exprime sous toutes les formes, jusqu'à la satiété, jusqu'à 1 enervement. Voilà ce qui fait que l'œuvre, malgré ses qualités, reste fatigante et laisse à l'auditeur comme une impression d'accablement. Elle manque de chaleur et de rapidité, le peu d'action qu'elle présente étant interrompu incessamment par des hors-d'œuvre inutiles, par d'insupportables longueurs. C'est le cas de rappeler cette réflexion de Beaumarchais dans sa préface du Barbier de Séville: — « Moi, qui ai toujours chéri la musique sans inconstance et même sans infidélité, souvent, aux pièces qui m'attachent le plus, je me surprends à pousser de l'épaule, à dire tout bas avec humeur : Va donc, musique ! Pourquoi tant répéter ? N'es-tu pas assez lente ? Au lieu de narrer vivement, tu rabâches ; au lieu de peindre la passion, tu t'attaches oiseusement aux mots. » Voilà bien ce que l'on peut reprocher à Wagner.

On sait que Tannhâuser, joué pour la première fois à Paris, sur la scène de l'Opéra, le 13 mars 1861, avec une traduction de M. Charles Nuitter, fut l'objet d'une cabale indécente qui décida Wagner à retirer son œuvre après la troisième représentation. Les interprètes étaient alors Mme Tedesco (Vénus), M"» Marie Sasse (Elisabeth), le ténor allemand Nie-

Page 1