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offre, souS prétexte d'accompagner une danse nubienne, un motif sur le cor anglais un peu trop carthaginois pour des oreilles sensibles ; le chant du matelot Hylas est écrit dans un mode hypomixolydien qui, à mon sens, n'aura jamais une raison d'être suffisante au théâtre. Si on excepte ces excentricités, qui d'ailleurs trouvent encore quelques partisans, toute la partition est désormais appréciée comme le méritait une œuvre consciencieuse, originale et belle, et beaucoup de Grecs de la veille sont devenus des Troyens du lendemain.
En raison même de la simplicité et de la grandeur des situations épisodiques dont l'Enéide a fourni le sujet, c'était une entreprise délicate et hardie de les présenter sur la scène lyrique, et il fallait beaucoup de goût pour atteindre, sans le dépasser en l'altérant, le caractère des personnages gravé dans l'imagination des spectateurs avec les souvenirs de collège. M. Berlioz a triomphé de ces obstacles, et ce n'est déjà pas un si mince mérite. Nous ne connaissons pas beaucoup de musiciens capables d'en faire autant.
L'ouvrage est précédé d'un prologue à la fois symphonique et lyrique. L'orchestre exécute un lamento qui exprime les malheurs etla catastrophe de Troie; un rapsode en déclame ensuite les incidents principaux en s'accompagnant de la lyre.
Au premier acte, Didon distribue des récompenses aux laborieux colons qui ont fondé la jeune Oarthage. Nous avons remarqué l'air : Chers Tyriens! parfaitement chanté par Mme Charton-Demeur. Un duo fort original succède ; Didon confie à sa sœur Anna les vagues agitations de son âme : Vous aimerez, ma sœur, répond celle-ci. Le contralto un peu dur et inégal de Mi'e Dubois a peut-être nui à l'effet de ce morceau ; cependant cette phrase de Didon : Je sens tressaillir mon cœur et mon visage en feu sous mes larmes brûler, pi été remarquée. On annonce à la reine que d'illustres naufragés viennent lui demander un asile. Enée paraît, et à peine a-t-il été introduit qu'un second messager apporte la nouvelle de l'approche d'Iarbas, le chef d'une tribu barbare et ennemie. Enée offre le secours de son bras, et l'acte se termine par le beau chœur guerrier : C'est le dieu Mars gui nous rassemble.
Le second acte était rempli aux premières représentationsparunesymphonieimitative.
Une chasse royale interrompue par l'orage; Enée et Didon se réfugiant dans une caverne, tels étaient les sujets de cet intermède instrumental qui a été supprimé. Le second acte commence donc par le ballet des esclaves
nubiennes. Ici l'oreille est blessée de parti pris par le compositeur. Ces intonations baroques et ce rythme sauvage ne devraient jamais trouver place dans une œuvre d'art où le désordre même doit être harmonieux. II y a cependant une autre partie du ballet qu'il serait injuste de ne pas signaler comme pleine de grâce et tout à fait réussie. Les danses cessent et le chœur fait entendre l'hymne à la Nuit :
Tout n'est que paix et charme autour de nous ; La nuit étend son voile et la mer endormie Murmure en sommeillant ses accordsles plus doux. Ce morceau d'ensemble, dont les modulations sont suaves et distinguées , dont le rythme est bien senti, a été constamment redemandé par le public. Le duo que nous avons signalé plus haut vient ensuite : 0 nuit d'ivresse et d'extase infinie. Nous le répétons, ce duo est d'un goût exquis et a été conduit avec une habileté extrême. Le cri : Italie! Italie! retentit aux oreilles d'Enée et le rappelle à ses destins.
Au troisième acte , le héros troyen exprime les hésitations de son âme entre le devoir et sa passion pour la reine: Ak! quand viendra l'instant des suprêmes adieux. Cette scène, qui était bien interprétée par Monjauze, a un caractère de grandeur et une déclamation étudiée et soutenue qui rappellent les récitatifs de VArmide de Lulli et de l'Alcest*. de Gluck. Selon nous, l'orchestration, toute remarquable qu'elle est, nuit par ses développements mêmes à l'expression dramatique de cette scène.
Didon apprend au quatrième acte le départ d'Enée. Le compositeur a compris qu'il devait ici laisser parler la nature. Ses accents tour à tour douloureux, tendres, furieux, déchirants ne sont interrompus par aucune cavatine parasite ; non erat hic locus. La phrase de duo : Nuit d'ivresse et d'extase infinie, passe au milieu de cet ouragan comme un souvenir doux et amer à la fois. La scène du bûcher forme le dernier acte , d'ailleurs très court. Il nous semble que le chœur des prêtres de Pluton aurait pu être mieux traité.
Malgré une opposition systématique, l'opéra des Troyens a eu vingt et une représentations de suite. Le 9 juin 1892, on a repris cet ouvrage à l'Opéra-Comique, où les rôles de Didon et d'Enée étaient tenus par deux artistes débutants : M»« Delna et M. Lafargue
THUE FRIENDS (the) [les Vrais amis], opéra anglais, musique de Attwood, représenté sur le théâtre de Covent-Garden, à Londres, en 1800.
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