‹ Dictionnaire des ouvrages anonymes (volume 4)Chapitre 6 sur 351 · NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Tordre alphabétique des auteurs. D*après son système, un catalogue rangé de cette dernière manière, avec quelque érudition et quelque exactitude qu^il soit composé, n^est autre chose qu^un dictiounaire : on le consulte quand on en a besoin ; mais il est impossible d'en lire de suite plusieurs pages; au lieu que le classement systématique des ouvrages excite l'attention^ parce qu'il donne le moyen déjuger du progrès de nos connaissances^ en plaçant sous les yeux, dans Tordre chronologique, les meilleures productions sur chaque matière. Pénétré du principe que le titre d*un ouvrage doit indiquer sufBsamment ce qu'il contient, M. Barbier adopta, pour la description des titres, le milieu entre une prolixité fastidieuse, et une concision qui souvent dégénère en obscurité. Il s'attacha en effet, dans la rédaction du catalogue des livres de la bibliothèque du Gonseil-d'Etat^ tantôt à resserrer dans de justes bornes les titres qui péchaient par une excessive longueur, tantôt à étendre ceux qui paraissaient trop peu détaillés.

Quatre années étaient à peine écoulées, lorsqu'un décret ordonna la démolition du local où se trouvait la bibliothèque. On fut forcé de Tenlever si promptement, que cent-vingt grenadiers, formant la chaîne, furent employés pendant deux jours à transporter les livres dans la partie de la galerie du Musée où il n'y avait pas alors de tableaux.

Profitant du loisir forcé que lui donnait cette circonstance, M. Barbier réunit et mit en ordre les notes et renseignements qu'il avait recueillis depuis longtempspour la composition d'un a Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes,* dont il publia les deux premiers volumes en t806.

En 1807, Napoléon ordonna que la bibliothèque du Gonseil-d'Btat deviendrait celle du château de Fontainebleau (1). Une partie de la jurisprudence et de Téconomie politique fut cependant conservée à Paris. Après avoir terminé le classement des livres de cette bibliothèque, M. Barbier eut à former une seconde fois la bibliothèque du Conseil-d'État. La plupart des livres qui la composèrent 'furent choisis dans celle du Tribunal.

A cette époque, le savant Chardon de La Rochette, ami de H. Barbier et son ancien collègue à la Commission temporaire des Arts, fut envoyé par le gouvernement pour inspecter ou réunir les bibliothèques et les dépôts littéraires formés dans plusieurs départements. M. Barbier, sachant qu'il devait y exister des livres et des manuscrits précieux, s'empressa de les lui indiquer^ afin qu'il flt les recherches nécessaires pour les découvrir. Elles ne

(1) Cette bibliothèque a été, jusqu'en 1805, installée dans Tancienne chapelle, ditedeSaint- Saturnin, construite d'une manière très-élégante par l'architecte Serlio, sous François l*'. Yoy. la description qui en a été donnée, en 1813, sous le titre de : « Palais impérial de Fontainebleau, chapelle bâtie sous François I*'; sa nouvelle disposition comme bibliothèque de l'empereur Napoléon, mesurée et publiée, par J.-F.-A. Robtt. » Paris in-folio, 5 planches.

NOTICE BIOGRAPfflQUE. XI

furent pas infructueuses, et M. Barbier sollicita et obtint du ministre de rintérieur, l'autorisation d'enrichir la bibliothèque du Gonseil-d'Ëtat de divers ouvrages très-remarquables.

Dans la même année (1807), Napoléon, qui avait su apprécier par luimême et par le témoignage de M. le baron Meneval, son secrétaire intime/ les connaissances et les travaux bibliograghiques de M. Barbier^ le nomma son bibliothécaire particulier (1). Il succéda dans cette place à M. Ripault, membre et bibliothécaire de Tlnstitut d'Egypte (2).

Comme bibliothécaire de TËmpereur^ M. Barbier fut souvent appelé auprès de lui ; Napoléon se faisait apporter plusieurs fois par semaine, ordinairement pendant et aprèa le repas, quelquefois même dans la nuit, les meilleurs ouvrages qui paraissaient, ou ceux que les auteurs avaient envoyés pour lui être présentés (3). Après lui avoir rendu compte de ces nouvelles publications^ le bibliothécaire devenait au besoin son lecteur, lorsque Napoléon, ce qui arrivait souvent, non content de Tavis d'un autre, voulait juger par lui-même. Pendant ses campagnes, toutes les nouveautés lui étaient expédiées chaque jour, avec des analyses et des jugements sur chacune d'elles. Lors de son départ pour Tarmée, il emportait une bibliothèque de voyage composée, en petits formats, de ce qu'il y avait de meilleur en littérature, en histoire, et en livres relatifs au paya qu'il devait parcourir (4).

(1) « La publication du c Dictionnaire des anonymes » ne pouvait manauer d'attirer sur son auteur les regards de Napoléon, si attentif à découvrir partout le mérite et si habile à en tirer parti. » («Constitutionnel » du 19 décembre lo25, article nécrologique, par M. Henri Bottlay delaMeurthe.)

par M. Barbier, il avait passé pi sa maison de Lacbapelle, près d'Orléans; Napoléon considéra comme un abandon de sa place oat éloignement volontaire de fonctions qui exigeaient une présence habituelle. \oy. < Revue encyclopédique », t. XXII, p. 766.

{'d) Ces livres étaient souvent accompagnés de pétitions; elles étaient remises ou renvoyées au bibliothécaire de l'Empereur, pour en faire des rapports. C'est sur la proposition de M. Barbier que Napoléon l'autorisa à remettre à la bibliothèque, alors impériale, quelques ouvrages t.ès-prôcieux, tels que les « Fables de Pilpay », imprimées en langue persane, à Calcutta, en 1805; Tt Iliade», en grec, imprimée sur véhn, par Bodoni, et plusieara autres éditions remarquables de cet imprimeur; la c Jérusalem délivrée », traduite par le prince Le Brun, imprimée également sur vélin.

(4) Napoléon paraît avoir eu de tout temps ie goût des livres. Voyez en effet ce qu'on lit pp. 14-16 de la brochure intitulée : « Quelques notions sur les premières années de Buonaparte. » Vojr. ce titre au Dictionnaire.

< Pendant la résidence de Buonaparte à l'école militaire de Brienne on y établit une bibliothèque destinée à l'agrément et à l'instruction des élèves. Mais pour nous donner de bonne heure des idées d'ordre et d'arranarement, nos supérieurs avaient décidé que la distribution des livres et l'administration aes fonds consacrés à l'entretien de cette bibliothèque seraient abandonnées h la direction de deux des ponsionnaireâ choisis par leurs camarades. Je fus un des deux sur lesquels tomba le choix de mes condisciples. Je consacrai à cette occupation mes loisirs de trois ans; et ce fut peut-être le temps le plus agréable de ma vie. Voilà ce qui me donna de très-fréquentes occasions de voir Buonaparte, qui, si l'on m'en avait cru, eût été réputé le plus propre à être notre bibliothécaire. Nos camarades en jugèrent autrement. 11 eût peut-être d'ailleurs dédaigné ce petit hommage. Il

Xli NOTICE BIOGRAPHIQUE.

L'empereur, ayant remarqué qu'il manquait dans cette bibliothèque plusieurs ouvrages importants, et ayant appris que la grandeur du format n'avait pas permis de les y placer, conçut à diverses époques le projet (qui

ne fut jamais exécuté) de faire imprimer, pour son usage, une bibliothèque dont il traça lui-même le plan dans les deux notes suivantes qui furent envoyées à M. Barbier par M. le baron Meneval, secrétaire du portefeuille de Napoléon.

« Bayonne, 17 juillet 1808.

• L'Empereur désire se former une bibliothèque portative, d*un millier de volumes, petit in-12, imprimés en beaux caractères. L'intention de S. M. est de faire imprimer ces ouvrages pour son usage particulier, sans margeâpour ne pas perdre de place. Les volumes seraient de 5 à 600 pages, reliés à dos brisé et détaché, et avec la couverture le plus mince possible. Cette bibliothèque serait composée d'à peu près 40 volumes de religion,

40 — des épiques,

40 — de théâtre,

60 — de poésie,

100 — de romans,

60 — d'histoire.

Le surplus, pour arriver à mille, serait rempli par des mémoires historiques

de tous les temps.

» Les ouvrages de religion seraient a l'Ancien et le Nouveau Testament, » en prenant les meilleures traductions ; quelques épi très et autres ouvrages les plus importants des pères de l'Eglise ; le Koran; de la Mythologie; quelques dissertations choisies sur les difTérentes sectes qui ont le plus influé dans l'histoire, telles que celles des Ariens,des Calvinistes, des Reformés, etc.; une histoire de TEglise, si elle peut être colnprise dans le nombre de volumes prescrit.

» Les épiques seraient c Homère, o aLucain, » a le Tasse, d «Télémaque,* a la Henriade, » etc.

» Les tragédies : ne mettre de Corneille que ce qui est resté; ôter de Racine

aurait cru enlever à sa propre instruction touales moments qu'il eût consacrés aux minutieux détails de son emploi.

plairiant; je trouvai plus commode d'être capricieux. Fatigué des demandes réitérées de Buonaparte, je crus, ou feignis de croire, qu'elles avaient son application pour motif

beaucoup moins oue son dessein de me tourmenter; et j'eus quelquefois sujet de me repentir de la ruaesbe avec laquelle je les accueillais. »

Page 1