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SUR LES

BIBLIOTHÈQUES IMAGINAIRES

Les livres dont l'existence est avérée forment des masses effrayantes que nul mortel ne peut songer à inventorier et qui s'accroissent chaque jour. Quelque vaste que soit ce domaine, la science bibliographique ne s'y renferme pas ; elle s'occupe par moments des livres qui n'ont point existé, mais que des écrivains, obéissant presque toujours à des intentions satiriques, ont mentionnés comme ayant été mis au monde, assertion que d'ailleurs nul n'a prise au sérieux.

C'est à l'Homère bouffon auquel on doit les figures immortelles de Pantagruel et de Panurge, c'est au plus redoutable railleur qui ait jamais tenu une plume, c'est à maître François Rabelais qu'il faut attribuer l'invention de ce genre de sarcasmes. On n'en rencontre, nous le croyons, aucune trace dans l'antiquité, ni aû moyen âge (1). Le joyeux curé de Meudon dressa le catalogue de la bibliothèque do Saint- Victor, et trouva ainsi uno voie nouvelle pour verser les flots do sa verve moqueuse sur les moines, sur les théologiens, sur les cagots et les caphards qu'il détestait.

On sait quelle vogue obtint l'œuvre pantagruélique de Rabelais; plus de trente éditions partielles ou complètes se produisirent dans le seizième siècle, et on no manquera pas de regarder ce chiffro comme énorme, si l'on pense qu'à cette époque il n'existait ni journaux, ni revues, ni annonces, et que la difficulté et la lenteur dos communications opposaient à la vente des livres des difficultés dont nos ancêtres ne triomphaient que parce qu'ils étaient sans doute plus studieux que nous.

Nous avons pensé faire chose agréable aux bibliophiles en réunissant diverses indications relatives aux livres imaginaires et aux bibliothèques supposées ; nous nous

(1J Une farce joyau*, celle du Vendeur de livre», insérée dans le Recueil de farce» et moralili» (Techener, 1831. 4 vol. in -8}, et composée pcut-èlrc avant que Rabelais n'écrivit Gargantua, mentionne divers livres de haulU çrette qui sont pour la plupart inconnus, mais qu'il y aurait témérité a classer parmi les livres imaginaires. Oo peut très bien croire qu'ils ont existé, mais qu'ils sont perdus comme bien d'autres que d'anciens bibliographes ont cites. Telle est du moins l'opinion de M. Francisque Michel, an des éditeurs du Recueil en question.

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empressons de convenir quo nous avons trouvé à cet égard des données fort uliles dans les recherches que M. Jannet (sous le nom d'Haensel) et Edouard Fournicr ont consignées dans une publication périodique morte il y a une dizaine d'années (le Journal de l'amateur de livres, 1848 et 1849), recherches auxquelles nous avions, nous aussi, dans le môme Journal, apporté un faible contingent.

Nous suivrons l'ordre chronologique, nous occupant d'abord des livres imaginaires qu'offre du seizième au dix-neuvième siècle la littérature française ou belge, et après avoir jeté un coup d'œil sur ce que l'étranger présente en ce genre, après avoir dit quelques mots de divers livres supposés, nous terminerons on signalant la singulière bibliothèque fantastique qu'un homme d'Etat célèbre se plut à imaginer.

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