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SEIZIÈME SIÈCLE

Parmi les imitateurs de Rabelais, il faut distinguer un écrivain assez peu connu d'ailleurs, Claude Odde de Triors, qui, en 1578, fît imprimer à Toulouse un livret de 46 feuillets intitulé : les Joyeuses recherches de la langue toulousaine. Tout en se livrant à l'explication de divers mots du dialecte local, Odde s'abandonne à des plaisanteries qui sont souvent d'un goût peu délicat, ot qu'a inspirées une fréquente lecture du Pantagruel (1).

Nous allons transcrire le passage dans lequel cet écrivain s'est évidemment souvenu du Catalogue do Saint-Victor; il y a là certainement des allusions qui nous échappent en grande partie et qui ne sont d'ailleurs que d'un faible intérêt :

« le donroy vne autre fois pro magna ordinaria d'autant braues et excellents liures que vous ayés encores iamais onques veu iour de vostre vie, et desquels ie me puis bien vanter que vous n'auez iamais ouy parler sinon à cest' heure, et par mon moyen, et sont fort excellants; quid dicam? excellants, imo admirables à cause do leur rareté, lesquels selon qu'aucuns m'ont dict sont venus annuellement de Themistitam en Calicut, les noms desquels n'auons point voulu vous estre cachez, ains manifestez. Ceux cy donc pour tout potage et pour toute fricassée et sans tant franciscimandeia sont tels et tels, savoir est :

« Les Simples de fiartolle;

« Les Conlracts de Gallien ;

« Vn pet à quatre volumes;

« La Cornemuse de Platon ;

« L'Histoire triparti le de Caton ;

« La Cosmographie d'Anthonius Arena ;

« Le Liure de appetitu inanis gloriœ, par Polisson ;

« Les Substitutions fîdeicommissaires do monsieur saint Augustin ;

(1) Le» Joyeutet recherche» sont un livre (les plus rares, et. a notre connaissance du moins, elles ne figurent sur aucun catalogue moderne. Nous croyons qu'a Toulouse même on n'eu connaît pas d'exemplaires. En 1847, nous en avons fait faire une reimpression tirée à petit nombre, d'après l'exemplaire de la Bibliothèque impériale a Paris. Un opuscule en vers du même auteur, certainement fort diflicile a rencontrer aujourd'hui, le lt*nu*rmc%t et adieu de» ninùtrt» de» Huguenot» (Lyon, B. Rigaud, 1572), ligure au catalogue Buvignicr (1819, n« 1108); vendu 60 francs.

SUa LBS BIBLIOTHÈQUES IMAGINAIRES.

« Prœparationes evangelicas in Lucam, par Jason (1). « Le Dcscrotoir de tristesse; « VEngranyero de pauureté;

« De perengucs et pcrengariis responsum luculenta repetitio;

« Item, de stercore amantis et eius ut, alia dilucida enarratio;

« Plus vn aultre fort beau liure, s'il y en a au monde, intitulé : Cornucopiœ Portaleti, et comment il est traicté là dedans que cornu eius non exaltabitur in gloria ;

« Item prœterea dauantago vn autre non moins beau que le susdit Cornucopiœ, intitulé les Lignes penilieres et bas-vontricquos de madone des Estables auoc ses rubis orientaux mis en ordre par Quincontial. Ensemble les agréables seruices de ma donna de Totains, ie voulois dire de totis temporibus ;

« Vn autre d'avantage supernaturclement bellissime intitulé la République des socisses et andoilles (2) ;

« De arte fredonandi libri très, per eximium doctorem in eadem arte dominum, dominum, dominum, si bene mcmini, ma foy ie ne m'en souuiens plus. Et comment il est disputé là dedans utrum hoet, hoet, possit cohcrere cum liri lan 1ère...

« Le tout imprimé à Paris chez Claude Fremy, à Basle par Jehan Opporin, à Coloigno par Jehan Bickmann, à Anvers par Joannes Steelsius, à Venise par Petrus Daniel, à Seville en Espaigne par Guillelmus Gutierres. »

Des titres de livres supposés fort bizarres se rencontrent dans un volume très rare et fort singulier imprimé à Paris en 1588 : Lettere faccte c chiribizzose in lengua antica venetiana, con alguni sonetti e canzoni piascvoli, el tutto composto c dato in luce da Vicenzo Belando, ditto Cataldo. Ce recueil, où la décence est souvent très peu respectée, s'est payé jusqu'à 75 et 93 fr. aux ventes Nodier et Libri en 1844 et en 1847; il est probable qu'aujourd'hui il s'élèverait encore plus haut. Belando était comédien, et il a imaginé des titres plus que rabelaisiens, énoncés d'ailleurs avec une incorrection qui est peut-être parfois la faute du typographo parisien, lequel était hors d'état de comprendre ce qu'il imprimait. Quoi qu'il en soit, nous transcrivons textuellement cet inventaire facétieux :

« Duretto de liquidi, Tesauro de pischeria tencarià.

« Pottonio d'Acquapendente, in libro 6 de sublimatione de stercore refinandi. « Calfurnio grummando dottor, Epitome de uso et origine escrementorum. « Cornelio cornante de corneto, signor de Cornovaglia, Cornologia de utilitate cornorum (3).

(1) Ce Jason est sans doute Ambroise Jason de Maino, jurisconsulte italien, célèbre au quinzième siècle et auteur d'un gros livre, De Jure emphitrotico quceilionei, dont il existe une édition publiée a Toulouse en

{2} On verra sans doute la un jeu de mots relatif a la République de Jean Bodm, ouvrage remarquable à plusieurs égards et qui. publie en 1570, Ht assez de sensation pour qu'il fût nécessaire de le réimprimer plusieurs fois coup sur coup.

Il est question fort en détail de cet ouvrage dans le livre de M. Baudrillarl : Bodin et ton temps (Paris, 1853); la troisième partie de ce volume, consacrée spécialement a I analyse et au commentaire de la Répubiujut, occupe 290 pages.

(3) Ce titre nous remet en mémoire un ouvrage qui n'est nullement imaginaire, c'est un poème de plus de cinquante chants, la Corneide ; Livorno, 1781, 7 vol. in-8. Le chevalier Cambaraest l'auteur de cette facétie beaucoup trop longue.

ESSAI

« Sca pioche tto roversao, Specchio de motu mosculorum et de consummatione nercorum.

« Membrante Alzacamisa, Trialogo de scabbia naturœ. « Stronzanpappalurdo, Bocolica de modo ficandi. « Cazzancao Rubeo, Compendio d'anotomia fabbulia. « Bazzoflia Durello, de lumen tcsticulorum.

« Barbagriza da Vuivazzane, pagina 29000 dol tomo XX d'El Moriale d'esalando crepitorum.

* Scappella de val fregnatica, de tangendi nates tnulicrcule et de modo deflorandi virgincs.

« Belfiao Spozzente, de osculandi vidue.

« Favetta de Mozanega, de humilitatc asinorum.

« Bertoldo Busoirospo, de modo mingendi e d'ut Hit ate e comoditate c tcandi. « Fiandrin Caccola, de modo zaccagnandi* ruffianandi atque adulterandi. « Menante Schizzaongaro, Trattato d' inconstant ia mulierum. « Brandano Schittariola, de modo mustandi baves. »

Jusque-là l'invention des bibliothèques imaginaires n'avait été dirigée que contre les écrivains scolastiques et les pédants, ou bien elle n avait servi qu'à amener des plaisanteries qui sont, nous l'avouons, d'un goiït détestable ; une autre carrière s'ouvre, et les livres supposés deviennent une arme dont s'empare la politique.

Dès le commencement du règne d'Henri IV, on vit paraître la Bibliothèque de Madame de Montpensier (1), mise en lumière par l'avis de Cornac (2), avec le consentement de Beaulieu, son escuyer (3).

Les titres des ouvrages qui forment cette prétendue collection sont des satires contre des personnages du temps, contre des femmes de la cour. Nous indiquerons ceux qui offrent le plus d'intérêt :

« Le Pot poury des affaires de France, traduit d'italien en françois par ta Revue mère.

« Poissoncrie générale en trois volumes, par M. le cardinal de Bourbon (4).

(1) Catherine de Lorraine, mariée en 1570 à Louis de Bourbon, duc de Montpensier, veuve en 1588. On sait avec quelle ardeur elle se déclara en faveur de la Ligue et contre Henri III ; le bruit courut qu'elle s'était livrée a Jacques Clément pour le déterminer a frapper le roi ; cette circonstance, qu'on peut regarder comme une de ces rumeurs que crée l'exaltation des par lis. est consignée, avec les expressions les plus vives, dans des écrits antiligueurs du temps, notamment dans la Lettre d'un gentilhomme françoi» à fane JacfttU Clément, princene bottenae de la Ligue (opuscule très rare au sujet duquel on peut consulter le Calaloout Lebtr. n« 4045), et dans la Pnw« cleri Paruietuu, 1589, satire des plus vives, reimprimée parmi les Ancienne» pot*** française! éditées par M. A. de Monlaiglon, t. II, p. 206.

(2) Cornac, abbe de Villeloin, agent du duc de Mayenne, frère de la duchesse de Montpensier: il fut envoyé à Rome en 1590 pour faire connaître au pape les motifs qui avaient porte le duc a s'entendre avec Henri IV. Cet abbé est mentionné dans la Vie du due d'Bpernon, par Girard, comme un homme habile et adroit.

(3) Cette pièce a été insérée dans divers ouvrages, notamment dans l'édition de l'l»le de» Hermaphrodite». par Le Duchat. 1721. Ce laborieux annotateur de Rabelais et de différentes productions relatives a l'histoire de la Ligue, y a joint des notes un peu prolixes. Parfois nous les avons abrégées, parfois nous y avons ajouté quelques détails. Il serait facile, eu pareille matière, de fabriquer un commentaire bien plus étendu que le texte auquel il se rapporterait, mais c'est la chose dont il faut savoir se préserver. Du reste, ces malices dont plus de deux siècles et demi nous séparent, renferment maintes allusions qui sont perdues on qu'on ne pourrait retrouver qu'au moyen d un travail pénible et peu fructueux.

(4) Le Duchat pense qu'il faut lire l'Ottonnerie ; allusion au peu de capacité du cardinal que la Ligue cria roi et qui se montra dépourvu de tout Ulcnt.

SUR LES BIBLIOTHÈQUES IMAGINAIRES

« Le Combat civil de messire de Ne vers, trouvé dans une serviette (1). « L'Art de ne point croire en Dieu, par M. de Bourges (2^.

« Le Jouet du courage, par Combault, premier maistre d'hostel du roy, avec une lamentation de n'y eslre plus employé, par le même (3).

« La nouvelle Façon d'entretenir les vieilles lisses et trouver moyen d'en avoir argent, par le maréchal Daumont, commentée par M we de La Bourdaisière (4).

« Les reformidables Regrets des amoureux, par M m * d'Estrées reveuz et augmentez par le sieur d'Alègre (5).

« La Rhéthorique des Maquerelles, par M m « de La Chastre (6).

« Almanach des Assignations d'amour, par M™' de Ragny (7).

« Le fen veux des filles do la Reyne mère, en musiquo, par M mt do Saint-Martin (8).

« L'Histoire véritable de Jeanne la Pucelle, par M me do Bourdeilles.

« Les Ribauderies de la cour, recueillies par le sieur de Raucourt (9).

« Métaphysique de mensonge, par M. lo maréchal de Rets.

« L'Orittamme des pucelles, par M"« de La Mirande.

« Le Trebuchet des filles de la cour, tiré de l'exemplaire de la demoiselle du Tiers, avec les lamentations amoureuses de Neptune.

« Invention très subtile de M me de Brissac pour recouvrer les cornes perdues, avec l'augmentation du sieur de Lavardin.

« Les Remèdes contre toutes tentations d'amour, par M me de Moreglise.

« Les Couches avant terme de la fille du président de Neuilly, mises en rimes spirituelles par M. Rose, évéquo de Senlis (10).

Ce fut encore contre des personnages ayant joué un rôle à l'occasion des troubles

il) Il est probable qu'il s'agit non do doc de Nevers, mais da duc de Nemours, qui eut en 1587 une qocrelle avec le comte de Saint-Paul, au sujet de la serviette qu'ils voulaient tous deux présenter au roi. Henri III leur défendit de donner suite a leur différend; c'est pourquoi ce combat est appelé civil.

(t) Cet archevêque était Renaud de Beauiie; son dévouement a Henri IV lui Ht des ennemis qui donnèrent, sur son compte, carrière a la médisance ou a la calomnie.

*3) Robert de Combaut, premier maître d'hôtel du roi. épousa Louise de La Bcraudière. qui avait été mattresse déclarée d'Antoine, roi de Navarre. Pour décide Combaut a cette union, qui provoqua de vives railleries, on lai avait promis un évèehe (e'est-a-dire les revenus d'un evêchc); il parait que ce Tut celui de Cornoaaitles en Bretagne, et les rieurs eurent beau jeu

(!) Jean d'Aomont. maréchal de France, épousa en secondes noces Françoise Robcrtct, veuve de Jacques Rabou, sieur de La Bourdaisière, maître de la garde-robe du roi ; quoique âgée. < elle était encore aussi belle en ses vieux jours que I on eût dit qu'elle eut ete en ses jeunes ans; • tel est le témoignage que lui rend Brantôme. Elle était riche, circonstance que n'oublie pas ie titre que nous avons transcrit.

'X Françoise Babou de La Bourdaisière abandonna suit mari Antoine d'Eslrecs, pour suivre Yves, marquis d'Allegre-Maillan ; et a la prise de la ville d'Issoire, enlevée d'assaut le 12 juin 1577. elle lut massacrée. Jeanne Chabot, épouse en secondes noces de Claude de La Châtre, qui Tut maréchal de France.

(7) Catherine de Mareilly ; elle avait ete 11 Ile d'honneur de Catherine de Medicis, et elle avait sans doute profité a cette bonne école.

(S) Les filles d'honneur ont toujours eu le privilège d'être le but de plaisanteries plus on moins fondées. Les chansonniers de l'époque de Louis XIV s'oceupent sans cesse d'elles.

(9) Une immoralité hideuse régnait a la cour d'Henri III. et ce prince cuit le premier a en donner l'exemple. Nous nous bornerons a renvoyer aux Anecdote* de l'histoire de France. Urée» de la Itonrhe de M. le garde de» icr<i«c «lu Vair tt autres, a la suite de l'édition donnée par M. Ludovic (.alanue. des Mémoire* de Marguerite 4* Valois, 185S, p. 200. — M. Libri. dans la préface du tome III de illistoire de* science* mathématiques en Italie, avait signale le manuscrit de ces Ântalote* comme existant a la Bibliothèque impériale, mais en refusant d'en indiquer le uuiuero et en expri tant l'espoir que cet écrit, « ou les infamies les plus révoltantes sont racontées avec uoe imperturbable iiidilfercucc. • resterait toujours inédit.

(10) Guillaume Rose, evéque de Senlis, fut, dit-on, le uere d'un enfant que mit au monde la fille du président do Neuifly.' ligueur tout aussi exalté que le prélat.

ESSAI

de la Ligue ou figurant à la cour d'Henri IV, que fut dirigé l'Inventaire des livres trouvés en la bibliothèque de maître Guillaume (t). Cette énuraération, plusieurs fois imprimée, entre autres dans l'édition du Baron de Fœneste do d'Aubigné, <* été, tout comme lo Catalogue de M we de Montpensier, l'objet des recherches do Lo Duchat ; nous nous sommes bien gardé de reproduire toutes les annotations de ce philologue instruit, mais lourd.

« Paraphraso sur la patienco de Job, par M. du Plcssy-Mornay, dédiée à M. le Grand (2).

« Un livre de la Propriété du blanc et du rouge, par M"" de Simié, dédié aux dames de la cour (3).

« Méditations sur le verset du cantique qui commence Nigra sum sed formosa. faito par M me d'Esory, dédiée à H. de Roclaure (4).

« Les Annotations sur les cas réservez, par M m « de Suivry, dédiées au baron de La Chastre.

« Les Martyres des onze mille Vierges, par la petite Dampierre, qui se dit en être sortie par l'estoc maternel.

« La mode do bien faire la révérence (5), écrite par le comte de Rude, adressée aux galants de la cour.

« Un livre des abus qui se commettent ordinairement en la cour, par M. do Montpensier, dédié à Père Ange, jadis duc de Joyeuse et maintenant capucin (6).

(1) Nous n'avons pas besoin de rappeler que maître Guillaume, doni le vrai nom était Marchand, remplit auprès d'Henri IV les fonctions de fou de cour ; ou trouve, en maint auteur, à son égard, des détails que nous n'avons point besoin de rappeler ici. Son nom, comme celui de Pasquin ou de Marforio. servit longtemps de masque aux auteurs d'écrits satiriques, et la collection de ces livrets serait curieuse ; mais il y aurait de grandes difficultés a l'obtenir bien complète. M. Weiss a. dans un article de la Biographie univertelle, t. XIX, p. 155, énumére quatorze de ces pièces; on pourrait en signaler bien d'autres; nous nous contenterons de mentionner le Discours nouveau tie la gronde science de* femme», trouvée don* un de* tabot* dt maitrt Guillaume, 1022; Le Feu de joie de madame Malhurine, où ttt contenu* la grande et merveilleuse réjouissance foicte *vr le relour de M. Guillaume, revenu de l'autre monde, 1009. M. Leber (Catalogue, n° 4291) signale le Voyage de maître Guillaume en l'autre monde vert Henry le Grand. 1012, comme une facétie pleine de verve et de gaieté; ce collectionneur avait réuni, entre autres pièces que M. Wcifs n'a pas mentionnées, la Révélation de maixtre Guillaume estant une nuict au grand couvent de* Cordelière de Pari*, le Réveil de montre Guillaume, la Sentence arbitrait de maittre Guillaume, la nouvelle lune de maUtre Guillaume, etc.

(2) Le célèbre du Plcssis-Mornay eut beaucoup de desagréments a supporter après l'avènement au trûne d'Henri IV; il tomba en disgrâce et resta éloigne de la cour jusqu'à sa mort. M. le Grand (c'est-a-dire le grand écuyer) est Roger de Bcllegarde, qui, après avoir joui de la faveur de plus curs rois, fut mis a l'écart par Richelieu.

(3) M«n e de Simié était Louise de L'Hospital, tille d'honneur de la reine Marguerite, qui en parle dans ses Mémoire* comme d'une personne d'un esprit très subtil. Elle avait, après avoir atteint un âge avance, un goût des plus prononcés pour la toilette, et on lit dans le Perroniana, qu'un jésuite, le P. Coutier. apparemment son directeur. la voyant, maigre sa vieillesse, n'avoir de pensée que pour le monde, lui disait qu'il fallait que dorénavant elle se coiffât du soleif et se chaussât de la lune.

(1) M"» e d'Esory était Gabrielle de Gondy. On lui supposait quelque intrigue avec Antoine de Roqnelaure, qui fut fait maréchal de France en 1625.

(5) Dans le dialogue de Mathurine et du jeune du Perron, qui forme le premier chapitre du second livre de la Confettion de Nancy, Mathurine se vante d'avoir appris à Sainte-Marie du Mont a faire les révérences par devant. Observons en passant que Mathurine était une folle en litre d'office, sous le nom de laquelle on mit, jusqu'à l'époque de Mararin, de petits livrets méchants. M. Edouard Koiirriii-r a parle en détail de r«nte compagne de maître Guillaume. Voir suit édition des Caquet* de l'accouchée, p. ItiS, et les Variété* hiilor^uei et littéraire*, t. VIU, p. 171.

(0) Henri de Bourbon, duc de Montpensier, mourut en 1008; le duc de Joyeuse, qui entra dans l'ordiv des Capucins en 1599, et qui prit le nom de frère Ange, mourut la même année.

SUR LES BIBLIOTHÈQUES IMAGINAIRES

« La Transmigration de Babylone, traduite en vers françois par Olenix du Mont- Sacré, dédié à M. de Mercure (1).

« Les estranges avantures du roy de Navarre, représentées au vif par la comtesse de Guiche, gravées en taille-douce (2).

« Les sept livres de la chasteté, faits par La Varenne, dédiez à M me de Retz (3).

« Un livre de la simplicité, fait par M. Zamet, dédié à M. du Fresne» imprimé en hébreu (4).

« Les Désordres de la loi salique, présentez par M. de Mayenne à l'Infante d'Espagne (5).

« Histoire de la reine Gillette, dédiée à M. de Biron (6).

« Le livre des Rois, enrichi de belles peintures pour l'honneur de la monarchie, par le duc de Guise (7).

« Les geste et faits de la duchesse de Beaufort (8), son retour du paradis, revus et corrigés en sa seconde édition par sa tante de Sourdis (9).

(!) Il y a là une allusion à la conduite de Philibert-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur. qui. après avoir été fait gouverneur de Bretagne par Henri III son beau-frère, se déclara contre ce roi en 1589, et, en 15t>8. céda à Henri IV son gouvernement et consentit au mariage de sa fille unique avec César de Vendôme, fils naturel du monarque. Quant a Olenix du Mont-Sacre, on sait que ce fut le pseudonyme qu'adopta Nicolas de Montreux, poète contemporain d'Henri IV, oublie aujourd'hui, mais dont les écrits eurent de la vogue à l'époque de leur apparition -, on compte jusqu'à cinq éditions différentes des Bergerm de Juliette. recueil en vers dont pas un être vivant au dix-neuvieme siècle n'a probablement lu une seule page.

(2) Corisandc d'Andoins, veuve de Philibert, comte de Grammont, une des nombreuses maltresses d'Henri IV.

(3) La Varenne, d'abord cuisinier d'Henri IV, devint l'un des intermédiaires les plus actifs des intrigues galantes de ce diable a quatre, et grâce au zèle qu'il montra dans ses fonctions d'ami du prince, il mourut marquis, conseiller d'Etat et gouverneur de la Plèche. — M'»< de Retz, femme d'Albert de Gondy, duc de ReU. maréchal de France, est représentée dans les écrits du temps comme une personne fort galante. Yoir surtout la Confusion de Sanry.

(1) L'Italien Zamet acquit a la cour d'Henri III et d'Henri IV une fortune énorme dont l'origine et les progrès passaient avec raison pour assez rcprehcnsibles. Pierre Formel, sieur du Fresne, secrétaire d'Etat, joua un rôle actif dans les intrigues du temps, et lorsque la mort vint frapper Gabrielle d'Estrées, il était au moment de partir pour Rome, afin de lever les obstacles qui s'opposaient au mariage d'Henri IV avec cette favorite.

(5) Allusion aux intriguts du duc de Mayenne, qui flattait le roi d'Espagne, Philippe II, en lui promettant de faire élire l'infante Isabelle reine de France.

ifi) Le duc de Biron avait eu de sa maftresse Gillette Pclillote de Savenières, fille du procureur du roi de Dijon, un fils naturel, Charles de Gontaut-Biron. qui fut légitimé en 1018. L'autorité que se donnait cette femme et le crédit que lui procurait la trop grande complaisance du duc, sont probablement le motif qni a fait imaginer le titre de ce livre. Ajoutons que le personnage de la reine GMette figure parfois dans la littérature badine de la fin du seizième siècle et de la seconde moitié du dix-septième siècle. Les bibliophiles payent cher une facétie d'ailleurs assez plate : Drteriptbn de la superbe et imaginaire entrée (akte à la royne Gillette panant a Venise, traduite de langue caraeterée en langue française, 1611, petit in-8.

17) Il s'agit du duc de Guise, dis de celui qu'Henri III Ut assassiner a Blois; les ligueurs voulaient le placer sur le trône, mais il se rallia de bonne heure à Henri IV.

(8; Gabrielle d'Estrées fut. après sa mort inopinée arrivée en 1590. poursuivie par de vives satires; la plus violente est le Dialogue de Gabrielle dEstrees revenue de V enfer, opuscule très rare dont il existe un exemplaire dans la bibliothèque de M. Leber (acquise par la ville de Rouen), n» '1186, et qui a été réimprime dans le Bulletin du Bouquiniste de M. Aubry. n° du 15 février 1861.

9} M«»« de Sourdis était Isabelle Babou de La Bourdaisièrc. tante de Gabrielle; ses intrigues avec le chancelier de Chiverny tirent grand bruit ; Henri IV en plaisanta souvent, ainsi que nous l'apprend le Journ/il di; Pierre de l.'Esloile. (Voir une note dans les Aventures du baron de Fcrneste, édition de M. Mérimée. 1855, page 1*7.} Tallematit des Reaux appelle la famille de La Bourdaisièrc c la race la plus fertile en femmes galantes qui ayt jamais este en France. On en compte jusqu'à vingt-cinq ou vingt-six, soit religieuses, soit mariées, qui toutes ont fait l'amour hautement. •

ESSAI

« Requête présentée au nom des Financiers sur l'aveu des Secrétaires d'Etat au Roy, pour récompense de la fidèlo garde de ses deniers (t).

« L'édit de cocuage moulé de frais en letttre rouge. 11 se vend en la rue du Pélican, à l'enseigne de la Patience, vis-à-vis du Soucy.

« L'embrazcment de Sodome et do Gomore, en vers françois, par le sieur de La Boudczièrc, dédié à M. de Sourdis (2).

Cet inventaire se termine par quelques lignes en latin :

« Catalogua librorum qui reperli sunt in bibliolheca magislri Guilielmi morionis et post ejus obitum, quibus salse et faceto perstringuntur mores et vitia Principum et Nobilium Gailiœ. »

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