DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
Quelques années après l'apparition du Catalogue de maître Guillaume (3), surgit une plaisanterie de la même espèce : YExtrait de l' Inventaire qui s'est trouvé dans les coffres de M. le chevalier de Guise, par mademoiselle d'Antraige, et mis en lumière par M. de Bassompicrrc. Avec un brief catalogue de toutes les choses passées par plusieurs seigneurs et dames de la cour, le tout recherché et escript de la main dudict défunt^ et présenté aux amateurs de la vertu, 1615. Cet extrait indique 48 ouvrages différents. Un écrivain contemporain, instruit et laborieux, M. Edouard Fournier, Ta inséré dans le recueil si curieux, et quo nous avons déjà eu l'occasion de citer, des Variétés historiqxies et littéraires (tom. V, p. 147-158), et il y a joint quelques notes. Nous lui emprunterons quelques-unes de ces indications :
« Un traicté de la bonne inclination des bastars, dédié à M. de Vandosme, par le comte d'Auvergne (4).
« La Vie de Charles le Simple, avec les traictez des commoditez de l'ignorance, composé par M. do Souvray, pour servir d'instruction au Roy (5).
« Remonstranco faicto à la Royno par madamo d'Ancro sur lo peu d'utilité qu'il y a d'employer les petits engins aux grandes ot profondes affaires, tendant à ce que Bassompierre ne soit admis à celles du Cabinet.
(!) Le désordre des finances était alors pour les comptables la source de gains illicites et scandaleux; les écrits du temps reviennent à maintes reprises sur le luxe qu'étalaient effrontément d'O. le surintendant des finances, Hoertteraan, trésorier de l'Epargne, qui traversait les rues de Paris accompagne d'une suite de quarante-cinq cavaliers. En 11*01. Henri (V ayant pagne quatre cents ce us en jouant a la paume, les Ut mettre dans son chapeau en disant: • Je tiens bien rcuvla, nu ne me les volera point, car ils ne passeront pas par les mains de mes trésoriers. » Au commencement du règne de Louis XIII, les partisans et les mailoticrs furent poursuivis par la haine publique, qui lança contre eux des écrits tels que la Chatte aux larron», et des estampes qui les représentaient fustiges et {tendus. Une de ces images, reflet des colères do temps, est reproduite dans le Musée de la Caricature.
(2) Nous avons déjà rencontré la femme de François Eseoubleau de Sourdis, gouverneur de Chartres sous Henri IV ; le mari était des plus décriés sous le rapport des mœurs, et son frère, le cardinal de Sourdis. archevêque de Bordeaux, fat également en butte a de très lâcheuses accusations. Voir la <V*/«*um de Sancf. Hv. I, chap. 2 et 3, et une note de M. Mérimée dans sou édition du Baron de Fa-nette, p. 232.
(3; Nous aurions a signaler un livret très rare, la Satire Slenfppét tur ce tut t'ttl joui a VAnemblèt de Saumur, par le sieur de Tentale, in-12; M. Fournier mentionne cet écrit comme indiquant un certain nombre de livres supposes, mais nous n'avous pas eu la bonne fortune de le rencontrer.
(4) On sait que le duc de Vendôme et le duc d'Angoulèmc étaient tous deux bâtards ; le premier était fils d'Henri IV et de Gabriel le d'Estrees; le second, de Charles IX et de Marie Touquet.
[5; Gilles de Souvray, marquis de Courtanveaux, gouverneur de Louis XIII.
SUR LES BIBLIOTHÈQUES IMAGINAIRES. IX
« Comparaison en forme de parabolle de maquerellage et de Part militaire, dédié à H. de La Yarenne et composé par Bonncuil (t).
« La comédie de ma commère, représentée de MM. les princes retirez de la cour, en faveur du président de Thou.
« Charme du silence, apporté du Sabat par la Dutillet de Tan mil six cent dix au duc d'Espernon pour s'en servir en temps et lieu (2).
« Comparaison des grands exploits faicts en la mer Méditerranée, par le général des galères, avec ceux de M. l'Amiral en la mer Océane, dédiez à M. de Villars (3).
« Le miroir de la chasteté des dames de ce temps, composé par M" 1 * de Santiny et dédié à M me la duchesse de Seully.
« Poëme tragique de Landry et de la royne Fredegonde, composé par la maréchalle d'Ancre et dédié à la Royne.
« L'art honnête de peter, pratiqué et composé par le président Duret, dédié à Roquelaure (4).
« Quatre livres des commoditez, profits et utilitez qu'on reçoit d'avoir deux femmes en un mesme temps, avec la louange d'elles-mêmes.
« Les imitables grimaces du chevalier de Silly, dédié aux jeunes gens de la cour.
« L'apparition de sainte Gertrude à Madame l'abbesse de Maubuisson estant en mal d'enfant. (5) »
Pierre de Monlmaur, professeur de grec au Collège de France, sous le règne de Louis XIII, était un pédant qui trouvait place, grâce à ses bons mots, à la table des grands, et qui s'attira, par sa vanité, l'inimitié des littérateurs de l'époque. On l'accabla de libelles railleurs ; on chanta sa métamorphose en marmite ; on lança contre lui force épigrammes, qui le représentaient comme le type du parasite affamé. Sallengre a recueilli ces divers écrits sous le titre d'Histoire de P. de Monlmaur (La Haye, 1715, 2 vol. consacrés l'un aux pièces latines, l'autre aux productions françaises). Nous indiquerons les titres de quelques ouvrages dont ce personnage est malignement signalé comme l'auteur :
« Réfutation d'une pernicieuse doctrine introduite par un certain Cornaro, Vénitien, et le jésuite Lessius (6).
fl) Noos avons déjà parlé de La Varcnne. René de Thou. seigneur de Bonneuil, était introducteur des ambassadeurs.
(,tj M. Pournier remarque judicieusement que ce charme du silence donne au duc d'Espernon n'était pas sans utilité pour lui. puisqu'on l'accusait de savoir la vérité sur l'assassinat d'Henri IV, et puisqu'il sut trouver le moyen de ne p.is la dire. Quant a la DutillH. femme gilante, intrigante et proxénète, l'auteur de la tonfeuio* de Sancy Jiv. II, ch. 1) la représente comme toujours prèle a servir dans leurs amours les gens au pouvoir.
Rappelons que Brantôme, en racontant l'histoire du duc d'Epernon, parle d'un livre dont il n'y aurait eu que lé titre d'imprimé. (Voir l'édition du Panthéon littéraire, t. I. p. 653, col. t). Cet ouvrage a donc sa place marquée dans notre BtbUotheque imaginaire.
(3/ Honorât de Savoie, marquis de Villars, élevé, après le meurtre de Coligny, à la dignité d'amiral. Il ne rendit pas de brillants services.
(4) V a-l-il la quelque allusion a une inllrmile du genre de celle dont était affligé un Arnauld, qui avait été surnomme le péteux, et qui flgure dans les nutorttttei de Tallemant des Reaux?
(5) Sœur de Gabrielle d'Eslrees et galante comme l'étaient toutes les femmes de cette famille.
(6) Louis Cornaro. Vénitien, après avoir ete longtemps malade, adopta le régime le plus severe, restreignit sa nourriture a douze ouces d'aliments Milides par jour, et mourui presque centenaire, en l.V>G. Il consigna le plan de sa conduite, auquel il dut le rétablissement de sa saute, dans un écrit intitule: IHteorti 4eUa tita tobrxa, qui parut en 1558, et dont il existe de nombreuses reimpressions et traductions. Lçssius mit •et ouvrage en latin et le joignit a son H V9 ia*tict>n, Anvers. 1613; Milan, 1615. etc.
ESSAI
« Examen et réfutation du dire de saint François-Xavier: Satis est, Domine, satis est ; c'est assez, Seigneur, c'est assez.
« Traicté des quatre reps par jour ; leur élymologie. Ensemble, d'une recherche curieuse sur la façon de mander des Anciens, où il est prouvé qu'ils ne mangeoient couchés sur des lits que pour montrer qu'il faut manger jour et nuit, et quo qui mange dort, ou que le véritable repos se trouve à table.
« Démonstration mathématique où l'auteur fait voir, par la propre expérience de son ventre, qu'il y a du vide dans la Nature.
« Invective contre celui qui trouva moyen de prendre les villes par la famine.
« Commentaire sur les lois des Douze Tables.
« Requé\e de Montmaur à M. le lieutenant civil, à ce qu'il lui plaise faire défense aux cabaretiers d'avoir des plats dont le fond s'élève en bosse, ce qui est une manifeste tromperie.
« Autre Requête du môme à nos seigneurs du Parlement, tendant à ce qu'il leur plaise faire défense au sieur Morin et autres faiseurs d'almanachs de prédire la famine, parce que cela le fait mourir de peur. »
Quelques écrits facétieux publiés sous lo règne de Louis XIII fournissent des indications isolées de livres supposés. C'est ainsi quo nous lisons dans les Fantaisies de Bruseambille : « Je vous diray succinctement en dix-huict cent mille paroles ou environ, « ainsi que dict Scipion l'altéré au quinzième livre. »
Uno des pièces qui fait partie de la collection labariniquc, les Etrennes de Tabarin à Hfcssieurs les Parisiens pour 1623, nous offre la citation suivante : « ttene bibcre et lœtari ; cette devise est tirée du trente-cinquième chapitre de Satura bibentium, paranrafo (te calfeutrandis denlibus. » (Voir les o'urres de Tabarin, nouvelle édition, avec préface et notes, par Georges d'Narmonville ; Paris, Delahays, 1858, p. 440.)
Dans le Parnasse satyrique, recueil de vers assez peu édifiants, comme chacun sait, M. Fournier indique, d'après une communication de son savant et obligeant ami, M. Francisque-Michel :
Un commentaire cneor des livres d'Aretin Composé de nouveau par un Napolitain.
C'est encore à la même époque qu'il faut rapporter un opuscule que nous avons en vain cherché : Relation véritable des hauts faits d'armes des maréchaux de France, Chastillon et Urezc arec le catalogue d'anciens livres nouveaux. Paris, sans date, in-i.
Le début du règne de Louis XIV nous offre quelques exemples de livres imaginaires. Sarrasin se plut à indiquer dans sa Pompe funèbre de Voiture, la Grande Chronique du noble Vetturius, et pour mieux attester l'existence de ce livre, il en fait connaître le contenu chapitre par chapitre :
« S'ensuit la table des chapitres de la Grande Chronique du noble Vetturius.
CIIAPITRK i.
* Du grand et horrible combat de Vetturius contre Brun de La Coste (1), et comme Vetturius fit sa prière au dieu Mars, qui ne Iny servit de rien.
(1) I.a CosU'-Monthrun, «-envahi <|ui eut, roinnur liiut d'autres, un |umi il<: notoriété dans soh temps et qui est aujourd'hui ploiw dans un oubli doul il w sortira jamais.
SUR LES BIBLIOTHEQUES IMAGINAIRES