AVEC DES NOTES NOUVELLES
§ I. Nature et objet de ce Dictionnaire.
0> appelle ouvrage anonyme celui sur le frontispice duquel Fauteur n*est pas nommé 1 : quelquefois le nom de l'auteur se trouve soit au bas d'une é pitre dédicatoire, soit dans une préface , soit dans l'approbation du censeur, soit dans le corps du privilège accordé pour l'impression , soit à la suite du même privilège. On pourrait donc distinguer différentes espèces d'ouvrages anonymes ; mais l'usage est de les ramener toutes à une seule, et de s'en rapporter au frontispice pour la déterminer.
: Cette définition diffère de celle qui se trouve dans le Dictionnaire de l'Académie , et elle ne donne pas même la juste idée que Ton doit se faire d'un ouvrage anonyme. Suivant l'Académie, le mot anonyme, appliqué aux ouvrages, se dit de ceux dont cyi ne connaît point l'auteur; et en effet telle est l'idée que Ton doit se former d'un ouvrage anonyme : cependant la définition que je présente est le résultat d'un travail fait sur une multitude d'ouvrages dont les tuteurs, nommés dans l'intérieur, ne le sont pas sur les frontispices. J'ai retran- 'hé beaucoup d'articles de ce genre dans la nouvelle édition de ce Dictionnaire; t autant qu'il m'a été possible , ils ne font pas partie des nombreuses additions •m'elle présente. Si je pouvais ôter de mon ouvrage les articles de cette espèce «mi s'y trouvent encore, il me resterait assez d'auteurs véritablement anonymes a dévotter, et j'aurais la satisfaction de ramener le mot anonyme à sa signifies r ùod la plus naturelle. (Note nouvelle.)
vj DISCOURS PRiLIMINAJRE.
Un ouvrage pseudonyme est celui dont le frontispice contient un nom qui iVcst pas celui de son auteur. 11 y a aussi différentes espèces d ouvrages pseudonymes. Les écrivains qui mettent sur le frontispice de l'ouvrage qu'ils publient le nom d'un auteur célèbre, doivent passer plutôt pour des imitateurs maladroits que pour des imposteurs. Beaucoup d'ouvrages de ce dernier genre ont paru vers le milieu du siècle dernier. «Il pleut des Frèret, desduMarsais, des Bolingbrokevy écrivait Vokaire à d'Alembert en 1 766. Ceux qui mettent leur nom à des ouvrages qu'ils n'ont pas faits, se nomment plagiaires. Il existe beaucoup d'ouvrages qui, au lieu du nom des auteurs , ne contiennent que des termes appellatifs. Ainsi l'abbé le Gros, chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, a écrit contre J. J. Rousseau, Court de Gebelin et les économistes , sous la dénomination d'un solitaire; Condorcet, contre les Trois Siècles de l'abbé Sabatier de Castres, sous celle d'un théologien. L'illuminé Saint-Martin a publié plusieurs de ses ouvrages sous le nom du philosophe inconnu. Les Auteurs déguisés de Baillet contiennent des détails curieux sur les pseudonymes en général, et en particulier sur les différentes espèces de termes appellatifs*
X*\ dénomination d'anonymes et de pseudonymes s'applique aux auteurs comme aux éditeurs, aux ouvrages comme aux traductions.
La réputation d'un traducteur suffit souvent pour nous inspirer de l'intérêt en faveur de l'ouvrage traduit, parce que, dans tous les temps, des hommes de génie ont regarde la transmission des beautés d'une langue dans une autre, comme un des meilleurs moyens de perfectionner leur goût et leur style. Fénélon avait traduit l'Odyssée d'Homère et Virgile tout entier : combien n'a-t-on pas à regretter la perte de ce dernier ouvrage? Parmi les traductions que nous possédons, beaucoup jouissent d'une réputation méritée; les traductions forment donc une branche importante de notre littérature. La Croix du Maine, du Verdier, Charles Sorel, Baillet et l'abbé Goujet, nous ont laissé des détails précieux sur nos anciens