DISCOURS PRELIMINAIRE
§ V. Travaux auxquels je me suis livré avant la composition de mon dictionnaire, et motifs qui m'ont déterminé a le faire imprimer,
La bibliographie et l'histoire littéraire ont toujours été l'objet plus ou inoins direct de mes études. Ayant été chargé pendant six ans, soit en qualité de membre de la commission temporaire des arts, adjointe au comité d'instruction publique de la convention nationale, soit comme membre du conseil de conservation des objets de sciences et d'arts dans le ministère de l'intérieur, de diriger les travaux qui s'exécutaient dans des dépôts littéraires nationaux, j'ai pu facilement consulter, vérifier et comparer entre eux les ouvrages les plus divers et les plus curieux.
Obligé de livrer à l'impression le catalogue de la bibliothèque du Conseil d'État, j'ai eu le soin de nommer la plupart des auteurs des ouvrages anonymes et pseudonymes qui en faisaient partie. Ce catalogue , sorti en 1 8o3 des presses de l'imprimerie du gouvernement, paraît avoir obtenu, malgré ses imperfections, le suffrage des amateurs tant nationaux qu'étrangers.
Je puis dire ici qu'outre l'indication de beaucoup d'anonyme* et de pseudonymes, il renferme un bon choix d'ouvrages précieux et surtout utiles dans tous les genres de connaissances.
Le plan conçu en 1 8o5, pour l'embellissement intérieur du châ teau des Tuileries, nécessita la démolition du local où était placée la bibliothèque du Conseil d'Etat J'ai profité du loisir forcé que me donnait cet événement, pour réunir et mettre en ordre les notes et renseigne mens que j'avais recueillis depuis long-temps; c'était une occasion de compléter, autant qu'il était en moi, les découvertes consignées dans le catalogue de la bibliothèque du Conseil d'Etat; j'étais aussi encouragé par l'idée que ce travail me serait utile pour le Nouveau Dictionnaire historique que j'ai entrepris cl < publier, car, il faut l'avouer, celui que nous connaissons, souvem
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augmente, jamais corrigé, roule depuis une quarantaine d'années sur le même fonds d'erreurs et de méprises
J'ai parlé, dans la préface du catalogue de la bibliothèque du Conseil d'État, d'un ouvrage du même genre que celui que je public aujourd'hui, et dont s'occupe depuis plusieurs années M. Van Thol, hollandais, ancien conservateur du dépôt littéraire dé Saîrït-Louis- La-Culture. Les retards qu'il a mis à sa publication ont aussi contribué à la détermination que j'ai prise de livrer à l'impression mes recherches particulières ; lorsque M. Van Thol a su que mon ouvrage était sous presse, il a cru devoir prévenir le punïîe, "par la voie des journaux, qu'il s'occupait de la recherche des noms des Auteurs français qui ont publié des livres anonymes' ou pseudonymes en français, et cela pour conserver son droit1 de priorité. M. Amoreux, médecin de Montpellier, que je n'ai pas ^honneur de connaître, lui a très-bien répondu dans fa Revtie philbsbphique du Ier novembre 1806, qu'on ne sait trop en quoi peut consister ce droit de priorité. D'ailleurs, M. Van Thol, d*apres 'son propre aveu, ne s'est occupé que d'ouvrages composés emjrançais par des • Français. Ainsi il ne doit parler ni des étrangers /pli ont écrit en français, ni des traducteurs, ni des éditeurs. Son ouvrage 'aura donc seulement, suivant ses expressions,'^ quelque partie, quelque analogie avec le inien V • ; . . :
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' L'impossibilité de rédiger ce Dictionnaire aveé> les soins- qn'il exige- et l'indépendance de caractère que mes lecteurs ont droit d'attendre de? moi , m'a réduit à faire seulement la xeyue des .ouvrages de ce genre publiés dans le dix-huitième siècle et dans ces derniers, temps. Voyez le tome premier de mon Examen critique des Dictionnaires historiques tes plus répandus. Paris, Rcy et Gravier, 1 820 , in-8. Je m'occupe avec zèle de la composition du second et dernier volume de cet ouvrage, qui paraitoa trois mois ap"rès M publication de la dernière livraison de la Biographie universelle. [N. N.\
1 La mauvaise santé de M. Van Thol, qui touche à sa quatre-vingtième année, l'empêchait depuis long-temps de compléter ses ' recherches sur les écrivains anonymes et. pseudonymes; je l'ai fait prier par M. Barrois, son ancien ami, de in abandonner ses matériaux, à condition o^ic je ferais suivre
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DISCOURS PRÉLIMIÏCÀIRE.
§Vl. Méthode que jyai suivie dans la rédaction de ce
J'ai eu ^ choisir entre les deux principales méthodes employées jusqu'à ce jour pour l'indication des ouvrages anonymes.
La première consiste à suivre scrupuleusement les premiers mots de chaque titre; la seconde à choisir le mot principal du titre, c'est-à-dire celui qui fait îe mieux connaître le sujet de l'ouVrage.
La première est la plus simple et la plus sûre; elle n'expose à aucune erreur ni le rédacteur d'un catalogue, ni les personnes qui le consultent. Pour en faire sentir le mérite, il me suffira de dire qu'elle a été adoptée par le P. Audiflredi, dans le magnifique catalogue de la bibliothèque Casanate. Il est à regretter que ce chef-d'œuvre de bibliographie n'ait pas été achevé, et finisse avec la Jettre I au quatrième volume qui parut en 1788. Le premier fuj publié en 1 768 ; si MM. les conservateurs actuels de cette bibliothèque ont le courage de le terminer, ijs rendront à la république des lettres un service inappréciable.
Les bibliographes qui ont suivi la seconde méthode ne sont point d'accord avec eux-mêmes; ils s'attachent tantôt aux premiers mots des titres et tantôt au mot principal. ,
J?ai donc dû préférer la première méthode, et j'ai tâché de la suivre dans toute son exactitude et dans toute sôn étendue. Cependant , pour ne pas entrer dans des détails suggérés ordinairement par des raisons particulières aux auteurs ou aux libraires, je me suis contenté d'ajouter a^x cinq ou six premiers mots de chaque
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des lettres initiales de son nom les articles cnie j'y puiserais. M. Van Thol ayant accepté cette proposition, on trouvera dans la nouvelle édition de ce Dictionnaire, un nombre assez considérable d'articles suivis des lettres V. T. Il y en a de fort curieux. (IV. N.)
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litre ceux qui donnent une idée suffisante de l'ouvrage ; mais j'ai presque toujours cité le lieu ou iJ a été imprimé , le nom du libraire, la date de l'impression, le nombre des volumes et leur format. La réunion de ces élémens est nécessaire pour faire counaître un ouvrage, surtout lorsqu'il est anonyme. Les bibliographes qui en omettent plusieurs, ressemblent aux mathématiciens qui, dans les traités d'algèbre, donnent l'énoncé de plusieurs problèmes .ans y ajouter le résultat des solutions. Un titre vaguement indique est en effet un vrai problème à résoudre.
Je me suis un peu écarté de l'ordre alphabétique des titres , lorsqu'il s'est agi d'annoncer les éloges des personnes distinguées par leurs vertus ou .par leurs lumières, parce qu'il m'a semblé que, dans ce cas, Tordre essentiellement alphabétique était celui des personnes louées, et cela pour éviter la désagréable bigarrure qu'eût mise dans cette liste la diversité qui régné sur les titres de plusieurs éloges d'une même personne.
Ma méthode rendra l'usage de ce Dictionnaire aussi simple que facile. En effet, quand désirons-nous savoir le nom de l'auteur d'un ouvrage anonyme? c'est lorsque cet ouvrage est sotis nos yèux : il ne s'agira donc, pour satisfaire cette curiosité, que de comparer le frontispice de l'ouvrage avec celui du Dictionnaire, qui lui ressemblera parfaitement. Si l'on trouve cet objet de comparaison , la curiosité sera satisfaite, puisque j'ai mis entre deux parenthèses I anonyme que l'on cherche. S'il ne se trouve, parmi les titres 'du Dictionnaire, aucun article semblable au frontispice qu'on a sous les yeux, ce sera une preuve que l'ouvrage ne m'aura pas été connu , ou plutôt qu'il m?aura été impossible de découvrir le nom de son luteur.
On trouvera dans ce Dictionnaire quelques articles qui ne sont pas anonyrnes; ils ont échappé à mon attention } il en est d'autres qui le sont réellement, et qui ne paraîtront pas tels à tous les lecteurs, parce que quelques exemplaires portent le nom de l'auteur;
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j'en ai fait quelquefois la remarque : mais je n'ai rien dit pour les Contes et proverbes de M. Carabry qui sont dans ce cas *.
D'autres ouvrages sont anonymes d'une édition étrangère, sans l'être de l'édition originale faite en France. De ce nombre sont X Essai ou les Essais historiques et critiques sur le Goût, par l'abbé Cartaud de la Villate ; le Traité de l'obéissance des Chrétiens aux puissances temporelles, par l'abbé Brueys, etc.
Mon attention à décrire exactement les titres, justifiera le parti que j'ai pris dans ces différens cas.
C'est par les mêmes •principes que j'expliquerai l'insertion dans mon Dictionnaire de plusieurs articles qui ont eessé d'être anonymes à la troisième ou quatrième édition. En effet, dès'qu'il existe une édition anonyme d'un ouvrage, c'est une raison suffisante pour faire connaître le nom de l'auteur à ceux qui la possèdent , et il arrive trop souvent que les éditions postérieures d'un ouvrage sont moins connues que les premières.
On ne devra point regarder comme des répétitions plusieurs articles donnés à un ouvrage qui a paru sous différens titres; il était impossible de satisfaire les personnes qui possèdent ces différentes espèces d'exemplaires ou d'éditions d'un même ouvrage , sans en insérer les titres à leurs places respectives.
Parmi les faux frontispices dont certains ouvrages sont décorés, * il en est qui se font remarquer par la maladresse de leurs inventeurs. Par exemple, celui qui fit annoncer en 1 75 1 , sous le titre de Berlin, le Portefeuille de madame de T***, publié par M. de V***, crut probablement que ce volume aurait un grand débit, à l'aide du voile léger dont l'auteur et l'éditeur sembleraient couverts. Mais il fallait ne pas l'ouvrir pour êlre dupe de son frontispice. C'est sans doute ce qui est arrivé au libraire Nyon l'aîné, qui l'annonce ainsi dans la seconde partie du catalogue des livres du
1 Cette omission a été réparée dans cette seconde édition. (N. N.)