PROLOGUE
En publiant les vies des peintres espagnols, mon lecteur trouvera bien, sans doute, que, pour l'identifier d'autant plus avec la Biographie castillanne, je l'instruise de ce qu il m'a fallu faire pour perfectionner l'ouvrage autant que possible.
J'ai commencé mon travail par la lecture et l'extrait analytique de tous les livres tant espagnols qu'étrangers, qui traitent , soit positivement, soit accidentellement, des beaux-arts. J'ai particulièrement consulté M. Cean Bermudes , dont l'ouvrage est un répertoire, où j'ai tellement puisé , que mon Dictionnaire ne serait qu'une pure traduction du sien , si je n'avais , par mes voyages, mes observations , mon emploi et les événemensqui sesontpassés sous mes yeux , été à même de faire beaucoup d'additions. Comme Cean, j'ai suivi la marche de Palomino Velasco, malgré l'incorrection et l'incomplet de son Musée de Peinture. Je dois aussi une grande partie des avantages que j'ai pu réunir,
à TinfatigaLle Antoine Pons, dont le Voyage est un des trophées de la littérature espagnole *• Malgré les instructions que j'eus l'occasion de prendre dans tous ces ouvrages, qui traitent plus ou moins des arts espagnols, je continuai mes recherches parmi tous les écrits inédits qui
* Outre Palomino , Pons et Cean, ainsi qu'un grand nombre d'ouvrages étrangers, j'ai consulté en espagnol : Las Medidas del Romano , par Jacques de Sagredo • Tolède , i52Ô. — La Analomia del Cuerpo humano , par le docteur Jean Valverdc ; Rome , 1 554- — La Arquitectura de Sébastien Serlio; Tolède , 1669. — El Quilatador de Oro y Plata, par Arfe de Villafane; Vaïladolid , 1572. — La Varia Conmesu ration , par Arfe de Villafane; Séville, i585. — La Monteria del re/y D. Alonso tlXf, et augmentée par Argote de Molina; Séville, i582. — Régla de los cinco Ordenes de Vignola\ Madrid, i5c}3. — La Nolicia gênerai para la estimation de las artes , par Guticrrcz de los Rios; Madrid, 1600. — La Hisloria de la orden de San Geronimot du père Siguenza ; Madrid , i6o5. — Los Diseursos Apologeticos sobre laingenuidad del arte de la Pintura , par Butronj Madrid, 1626. — Los Dialogos de la Pintura , par Vincent Carducho; Madrid , i633. — El Arte de la Pintura, par François Pacheco ; Séville, 1 649. — Principios para estudiar el nobilisimo arte.de la Pintura , par Garcia Hidalgo -y Madrid , 1691. — La Description del Es cor i al , par le père Santos* Madrid, 1698. — Las Obras de Raphaël Mengs ) Madrid, 1780. — Los Comentarios de la Pintura , écrits par Philippe de Guevarra , et publiés par Pons - Madrid, 1788. — Las Constitutions y actas de las academias de San Fernando de Madrid, de Santa Barbara de Valence , de San Carlos de Valence , de San Carlos du Mexique , de San Luis de Sara gosse } et des écoles de dessin établies à Séville , Barcelone, Cadix, Grenade, et autres villes du royaume.
pouvaient discourir sur cette intéressante matière, et j'en tirai des détails très-avantageux. Entre plusieurs écrits de ce genre, j'eus le bonheur de trouver un manuscrit, de la Pintura Antigua y écrit en portugais, par François de Hollande, peintre du roi de Portugal don Juan, et traduit en castillan par Manuel Denis en 1 563 *\ Je revis tout ce qu'avait vu Cean , et consultai pareillement les notes originales de Lazare Diaz del Valle ** ; celles des deux Alfaro, qui avaient tant servi à Palomino *** ; les mé-
* Dans mon Dictionnaire des Artistes Etrangers qui ont travaillé en Espagne , je rends compte, à son article, de François de Hollande. A l'art de peindre et à l'avantage d'être un excellent architecte , cet habile homme sut re'unir le talent d'e'crire le Traité de Peinture le plus intéressant qu'il y ait en castillan. La Bibliothèque de Saint-Ferdinand possède ce manuscrit.
¥¥ Cet e'crivain fut chroniste des royaumes de Léon et Castille. Pour le temps où il vivait , il possédait d'immenses connaissances , dessinait assez bien pour que l'on conserve avec soin un portrait qu'il fit à la plume du roi Pelage , et quelques écussons , ainsi que des ornemens qui lui servaient pour ses arbres ge'ne'alogiques. Valle, de plus, e'tait bon poëte, et composa en l'honneur de plusieurs artistes des sonnets très-bien faits.
*** Jean d'Alfaro, peintre de Cordoue, e'tait aussi poëte. Il apprit à peindre sous Jean Vclasquez , et sut re'unir sur les œuvres de son maître , ainsi que sur d'autres artistes , une foule de détails que son frère Henri de Alfaro , docteur en médecine , mit assez mal en ordre. — Mais il faut convenir que l'on doit à ces Alfaro
moires authentiques de l'académie de Séville *, et plusieurs autres manuscrits inappréciables par leur abondance et leur authenticité **.Mais
la conservation des manuscrits si précieux de Paul de Cespedes , intitule's : i°. De la Comparacion de la Antigua y Moderna Pinturaj Escultura en que se trala de la escultura de las obras de los anliguos , y si se avantajaban a las de los modernos , qu'e'crivit l'illustre auteur à Cordoue en 1604. — 3°. El Templo de Salomon, dans lequel notre même Cespedes trace avec un savoir des plus profonds ses ide'es sur l'origine de la peinture. — 3°. El Poema de la Pintura. Le plan de cet ouvrage, l'élévation 7 la clarté' des idées , la pureté du langage , l'harmonie et la noblesse de la versification donnent à Cespedes un rang distingué parmi les productions des célèbres poètes , tels que Garcilaso, Boscan , Louis de Léon, les Argensolas , et autres savans Espagnols.
* Le conseiller de Castille , M. de Bruna , possède ces mémoires authentiques de l'académie de Séville. On y trouve les détails de son érection provisoire en 1660 • le choix unanime de Murillo pour président; et la souscription de cent trente-huit professeurs qui tous à l'envi et successivement ont soutenu à leurs propres frais cet établissement qui fit naître tant de grands artistes.
Parmi ces manuscrits, je dois citer comme un des plus intéressans, celui qu'écrivit au milieu du 17e. siècle Joseph Martinez, peintre de Philippe IV et de son fils, don Jean d'Autriche , intitulé : Discursos praeticables del nobilisimo arle de la pintura , sus rudimentos , mediosy fines que ensena la experiencia , con los exemplares de obras insignes de artifices ilustres. — C'est là que sont les plus nombreux détails sur les professeurs aragonais et sur quelques étrangers qui vinrent peindre eu Espagne. — Je dois citer encore comme des sources très-fécondes , les manuscrits de l'abbé Gordillo 3 la Cuesta Saavedra , du chanoine de Séville ,
au milieu de ces richesses , il n'était pas diftielle de reconnaître que les mémoires les plus précieux sur les célèbres Castillans, se trouvaient ensevelis dans les archives des églises , des monastères,, des municipalités!, et particulièrement des hôtels-de-ville, dont les prévôts avaient directement traité avec les artistes chargés des fresques et des ornemens publics dans les grandes fêtes, réceptions, cérémonies, processions, etc.
C'est dans cette occasion que tous ayant paru concourir à l'envi pour servir M. Cean de Bermudes , j'eus moins de peine à lever toutes les difficultés que de pareils dépouillemens présentaient. Parmi ceux qui se distinguèrent le plus dans cette entreprise , on ne peut oublier l'abbé Perez Sedano, chanoine de Tolède, qui ht abandon des notes qu'il avait prises sur sa cathédrale. Leur étendue fait honneur à la patience du chanoine, autant qu'à sa perspicacité, puisqu'elles
Loaïsa, et de plusieurs autres e'erivains ; les Testamens Positif? de Jacques de Siloé, de Fernandez Navarrete ( el Mudo), de Bartliélemi Murillo , de Luc Jordan, le Fa-Presto, et de plusieurs autres ce'lèbres professeurs ; les Travaux Inédits de François Pacheco , de \ incent Carducho , et surtout les grands procès qu'eurent à soutenir les artistes, pour ne pas fournir de soldat ? pour ne point assister à telle procession , etc., etc., etc.
ont fait connaître plus de deux cents professeurs de mérite qui avaient concouru à l'ornement de ce temple.
C'est de cette réunion immense de détails qu'est sortie la vie des Peintres que j'offre en ce moment, et celles que successivement je présenterai des Sculpteurs, des Architectes, des Peintres en Miniature , sur vélin, émaux et vitraux ; des Graveurs en tout genre et des Peintres Etrangers, qui tous ont concouru à embellir l'Espagne.
Mon but est de familiariser les amateurs et les artistes de ma patrie avec ceux d'un pays aussi vraiment illustre que l'Espagne. Pour être restés ignorés, tous ces Castillans laborieux n'en sont pas moins des hommes du plus rare mérite, dignes, sous tous les rapports, d'être signalés à la postérité de tous les pays civilisés.
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