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A la mort du prince . sa veuve recommanda Sanchez à son frère , qui , se trouvant délaissé par Antoine Moro , reçut à sa place notre peintre espagnol. Pour donner une preuve delà considération que ce monarque avait pour cet artiste, laissons parler Pacheco : « Le roi donna à Sanchez un logement dans Tune des maisons principales jointes au palais , dont il garda une clef. Par un chemin dérobé , et dans le plus grand négligé , S. M. entrait dans l'atelier, particulièrement au moment où il supposait Sanehez à table. Le peintre alors de se lever 5 le monarque de le forcer à s'asseoir , et d'aller seul observer les ouvrages sur le chevalet. Souvent aussi , Philippe entrait au moment où travaillait Sanchez , et s'appuyait derrière sa chaise pour l'examiner, en le forçant de ne pas se déranger. » — Il fit souvent le portrait du roi, armé de toutes pièces , à pied , à cheval , en habit de voyage , de toutes manières enfin , ainsi que celui de toute la famille rovale , composée de dix-sept personnes qui entraient chez lui à toute heure , pour s'y divertir avec sa femme et ses enfans. A la suite de la famille d'Espagne , on voit les pontifes Grégoire XIII et Sixte V, les grands ducs de Florence , celui de Savoie , le cardinal Alexandre Farnèse , frère du duc de Parme , et beaucoup d'autres grands personnages , accorder leur faveur et leur amitié à cet homme célèbre. — Le cardinal Granvella , l'archevêque de Tolède , celui de Séville , l'illustre don Jean d'Autriche , le prince Charles , les ambassadeurs , le visitaient continuellement , et se faisaient un honneur d'accorder leur amitié à Sanchez , qui devint un des riches particuliers du royaume , et dépensait fastueusement sa fortune. En i5-o, il peignit avec Jacques d'Urbina , les arcs de triomphe qui furent élevés dans Madrid , pour l'entrée d'Anne d'Autriche , femme de Philippe II.
En 1 574? U prit rengagement de peindre , de dorer et d'étoffer le grand maître autel que venait de terminer François Giralte à l'Espinar. Tout le conseil ecclésiastique , assemblé pour déterminer les sujets à peindre , on choisit pour les piédestaux du premier corps d'architecture , la Cène5'". Pour les entre-colonnes du même corps, la Nativité, l'Epiphanie. Pour ceux du second, la Circoncision et la Piésurrection. Pour ceux du troisième , l'Ascension et la Venue du Saint-Esprit-, enfin pour ceux du quatrième, la Voie de Douleurs et le Sépulcre. Sanchez termina ce bel ouvrage, et reçut 75,8^5 maravédis d'or , ainsi que 3,35o ducats, pour avoir peint une grisaille sur une toile destinée à couvrir tout l'autel les deux dernières semaines de Carême. Cette toile représente trois corps d'architecture. Pour frontispice , il mit le Père Eternel dans le milieu , d'ordre corinthien; dans le second, d'ordre ionique, le Seigneur portant sa croix ; et dans le troisième d'ordre dorique , le Sépulcre. Cette composition causa une sensation inouïe. — Lorsque le roi n'emmenait pas notre artiste dans ses voyages il lui écrivait très-souvent , et mettait sur l'adresse : Almuy amado hijo Alonso Sanchez Coello : Au très-aimé Alphonse Sanchez Coello. En 1 082, il avait déjà terminé, fils pour le salon des portraits, dans le palais du Pardo , ceux de dona Jeanne , piincesse de Portugal ; de dona Catherine , femme de Jean III , roi de Portugal; de don Louis Mendez de Haro , marquis del Carpio ; de Jacques de Cordoue , premier écuyer du prince Charles son fils ; de Rodolphe , empereur d'Allemagne ; d Ernest son frère, archiduc d'Autriche ; et de Ferdinand, archiduc d'Autriche, frère de l'empereur Maximilien. — Quoiqu il
* Il paraît que, dans le courant de l'exécution, Sanchez dut mettre à la place de la Ctne les Quatre docteurs, et à celle de la Voie cte Douleur et du Sépulcre les Quatre Evangélistes.
fut déjà très-vieux , le roi ne le dispensa pas de peindre pour l'Escurial -, et on le vit, en i58s, faire fcur ce monastère les célèbres tableaux de Saint Paul , premier ermite , avec Saint Antoine ; de Saint Etienne avec Saint Laurent 5 de Saint Vincent avec Saint George 5 de Sainte Catherine avec Sainte Inès ; et surtout celai des Saints Juste et Pasteur, qu'il termina en 1 583, en y représentant une vue délicieuse d' Alcala de Henares * . Il fit aussi le portrait du père Siguenza,qui est un véritable chef-d'œuvre, gravé par Ferdinand Selma, autre artiste célèbre de nos jours. — Il finit en i585 le portrait de Saint Ignace de Loyola \ d'après les indications du père Ribadeneyra. Les arts perdirent ce peintre illustre en i5c)o-, il mourut à Madrid , et laissa deux grands élèves , sa fille , dona Elisabeth , et Philippe de Liano. — Son mérite principal ressortait dans les por„ traits, qu'il faisait d'une ressemblance extrême. — Les incendies du palais du Pardo et de TAIcazar de Madrid ont détruit une grande partie de ses ouvrages \ mais toui ce qu'il fit pour l'Escurial , un Saint Sébastien , et quelques autres Saints qu'il finit en i58o , pour le couvent de Saint - Jérôme de Madrid , ont été recueillis avec soin au Rosaire. — Vincent Carducho rapporte que Sanchez copia le Sisyphe du Titien. Palomino assure l'avoir vu signé de Sanchez , l'an 1 554 1 ainsi que le Tantale et l'ixion de ce grand Vénitien. V.
SANCHEZ COELLO ( Dona Élisabeth ) , peintre de portraits , fille et élève d'Alphonse Sanchez Coëllo. Le bachelier Jean Pères de Moya , dans son ouvrage des saintes et illustres Espagnoles , la cite comme une des dames les plus justement célèbres qu'ait eues la Castille.
* Ce tableau seul suffît pour mériter à Sanchez Coello une réputation immense.
— Elle naquit à Madrid en 1 564- Sonpèrelui apprit à dessiner, et à donner à ses portraits de la ressemblance ainsi que de la correction. — Elisabeth mourut à Madrid le 6 février i6i2,avec la juste réputation d'un beau talent. M.
SANCHEZ COTAN (le frère Jean), peintre d'histoire de fleurs, de nature morte , naquit dans la ville d'Alcazar de Saint Jean, l'an i56i. Son inclination pour la peinture le conduisit à Tolède, théâtre alors du bon goût et des progrès les plus sensibles dans les beaux arts. Il apprit l'art de peindre sous Blas del Prado, et mit une telle application, particulièrement dans les fleurs , qu'il parvint à imiter son maître , qui excellait en ce genre. — Son goût pour la retraite le conduisit à la chartreuse du Paular , où il professa le 3 septembre 1604. Chaque jour il obtint de nouveaux succès , et apprit à répandre dans les sujets pieux qu'il exécutait , la douceur qu'il mettait dans toutes ses actions. Outre les nombreux ouvrages publics dont il dota son couvent , il fit très-souvent pour les religieuses , des \ ierges d'une singulière beauté , la plus grande partie couronnée de fleurs. Du Paular Cotan fut à la chartreuse de Grenade en 1612 ; et de 161 5 â 16 17 , il y peignit les principaux tableaux historiés que l'on voyait dans le monastère. — Cotan faisait aussi des réveille-matin très-estimés. Il mourut à Grenade le 8 septembre 1627 , regretté de tous ses frères , comme l'un des religieux les plus respectables , et de tous les artistes , comme un très-grand peintre. Les ouvrages de Cotan ont une analogie particuculière avec son caractère et ses vertus ; ils respirent tous le décorum et la dévotion ; son coloris , doux et harmonieux, orne un dessin assez pur , et les poses de ses personnages prouvent la tranquillité de son âme. Les oeuvres de Cotan sont réparties dans la chartreuse du Paular , dans celle de Grenade , à Séville , et chez tous les amateurs, qui
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recherchent tous de ses tableaux de fleurs et de fruits , qu'il rendait avec une perfection rivale de la nature. M.
SANCHEZ SARABIA ( Jacques ) , peintre de genre , fut reçu membre honoraire de l'académie de Saint-Fernand, le 12 septembre 1762. D'ordre de ce corps , il leva les plans du palais arabe de l'Alhambra , et de l'élégant cirque gréco-romain de Charles-Quint , qu'on admire à Grenade. Sanchez copia les ornemens , les bas-reliefs , et peignit à l'huile les peintures antiques des voûtes de ce beau monument. Cet ouvrage fut présenté à Charles III. Ce roi , grand connaisseur , charmé du mérite de son auteur , ordonna qu'on en laissât l'original à l'académie , mais qu'on lui en fît une copie. Sanchez mourut en 5779, après avoir laissé nombre de petits tableaux de genre. Ils se ressentent de la sécheresse des lignes de l'architecture , qu'il introduisait toujours dans ses compositions. M.
SANCHO( Etienne), peintre d'histoire, né àMayorque, fut élève de Pierre-Jean Ferrer , de Valence , et fut surnommé Maneta, pour être né seulement avec la main gauche, Malgré cette funeste incommodité , Sancho fît beaucoup de tableaux pour les temples de Palma et pour d'autres églises de cette île, où il mourut en 1778. Il joignait assez de couleur à beaucoup de correction. V.
SANGUINETO (don Raphaël), chevalier de l'ordre de Saint- Jacques , grand amateur , résidait à Madrid versle milieu du 17e. siècle. Il consacrait à l'art de peindre , qu'il possédait à un degré très-éminent , les loisirs que lui laissaient ses places de doyen de la ville , et de conseiller des finances. Sanguineto fut grand ami d'Alphonse San^ chez Coëllo.
SANTIAGO PALOMARES (don François-Xavier de), peintre de genre et grand dessinateur, savant illustre , pro-
fond, érudit dans les langues mortes. Ses œuvres à la plume, à l'encre de la Chine, sont très-recommanclables ; il a fait aussi à l'huile quatre Vues de Tolède, plusieurs portraits d'Espagnols célèbres, nombre de Paysages. Tous les auteurs le priaient de composer les frontispices de leurs ouvrages ; ce qu'il faisait avec une intelligence toute particulière. Après avoir passé la vie la plus active et la plus laborieuse y Santiago mourut à Madrid le j3 janvier 1796. M.
SANTISSIMO SACRAMENTO (le frère Jean d'el) , peintre d'histoire , naquit à Puente de don Gonzalo dans le royaume de Cordoue en 161 1 , et s'appelait dans le monde , c'est-à-dire , avant de se faire religieux , Jean deGuzman. Après avoir étudié long-temps à Cordoue , à l'instar de son compatriote Bernabé de Illescas ; il fut à Rome étudier avec assez d'aptitude , mais sans trop s'occuper des statues grecques ni des ouvrages de Raphaël : la fraîcheur du coloris fixa toute son attention , ainsi que les mathématiques, qu'il sut appliquer avec succès à l'architecture et à la perspective. 11 était lié avec les meilleurs professeurs de Rome , et Tétait fort étroitement avec Henriquez de Las-Marinas. — Sacramento revint en Espagne vers i634, et se fixa dans Séville , sanctuaire des arts en Andalousie. Il voulut y faire preuve de ses talens ; mais en peinture il n'eut pas de grands succès, en raison du grand mérite des peintres qui vivaient à cette époque dans Séville. — Sacramento mettait de l'ostentation à tout ce qu'il faisait , et se targuait principalement d'être infiniment adroit dans le maniement des armes. Cette vanité lui causa des momens désagréables , et lui fit entre autres prendre part daus la révolte qu'il y eut en i634 à Séville. Les conséquences pouvaient en être funestes pour lui '5 mais, pour se soustraire à la justice , il se réfugia dans le couvent
des Carmes Chaussés de la même ville, où il prit à l'inslant l1 habit de frère lai. Son caractère impétueux lui fit quitter bientôt cet ordre pour entrer chez les Carmes Déchaussés. Il reçut Tordre de résider dans le couvent d'Àguilar , et l'austérité de cette maison fit de Sacramento un saint homme. Quand il fut devenu sage, il eut la permission de se livrer a la peinture, et fit plusieurs tableaux pour son couvent. Ensuite il s'occupa de traduire de l'italien en espagnol la Perspective pratique de Pierre Acolty , en y ajoutant des notes qui démontraient les erreurs dans lesquelles était tombé l'auteur. Il grava de plus quelques planches pour cet ouvrage , qui ne parut cependant pas , on ne sait pourquoi. Le manuscrit est déposé a la bibliothèque de Cordoue. — Sacramento fut dans cette ville en 1666 , pour y faire plusieurs tableaux que le couvent de sa religion lui demandait : il les termina à la satisfaction de la communauté , des amateurs intelligens , et de Févèque , qui , étant très-attaché à ce monastère , employa notre artiste pour l'embellir davantage , et tout son évèché. — Sacramento resta donc a Cordoue jusqu'en 1676, qu'il revint dans Aguilar, où il mourut en 1680. Il n'eut dans l'art de peindre qu'un très -faible mérite. N'ayant point d'invention , il mettait à contribution les estampes : mais, comme il avait toujours cherché à imiter Rubens et Wandick , il était parvenu a donner à ses compositions un coloris frais et une belle pâte. Il resta cependant toujours éloigné de ces grands mailres : on peut s'en convaincre par toutes ses productions des couvens d'Aguilar , de Cordoue , par une Assomption de la même ville , par divers passages de la Vie de Sainte Thérèse et de Saint Jean de la Croix , qu'il fit pour le collège de l'Ange , et enfin , par tout ce qui existe de lui dans la plupart des couvens de son ordre en Andalousie. *S.
SANTO DOMINGO (le iiWk pincent de) , peintre d'histoire , avant de se faire religieux, fut élève , à Tolède , de Louis de Médina. Le monastère de la Estrella dans la Biojaje reçut alors comme Hiéronymi te. C'est là qui! enseignait avec assez de talent vers i54o Jean Fernandez Navarrete , dit el Mudo. — Le célèbre père Siguenza dit en parlant de Santo Domingo : « Ce moine n'avait pas de mauvais principes , et c'est par ses conseils que le prieur du monastère envoya le muet se fortifier en Italie. » — On donnait à Santo Domingo les quatre tableaux latéraux de l'église de la Estrella : on a reconnu que Fernandez Navarrete les avait peints en i56g, lorsque, pour sa santé et d'après une permission de Philippe II , il fut à Logrono. Mais c'est bien Santo Domingo qui avait peint de clair-obscur les murailles du cloître ; et c'est bien lui qui fit aussi plusieurs tableaux de ceux qui sont dans le couvent de Sainte-Catherine de Talavera de la Reina , où il mourut au milieu du 16e. siècle. Santo Domingo possédait une belle couleur. M.
SANTOS ( Jean ) , peintre de genre et fresquiste , accrédité dans Cadix en 1662, et dont on a plusieurs fresques. Il peignait à l'aquarelle avec goût la majeure partie des étendards et des flammes des galions destinés aux voyages de long cours. Il faisait de jolis petits tableaux pour les petites maîtresses andalouses, qui ne le cèdent en goûta aucune des autres pays , et pour lesquelles il faut par conséquent d'aimables inventions. S.
SANZ DE LA LLOZA (Jacques et Bernard ) , peintres de genre , frères , chevaliers de distinction , et nés à Valence , où ils se distinguèrent dans le 17e. siècle comme grands amateurs de peinture , étaient tous deux d'une exactitude rare pour assister aux séances de l'académie de