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dit , en se trompant , Antoine Pons. — Jacques , né à Madrid, peignait en détrempe avec Alphonse Sanchez Coello, en 1570, les arcs de triomphe qui ornèrent le Pardo, la Porte du Soleil et la Place de l'Hôtel-de-Ville , lors de l'entrée solennelle à Madrid de dona Anne d'Autriche , femme de Philippe II *. Urbina fit pour les Dominicains de Ségovie six tableaux , savoir : l'Annonciation , l'Assomption , l'Invention de la Croix , la Voie de Douleurs , la Résurrection et l'Ascension , toutes figures plus grandes que le naturel , largement dessinées , d une brillante couleur, mais un peu sèche , selon la manière du temps. Ces tableaux furent payés à l'auteur par les religieux 3ooo ducats d'or, et Philippe II lui en fit compter 4oo de gratification , en raison de ce que son pinceau embellissait un monastère fondé par les rois catholiques Ferdinand et Isabelle. — Jacques fut aussi chargé par la princesse de Portugal, qui avait doté à Madrid le beau monastère des Carmélites Déchaussées, de peindre quatre sujets pour lesquels le même Philippe II donna au gouverneur d'Aranjuez (où sont les plus beaux bois de l'Espagne), l'ordre ei-dessous, d'après lequel on jugera de la dimension de ces quatre tableaux **. — La ville de l'Espi-
* J'observerai ici que les Espagnols mettent daus leurs fêtes une magnificence extraordinaire. On Toit encore des villes entières peintes en dehors à grands frais pour des réceptions de souverains et de souveraines , qui , parcourant le royaume , passent au milieu de décorations que ces villes rendaient à Tenvi plus brillantes et plus somptueuses.
** « Le sieur don Alphonse de Mesa , gouverneur d'Aranjuez , remet- » tra à Urbina vingt planches de neuf pieds de long sur un pied et demi » de large et deux doigts d'épaisseur. De plus vingt madriers de dix-sept » pieds de longueur chacun , sans aucune tache , sans nœuds , et les plus a secs qu'il pouna trouver dans les magasins d'Aranjuez. »
Madrid, le 24 avrij \5-j3. Moi le Roi.
nar employa aussi notre artiste en 10- 5, pour qu'il réglât les conditions que celte ville voulait faire avec le célèbre Alphonse Coello , à l'effet de peindre le grand maître autel de leur église, que venait de terminer le sculpteur François Giralte. Urbina, de concert avec Grégoire Martine/, de Valladolid, orna le grand autel de la cathédrale de Burgos. Ils furent occupés trois ans à ce bel ouvrage , l'achevèrent en i5g4 et reçurent 11,000 ducats d'or. — Il faut considérer, et mettre au rang des plus grands artistes de son temps Urbina, qui n'eut dans son art d'autres défauts que ceux du siècle où il vivait. M.
URBINA (Jean de), né à Madrid, et disciple d'Alphonse Sanchez Coello, vers 1 544- Butron , Carducho, d'autres professeurs déclarent que le tableau de Saint Juste et Pasteur, qui fut transporté de l'Escurial à Madrid, est de Jean de Urbina; mais c'est une erreur; et quelques recherches qu'on ait faites pour trouver quelque ouvrage signé de ce peintre, on n'a pu s'en procurer aucun. Le père Siguenza, Pons, parlent cependant, ainsi que Butron et Carducho, de Jean de Urbina: et Lope de \ ega, dans son Laurier d'Apollon , lui adresse une strophe trop honorable pour douter qu'il ait existé, mais on ne peut rencontrer de ses oeuvres. M.
URZANQUI, peintre d'histoire, né à Sarragosse en i65^, se rendit recommandable par ses ouvrages dans cette ville, où les temples sont ornés de ses productions. Il ne s'occupait que de traits religieux. V-
VALCAZAR ( Gabriel de), peintre d'histoire à Valladolid, où , s'étant uni à d'autres professeurs de mérite en 1661 ,Nil gagna , contre le corrégidor de cette ville , le
célèbre procès dans lequel on voulait forcer les artistes à fournir un soldat. Voyez Suarez ( Manuel ). On connaît peu les ouvrages de Valcazar. On sait seulement qu'il s'était adonné au genre historique sacré pour les cloîtres des monastères. M,
VALDELMIRA DE LÉON (Jean), peintre de fleurs et grand fresquiste , naquit à Tafalla , en Navarre. Il apprit sous son père , à Valladolid , les élémens du dessin , et l'ayant perdu vint à Madrid travailler près de François Rizi. — Il aida son maître dans les fresques de Saint- Antoine des Portugais , du Retiro, de Tolède et d'autres endroits , faisant l'admiration de Rizi , et provoquant la jalousie de ses condisciples. Mais les arts perdirent bientôt un sujet d'aussi grande espérance } car il mourut à 3o ans, regretté de ses nombreux amis , et fut enterré à Madrid. — Il y a beaucoup de tableaux de fleurs de Valdelmira qui rivalisent avec les meilleurs d'Areiiano. M.
VALDES ( Don Jean de ) , amateur et ministre des finances , peignait à Madrid , dans tous les momens de loisir que lui laissaient les immenses occupations de son ministère. Cet amateur distingué vivait à la fin du 17e. siècle. Ses ouvrages sont remplis de goût , d'intelligence et de correction.
VALDES (Lucas de ), peintre d'histoire , grand fresquiste , et graveur en taille-douce , naquit à Séville en 1661. Dès son enfante , il indiqua son goût pour la peinture \ mais son père, voulant qu'avant tout il apprit le latin et les mathématiques , le mit chez les Jésuites. Cependant , à 1 1 ans, il grava quatre estampes , comme on le peut voir à son article du Dictionnaire des Graveurs. — Il se mit ensuite à peindre : la vivacité de son esprit lui fit préférer la fresque comme le genre le plus propre à déployer sa
verve. En peu de temps il acquit une facilité extraordinaire , particulièrement dans les fresques à teintes rouges, style très-ancien à Séville , et qu'avaient adopté les grands fresquistes Vargas et Mohédano. Si Valdes ne sut pas donner à ses figures le grandiose des formes , il fut grand dessinateur, connut bien la perspective , et eut dans l'architecture autant d'intelligence que qui ce fût de son temps. — Il se maria à Séville en 1682 5 et, lors de la formation du département de la marine à Cadix , fut choisi pour maître de mathématiques des Cadets. Il mourut dans cette dernière ville en 1724 , sans avoir jamais cessé de peindre et de graver. — V aides avait fait, en 1707, à Séville , le portrait du vénérable François Tamariz , qu'il grava ensuite. Ses peintures publiques sont dans la cathédrale et les autres temples de Séville, ainsi qu'à Xerez de la Frontera. S.
VALDES LEAL (Jean de) , grand peintre d'histoire, grand fresquiste et graveur , naquit en i63o , à Cordoue. Son inclination pour la peinture une fois découverte , ses parens le mirent à l'école d'Antoine de Castillo. Son extraordinaire vivacité lui fit prendre une autre route que celle de son maître , et, dès lors , il adopta un style plus serré. Très-jeune encore, il épousa Elisabeth Carrasquilla, qui se livrait aussi , par goût , à la peinture. — Peu de temps après son mariage , malgré qu'il y eût beaucoup de grands peintres à Séville , il s'y établit , comme le séjour le plus convenable aux artistes a cause de son grand commerce avec les Indes , ses immenses richesses et sa grande population. Valdes, à son arrivée, eut de l'occupation.— L'académie , qui se forma dans Séville en 1 662, le nomma son majordome \ il contribua à ses frais à la soutenir, jusqu'en 1671 , et en fut président depuis i663 jusqu'en 1666, qu'il donna sa démission. — Don Àm-
broîse de Spinosa , archevêque de Séville , le chargea, en 1673, de peindre la vie de Saint Ambroise pour l'oratoire , dessous l'archevêché ; ce que Valdes exécuta en divers tableaux , tant petits que grands , et pour lesquels il reçut dix mille ducats. En 1674 , il peignit, à la plume et au lavis , le charmant frontispice de l'Inventaire général de l'hospice de la Charité à Séville ; Valdes reçut de la confrérie de cet hospice 5740 réaux pour ses deux meilleurs tableaux que l'on voit dessous le chœur de l'église. On lui compta de plus 11,000 ducats pour avoir peint , doré et garni la médaille avec îe maître autel que Pierre Roldan avait exécutés pour îa même église. — Avant d'avoir fait ces divers ouvrages que je viens de détailler, Valdes, en 1672, fut dans sa patrie -, il y reçut la visite d'Antoine Paîomino , qui commençait alors à étudier la peinture. Valdes lui donna de très-bonnes leçons , et lui indiqua le vrai chemin, de manière qu'il peut passer pour son maître : car, dès ce moment, Palomino suivit l'art de peindre d'après ses bons principes. Après avoir fini quelques productions a Cordoue , Valdes revint à Séville , et parut à Madrid en 1674* Il assistait aux académies particulières qu'y tenaient dans leurs maisons divers professeurs , et chaque nuit il dessinait deux ou trois figures. C'est à cette époque qu'il vit et observa les tableaux des temples, ceux des palais, et surtout les beautés de l'Escurial ; il rentra dans Séville sans avoir laissé dans la capitale aucun souvenir de considération ; mais , Murillo venant de mourir , Valdes resta le seul peintre accrédité de Séville. Alors il y fit un grand nombre de tableaux pour l'église des Vénérables ^ mais une attaque de paralysie le rendit incapable de travailler. Il en mourut le i4 octobre 1(391. Peu de peintres espagnols se sont ressemblés
comme François Rizi et Jean de Valdes Leal 5 tous deux s'occupaient de peindre beaucoup , plutôt que de bien faire , quoique tous deux fussent très-capables de travailler mieux qu'ils ne Font fait. Peu scrupuleux à corriger leurs défauts , ils donnaient tous deux des attitudes forcées à leurs figures. — Valdes , visant beaucoup à l'effet, employait souvent une manière heurtée et prompte qui exprimait ce qu'il voulait , et lui faisait mépriser ceux qui adoptaient luie autre marche. Le prudent Murillo eut beaucoup à souffrir du genre altier de Valdes , et surtout de la jalousie qui le tourmentait. Cependant il ne laissait jamais échapper une occasion de lui dire quelque chose d'agréable sur ses productions * . Le style de Valdes était abrégé comme celui du bénédictin Rizi et de Rabiella de Saragosse. S'il voulait un peu trop s'étudier , il tombait dans le maniéré , comme on peut le juger par quelques tableaux de lui à Séville. Ce long narré sur Valdes peut s'excuser, car depuis sa mort, il n'y eut à Séville aucun peintre qui l'ait égalé dans la fécondité de l'invention , dans le dessin , et surtout dans la couleur. — Il n'est point une église de Séville qui n'ait un ou plusieurs de ses oeuvres. On en trouve à Cordoue , à Saint-Ildefonse , et chez nombre d'amateurs. On peut en voir deux à Paris. S.
VALDIVIESO ( Louis de ) , peintre de genre et fres-
* Entre autres mots de Murillo, on en cite un que voici : On venait de placer dessous le chœur de la Charité deux tableaux que Valdes venait de terminer , l'un représentait des corps morts et à demi corrompus^ Murillo lui dit : Mon ami, cela doit se regarder les narines fermées. Ces éloges consolaient Valdes pour le moment des félicitations nombreuses que Murillo recevait sur s^s productions , qui , dans les mêmes couyens, se trouvaient auprès de celles de Valdes.
quiste , jouissait à Séville d'une réputation immense vers Ja fin du 16e. siècle. Il peignait sur des serges , et particulièrement pour les Amériques , beaucoup de sujets agréables , qu'il rendait avec autant de facilité que d'élégance. Il entendait fort bien la fresque. 6".
VALENCIA (le frère Mathias de), peintre d'histoire et de genre, nommé dans le monde Laurent Chafrion, naquit à Valence en 1696. Après y avoir appris les élémens de la peinture, il partit pour Rome , et fut élève de Corrado Giacuinto , qu'il se fit une étude d'imiter. Quelque temps après , il revint à Valence , et fut à Grenade , dans l'espoir d'y trouver un oncle qui devînt son appui. Déçu de ses espérances , il se fit capucin et se noya en 1749* — On connaît de Valencia une assez belle Cène que l'on voyait dans le réfectoire de son couvent , à Grenade , et quelques petits tableaux qui se trouvent chez les amateurs de Valence. Il avait de la couleur. et /.
VALERO (Christophe), peintre d'histoire, né dans Albcraya, royaume deValence, étudiaitla philosophie, et en mêm e temps la peinture sous Evariste Munos. Il dut ensuite se rendre à Rome , où. Sébastien Conca lui fit faire assez de progrès. Il revint à Valence, et y fut nommé directeur de l'académie de Sainte-Barbe. En 1754, il offrit à cette société un tableau représentant Mentor donnant des leçons à Télémaque avant de partir pour la guerre contre Adraste. C'est le même que l'on voit maintenant à l'académie de Saint-Fernand. Celle de Sainte-Barbe prenant le titre d'académie de Saint-Charles , Valero fut continué comme directeur général en 1768. On voulut le nommer de nouveau en 1787 \ mais ses infirmités et son âge avancé l'obligèrent à supplier qu'on ne le mît pas sur la liste des candidats. — Ne pouvant plus assister aux assemblées , il n'en continua pas moins de donner aux jeunes gens les bons
principes qu'il avait eus lui-même dans Rome , et ne cessa qu'en mourant. Les arts perdirent, le 18 décembre 1789, Valero, que l'académie de Saint-Fernand s'était attaché depuis l'année 1762. — Ses ouvrages sont dansles monastères, les églises de Valence et dans le palais de l'archevêque. Ils se distinguent par la couleur et l'énergie. V.
VALLE DE BARCENA (le frère Jean de ) , peintre d histoire , né à Mazueîa , près Burgos , professa le 3 octobre 1660 , chez les dominicains de Burgos. Tous les tableaux qui sont dans le cloître, représentant la Vie des Juifs patriarches , sont de lui : l'un d'eux porte cette humble inscription :
S0. Juan del Valle y Barcena el Mas indigno hijo de esta sagrada religion de predicadores , lo pintaba el aûo de 1692.
Le mérite de cet ouvrage , correspond à l'état de décadence dans lequel se trouvait à cette époque la peinture en Espagne. M.
VALOIS (Ambroise), peintre d'histoire, résidait vers 1660 à Jaën , où il paraît qu'il était né. Il y fut élève de Sébastien Martinez , qu'il cherchait à imiter ; mais il ne put atteindre ni sa couleur ni son dessin. Les tableaux du grand maître autel des Carmes Déchaussés de Jaën , plusieurs autres relatifs à la vie de Saint Dominique , et quelques-uns dans les temples de Baëza et d'Ubeda , sont de lui. — Valois fut maître de Pancorbo. V.
VALON ( Jean ) , fresquiste , peignit à fresque en i6o3, les Martyres de Saint André et de Saint Mène , sur les murailles de l'église ou collège de Corpus - Christi à Valence. T7".
VALPUESTA (le licencié don Pierre de), peintre d'histoire, naquit en 1614 dans le bourg d'Osma. Il
reçut une assez brillante éducation. Ses pareils se transportèrent à Madrid, et, se voyant forcés de céder à l'inclination de leur fils pour la peinture , le confièrent aux soins d'Eugène Caxes. — Bientôt Valpuesta se fit distinguer entre tous les élèves , par une exacte imitation du style de son maître. — Il se fit ordonner prêtre , et peignit cependant jusqu'à sa mort arrivée en 1668. — Un tableau représentant un passage de la vie de Saint François , qu'il composa pour îe couvent du même ordre , lui donna une grande réputation ; on ignore le sort de ce tableau, et ^elui de plusieurs autres qu'il fit pour l'église de Saint- Michel de Madrid. — Le couvent de Sainte-Claire possède de lui six tableaux représentant la vie de la sainte titulaire ; celui des Franciscains en a quatre ; toutes ces productions peuvent le faire distinguer , mais la meilleure est la Sainte Famille que I on voyait à l'église de Buen- Suceso , et qui fut transportée au Rosaire comme un tableau de grand maître. M.
VANDERHAMEN DE LEON (don Jean de ) , peintre d'histoire et de fleurs , naquit à Madrid en 1 596 , et très-jeune apprit le dessin de son père qui peignait les fleurs avec fraîcheur et légèreté. — Il paraît que Vanderhamen mourut en i63s. Quoique sec et âpre dans le genre historique , il donnait une douceur inouie à ses portraits , et faisait encore mieux les fleurs , les fruits , les intérieurs , que tous les connaisseurs conservent avec curiosité. — Yanderharnen se livrait à la poésie avec son frère Laurent , grand humaniste , théologien distingué , secrétaire de l'archevêque de Grenade , et auteur de divers ouvrages très-estimés. — Les œuvres publics de Vanderhamen, sont à Madrid , a la Chartreuse du Paular et dans Alcala de Hénarès. M.
VARELA ( François ) , peintre d'histoire , disciple
36o VA
très-distingué de Roelas, naquit à Séville à la fin du 16e. siècle. — Quoique Palomino dise que lorsque Yarela mourut en i656 , il avait près de 5o ans, il conste dans les archives de la Chartreuse de Sainte-Marie , près Séville, qu'en 1618 , Yarela fit pour le cloitre de ce monastère des copies dont les originaux sont peints par le père Pascal Gaudin, pour la ville de Grenoble , en France. Vareîa fit beaucoup de tableaux pour des particuliers. Les vrais amateurs les conservent avec soin , car Yarela dessinait bien , avait la belle couleur vénitienne, et savait largement draper. — Ses productions se trouvent à Séville , à Madrid et chez nombre d'amateurs. S.
VARGAS ( André ) , peintre d'histoire et fresquiste , naquit à Cuença , vers 16 13 , et vint assez âgé à Madrid , où. il se mit sous François Camilo , qui quoique très-jeune alors était déjà très en crédit. Il donna toute son application au dessin , mais encore plus à saisir la couleur de son maître , ce qu'il obtint en peu de temps. — Camilo l'estimait , l'aimait et lui procurait les occasions d'utiliser son travail. Il fut par ce moyen chargé de beaucoup d'ouvrages particuliers, et de plusieurs autres pour des monastères , qui lui donnèrent un peu de vogue.
— De retour dans sa patrie , le chapitre de la cathédrale le chargea de peindre à fresque la chapelle de Notre-Dame du Sanctuaire , et quelques grands tableaux à l'huile.
— Yargas avait reçu d heureuses dispositions pour être grand peintre \ mais il ne le devint pas , à raison de son insouciance , et surtout «à» raison du système qu'il avait adopté, celui de ne peindre qu'au prorata de l'argent qu'on lui donnait. Il est mort en 1674* Ses œuvres sont à Madrid, à Cuença , à Hiniesta et dans plusieurs cabinets. M.
VARGAS (Louis de), peintre et fresquiste. Cet homme extraordinaire mérite que la postérité le place entre Raphaël
et Jules Romain. — Le correct , le noble , le premier artiste qui , dans Séville , ait établi la belle manière de peindre à l'huile et à fresque, s'appelle Louis de Vargas. — Séville l'a vu naître en i5o2 , et dès son enfance il démontra son penchant pour l'art de peindre , qu'il exerça d'abord sur la serge. Ce mode était adopté pour donner à la main de la légèreté ; mais , voulant abandonner la manière gothique qui régnait alors en Andalousie , il partit pour Rome , où il fut élève de Pétrin del Vaga , ce qu'il est facile de reconnaître par la connexion qu'il y a entre ces deux maîtres. — Le premier tableau de sa main que l'on connaisse, est une Nativité, qu'il signa: Tune dis cebarti , Luisius de Vargas. — C'est en 1 555 que Vargas fit cet ouvrage, dont le mérite est reconnu. — Il en fit ensuite un autre, que Ton regarde comme l'un des plus beaux ornemens de la cathédrale de Séville. Il représente la génération temporelle de J-C. , et se connaît sous le nom de la Gamba, en raison de la jambe d'Adam qui sort tellement du tableau, que chaque observateur reste surpris. — Etabli dans sa patrie avec une réputation supérieure à celle de tous les peintres qui l'avaient précédé , il peignit à fresque et à l'huile beaucoup d'ouvrages qui le mettent sans contredit sur la ligne des plus grands professeurs d'Italie. — En effet , rien n'est plus exact que ses contours , rien dje plus grandiose que ses formes , ni rien de mieux entendu que ses raccourcis ; et dans ces brillantes parties de l'art , de tous les rivaux qu'il ait pu avoir dans toutes les écoles , aucun ne peut lui être comparé. — Si dans ses compositions Vargas avait su mettre plus d'air , y introduire la dégradation de la lumière et des teintes, aussi-bien qu'il savait colorier, draper, donner de l'expression à ses figures , de la noblesse à ses caractères, de la grâce à ses tètes , et sur-tout aussi bien qu'il savait
imiter la nature dans tous ses accessoires , il eût été nonseulement le meilleur peintre d'Espagne , mais encore du monde : car ( cette assertion dût-elle paraître un blasphème) il aurait certes balancé l'immense et unique talent de Raphaël. — En 1 555 encore, Vargas fit une fresque où Ton voit la Vierge du Rosaire , pour l'église de Saint-Paul. Il en fît une autre très-célèbre alors , dans le vieux sanctuaire de la cathédrale. Malheureusement il n existe plus rien de ces fresques très-vantées , par les Italiens mêmes. — En i563 il fit la fameuse Voie de Douleurs, dont on aperçoit quelques vestiges sur les degrés de la cathédrale. On distingue encore, dans les beaux jours, les heureux contours des superbes figures des apôtres, des évangélistes , des docteurs et des saints patrons de la cathédrale, qu'il peignit plus grands que le naturel dans les arceaux, à la manière arabe, de la tour de cette basilique. — Vargas commença ce grand oeuvre en i563, et le termina en i568. — Le peintre ne peut égaler ni la fraîcheur du coloris , ni la facilité de l'exécution . Le connaisseur ne peut qu'admirer la majesté du dessin , le brillant des caractères, et pleurer sur la ruine de ces chefsd'œuvre , qui par leur mérite et leur magnificence étaient l'ornement le plus somptueux de toute la ville. — Dans la Gloire du Jugement dernier , dont il décora la maison de la Miséricorde , on voit encore bien conservés le Rédempteur, la Vierge et les apôtres , l'incurie ayant laissé détruire le reste de cette vaste production, où l'on admirait une quantité innombrable de raccourcis et des nus d'une vérité frappante. — Louis de Vargas mourut à Séville , en i568. Ou trouva chez lui des instrumens de macération avec lesquels il se châtiait. Ce grand artiste couchait dans le cercueil qu'il s'était choisi , et toutes ces pénitences mystiques ne lui étaient rien de l'aimable gaité qui le
caractérisait. — Ses dessins jouissent d'une grande répu^ tation ; il les faisait sur du papier bleu. M. Cean de Sévilie en conserve un avec un soin religieux : il est a la plume sur papier blanc , et représente des têtes de dromadaires. Beaucoup de grands connaisseurs , parmi lesquels je citerai mon ami Lebrun, ont cru ce beau morceau de Raphaël. — Les ouvrages publics de Vargas brillent dans la cathédrale et dans la majeure partie des temples de Sévilie ; mais il faut s'arrêter devant son Calvaire de l'hôpital de Las Bubas. Cette composition est peut-être le chef-d'œuvre de tout ce que la peinture a pu produire. S.
VAZQUEZ ( Augustin et Amoro) , frères , peintres et fresquistes , étaient famés dans Sévilie , où ils résidaient en i 5q4 î et ou ^e chapitre de la cathédrale les chargea , vers ce temps , de la réparation de son monument. S.
VAZQUEZ (Alphonse) , peintre d'histoire , de genre, de fleurs et fresquiste, né à Rome, de parens espagnols, vint dès l'âge de 7 ans à Sévilie. Il fut disciple d'Antoine Arfian , qui lui donna les élémens sur la serge , suivant le système adopté par cette école pour rendre la main légère , ainsi que je l'ai déjà observé dans plusieurs articles. — Vazquez mit un soin particulier à dessiner , aussi fut il un des peintres les plus corrects j ses formes étaient grandioses , ses figures sveltes. Sa manière de faire en général, laisse présumer qu'il avait étudié à Cordoue les fresques de César Arbasia et celles de Paul Cespedes. — Vazquez jouissait d'une telle réputation, en 1698 , qu'on le chargea de l'exécution du catafalque superbe qui s'éleva dans la cathédrale pour les obsèques de Philippe II. Tous les plus grands artistes de Sévilie se distinguèrent à l'envi dans l'exécution de ce monument, et Vazquez y prit une part des plus actives. — Les peintures que Vazquez fit pour le maître autel de Saint-Isidore , dans la même cathédrale, n'existent
plus , ainsi que les fresques qu'il fit avec Antoine Mohedano pour la galerie du couvent de Saint-François , puisqu'à la place de ces derniers on a mis des tableaux à l'huile de Dominique Martinez -, enfin , il n'est resté dans Sé ville d'autres fresques deVazquez, qu'une médaille de Saint-Louis Beltrand et quelques autres ornemensd'un goût très-épuré, que l'on voit sur la porte du cloître qui va de l'église au couvent de Saint-Paul. — Vazquez étoffa et dora le grand autel des Trinitaires Chaussés de Séville, et, dans une médaille sculptée qui représentait la Nativité, donna pour dernier plan l'Apparition de l'Ange au Pasteur. — Cet artiste fut grand anatomiste et donnait une grande vérité aux draperies , aux velours , aux fruits et autres accessoires *. On peut juger de ses talens par les tableaux de la vie de Saint Ramon , qu'en concurrence avec Pacheco il fit pour le cloître principal de la Merci , ainsi que la Madeleine si expressive , le Christ mort, avec la Vierge et Saint Jean, et Saint François d'Assise, que l'on voit tous trois dans la sacristie du même couvent. — On attribue à Vazquez beaucoup d'autres ouvrages qu'il serait trop long de relater ici. — Ce grand artiste mourut, à ce qu'il paraître 1640 à i645 **. S.
VAZQUEZ ( Jérôme ) , peintre d'histoire et élève de Gaspard Bècerra , résidait en 1 568 à Valladolid , où ses
* Pacheco , au f. &i de l'Art de la Peinture , dit : Alphonse Vazquez voulut prouver tout ce qu'il savait faire dans son beau tableau du Mauvais Riche, que possède la maison d'Alcala , en exposant sur uo buffet et avec un talent des plus naturels tout ce qu'il est possible de désirer en fruits, en fleurs et en vases de toute espèce.
** Je suis trop ami de la justice pour enlever à l'Italie ce grand artiste ; mais je crois ne manquer en rien à l'exactitude en le signalant comme de l'e'cole de Séville, puisque c'est vraiment dans cette ville qu'il apprit.
VE 565 ouvrages se trouvent confondus avec ceux d'autres professeurs de mérite. Sans être positivement à même de juger ses talens , on ne peut douter qu'il n'en eût, puisque Gaspard Becerra , cet artiste si distingué, le recommanda, en i568 , au roi , par son testament. M.
VAZQUEZ ( Jean-Baptiste) , peintre d'histoire et sculpteur, naquit à Séville. Dans l'art de la peinture il eut pour maître Jacques de la Barrera, ettravaillaitàTolède vers 1 556. \ En i568 on lui paya 24,000 réaux pourles tableaux de l'autel de Notre-Dame de la Grenade dans la cour des Orangers. Cet ouvrage fut toujours très-célébré 5 la Vierge présentait une grenade à son fils , qui s'amusait avec un chardonneret de la plus exacte vérité et du plus brillant plumage. — Vazquezfut un grand peintre et un plus grand sculpteur, comme on le verra à son article du Dictionnaire des Sculpteurs. On ignore l'année de sa mort ; mais il vivait encore en 1 57g, car il travaillait à cette époque à Malaga. S*
VELA (le licencié don Antoine ) , peintre d'histoire, naquit à Cordoue en i634- Quoique son père Christophe Vêla l'eût destiné à l'église et qu'il fut prêtre , son penchant pour la peinture et l'exemple de son père même le conduisirent à s'occuper de l'art : il le fit avec tant de progrès qu'il parvint à se donner un grand crédit. — Vela fit deux tableaux sur la vie de SaintAugustin pour le cloître des Augustins de Cordoue $ ils ont assez de dessin et de couleur. Il dora de plus et peignit le grand maître autel du couvent de la Reina , et fut employé pour plusieurs autres églises de la même ville. Il mourut en 1676 , regretté du clergé ainsi que des artistes. S.
VELA ( Christophe) , peintre d'histoire , naquit à Jaën en 1 598 , et , transporté à Cordoue , y travailla quelque temps sous Paul de Cespedes. Il vint ensuite à Madrid 3
où il fut élève de Vincent Carduelio , qui lui fit faire de très-grands progrès dans le dessin , sans le rendre pour cela bon coloriste. — De retour à Cordoue , le chapitre de la cathédrale le chargea pour le grand autel de plusieurs tableaux , qui déjà n'existent plus , et de deux autres qui, pour être trop grands se placèrent dans les hôpitaux de Saint-Aciscle et de Sainte-Victoire. Vela fit encore la plus grande partie de ceux qui ornent l'église et le cloître des Augustins Chaussés de Cordoue ; des restaurateurs ignorans les ont totalement recouverts. Vela mourut malheureusement en i658 , car il tomba dans une citerne. Wl
VELASCO ( Christophe de), peintre de genre et de portraits , fils et disciple de Louis de Velasco , dont il imita les maximes ainsi que la bonne manière , sans jamais avoir pu l'égaler. Il fit, en 1698, le portrait de l'archiduc Albert , avant que ce seigneur eût abandonné l'archevêché de Tolède, et eût épousé l'infante Elisabeth. Philippe III fit payer à Velasco , le 16 février 1600, 20, 6^3 réaux , ou un peu plus de 5ooo francs, pour sept vues de villes de Flandre, qu'il avait faites à l'huile pour la maison royale du bois de Val sain. M.
VELASCO ( Louis de ) , peintre d'histoire , doit tenir un rang distingué parmi les peintres espagnols , Il résidait à Tolède en i564, quand le chapitre de la cathédrale le chargea de plusieurs tableaux pour le cloître. Velasco ne commença même pas cet ouvrage , ainsi que ComonteS , Becerra et Vergara le Vieux ne terminèrent pas les tableaux que le même chapitre avait désignés à chacun d'eux. — Velasco fut, en i58i , nommé peintre dudit chapitre, et en novembre de la même année , commença le tableau de l'Incarnation , que l'on voit sur la porte du cloître; ce bel ouvrage fut terminé en i584? ainsi que les peintures
VE 567 d'un maître autel qui est dans l'un des angles du cloître. Elles représentent au milieu une Vierge éclatante de beauté avec l'enfant dans les bras, accompagné de Saint Antoine , de Saint Blas et d'une sainte. Le haut du monument se termine par quatre Anges tenant une couronne impériale. Dessous , devant ZVotre-Dame , on voit un chevalier armé, avec la simple inscription qui suit :
Infante D. Fernando.
Saint Corne et Saint Damien figurent dans les parties latérales de ce maître autel qui fut ordonné par le cardinal Quiroja , et taxé par Michel Barroso à 419,788 maravedis d'or. — J'ai eu l'occasion de dire, à l'article de François Comontes , que depuis un temps immémorial on vénérait la Notre-Dame de Grâce qui était dans l'angle du couvent, que Comontes en 1 563 la restaura en y ajoutant Saint Corne, Saint Damien , Saint Philippe et Saint Jacques , et que tous ces tableaux furent remplacés par ceux de Velasco. Cet artiste fît encore, en i588, avec son fils Christophe, les tableaux du grand autel de la paroisse de Fonseca 5 en i5g4 le portrait du cardinal Quiroja 5 en 1599 celui de don Garcia de Loaysa ; et ensuite plusieurs autres excellens ouvrages , mais en petit nombre. On y observe , comme dans tout ce qu'a créé Velasco , un dessin correct , des caractères ennoblis par des formes grandioses , de la suavité , et des teintes brillantes. Ces qualités constituent le mérite de Velasco, qui mourut à Tolède le 1 1 mars 1606 5 sa place de premier peintre de la cathédrale de Tolède fut conférée à Barthélémy del Rio. M.
VELASCO ( Mathias ), peintre d'histoire , fils et élève de Christophe , fut à Valladofid avec la cour de Philippe III , et fit les tableaux du maître autel des Carmélites de cette ville. Us représentaient plusieurs mystères de la
vie de Notre-Dame. — Parmi les productions de Velasco Ton retrouve une Assomption de Vincent Carducho qui , par son dessin, sa couleur et sa composition , nuit essentiellement aux productions du premier. — Pons croit que ces tableaux sont d'Arsène Masacio -, mais Palomino assure qu'ils sont, ainsi que plusieurs autres, de Velasco. M,
VELASQUEZ MINAYA ( don François ) , peintre de genre , amateur , chevalier de Saint-Jacques , écuyer de la reine. C'est vers i63o que par des productions trèsaimables il se fit rechercher et considérer des professeurs, comme un artiste plein de goût et de savoir.
VELASQUEZ DE SILVA (Jacques), ou peut-être mieux JACQUES RODRIGUEZ DE SILVA , et VELAS- QUEZ , chef de l'école de Madrid , Gallo-Espagnole. Il naquit à Séville en 159g. Ses parens voulaient qu'il fit ses études ; mais bientôt Velasquez développa le penchant décidé qu'il avait reçu de la nature pour peindre ; car il dessinait sur tout et toujours. On le plaça dans l'école d'Herrera le Vieux , célèbre autant par ses talens que par l'âpreté de son caractère. — Velasquez , malgré la douceur du sien , sacrifia ce maître dont le style remplissait ses idées , et lui préféra François Pacheco , qui l'admit dans son atelier. — Ce nouveau directeur portait un soin paternel à initier son élève dans tous les secrets de l'art ; mais Velasquez , doué d'un génie supérieur , reconnut que son principal maître devait être la nature , et , dès ce moment, il fit, on peut le dire ainsi, le serment de ne rien dessiner ni peindre sans la consulter. — Velasquez, à cet effet, s'était attaché un jeune paysan et s'en faisait un modèle permanent. Il lui donnait mille postures différentes, le faisait rire, le faisait pleurer, et ne se
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pardonnait aucune difficulté *. — Pour bien approfondir le mystère delà couleur , il peignit, d'après nature, des fruits , des poissons des natures mortes. Il mit à suivre ce système une inconcevable ténacité. — Velasquez , ensuite, fit des intérieurs , des bambochades , et parvint à se distinguer dans ce genre. Il faut cependant convenir que ses premiers ouvrages ont quelcpie rudesse. Ce qu'il fit de mieux dans cette manière est son Aguador de Sevilla (le marchand d'eau de Séville). Cet ouvrage brille entre toutes les beautés du palais de Madrid. — Parmi quelques autres productions d'égal mérite, on doit surtout considérer Y Adoration des Pasteurs, que possédait M. le comte de l'Aguila, et des Buveurs, que l'on peut voir à Paris. — Pacheco , recevant à Séville les personnages les plus distingués par leur savoir, Velasquez mettait à profit toutes leurs conversations, tirait un grand parti de l'enthousiasme des poètes qui ornaient cette société , et , par la lecture des livres choisis de son maitre, fortifiait son imagination et son esprit. Il se rendit enfin si recommandable que Pacheco , qui était un homme d'un rare mérite, lui donna sa fille en mariage. — Séville, à cette époque, recevait une quantité inouïe de tableaux d'Italie, de Flandre et de Madrid. Velasquez voulait tout voir et tout imiter; mais les compositions qui le frappèrent le plus furent celles de Louis Tristan , célèbre professeur de Tolède. L'harmonie des teintes, la vivacité des conceptions , tout était en rapport avec la manière de voir, de sentir de Velasquez , au point qu'il se déclara le partisan
* Cest d'après cet enfant, dont Velasquez fit tant de portraits, qu'il acquit un talent rare pour la ressemblance. Cette méthode aussi lui donna tant de facilité pour peindre les têtes, que peu d'Italiens l'ont égalé
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prononcé de Tristan. — En 1622 , Velasquez quitte Séville , arrive à Madrid. Jean de Fonseca , chanoine de Séville , en exercice au palais , lui procure le moyen* d'étudier les collections de Madrid, du Pardo , de l'Escurial , etc. — Il venait de terminer le portrait du poète Louis de Gongora, quand son beau-père le fit revenir à Séville ; mais son protecteur Fonseca s'occupa tellement de lui que Tannée suivante , 1623 , il reçut une lettre du comte duc d'Olivarès , ministre d'état et favori de Philippe IV. — Velasquez se rend donc à Madrid , et Paclieco l'y accompagne pour être témoin , dit-il , de la gloire de son gendre. — Le seigneur de Fonseca reçoit l'artiste dans sa maison, lui demande son portrait, que l'on porte de suite au palais , et qui , enlevant les suffrages de toute la cour, présage la brillante fortune de Velasquez. — Le jour même il est admis au service du roi , dont il finit le portrait le 3o août 1623 ; et c'est là que les Carducho , les Caxes , les Nardi , peintres du premier ordre, convinrent que jamais ils n'avaient eux-mêmes représenté le roi d une manière aussi transcendante * . — Dans ce tableau , le roi , armé en chevalier , montait un cheval magnifique — Parmi les étrangers marquans à la cour
* S. M. manifesta toute la satisfaction que lui causait cet ouvrage, en ordonnant de suite que Ton recueillît tous les portraits déjà faits par d'autres artistes , et donna elle-même à Velasquez l'insinuation llatteuse que désormais lui seul aurait l'honneur de la peindre : c'est à ce moment même que le roi lui fit compter trois cents ducats d'or , pour qu'il fît venir sa famille , et le nomma son peintre.
Le roi permit qu'un jour de fête on plaçât ce portrait devant l'église de Saint-Plnlippe-le-Royal. Cette exposition donna lieu à tout ce qui arrive en pareil cas ; il y eut des enthousiastes , des jaloux , des vers adulateurs, des vers critiques. Mais le tableau fut reconduit en triomphe au palais , dont il est toujours l'un des plus beaux ornemens.
VE 57i d'Espagne, à cette époque , on voyait figurer le prince de Galles. Un goût décidé pour la peinture, réuni à une grande intelligence, donnait à son témoignage une valeur irrécusable. — Velasquez fut prié de faire le portrait de ce prince 5 malheureusement pour nos jouissances, il ne put le terminer, en raison du départ précipité de S. A. R., le 9 septembre 1623. — On s'occupait à la cour d'élever un monument à la gloire de l'expulsion inespérée des Maures par le pieux Philippe III. Tous les artistes célèbres furent invités à concourir. Velasquez reçut la palme, et, pour récompense , eut les deux places d'huissier de la chambre et de fourrier du palais *. — Pierre-Paul Rubens depuis long-temps entretenait une correspondance avec Velasquez. Le prince des peintres flamands arrive à Madrid le 9 août 1628 , et consacre exclusivement les neuf mois qu'il séjourne dans cette cour au grand artiste espagnol. Ils visitèrent ensemble les chefs-d'œuvre qui abondent dans les collections royales. L'explication instructive que Ruiens donnait à chaque tableau, ses observations judicieuses sur le mérite de chaque auteur , ranimèrent dans Velasquez le désir qu'il avait toujours eu de visiter l'Italie , pour y étudier quelque temps les grands maîtres de 1 art. — Il renouvela donc ses instances au roi, qui, pour ne pas se séparer de l'artiste, refusait toujours la permission. Mais sa majesté cède enfin, et Velasquez s'embarque à Barcelone le 10 août 1629**. — Il aborde à
* Il n'est pas déplacé de dire ici que le roi Gt ajouter à ces avantages une dotation annuelle à Velasquez, de 90 ducats d'or pour un habit de gala, et, de plus, fit donner à son père trois charges d'écrivain* de Séville , dont chacune rapportait 1000 ducats d'or.
Il est beau de voir un roi venir au-devant de tout ce qui peut concourir aux succès d'un artiste comme Velasquez ; en effet, malgré la-peine qu'il avait à s'en séparer, Philippe IV lui fait compter 4°°
Venise chez l'ambassadeur du roi , qui le reçoit dans son palais, et l'admet à sa table. — Le Titien, le Tintoret, Véronèse, plaisent essentiellement à Velasquez, qui, sans perdre une minute , les dessine , les copie , et fouille aussi profondément qu'il le peut dans les secrets de ces immenses talens*. La guerre l'éloigné de Venise. Use rend à Rome par Ferrare, où le cardinal Sachetti, qui avait été nonce en Espagne , lui sert d'introducteur , et le fait ensuite accompagner jusqu'à Cento. — Dans ce trajet, notre Espagnol visite Notre-Dame de Lorette , et , sans trop s'arrêter à Bologne, se rend droit à Rome. — Le pape Urbain VIII le loge au Vatican, et lui fait remettre les clefs de plusieurs pièces , pour qu'il puisse travailler avec plus de liberté; mais, après un court séjour dans ce magnifique asile , Velasquez trouve que le palais de Médicis , orné d'antiques, remplirait mieux ses idées, et le comte de Monterey lui facilite à l'instant les moyens de s'y établir. — Pendant une année entière, Velasquez étudie sans relâche ** } il se disposait à continuer , lorsqu'il reçut
ducats d'or , ordonne qu'on lui remette deux anne'es des éjnolumens de toutes ses charges. Le comte d'Olivarès, toujours grand, toujours magnifique , ajoute à tant de soins une nouvelle somme d'argent , des lettres de recommandation les plus pressantes pour tous les ambassadeurs, et couronne tant de faveurs par une médaille d'or portant le portrait du roi. — Combien de gens célèbres n'illustreraientils pas encore plus les arts -de tous les genres , si les souverains savaient ainsi devenir leur appui !
* Parmi les nombreuses copies qu'il fit dans cette ville , on doit citer celle du fameux Calvaire du Tintoret , ainsi que celle de son Christ donnant la communion à ses disciples. — A son retour, Velasquea présenta ces deux tableaux au roi.
Il commença par copier au crayon le Jugement universel , les Prophètes et les Sibylles de la chapelle Sixtine, divers groupes et figures de passages historiques sur la Théologie, l'Ecole d'Athènes,
Tordre du roi de revenir. Il fut cependant à Naples pour visiter Joseph Ribera, et, après avoir fait le portrait de la reine de Hongrie , il rentra dans Madrid au commencement de i63r. — Le duc d'Olivarès fut très-satisfait de son retour, et le mit en mesure de baiser la main du roi , pour qu'en même temps il rendit grâces à S. M. , qui , en son absence , n'avait permis à aucun peintre de faire son portrait *. — L'infant don Balthazar Charles fut la première personne que Velasquez peignit. — S. M. désirait voir sa statue équestre dans les jardins du Retiro qu'elle faisait créer. Il n'existait en Espagne aucun artiste capable de jeter en bronze une statue de grandeur naturelle, sur un cheval, dans le mouvement delà courbette, comme le voulait le roi. — Velasquez fit le cheval dans l'attitude choisie , et exécuta dans un petit cadre le portrait du roi , qui se trouva d'une ressemblance inouïe. — Le ministre d'Espagne à Florence reçut l'envoi , avec l'insinuation de prier le grand-duc de charger de l'exécution le sculpteur Pierre Tacca, élève de Jean de Boulogne, auteur de la statue équestre de Philippe III qui décore les jardins de la Casa del Campo** . Velasquez fît encore beaucoup d'autres
le Parnasse, l'Incendie de Borgo, et beaucoup d'autres productions de Raphaël. Il s'occupa tellement de ces utiles études que, pendant tout le temps qu'il fut a Rome , il ne lit que son portrait , qu'il envoya à son beau-père , les Forges de Vulcain , et son célèbre tableau de la Tunique de Joseph , qui donne à la riche collection de l'Escurial le plus grand éclat.
* Le roi, pour démontrer combien il était content de son retour, lui fit dresser un atelier dans la galerie del Cierzo , et demanda une seconde clef, pour visiter à son gré l'artiste : ce que S. M. faisait très-souvent.
** Cette statue, quoique défectueuse, a de belles parties ; mais elle *st surtout fort mal placée : car elle arrête le point de vue principal de
portraits , parmi lesquels on distingua celui du duc d& Modène, qui se trouvait alors à Madrid *. — En i63g , il fit, pour l'église de Sainte-Placide, un Crucifix de grandeur naturelle **. — Il fit aussi le portrait d'Adrien Pulido Pareja , amiral, qui venait de recevoir l'ordre de mettre à la voile***. — Mais Velasquez , doué d'une sensibilité exquise, et chargé de faire le portrait du duc d'Olivarès , voulut effacer , pour ainsi dire , tout ce qu'il avait fait jusques alors. Il créa donc cet ouvrage si justement célébré par les artistes de tous les lieux et de tous les temps. Don Gasparde Guzman, comte-duc d'Olivarès, vêtu de la manière la plus conforme à son rang, monte avec la plus grande dextérité un coursier que Velasquez sut choisir parmi les plus belles races d'Andalousie. — En 1642 , le roi part dans l'intention de pacifier l'Aragon. Velasquez reçoit l'ordre d'accompagner sa majesté. — En 1643, lé duc d'Olivarès perd la faveur de son roi; Velasquez supporte avec prudence , mais sans manquer à la reconnaissance, un coup aussi funeste. S. M. , loin d'improuver les marques d'attachement que l'artiste donne à son illustre Mécène, comble Velasquez de nouvelles bontés, et le nomme pour le second voyage d'Ara-
cette jolie habitation. Celle que fit Tacca est Tune des belles productions de l'art. Elle est trop universellement connue pour en parler plus Ion g- temps.
* Leduc offrit à l'artiste une chaîne des plus riches, qu'il portait les jours de représentation.
** M. le Brun, d'honorable me'moire pour les arts, me chargea d'offrir aux religieux de Sainte-Placide 20,000 francs pour ce Christ.
*** Velasquez fit l'amiral tellement ressemblant, que , feignant de le croire présent, S. M. dit au portrait: Comment, Pareja, tu n'es pas parti? et, se retournant ensuite vers le peintre, sut ajouter avec bonté : Velasquez , tu m'as trompé IV.
gon que S. M. effectue en i644 *• ' — -De retour à Madrid, chargé d'un grand nombre de productions , Velasquez fait un nouveau portrait de S. M. ** , et reçoit l'ordre de faire , pour pendant , celui de l'infant cardinal don Fernando. Ces deux portraits sont des chefs-d'œuvre de naturel et d'expression. — Il fit aussi le portrait de la reine Elisabeth de Bourbon , sur un joli cheval nain blanc et à tous crins , celui du prince don Balthazar Charles , courant au galop , et beaucoup d'autres qu'il serait trop long de citer en ce moment. — Mais nous parlerons avec plaisir, pour son extrême ressemblance , de celui qu'il fit du célèbre poète don François Quevedo de Villegas, son ami. — Il fit une nouvelle fois le portrait du roi à cheval *** . — Dans le même temps , il termina , pour le Retiro , la prise d'une place par don Ambroise de Spinola, et , pour l'oratoire de la reine , un Couronnement delà Vierge. — Depuis long-temps on s'occupait à la cour de l'établissement d'une académie publique des beauxarts pour la ville de Madrid; mais il fallait des modèles : Velasquez fut chargé de toute cette affaire par le roi, qui , cette fois , détermina lui-même que cet artiste irait en Italie, pour acheter tout ce qui, étant relatif à la culture des arts, serait de son gout, et mériterait son approbation. — .11 partit de Madrid en novembre 1648 , et fut s'em-
* C'est dans ce temps que Velasquez fit un beau portrait <3u roi, entoure de toute la suite avec laquelle il entra dans Lérida , au milieu des acclamations générales , le 8 août de cette même année.
Dans ce tableau ,1e roi paraît en habit de chasse, avec un fusil , et suivi de chiens courans.
Ce tableau fut généralement célébré; mais plusieurs amateur^ trouvèrent sa position contre les règles de lYquitation. Velasquez en effaça une partie , et mit au milieu :
Didacus felasquez , pictor resiis , éxpbfctit.
barquer à Malaga , avec le duc de Naxera , qui se rendait à Trente pour y attendre la reine Marie- Anne d'Autriche. Ils débarquèrent à Gênes , où Velasquez , quoique de passage , observa tout ce qui méritait son attention. — Il fit la même chose à Milan , sans y attendre l'arrivée de la reine, pour laquelle on faisait des grands préprartifs. — Il resta de même très-peu de temps à Padoue; mais il séjourna long-temps à Venise, par suite de son inclination particulière pour cette école , et fit plusieurs emplettes. — A Bologue , il engagea les célèbres fresquistes , Michel Colonna et Auguste Metelli , de se rendre en Espagne pour y servir le roi. — Il resta quelque temps à Florence pour mieux s'identifier avec cette première école des arts. — Dans Modène, il fut particulièrement accueilli par le duc , dont il avait fait le portrait à Madrid. — De Parme, après y avoir admiré le Corrège, il fut à Rome, d'où, gardant l'incognito , il se rendit à Naples , pour se concerter avec le vice-roi , M. le comte d'Onate. — Ce grand personnage avait l'ordre de fournir à Velasquez tout ce qu'il demanderait pour remplir sa commission. — Tout fut bien réglé, et Velasquez , après avoir embrassé son compatriote Ribera qui charmait toujours l'Italie, revint dans la capitale de la chrétienté. — Innocent X accorde à l'instant une audience à Velasquez , et le comble d'égards. Le cardinal Astali Pamfilio, neveu de S. S., le cardinal Barberini, et nombre d'autres cardinaux, se disputent à l'envi le bonheur d'accueillir l'homme si justement célèbre } les Piètre de Cortone , les Mathias Preti , les Algardi, les Bernini, rivalisent d'attentions en faveur de l'Espagnol. Velasquez , en celte circonstance , fait de suite le portrait de son esclave Pareja , et le leur envoie par l'esclave même. Transportés d'admiration, tous ces hommes de talent rendent hommage au génie de Velasquez,
VE 377 en exposant de suite son ouvrage dans la rotonde. Quoique fait à la hâte \ ce portrait valut à son auteur le titre d'académicien romain, qui lui fut offert dans la plus grande pompe. — Le pape désirant son portrait , Velasquez saisit cette occasion, pour faire admirer la hardiesse de son pinceau, l'exactitude de son dessin, et le talent supérieur qu'il avait pour la ressemblance. S. S. lui offrit une médaille suspendue à une chaîne d'or, et son buste *. — A son premier voyage, Velasquez avait demandé douze tableaux, comme il suit :
Un à Guido Rheni; Un à Valentin Colombo ;
Un à Joseph d'Arpinas ; Un à Andréa Sacchi ;
Un à Lanfranc ; Un au Poussin ;
Un au Dominiquin j Un au chevalier Maxime ;
Un au Guerchin ; ^ Un à Horace Gentileschi •
Un à Piètre de Cortone ; Un à Joachim Sandrart j
qui, à cette époque, étaient les meilleurs peintres de l'Italie; il les trouva terminés, et les porta à Madrid , où l'on peut les voir dans le palais des rois. — Il fit transporter en même temps les autres tableaux, statues et bustes qu'il acheta en grand nombre , dans celte seconde tournée, et dont le détail serait trop diffus dans cet article. — Un an déjà s'était écoulé , et Velasquez ne reparaissait pas en Espagne, au grand mécontentement du roi. Don Fernand Ruiz de Contreras , son grand ami , l'en prévint , et Velasquez de suite disposa son retour. Il avait un grand désir de le faire par terre , en passant par Paris ; mais la guerre avec la France l'obligea de s'embarquera Gênes. Il descendit à Barcelone au mois de juin i65i, et se
* Il peignit alors aussi le cardinal neveu , deux camériers , le majordome du palais , et plusieurs autres personnages dont les portraits ont toujours ete considères par les amateurs intelligcns de Rome.
rendit immédiatement à Madrid, où le roi le reçut avec des démonstrations d'un intérêt tout-à-fait particulier. >4- Jérôme Ferrer , jeteur en bronze, et le sculpteur Dominique de Rioja, suivirent Velasquez, pour couler et mettre en état tous les bustes et statues qu'il avait acquis. — La récompense de ce voyage fut la place de premier maréchal-des-logis du palais. — Cette nouvelle charge n'empêcha pas Velasquez de peindre, en i656, ce fameux tableau, connu sous le titre que lui donna Luc Jordan , qui l'appelait la Théologie de la peinture. — Pendant i658, Velasquez fit des portraits du prince des Asturies, de don Philippe Prosper, de l'infante dona Marguerite, pour les remettre à l'empereur d'Allemagne, et celui de la reine. — En mars 1660, Velasquez sortit de Madrid, chargé de préparer les logemens du roi , qui , peu de jours après, se rendit à Irun, où il conduisait l'infante dona Marie-Thérèse, que devait épouser Louis XIV. — Notre artiste prépara de la manière la plus brillante, dans File des Faisans , la maison où devait se tenir la conférence entre les deux souverains. La remise de la princesse eut lieu le 7 juin. — L'air distingué de Velasquez, son extérieur extrêmement aimable , une mise du goût le plus recherché, les diamans les plus beaux répandus sur toute sa parure, et les manières les plus nobles, appelaient sur lui , malgré son âge , tous les regards. — Mais dans ce voyage il eut tant de fatigues , qu'il tomba malade peu de temps après- sa rentrée à Madrid. — Les arts perdirent cet homme illustre le 7 août 1660. — Il fut enterré dans l'église de Saint- Jean , et suivi d'un cortège immense des seigneurs les plus distingués , des chevaliers de tous les ordres militaires, de toute la maison du roi, ainsi que d'un nombreux concours d'artistes. — Sa veuve mourut de douleur sept jours après , et fut enterrée
près de lui. — Personne , il faut le déclarer sans crainte , n'égale Velasquez comme naturaliste j le Titien même le cède à l'éclat de son pinceau, et surtout à Fart inimitable qu'il apportait à l'interposition de l'air, sans confondre les distances. Velasquez voyait la nature d'une manière toute particulière; ce qui, pour tout autre professeur, serait à rejeter, était pour Silva une chose essentielle. Convaincu de cette grande vérité , que la peinture n'est qu'une imitation exacte de la nature , il étudia tout ce qui pouvait le conduire à l'observer avec succès. Il se servait souvent de la chambre obscure. — Les artistes qui veulent posséder la magie qui mène le spectateur de surprise en surprise, doivent imiter Velasquez. Ils parviendront à rendre naturelles, comme on le voit dans ses œuvres, la lumière et les ombres des premiers plans, pour arriver à leur dégradation précise pour chaque distance. Ils apprendront à détacher miraculeusement les couleurs locales, sans rien ôter à l'harmonie; ils posséderont le coloris des chairs , l'onduleux des chevelures , la transparence des ciels. Ils sauront fouiller les draperies , et parviendront enfin à rendre , ainsi que cet artiste inimitable , tous les accessoires qui , selon le génie , le goût et le caprice de chaque auteur, varient, mais qui, chez Velasquez, sont le type de la nature même. — Il est peu de peintres aussi qui, dans aucune école, aient su grouper comme lui, et placer les figures de manière à produire l'effet qui leur est relatif, sans aucun secours étranger. Il en est de même de sa manière d'établir le ton dominant dans chaque production , et de répandre surtout une vérité que l'on trouve seulement dans l'étude approfondie de la nature. — Si , après avoir étudié l'antique «à Rome, et les meilleurs ouvrages de Michel-Ange , ainsi que de Raphaël, Velasquez n'adopta pas leur goût, leur
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manière de dessiner , on doit l'attribuer sans doute à ce qu'il était déjà d'un âge où l'on perd difficilement les habitudes contractées. On pourrait aussi penser qu'il a préféré suivre la nature , qui était le style généralement adopté dans l'Europe , et particulièrement par les élèves de l'école bolognèse , que Velasquez trouva jouissant dans Rome d'une réputation aussi immense que méritée. Mais , pour s'être écarté de Raphaël , jamais il ne cessa d'être exact dans les proportions , ainsi qu'il le démontra victorieusement dans le portrait de l'infant don Fernand , dans les nus de sa Forge de Vulcain , dans le Jacob du tableau célèbre de la Tunique de Joseph , et surtout dans sa Remise d'une ville au marquis de Pesquera , qui est un véritable hommage à la philosophie de l'art. — Est-il ensuite quelqu'un qui l'ait surpassé dans les animaux, particulièrement dans les chevaux? Le Titien et Wandyck furent les seuls qui l'égalèrent dans le portrait ; mais Velasquez fut encore unique dans la disposition et la sage économie de ses touches , qui , données en maître , offrent en même temps une telle grâce et une telle délicatesse , que don Antoine Raphaël Mengs , parlant du tableau des Fileuses, dit : Lamain ne prenant aucune part aï exécution , il semble fait avec la seule volonté; et le suffrage de Mengs est un éloge. — Voilà ce qui constitue cette école de xMadrid , à la tête de laquelle brille l'illustre don Jacques Velasquez de Silva, l'honneur de son pays et la gloire des beaux-arts de tous les lieux ainsi que de tous les temps. M.
VERA (le frère Christophe de), peintre d'histoire, naquit à Cordoue en 077 , et paraît avoir appris sous Paul de Cespedes. Transporté en Castille , il se fit, le 5 juillet 1602 , hyéronomite au monastère de Lupiana, où il composa les huit Stations qui sont dans les angles du
cloître , ainsi que le Saint Jérôme , et la Madeleine qui sont dans l'église. — Ce peintre passait presque toutes les nuits à travailler, ce qui le fit mourir assez jeune , car les arts le perdirent le 19 novembre 162 1. S.
VERA (Jean de), sculpteur et peintre d'histoire, résidait à Baeza vers la fin du 16e. siècle, Il existe dans cette ville quelques peintures historiques signées de lui ; mais il se distingua le plus particulièrement dans la sculpture. Voyez son article au Dictionnaire de Sculpture. S.
VERA CABEZA DE VACA (François de), peintre de portraits , né àCalatayud, vers 1637. Lorsque don Jean d'Autriche fut à Sarragosse , Vera entra en qualité de page à son service. Joseph Martinez lui ayant donné quelques principes , et son maitre , don Jean d'Autriche , cultivant cet art avec passion , Vera fit de rapides progrès , particulièrement dans les portraits. Le prince retournant à Madrid , Vera lui demanda la permission de se retirer dans sa patrie , où il s'occupa toujours à peindre , jusques en 1700 qu'il mourut. Il fit, pour la salle capitulaire de la collégiale de Sainte-Marie, une Sainte Famille trèsestimée. V.
VERGARA (Eusèbe Marcellin de) , amateur , peintre et chanoine de la collégiale de Talavera de la Reine , où il mourut en 177 1. Ce respectable religieux exerçait en grand amateur la peinture , pour laquelle il avait l'intelligence et le manège d'un professeur. S.
VERGARA (Joseph), grand peintre d'histoire , de portraits , et fresquiste , le dernier artiste des Vergara valenciens, naquit à Valence le 2 juin 1726. A 7 ans il concourait déjà à l'académie d'Evariste Munoz , où tous les élèves travaillaient d'après le modèle. Vergara , de retour chez lui , copiait avec soin les principes de l'Espagnolet, Telle
fut la base sur laquelle se fondèrent les progrès qu'il fit depuis dans sa profession , et qu'il dut bien plus encore à son génie et à l'étude , qu'à l'enseignement qu'il reçut. — Le marquis de la Mina, revenant de son ambassade à Paris , arrive à Valence avec des équipages peints par Goypel.j à leur aspect, Vergara veut absolument imiter ce style , et y met tant d'application qu'il tombe gravement malade. Cependant , rendu à la santé , il continue ses études avec le même zèle , et adopte la manière de Paul Mateis. — Vergara ne perdait aucune occasion de s'instruire : jour et nuit il peignait, dessinait et faisait toujours des essais et des expériences, soit à l'huile, soit à la fresque ou en détrempe ; enfin , il était poursuivi du besoin de connaître tous les genres de peintures : aussi , comme il ne fut jamais oisif, de tous les peintres modernes, Vergara est celui qui , sans contredit , a laissé le plus d'ouvrages , tant publics que particuliers. — Il fit , entre autres , les portraits des ducs dHuescar , du père Molina , général de l'ordre de Saint-François, des évêques Philippe, Beltrand de Salamanca , de Joseph Clément de Barcelone , de Joseph Tormo de Orihuela , de Raphaël la Sala de Solsona , de Jean-Baptiste Cervera de Canarias , et de beaucoup d'autres personnages de toutes classes et des deux sexes. A la mort d'Evariste Munoz , il fit tous ses efforts pour établir une école publique de dessin à Valence , et ne laissa échapper aucun moyen pour y parvenir. Il ne parvint cependant à son but qu'en 1752, et c'est à cette époque seulement qu'aidé de son frère Ignace , il forma , sous le titre de Sainte-Barbe , une académie à l'instar de celle de Saint-Fernand. Il en fut nommé directeur, et présenta à cette assemblée, le 3o mai 1754 , un tableau représentant Mentor et Télémaque. Cet ouvrage est maintenant à l'académie de Saiut-Fcrnand.
— Vergara fut ensuite directeur de celle de Saint-Charles, et donnait tous ses soins aux élèves , pour lesquels il était d'une douceur sans égale. C'est dans l'exercice de cet emploi qu'il mourut à Valence, le 9 mars 1799- — Parmi ses nombreux travaux , on distingua ce qu'il fit à l'huile dans sa propre maison. C'est là qu'il donna l'essor à son génie , et fit un ouvrage des plus recommandables. Il sut rendre tous les effets de l'art qu'il avait étudiés de la manière la plus heureuse. — Sa dernière production est une Conception, que l'on plaça dans la librairie du couvent de Saint-François à Valence. Tout ce qui est sorti du pinceau de Vergara, se fait distinguer par la couleur et le dessin; mais ses figures n'ont rien du grandiose et des beautés de l'antique , qu'il ne connut que très-tard, ainsi que son frère Ignace. — Vergara donna , sur les peintres de son pays, plusieurs notes , dont la plupart ont servi pour ce dictionnaire. Il n'a rien ménagé non plus pour les progrès de l'art et l'instruction. — Il n'est point une église de Valence qui n'ait des produits de sa palette. On en voit aussi à Villareal , Àlcudia de Carlet , Chiva, Burchasot, Segorbe , Valide Cristo, Yecla, Teruel , Castellon de la Plana , Carthagène y etc. V.
VERGARA LE VIEUX (Nicolas de), peintre d'histoire , sur verre , et sculpteur , l'un des meilleurs artistes d'Espagne , lorsque les arts y étaient en honneur. — Vergara se fait distinguer par le grandiose de ses formes, par le goût délicat de ses accessoires , qui retracent les beautés de l'école florentine et romaine. Cependant on ne peut acquérir la certitude qu'il ait travaillé en Italie. — Le chapitre de la cathédrale de Tolède le nomma son peintre et sculpteur, en \ , laissant à sa charge le soin de faire peindre les vitraux de ce temple. Il conste que Vergara fit une partie de ce grand ouvrage , qu'il le suivit jusqu'à
sa mort , et que ses deux fils, Nicolas et Jean de Vergara ? le coutinuèrent. — Cette opération , aussi vaste que minutieuse , ne l'empêcha pas de donner ses soins à la peinture et à la sculpture. F Vergara, au Dictionnaire de Sculpture.
— Le même chapitre eut ensuite , en 1 564 •> l'intention de renouveler et d'ajouter quelques tableaux à son cloître. François Comontes et Isaac Helle furent chargés du renouvellement; Gaspard Becerra et Vergara , de l'addition.
— Ces grands artistes levèrent de suite les dessins de cet ouvrage , qui ne fut pas exécuté. — Après avoir mis son fils à la place que , pendant trente-deux ans , il avait remplie avec honneur , dans le chapitre , Vergara mourut à Tolède, le n août 1 5^4* f •
VERGARA LE JEUNE (Nicolas de), peintre , sculpteur et architecte, naquit vers i54o à Tolède. — Dans l'article précédent , nous avons dit qu'avec son frère Jean , il aida son père au grand œuvre de peindre les vitraux de la cathédrale, opération qui ne se finit qu'en i58o, à la satisfaction de tous les connaisseurs et du chapitre.
— jNous laisserons à l'article sculpture tout ce qui , dans cet art , a disthigué notre Espagnol , en nous bornant à dire ici , que , de tout ce qui se fit dans la cathédrale, depuis la mort de son père jusqu'à la sienne, qui eut lieu le n décembre 1606, rien ne s'est exécuté que sur ses dessins , ses plans et ses modèles de toute nature. — Il ne sera pas déplacé de rappeler encore ici que c'est dans les bras de Vergara que vint mourir , en 1679 , l illustre Fernandez Navarrete el iVIudo , qui avait choisi la maison de cet ami dans l'espoir d'y retouver la santé. M.
VEXES (Joseph), peintre d'histoire, aventurier, mais grand poëte ainsi que grand artiste. Il naquit à Madrid , y prit des leçons , et fut séjourner quelque temps en Italie , où il songeait plus à se divertir qu'à s'occuper.
II revint en Espagne et fixa son séjour dans la Rioja , où il mourut en 1782. — Vexes peignit à l'huile et à fresque la rotonde de la collégiale de Logrono j il développa dans cet ouvrage un dessin des plus corrects , une belle couleur et une facilité surprenante. Il fit aussi, pour le cloître du palais impérial , plusieurs sujets de la passion , quelques tableaux pour le monastère de Yuso à Saint- Millan de la Cogolla : ils représentent plusieurs traits de la vie du saint titulaire. On y remarque de l'harmonie et de la composition 5 mais on observe que , pour aller plus vite , il se servait d'estampes. — Vexes avait au surplus le défaut de ne travailler que selon l'argent qu'on lui donnait. Il ne s'occupa jamais de l'immense réputation qu'il aurait acquise s'il avait voulu cultiver son beau talent ; mais il préférait critiquer les travaux de ses contemporains , sans chercher à mieux faire. Aussi mourut-il peintre médiocre , lorsqu'il était né grand artiste. — Vexes était savant dans la poésie et dans l'histoire. M.
VICENTE (Barthélemi) , peintre d'histoire , de genre , paysagiste et fresquiste, né près de Sarragosse en 16/fO, vint à Madrid très-jeune et rempli de dispositions. Il apprit sous Jean Garreno , et il paraît certain que pendant 7 ans consécutifs il fut occupé à copier tous les beaux tableaux deFEscurial. Cette méthode lui fit acquérir la belle couleur vénitienne, qu'il préférait. Il l'employa pour les fonts baptismaux de la collégiale de Catalogne , d'après le tableau de son maître de la paroisse Saint-Jean de Madrid , et pour les fonts de la collégiale de Calatayud. Il fit aussi un Baptême du Seigneur qui est très-estimé. — Vicente , déjà bon peintre, revint à Saragosse , où il enseigna les mathématiques qu'il connaissait parfaitement , et composa , pour les particuliers, beaucoup de tableaux de chevalet , pariiculière-
ment des paysages, qu'il traitait de la manière la plus agréable. — Il mourut dans cette ville en 1700. Parmi les ouvrages publics qu'il laissa, on célèbre sa fresque du couvent des Augustins , le tableau du maître autel principal de Saint-Laurent , et la Prison de Saint Pierre , qu'on voit dansl'université. — Antoine Ponz assure qu'il existe encore plusieurs tableaux de \ icente dans le monastère de Saint- Jérôme du Prado , près Vailadolid. M.
VINCEÎST (Michel), peintre d'histoire, résidait à Madrid vers la fin du 17e. siècle. On trouve de lui plusieurs tableaux dans le couvent des Mercenaires Chaussés de Tolède , et l'on y distingue d'assez belles teintes , ainsi qu'un dessin assez régulier. M.
VICTORIA ( don Jean- Joseph Navarro , marquis de la) , peintre de genre, naquit en 1687. Soldat à 8 ans , il parvint par son mérite à être chevalier de l'ordre de Saint-Janvier, et capitaine général des escadres royales. — Je laisse à l'histoire de citer les faits militaires qui lui ont acquis le beau nom qu'il a porté. Je ne dirai rien de ses vastes connaissances , je le signalerai seulement comme un artiste d'un mérite rare. Je dirai avec plaisir que Philippe V, dans Séville , prenait plaisir à le faire dessiner en sa présence : je dirai de même que le seigneur don Gaspard de Jovellanos conserve dans sa collection deux précieux dessins de lui, datés de 1728; ils représentent de jolis paysages , avec des figures parfaitement disposées , et touchées d'une manière si originale que l'on pourrait les prendre pour des Callot ; en effet , si ces dessins , n'étant pas de Callot , sont de Navarro , il faut considérer ce dernier comme le meilleur dessinateur qu'ait eu l'Espagne de son temps. — Le marquis eut deux demoiselles (Marie Ignace, et Rosalie), qu'il instruisit et forma dans l'art de peindre. — Le sieur De Langara ,
VI 58possède les plus jolis ouvrages à l'huile des demoiselles et du père , qui mourut à Cadix , en 177 1 , âgé de 84 ans. M,
VICTORIA ( le chanoine don Vincent), grand peintre d'histoire et l'émule de Paul de Cespedes , tant par sa vaste érudition dans les humanités , l'histoire , l'antiquité, que par la théorie et la grande pratique dans l'art de peindre. Il naquit à Valence en i658 , où il fit ses premières études ; mais le goût décidé qu'il reçut pour la peinture , l'emporta sur tout. Après avoir appris les élémens, pour ainsi dire , de lui-même , il partit pour Rome où il entra dans l'atelier de Carie Maratte , le peintre le mieux famé de son temps. — Il étudia dès lors avec facilité l'anatomie , et tous les préceptes de l'art , copiant tout Raphaël, et les statues antiques. — Il a laissé une très-grande preuve de son mérite , dans l'église des religieuses de la Conception au Champ-de-Mars , car souvent on a attribué ce tableau à Maratte lui-même. Les talens de Victoria, son goût délicat, son érudition, et son affabilité le firent connaître et le rendirent recommandable parmi les antiquaires , les hommes lettrés et tous les amateurs des beaux-arts. Mais Victoria fut particulièrement distingué de Cosme III , grand-duc de Toscane , qui le nomma son peintre , et l'engagea formellement à se peindre lui-même pour qu'il vît son portrait placé dans la galerie des grands professeurs. — Il grava , pour le grand duc, le Raphaël deFoligno , et pour récompense, obtint un canonicat près de Valence , où il vint, et choisit hors de la ville une maison, qu'il rendit charmante par toutes les peintures dont il l'embellit , au rapport de son ami Palomino. — C'est là qu'il reçut de son ami Horace Albano , frère du pape , l'ouvrage du chevalier Malvasia intitulé : la Felsîna pitrice , où l'on rend peu
de justice au talent de Raphaël , ainsi qu à l'école romaine j, pour relever d'autant plus celle de Bologne. Notre chanoine , cédant aux instances de ses amis , prend la plume au nom de tous les grands peintres italiens , maltraités dans cet ouvrage , et fait paraître ses lettres depuis le i5 mars , jusqu'au 3 octobre 1679 î m" titula : Qsservazioni sopra il libro délia Felsina pitrice j il le dédia aux amans de la peinture , qui tous l'accueillirent p excepté Pierre Zanotti , peintre Bolognais , qui se présenta dans la lice , mais avec des armes bien inférieures à celles de son rival. — Les souvenirs de Rome et de ses amis lui rendirent peu agréable sa charmante résidence ; aussi la quitta-t-il vers la fin du 17e. siècle, qu'il reparut au palais. — Sa réputation devint telle à Rome , que le pape le nomma son antiquaire, et que tous les savans , les professeurs , les amateurs se faisaient un devoir de le consulter. Ce fut alors qu'il fit son Historia pictorica, dont sa mort, arrivée à Rome en 17 12 , a privé les arts. — L'académie de Florence , beaucoup de savans tant artistes que littérateurs , célèbrent les talens en peinture , l'érudition et le style de notre Espagnol. Dans le Sépulcre d'Ovide , on trouve un éloge qui fait beaucoup d'honneur à l'historien ; ses talens en poésie en font encore un sujet très - distingué. — Valence , Morella , Forçai brillent par ses ouvrages, et l'Italie en possède un grand nombre qu'on attribue à Charles Maratte ou à son école , sans citer jamais le célèbre chanoine * ictoria, Espagnol, qui cependant soutint avec tant d'énergie l'honneur de l'école italienne. V.
VIDAL (Denis ), peintre d'histoire , grand fresquiste , naquit à Valence en 1670 et fut élève à Madrid d'Antoine Palomino. Après avoir mis à profit les conseils de son maître , il retourna dans sa patrie , où il fut employé et
VI 589 où Palomino dans le voyage qu'il fit à Valence , en 1697, eut l'occasion de féliciter son élève sur quelques beaux tableaux d'histoire qu'il venait de terminer. Pendant le séjour de Palomino dans Valence , Vidal futchargé de peindre à fresque les voûtes de l'église de Saint-Nicolas. Il n'accepta qu'après avoir consulté son maitre qui lui donna un croquis. On trouve dans le Musée pittoresque de Palomino, tome 1 , folio 166, l'historique de ce que peignit Vidal. Les figures , les allégories , et les ornemcns symboliques . tous relatifs à la vie de Saint Nicolas de Bary , et de Saint Pierre martyr , titulaire de l'église , rendent cet ouvrage doublement célèbre pour l'invention du maître et pour l'exécution du disciple. — Vidal peignit aussi la voûte de la chapelle de Notre-Dame de Bon Conseil à Saint-Dominique, que depuis on a détruit. A Teruel on le chargea de peindre pour la cathédrale le monument de la Semaine Sainte , et pour les religieuses de Sainte- Claire , la voûte de l'église. — Il fut ensuite à Tortosé où il mourut avant de terminer la chapelle de Notre-Dame. On voit à Valence , à Teruel , à Vivel et à Campanar les oeuvres de Vidal. M.
VIDAL LE VIEUX ( Jacques ) , peintre d'histoire , naquit à Valmaseda, en i583 j ses parens lui firent suivre la carrière des lettres. Selon l'état qui correspondait à sa maison , le dessin entrait dans son éducation , et il s'y appliquait avec goût, lorsque , pour obtenir une prébende, îl fut à Rome où il suivit ses penchans pour la peinture, et revint à Séville. — Il avait en effet assez de correction et de couleur , ainsi que le prouvent les tableaux représentant l'unie Christ, l'autre la Vierge , qui par un arrêté du chapitre se placèrent , en 161 3, dans la cathédrale. — Vidal mourut jeune à Séville le 3o décembre 1 é 1 5 ; et s'il est surnommé le Vieux, c'est pour le distinguer de
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son neveu qui eut les mêmes noms et eut aussi une prébende dans la même cathédrale. Pacbeco cite avec éloge des dessins de Vidal le Vieux , qu'il prétend avoir vus. V.
VIDAL DE LIENDO(Jacques),ouVIDAL LE JEUNE, peintre d'histoire , pour le distinguer, comme je l'ai déjà dit, de sou oncle , naquit de même à Valmaseda , en rGos 5 il paraît qu'après avoir eu quelques principes de son oncle , il fut ainsi que lui à Rome pour y recevoir une prébende \ mais dans cette capitale il apprit à surpasser son maître en couleur et en dessin, comme on peut le juger par les tableaux de la sacristie de la cathédrale de Valence qu il peignit en maître. — Cet ouvrage capital représente un Christ, la Vierge, Saint Jean l'évangéliste , la Madeleine, Sainte Catherine, Sainte Inès, Saint Jean-Baptiste , et Saint Pierre apôtre. Le faîte est couronné par Saint Michel triomphant du Démon , copie de celui de Raphaël , gravé par Marc Antoine; toutes ces figures sont de grandeur naturelle. Vrdal mourut à SévilJe le 9 août i64$ » en laissant une belle collection de tableaux, de dessins et d'estampes. V.
VIDAL (Joseph) , peintre de genre et de batailles , né h Vinaroz , apprit l'art sous Etienne Mardi à Valence; il concourait à l'académie de cette ville et s'y distinguait par son mérite et sa facilité dans le genre de son maître. Vidal eut un fils qui porta ses noms, voulut l imiter et ne put y parvenir. V.
VILA ( Laurent) , peintre d'histoire et de genre , naquit à Murcie , en i683 ; et son père , Senen V iJa , après lui avoir fait faire d'excellentes études , lui apprit Part de peindre , dans lequel il sut presque l'égaler. Le sculpteur du roi , Nicolas Busi , s'étant fixé à Murcie , Vila se lia d'étroite amitié avec lui , en apprit à modeler en argile et en cire , et copiait à l'huile toutes les sculptures de son ami. — Vila fit de tres-jolis tableaux , tant publics que
particuliers. Parmi eux ou distingue une grande Sainte Famille qui occupe tout le fond du réfectoire du collège de Sainte-Fulgence , àMurcie. — Vila mourut jeune dans cette ville, en 17 13. V.
VILA SENEN , peintre d'histoire , l'un des bous peintres que produisit Valence à la fin du 17e. siècle , fut élève d'Etienne Mardi, et suivit exactement tous les cours acade'miques qu'il y avait dans la ville \ il fut très-lié avec Conchillos, en 1678, et s'établit à Murcie, où il jouit d'une réputation assez heureuse, car on l'y chargea de beaucoup d'ouvrages pour les églises, elles couvens, qu'il termina toujours à la satisfaction des intéressés. — Vila mourut en 1708. Outre un dessin correct, il avait l'iuvention facile, l'intelligence de lanatomie, était très-bon humaniste, et surtout très-versé dans l'histoire sacrée ainsi que profane. Aussi, tous les sujets qu'il traitait, les représentait-il avec une exactitude des plus austères , tant pour les personnages que pour les costumes. — Ses ouvrages sont particulièrement à Murcie , à Carthagène et à Villanueva de la Xara. V.
VILADOMAT (Antoine), peintre d'histoire , de genre, de batailles, et fresquiste, le meilleur de tous les artistes qu'eût en son temps l'Espagne, selon ce qu'aimait à répéter Raphaël Mengs , dès qu'il eut été à même de juger ses ouvrages. — Viladomat naquit à Barcelone le 12 avril 1678, commença sous Paschal Baylon , professeur de peu de talent , et fut ensuite pendant neuf ans disciple de B. Perramon , qu'il surpassa. — Il donna les premières preuves de son talent par des tableaux qu'il fit pour les Jésuites de Tarragone. Bibiena suivant l'archiduc Charles en Catalogne, Viladomat prit de lui des leçons d'architecture et de perspective, et, ce qui lui fit faire de grands progrès dans ces deux branches , ainsi qu'on peut le voir
par ses fresques chez les religieuses Junqueras de Tarragone , et par le maître autel .qu'il exécuta pour les Carmes Déchaussés de Barcelone. — Viladomat , recherché par tout le monde, était chargé de tous les ouvrages, tant publics que particuliers , non-seulement à Barcelone , mais dans toute la Catalogne -, c'est ainsi qu'il fut occupé jusqu'à 60 ans qu'il s'arrêta, car, à cet âge, il lui vint dans les mains un tel tremblement , qu'il ne put continuer ses travaux. — Viladomat mourut dans ce triste état le 19 janvier 17 55. Don Nicolas Rodriguez Laso , ami des arts j fit graver sur la tombe de Viladomat , trente ans après sa mort, une éloquente inscription que les critiques ont approuvée. On peut dire, à l'avantage de Viladomat, que tous ses progrès, il les dut à lui seul : ear, près des deux maîtres qu'il eut , il n'apprit qu'à broyer les couleurs et à préparer les toiles. Son esprit lui fît acquérir une invention facile ; et ., par ses études suivies sur la nature , il devint correct, vrai , expressif , coloriste , frais et harmonieux ; en même temps il parvint à posséder un style arrêté avec sagesse et sans rien de maniéré. — Il donnait de la nouveauté à ses paysages , peignait parfaitement les portraits , et les batailles encore mieux. — Tous les peintres de France et d'Italie qui ont eu occasion de venir en Espagne , ont célébré les œuvres de Viladomat. — Tarragone , Barcelone , Monte-Alègre , Mataro , Valdebron, Mont-Serrate , Sarria Moya \ Berga , possèdent une grande partie des productions de Viladomat. V.
VILADOMAT (Joseph), peintre d'histoire, fils et élève d'Antoine Viladomat , mourut en 1786 à Barcelone , sa patrie , où il a laissé plusieurs ouvrages , tant particuliers que publics , tels que huit tableaux sur la vie de Saint Thomas d'Aquin , qu'il fit pour le séminaire épiscopal , mais dont je ne parle que pour la forme. V,
VI 393 VILLÀCIS (Nicolas de), amateur et fresquiste, né à Murcie , eut une telle inclination pour la peinture , qu'il commença de très-bonne heure à dessiner et à s'amuser avec des couleurs, chez un peintre assez médiocre de la même ville. Ses talens se développèrent avec assez de vigueur pour que ses parens prissent la détermination de l'envoyer à Madrid , à l'école du célèbre Velasquez de Silva. Ses progrès furent rapides , et correspondirent aux leçons d'un aussi grand maître. Jaloux de se perfectionner encore , il fut à Rome , et tira tout le fruit possible de ce voyage artistique. — Au lieu de revenir à la cour succéder à Velasquez , comme il pouvait y prétendre , il se retira dans son pays pour y jouir tranquillement de sa fortune. La peinture n'était pour lui qu'un noble délassement , car il refusa même de venir à Madrid pour y recevoir la qualité de peintre du roi. — Il était riche , et, par cette raison, peignit très-peu pour le public. Cependant il se chargea de faire les fresques de la chapelle majeure du couvent de la Trinité 5 mais il mourut au milieu de l'ouvrage. — Il avait aussi peint auparavant, dans le couvent de Saint-Dominique, une fresque considérable. On reconnaît , dans ses ouvrages , le goût qu'il avait pour l'architecture et la perspective. — Villacis, qui mourut à Murcie, en 1690 , avait une intelligence particulière , beaucoup de correction , et un goût des plus épurés. M.
VILLAFRANCA MALAGON (Pierre de ) , fresquiste , graveur en taille-douce, et peintre, naquit dans Alcolea de la Manche , et apprit les élémens à Madrid , sous Vincent Carducho. Dès qu'il fut avancé dans le dessin il se mita graver en taille-douce , et fit , dans cet art , des progrès dont je rendrai compte à son article du Dictionnaire des Graveurs. — ïl reçut en 1660, du prieur de Saint-Philippe-le-Royal, à Madrid , 20,000 réaux , pour ce qu'il avait peint dans le grand
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autel , pour les fêtes de la canonisation de Saint Thomas de Villeneuve. — On ignore le temps de la mort de Villafranca 5 mais il existait encore en 1680. M.
VILLAFUERTE DE ZAPATA (Jérôme), amateur, gentilhomme et garde -bijoux de Philippe IV, résidait vers i63o à Madrid : il y était on ne peut plus estimé des artistes, pour la pureté de son dessin et pour le talent particulier qu'il avait à faire des montres et des machines» — Villafuerte sut réunir une nombreuse collection de tableaux dont il orna sa maison.
VILLAMOR (Antoine) , peintre d'histoire et fresquiste , naquit en 1661 dans Almeyda de Sayago, évêché de Zamora , et apprit l'art à Valladolid , sous ses oncles Jacques et André Villamor. A la mort de ce dernier , Antoine s'établit dans Salamanque , où il peignit beaucoup d'ouvrages tant à fresque qu'en détrempe et à l'huile. 11 avait plus de pratique que de savoir. On a de lui plusieurs tableaux dans les chapelles de Notre-Dame et de Notre- Seigneur au couvent des Dominicains. — Villamor mourut en 1729 à Salamanque , regretté de tous les pauvres dont il avait un soin particulier. M.
VILLAMOR ( Jacques et André , frères ) , peintres d'histoire , étudiaient à Valladolid leur profession , sous Valentin Diaz ; tous deux furent de grands défenseurs des prérogatives des peintres. M,
VILLANUEVA (le père Antoine), peintre d'histoire, naquit à Lorca, le 3o août 1714* S°n père, sculpteur, lui enseigna le dessin avec assez de succès pour que très-jeune il se mît à peindre dans Orihuela , où bientôt il acquit de la réputation. — Il fit beaucoup de tableaux pour le couvent de Saint-François à Valence, et dans quelques autres villes de la province. Quoique maniéré, il est des amateurs
VI 395 qui font cas de son style, pour les bonnes maximes qui en sont les bases. Il fut, le 9 octobre , reçu membre de l'académie de Saint-Charles où Ton voit de lui un tableau de mérite , représentant les trois arts libéraux. — Villanueva mourut à Valence, le 27 novembre 1785, regretté de tous les jeunes gens dont il était le maître et le père. — Ses ouvrages publics sont à Valence, à Aguasaltas à Buzot, à Alicante , à Hellin , à Requena , à Ontiniente , à Orihuela et dans plusieurs autres villes du royaume de Valence, fft
VILLAUMBROSA (la comtesse de ), amateur, résidait à Madrid au milieu du 17e. siècle ; elle faisait parfaitement le portrait.
VILLAVICENCIO (Pierre de). Voyez Nunez de Villa vicencio (Pierre de).
VILLEGAS M ARMOLEJO (Pierre de), célèbre peintre d'histoire, naquit à Séville en i520. — Dire qu'il fut grand ami du fameux Arias Montano, c'est déjà faire son éloge. — Villegas eut un mérite si distingué que la plupart de ses productions ont long-temps passé pour être du célèbre Pierre de Campana , particulièrement celle du maître autel de la Visitation de Notre-Dame dans la cathédrale de Séville , et surtout son fameux Saint Lazare , vêtu d'un habit pontifical . On remarque, dans les œuvres de Villegas , le dessin , la noblesse, le décorum , la composition, les attitudes, les raccourcis et l'expression. Il possédait enfin toutes les parties de l'art , de manière à mériter d'être classé , comme il l'est , parmi les plus grands artistes de l'Andalousie. Il fit aussi pour la paroisse Saint- Laurent une Annonciation , et une Vierge aux pieds de laquelle il fut enterré. On remarque dans cette chapelle l'épitaphe que fit Montano pour Villegas. S.
VILLOLDO (Jean de) , grand peintre d'histoire, neveu