‹ Dictionnaire des proverbes françaisChapitre 1 sur 335 · QUAI DES AUGUSTINS, N · texte numérisé non relu

QUAI DES AUGUSTINS, N

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JLes mots sentence, adage et proverbe ont de nombreux rapports; mais voici en quoi ils ditïèrent.

Les proverbes de Salomon étaient des sentences , c'est-à-dire , des paroles qui portaient un grand sens.

Le proverbe renferme une vérité naïve, tirée de l'observation; Y adage rend, par la tournure, cette vérité piquante.

L'adage, comme on le voit, rentre dans le proverbe.

Le mot adage a cessé d'être en usage; et, par proverbe, on entend en général une sentence populaire et commune.

Mais comment ces sentences ont-elles pu passer débouche en bouche, et ainsi se perpétuer? — Parce que leur justesse était frappante.

Ajoutez que beaucoup de proverbes sont antérieurs à l'invention de l'imprimerie, et remontent par conséquent à une époque où il était difficile d'acquérir des connaissances.

La plupart des proverbes anciens sont rimes. On chantait des vers dans les repas; ce qu'il j avait de saillant était recueilli par l'un ou par l'autre.

La langue française , que l'on accuse d'être si verbeuse, n'a rien à envier aux autres langues pour la précision de ses proverbes. Peu et bon. — Pair et peu. — Qui doit a tort. — Patience passe science.

— A bon chat bon rat^ et quantité d'autres proverbes, sont renfermés dans trois ou quatre mots.

La mythologie a fourni quelques proverbes; par exemple : C'est le tonneau des Danaides. — C'est la toile de Pénélope. — Une voix de Stentor.

On en a aussi tiré de l'apologue, comme : Jeter le manche après la cognée. — Réchaujfer un serpent dans son sein. — Cest la mouche du coche.

Beaucoup de proverbes font allusion à des traits d'histoire; telles sont les expressions : Coup deJarnaCj paHage de Montgomerj.

On en a emprunté aux arts , notamment à la navigation, comme Avoir le vent en poupe; à l'art militaire, comme Baisser la lance; à la vénerie, comme Faire le chien couchant. — Rompre les chiens. La serrurerie nous a donné ; Mettre les fers au feu. — Battre toujours la même enclume.

IjCS animaux domestiques ont aussi enrichi le langage proverl)ial. Ne dit-on pas. Emporter le chat;

— Prendre la chèvre ; — Hurler avec les loups ? Trop prodigués , les proverbes se nuisent mutuellement; c'est au goût à en régler l'emploi.

JjCS proverbes ne tiennent pas mal leur rang dans les épigrammes; ils y peuvent être semés de bonne grâce, et même quelquefois en former la pointe.

Jamais livre ne fut reçu avec plus d'admiration

que les Adages d'Erasme : les uns l'appelèrent la Muse attique y les autres la Corne d' abondaîice , un Trésor de bonnes choses. Charles Dumoulin, citant ces Adages y en prend occasion de donner le titre de grand à Erasme.

La première édition des Adages d'Erasme est de l'année i5oo; elle contient huit cents proverbes, tant grecs que latins. Erasme, pendant plusieurs années, rapporta toutes ses lectures aux adages. L'édition qu'il donna en i5o8 contient trois mille trois cents proverbes, et celle de iSiy quatre mille cent cinquante-un.

Érasme croyait être le premier qui eut écrit en latin sur les proverbes , lorsqu'il apprit que Polydôre- Virgile avait traité cette matière. Il y a entre les deux ouvrages une très grande différence, et celui de Polydore-Virgile est court : il parut en 1 598.

Muret , quoique tjès grand critique , n'avait pas une grande estime pour les proverbes. Vaugelas, Perrot d'Ablancourt, Nicole, ne les aimaient pas non plus; et le P. Bouhours les a comparés à ces habits antiques qui sont dans les garde-meubles des grandes maisons, et qui ne servent qu'à des mascarades ou à des ballets.

Ce jugement sévère a été infirmé par le Diction' naire de Trévoux. Voici le passage : (( Je suis de l'opinion de Cardan , lorsqu'il dit en ses livres de Sapientid y que la sagesse et la prudence de chaque nation consistent en ses proverbes. »

Senecé exprime la même pensée. « Quoique cer-

tains esprits, dit -il, qui se croient supérieurs, veuillent renvoyer au bas peuple les proverbes, il est hors de doute qu'ils contiennent la quintessence du bon sens. »

Guillaume Penn , dans son ouvrage intitulé : Fruits de l'amour d'un père , dit : (( La sagesse des nations est renfermée dans leurs proverbes ; recueillez-les et apprenez-les, ce sont de bonnes leçons et des directions utiles dans le cours de la vie ; ils disent beaucoup en peu de mots, épargnent la peine de trop parler, et dans bien des cas sont la réponse la plus propre, la plus significative et la plus sûre qu'on puisse faire aux gens. »

Le sage Franklin pensait de même. Pendant vingt-cinq ans il publia des almanachs où il plaçait des conseils d'économie et des leçons de bienfaisance et de justice, qu'il assaisonnait de proverbes. Lui-même a réuni ces conseils dans un ouvrage intitulé : Science du bon homme Richard.

Les proverbes faisaient l'ornement de notre littérature il y a six cents ans. Les poètes divisaient assez souvent une pièce de vers par couplets, et chaque couplet finissait par une sentence ou proverbe.

Rabelais fut trop prodigue de proverbes, et Jean- Antoine de Baïf, qui le suivit de près, publia un Traité ( les Mimes , Ensei^nemens et Proverbes , Paiis, I 576, m-i a) tout-à-fait propre à en dégoûter la nation.

I^a Comédie des Proverbes , parle comte de Crainail, Paris j i6i6, est farcie de proverbes si vul-

gaireSj qu'il serait aujourd'hui impossible d'en soutenir la lecture.

« Si tu y avois seulement pensé, dit Philippin (valet de cette comédie) , je ferois de ton corps un abreuvoir à mouches, et je te montrerois bien que j'ai du sang aux ongles. »

Alaigre (autre valet).

Je le crois, mais c'est d'avoir tué des poux. LiDiAs (amoureux).

La paille entre deux, sus, la paix à la maison. Je n'aime pas le bruit si je ne le fais ; je veux que vous cessiez vos riotes, et que vous soyez comme les deux doigts de la main. Alaigre, vous faites le Jean Fichu l'aîné, et vous vous amusez à des coques si grues et des balivernes. Je veux que vous vous embrassiez comme frères , et que vous vous accordiez comme deux larrons en foire, et que vous soyez camarades comme cochons. »

Mais Molière remit les proverbes en honneur; et nous lui devons : Qii allait-il Jaîre dans cette galère?

— Poivre de ménage. — Rengainer un compliment.

— Tu Vas voulu, Georges Dandin ; et plusieurs autres façons de parler qui tiennent lieu de proverbes.

Et par le prompt effet d'un sel léjouissant, Devenir quelquefois yjrot'e/'èe.y en naissant.

(BoiLEAU. )

Les proverbes , toutefois , sont exclus du genre sérieux et relevé.

On appelait autrefois jouer aux proverbes , faire

quelque geste on représentation qui expliquât un

proverbe.

Cloris HP joue à rien, si ce n'est au proverbe.

(Sarazin.)

Vers le milieu du dix-huitième siècle on perfectionna cette espèce de jeu. Un des plaisirs de la haute société' était de choisir un proverbe, et, sur ce proverbe , de bâtir à Timproviste un canevas qui devait être rempli par plusieurs personnages.

Madame d'Epinay, dans sa Correspondance, s'égaie aux dépens du célèbre David Hume , que les jolies femmes de Paris avaient jugé propre à ce genre d'amusement. (( 11 fît, dit-elle, son début chez madame de T*** ; on lui avait destiné le rôle d'un sultan assis entre deux esclaves , employant toute son éloquence pour s'en faire aimer; les trouvant inexorables , il devait chercher le sujet de leurs peines et de leur résistance : on le place sur un sofa entre les deux plus jolies femmes de Paris ; il les regarde attentivement , il se frappe le ventre et les genoux à plusieurs reprises, et ne trouve jamais autre chose à leur dire que : Eh bien! mesdemoiselles,

eh bien! vous voilà donc — Eh bien! vous voilà

vous voilà ici? Celte phrase dura un quart d'heure, sans qu'il pût en sortir. Une d'elles se leva d'impatience : Ah î dit-elle, je m'en étais bien douté, cet homme n'est bon qu'à manger du veau! »

Par proverbe dramatique , on entend maintenant des scènes dialoguées , qui développent une vérité passée eu proverbe, ou dont l'intrigue cojiduit à

faire dire aux auteurs une phrase proverbiale ; en sorte que cette vérité ou cette phrase se trouve placée naturellement à la fin de la dernière scène.

Carmontelle, lecteur du feu duc d'Orléans, nouk a laissé dix volumes in-3' de pièces de ce genre; les six premiers parurent en 1768; les deux suivans, vers I jS'6, et les deux autres après sa mort, en 1 8 1 1 . M. C. de Méry, chevalier de la Légion-d'honneur, a joint à la réimpression des huit premiers volumes (Paris, Delonchamps, 1822), une Dissertation historique et morale sur les proverbes, et une Table explicative de l'origine et du sens des proverbes traités par Carmontelle.

M. Gosse, membre de la Société Philotechnique, est l'auteur de deux volumes m-8°de Proverbes dramatiques, qa\ ont paru, en i8ig,chez Ladvocat, libraire, à Paris. Dans un Avant-propos, M. Gosse combat le préjugé d'un grand nombre de personnes sur son devancier. « Elles pensent, dit-il, que Carmontelle n'écrivait pas bien, accoutumées comme elles le sont au style à effet, aux termes ambitieux, à la recherche continuelle de l'esprit, au clinquant des mots, au cliquetis des antithèses; tout ce qui est naturel leur paraît trivial ; tout ce qui est vrai leur parait commun. »

Deux autres volumes in-8° de Proverbes dramatiques, imprimés par Le Normant , à Paris, en 1 828, sont l'ouvrage d'un homme du monde, M. Théodore Leclercq. Comme dans ceux de Carmontelle, il y a de la galté sans indécence, du naturel, et le ton de la bonne compagnie.

En i654, on dansa à la cour le ballet des ProverheS;, composé par Benserade. La scène changeait de face à tous les proverbes. En voici le sujet : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée» Ce ballet était divisé en deux parties : dans la première partie^ pour la première entrée , on personnifiait le proverbe : A petits merciers y petits paniers ^ pour la seconde entrée , jamais amoureux honteux n'eut belle amie; pour la troisième, un fou en amuse bien d'autres ; pour la quatrième, tout ce qui reluit n'est pas or; pour la cinquième , tel menace qui a grajui peur; pour la sixième, entre deux vertes une m,ûre; pour la septième , à gens de village trompette de bois; pour la hnilihmQ y V occasion fait le larron; pour la neuvième , // vaut mieux être seul quen mauvaise compagnie ; pour la dixième, on se traite de Turc à Maure; pour la onzième, ce qui vient de la flûte s'en va au tambour; et pour la douzième , à bon vin bon cheval. Dans la première entrée de la seconde partie, on personnifiait les armes de Bourges; dans la seconde entrée, à vaillant homme courte épée; dans la troisième, a beau parler qui n'a cure de bien faire ; dans la quatrième, quand les enfans dorment les nourrices ont bon temps ; dans la sixième, le jeu n'en vaut pas la chandelle; dans la septième, // n'est pas si diable qu'il est noir; dans la huitième, chacun cherche son semblable; dans la neuvième, // n'est de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre; dans la dixième , après la panse vient la danse; et dans la onzième, les Espagnols^ inventeurs des proverbes.

Mis en comédie et en ballet dans le dix-septième siècle, les proverbes furent aussi la matière d'un sermon.

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