‹ Dictionnaire des proverbes françaisChapitre 117 sur 335 · Ç)2 GUI · texte numérisé non relu

Ç)2 GUI

GUILANEU,

Ou même giiilanleu, par corruption, pour gui l'an neu ( gui l'an nouveau ).

Ce cri consacré à la demande des étrennes dans plusieurs parties de la France , notamment dans les cidevant provinces d'Anjou, du Maine, de la Normandie et de la Picardie , est une trace des usages des Celtes , autrefois maîtres de notre pays.

Les Celtes ou Gaulois commençaient l'année par la lunaison de décembre. Les druides , qui étaient leurs prêtres , allaient à cette époque cueillir le gui de chêne en grande cérémonie :

Ad 'viscum , visciim druidœ cantare solebant.

( Ovide. )

a Persuadés, dit Pline le naturaliste, que tout ce qui naît sur le chêne venait des cieux, ils (les druides) allaient dans une forêt , y dressaient avec du gazon un autel triangulaire au pied du chêne où ils avaient remarqué du gui. Un de ces prêtres , vêtu d'une tunique blanche , coupait le gui avec une serpe d'or, tandis que deux autres le recevaient dans un linge. On distribuait le gui comme étrennes. C'était à la fois un préservatif contre les sortilèges, et un remède pour plusieurs maladies. »

L'an noi de la fondation de Rome, cinquante-deux ans avant Jésus-Christ, la Gaule fut soumise par Jules César. Les Romains s'y maintinrent pendant quatre cent soixante-seize ans. Vint ensuite le régime des Francs. ( Voyez Étrenne. )

GUILDOU. {Courir le)

C'est-à-dire, fréquenter les lieux de débauche; du bas latin gilda , gildonia , société, assemblée.

Dans le Glossaire de Ducange , après les mots gildales societateSf on trouve un décret du concile de Worcester de l'année 1240 , qui défend aux ecclésiastiques d'assister liidis inhonestis , et de souffrir nec palœslras public as Jîeri ^ nec gildales inhonestas.

Courir le guildou a pour synonyme aller dans un lieu dont le nom vient du latin bordalium j lequel a été traduit par bordeau , bordel.

Le Glossaire de Ducange contient cet autre passage : Nostros vocem bordel usurpasse pro lupanari^ docuimus ad Joinvillum pag. 63 quod meretrices ut plurimîim in domnunculis de nullius momenti œdibus habitent.

C'étaient donc de chétives maisons, au bord , à l'entrée d'une ville , que les anciens lieux de débaucbe.

Un des premiers règlemens du règne de Louis viii concerna ces maisons.

Louis IX les prohiba ; mais voyant que son ordonnance n'opérait pas le bien qu'il s'en était promis, il assigna des rues aux femmes qu'on appelait amoureuses, folles de leur corps.

Philippe-le-Hardi supprima, en la-ya, les lieux de débauche.

Charles v (le Sage), en i358, voulut qu'on exclût les femmes publiques de certaines rues.

Charles vt leur assigna les rues où elles pourraient demeurer.

En 138-7, le prévôt de Paris rendit une ordonnance qui chassait les femmes publiques de la rue Brise-Miche, à la requête du curé de Saint-Merri, et attendu l'indécence de la proximité de leur domicile d'une église et d'un chapitre. Des bourgeois à qui ce voisinage faisait au contraire plaisir, réclamèrent. Le parlement, en

i388, aclnilt leur réclamation, et débouta le curé de ses prétentions, sauf à prononcer définitivement, au carême prochain, sur les nouvelles raisons des parties. Les filles amoureuses gagnèrent leur cause, en objectant que si on les chassait de la rue Brise-Miche, à cause du voisinage d'une église, il faudrait les chasser de Paris, où l'on comptait plus d'églises que de rues.

Charles vi , se trouvant à Toulouse, dispensa les filles de joie du Ghâtel-Vert de cette ville de porter certains chaperons et cordons blancs , pourvu qu'elles eussent à leur bras une jarretière d'une couleur différente de celle de leur robe.

L'an 14^41 sur ce que de jeunes débauchés insultaient souvent la maison du Châtel-Vert , les capitouls s'adressèrent à Charles vu pour la mettre sous sa protection; ce qu'il accorda.

La requête des capitouls paraîtrait aujourd'hui singulière : ces magistrats représentaient que certaines gens de mauvaise vie entreprenaient d'aller casser les vitres de cette maison , sans aucune crainte de Dieu : Non verentes Deum.

Jean de Troyes, auteur de la Chronique scandaleuse, dit que le 4 «'^oût i465, il arriva à Paris deux cents archers à cheval, à la suite desquels étaient huit ribaudes, et un moine noir, leur confesseur.

Dans l'acte des coutumes de Narbonne, il est dit que le consul et les habitans avaient l'administration de toutes les affaires de police, et le droit d'avoir une rue chaude j c'est-à-dire un lieu public de prostitution.

En if)6i , les états tenus à Orléans chassèrent, au contraire , de toute la France les entremetteurs et entremetteuses, et ordonnèrent à cet effet aux. juges du royaume de ^ sévir rigoureusement contre ceux

qui tiendraient et supporteraient les mauvais lieux.

En i586, Henri m défendit de louer des appartemens aux filles publiques, sous peine d'amende , et dé perte de la maison.

A l'époque où certaines rues étaient affectées aux: filles publiques, elles ne pouvaient pas exercer ailleurs et même chez elles. Le matin à dix heures , elles se rendaient dans leur clapier^ et en sortaient dès qu'on sonnait le couvre-feu, c'est-à-dire à six heures du soir en hiver, et entre huit et neuf en été.

Vers la fin de 1763, on publia un ouvrage intitulé : Police sur les mendians , les vagabonds , gens sans a^/eu, joueurs de profession, intrigans, et sur les Jîlles prostituées , qui est rempli de vues utiles. On y trouve un chapitre entier consacré à exposer les dommages causés a la population par les Jîlles de débauche.

En 1 769, Pxétif de la Bretonne mit au jour un volume //z-8° de 368 pages, intitulé le Pornographe (de deux mots grecs, Tropvn, prostituée, et ypct:poç, écrivain), ou Idées d'un honnête homme sur un projet de i^églement pour les prostituées , propres a prévenir les malheurs qu'occasionne le publicisme des femmes ^ avec des notes historiques et justificatives. L'ouvrage est divisé en huit Lettres principales. Dans l'une d'elles , on voit une vive peinture des horreurs qu'occasionne la prostitution ; dans une autre, l'auteur expose comment diminuerait l'abus que les lois tolèrent , et répond aux objections qu'il présume pouvoir lui être faites.

La seconde édition du Pornographe , qui porte la date de 1776, contient 492 pages. « Commander aux hommes ce qu'ils ne peuvent exécuter qu'avec de grands efforts et des combats continuels, c'est, dit Rétif de la

Bretonne , leur prescrire ce qu'ils ne feront pas longtemps, ou point du tout.... Les lois même les plus sévères, auraient-elles assez de force pour garantir de la violence un sexe qui met sa gloire à faire naître le péril, mais qui craint de le partager? Une foule d'étrangers inondent les grandes villes; ils ont quitté leurs connaissances et leurs maîtresses, mais les désirs les suivent: ils s'enflamment à la vue du premier objet, avec d'autant plus de facilité, que le beau sexe des capitales est plus séduisant, plus coquet.»

Un des grands avantages du règlement que propose l'auteur, est que les babitans de la campagne ne songeraient guère à venir chercher des plaisirs hors de leur portée. « Il n'y aurait donc, dit-il, que nos libertins; mais comme ces gens-là sont déjà perdus pour la patrie , le lieu public, en leur donnant certaines facilités, ne fera que les éloigner de plus en plus du dessein de corrompre la sainteté des mariages....»

M. Peyssonnel, ancien consul de France à Smyrne, qui publia en 1782, à Paris, sous le voile de l'anonyme , les Numéros y quatre parties i/z- r 8 , de 2 1 4 , 161, i-yS et 148 pages, parle des maux que les femmes publiques versent sur tous les ordres de la société, et ajoute : « Malheureusement on ne pourrait anéantir entièrement ce vice dans l'ordre civil , qu'en extirpant la racine du besoin dans Tordre physique; mais je crois que , si le gouvernement voulait donner à cet important objet toute l'attention qu'il mérite, et en faire une branche réelle et sérieuse d'administration, il ne serait pas impossible de trouver une forme convenable qui rendrait ce vice moins scandaleux pour la rehgion et les mœurs , moins ruineux pour les fortunes des particuliers, moins dangereux pour la santé publique.»

Une ordonnance de police rendue par M. Le Noir, en l 'j'jH , faisait défense à toutes les filles et femmes de débauche de raccrocher dans les rues, même par les fenêtres, sous peine d'être rasées et renfermées à l'Hôpital. Pour le maintien de cette ordonnance, le guet, de temps en temps, enlevait des fdles publiques et les conduisait à la prison de Saint-Martin. Après un jugement public , dans une des salles du Châtelet , elles étaient conduites à l'hôpital de la Salpêtrière, où on leur donnait un habit de bure après avoir fait roupcr leur cheveux.

(Voyez Jii bordeau les belles Jîlles.^

GUILLE. (// n'y a ne barat ne)

C'est-à-dire , il n'y a aucune espèce de tromperit\

Nos pères, pour exprimer tromperie, employaient plusieurs mots qui ont cessé d'être en usage ; guillc et barat sont de ce nombre.

Qui croit de guiller Guilloty Guillot le guille ; qui a intention de tromper est lui-même trompé.

GUIMPER.

Mettre en religion, enfermer dans un couvent, faire prendre la guimpe. Que ne la guimpe z-vous ? {JAplUTE' ROCHE, Bourgeoises de qualité.)

La guimple , par abréviation, guimpe, venant du bas \dX\n guimpa ou vimpa, est un fichu carré dans sa partie inférieure, et échancré du haut, qui ceint le menton , et va au-dessus des oreilles se réunir à un bandeau.

Sous un menton Ce morceau mignon Fait de toile de linon.

De Cupidon Est l'étendard et le guidon.

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