LAN
Lambiner.
Le style de Denis Lambin , professeur au Collège de France, au milieu du seizième siècle, est lent et diffus: ses ennemis le caractérisèrent par le mot lambinery qui est resté dans la langue.
Lambin a laissé des commentaires sur Lucrèce , Cicéroriy Plante, Horace et Cornélius Nepos. Lambin.
Lambin, mon barbier et le vôtre, Base avec tant de gravité, Que tandis qu'il coupe un côté, La barbe repousse de l'autre.
( De Caiily. )
Langue.
Sa langue va comme un cliquet de moulin, dit-on d'un babillard. A cette expression triviale répond celle des anciens, Architœ crépit aculum ^ le bochet d'Arcliitas. Ce pbilosopbe avait inventé , pour l'amusement de l'enfance, une espèce de hocbet qui rendait des sons de lui-même.
Lanterner.
Ce mot est de Rabelais.
Rabelais avait été moine, et l'babit monastique qu'il quitta pour prendre celui de prêtre séculier devint le sujet de ses plaisanteries.
Les moines, pendant le temps de l'oraison, relèvent leur capucbon et s'en couvrent la tête; ainsi relevés, ces capuchons ressemblent à des dessus de lanterne; de là , lanterner y perdre le temps en des choses de rien : Piabelais n'était pas dévot.
LANTERNES. (Faire croire que des vessies sont des)
Le proverbe italien est plus ingénieux : Faire croire que les vers luisans sont lanternes.
33o LAN
Le chirurgien Daran est l'inventeur des bougies ou sondes en gomme élastique pour les maladies de l'urètre. Une dame demandait au marquis de Bièvre ce qu'était Daran. C'est un homme singulier, répondit le calembourdiste (i), qui prend nos vessies pour des lanternes.
On fait des lanternes avec des vessies de cochon.
Lanterniste.
Nom des membres d'une académie de savans établie à Toulouse. Quelques conseillers du parlement de cette ville , quelques ecclésiastiques , et d'autres personnes de différens états, voulant former une société réglée, pour se communiquer le résultat de leurs travaux scientifiques, s'assemblèrent à jour fixe, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, à une heure de la soirée où leurs diverses professions les laissaient libres. Faire porter devant soi un flambeau, c'eût été trop remarquable; chacun s'éclaira en portant une petite lanterne. Pendant quelque temps, ces messieurs tinrent incognito leurs savantes conférences avec beaucoup de plaisir et de fruit; mais il n'y a rien qui ne se découvre : on les appela Lanternistes ^ à cause de leur petite lanterne. Les sociétaires toulousains, loin de s'offenser du sobriquet, l'adoptèrent, à rimitatlon des académies d'Italie, qui toutes ont des noms plaisans. Pour conserver même le souvenir de leur origine, ils prirent pour devise une étoile avec ces mots : Lucerna in nocte; ensuite ils établirent un prix annuel pour celui ou celle qui ferait le plus beau sonnet à la louange du roi , sur les bouts rimes que la société proposerait. En 1695 et 1696, mademoiselle Lhéritier obtint ce prix; l'académie, en
(i) L'étymologie de calembourg est galante bourde.
LAR 33ï
le lui adjugeant pour la seconde fois, l'admit dans son corps , honneur qu'elle n'avait encore accordé à aucune dame.
Lawturlu.
Lanturlu lanlure , refrain d'un vaudeville qui eut grand cours en 162g. L'air en étant brusque, des vignerons de Dijon, attroupés l'année suivante, le firent battre sur le tambour de la ville, et, à cause de cela, furent nommés lanturlus.
Les refrains insignifians sont très communs dans les anciennes chansons.
LARGE. (^Autant dépense chiche que)
Avec cette différence que l'homme généreux dépense
à propos, et l'homme chiche de mauvaise grâce;
Ou : une épargne faite mal à propos peut causer de
grandes pertes.
LARIGOT. {Boire h tire)
C'est-à-dire, à longs traits, comme un homme qui souffle dans le larigot, espèce de flûte. De cette flûte , ou de la ressemblance des verres à patte avec les flûtes, est yenujlûteî^ pour boire.
Quelques étymologistes , notamment l'académicien Morellet, font dériver larigot du grec larygx (i), dont nous avons fait le larynx, la partie antérieure du gosier , vulgairement le nœud de la gorge. Boire a tire larigot , veut alors dire, boire de façon à distendre, à tirer le gosier.
Voici une interprétation toute populaire, et qui ne se rapporte point à la première. En 1 282 , fut fondue une cloche donnée par Odo Rigault, archevêque de
(i) Qui se prononce larynx.
33a LAR
Rouen; cette cloche était d'un poids énorme, « pour ce que le temps passé, dit Talllepied (^Recueil des antiquités et singularités de la ville de Rouen ) , il échéoit de bien boire avant que de la sonner, le proverbe commun est venu qu'on dit d'un bon buveur, qu'il boit à tire la Rigault.
A l'appui de cette opinion, vient une pièce d'Olivier Rasselin, poète normand de la fin du quatorzième siècle; elle est intitulée : Tire la Rigault, et se compose de quatre couplets; voici le second :
Il n'est pas encor temps de sonner la retraite. Quand on s'en va sur sa soif, ce n'est jamais lui bon écot. En rinçant nos gosiers avalons nos miettes; Et vide le pot , Tire-la-Rigault !
M. Louis Dubois , ancien bibliothécaire , et membre de plusieurs académies, a donné, en 1821, à Caen , une édition des Faux de Vire de Basselin, bien préférable à celle qui fut imprimée à Avranches en 181 1. Ce savant a rétabli le texte dans plusieurs endroits, revu l'orthographe, et donné beaucoup de notes historiques, littéraires et critiques.
Larme.
Larmes de crocodile.
C'est-à-dire, larmes perfides.
Pendant long-temps on a dit que le crocodile poussait des cris plaintifs, quand il voyait des hommes approcher de lui, afin de les attirer encore plus près et de les dévorer.
Les anciens croyaient aussi que le caméléon prenait la couleur des objets dont il s'approchait; que le pluvier vivait de vent, etc., etc.