‹ Dictionnaire des proverbes françaisChapitre 138 sur 335 · LOR · texte numérisé non relu

LOR

Un vase fêlé qu'on ménage , Long-temps encor sert en ménage ; Un vieux bâtiment étayé Long-temps encor reste sur pié.

Un ouvrage tout-à-fait dans le sens de ce proverbe est celui de M. Patte, architecte, ayant pour titre : Les véritables jouissances d'un être raisonnable vers son dêdin; avec des observations sur les moyens de se conserver sain de corps et d'esprit jusqu'à l'âge le plus avancé; in -11^ Paris, seconde édition, an xi ( 1802).

L'auteur avait environ soixante ans lorsqu'il médita sur les moyens de prolonger sa carrière.

LORICART. ( Un pauvre)

C'était jadis un ouvrier employé à la fabrication des

cuirasses , loricarum confector :

Tu voys ung pauvre loricart Par artificiel office Devenir ung riche pinart , Et acquérir grand bénéfice.

(Livre des Amours de Pamphile et de Galatée, 10-4°» 1494- )

Le pinart était une espèce de monnaie à peu près de la valeur d'une maille. Ici , maille se prend en deux sens : il y avait une grande quantité de mailles dans une cotte d'armes, tandis qu'il ne s'en trouvait aucune dans une cuirasse.

LORRAINE. (C. de)

Ce sobriquet, donné pendant la Ligue aux soldats de Charles, duc de Lorraine, vient des lettres C. D. L. (Carolus dux Lotharingice), brodées sur les drapeaux de ce prince.

Ce que les soldats du parti ennemi voulaient dire, se trouve dans le mot coïon, synonyme de poltron.

L'historien de Thou attribue, clans le même sens, ce sobriquet au mignon Saint-Mégrin , qui, pour témoi- ^ gner la mauvaise opinion qu'il avait du courage des princes lorrains dont le projet lui avait été dévoilé, les

traita de C de Lorrainey le jour même où il fut

poignardé en sortant du Louvre.

Lorrain vilain, traître a Dieu et à sou prochain.

Autre proverbe, né dans le temps de la Ligue. Les princes lorrains, qui étaient à la tête de ce parti formidable, pensèrent renverser les Valois.

LORRIS , ( C'est la coutume de ) le battu paye r amende.

Se dit lorsque le plaideur qui a raison est condamné.

Anciennement l'usage était de régler par le duel la plupart des contestations. Dans la chatellenie de Lorris, on se battait à coups de poing seulement. Si le débiteur était vaincu , il payait sa dette et une amende de cent douze sous; si le créancier succombait, celui-ci perdait sa dette, et payait une amende. Ainsi, quelle que fût l'issue du combat , il était vrai de dire que le battu pay-ÇLit l'amende.

Lotir.

Le voila bien loti.

Proverbe ironique; c'est-à-dire, le voilà mal partagé.

Piron voyant une estampe licencieuse, qui représentait le vieux Loth avec ses deux filles, écrivit au bas : « Les voilà bien loties. »

Louange.

Donner de V encensoir par le nez.

Casser le nez a coups d'encensoir.

C'est-à-dire , donner des louanges grossières qui blessent plus qu'elles ne flattent.

Loup.

D^un coté le loup nous menacé y de Vautre le chien. Traduction de ce passage d'Horace :

Hàc urget lupus , hàc canis angit ,

nous voilà entre deux dangers.

Ce proverbe n'a rien de commun avec l'expression suivante :

Tenir le loup par les oreilles.

Etre embarrassé, ne savoir quel parti prendre.

LOUP. {Entre chien et)

C'est-à-dire, lorsque la lumière est tellement douteuse , qu'on a peine à distinguer un chien d'un loup.

Cette expression, fort ancienne en France, se lit dans Marculfe : 1/ifrà horam vespertinam, inter canein et hipum , etc.

Lorsqu'il n'est jour ne nuit , quand le vaillant berger , Si c'est un chien ou loup, ne peut au vray juger.

( Baïf , Liv. I'"' de la Francine. )

LOUP. {Il a vu le)

Pour dire, c'est un homme peu timide, un homme qui a vu le monde, qui a voyagé.

Cela s'applique aussi à une personne enrouée, par une vieille erreur populaire qui faisait croire que la vue du loup enrouait, tandis, au contraire, qu'on gagnait le rhume en attendant le loup à l'affût.

LOUP. ( De brebis comptées mange bien le )

Ou, comme il y a dans un vieux recueil, de comtées

prend bien le leu.

C'est-à-dire, il ne suffit pas d'avoir compté ses brebis

pour les conserver.

Hic tantum Boreœ curamus frigora , quantum Aut numerum lupus , aut torrentia fiumina ripas.

(ViRG. Eg. YII,V. 5i.)

// est comme le loup , il na Jamais vu son père.

Se dit d'un bâtard*

La louve ne cède pas tout de suite à ses nombreux poursuivans : celui qu'elle a préféré est déchiré et immolé par les autres loups.

Qui se fait brebis le loup le mange.

Les Italiens ont le même proverbe; et les Espagnols disent : Faites-vous miel, les mouches vous mangeront.

Il ne faut pas que la bonté dégénère en faiblesse.

Tandis que le loup chie, la brebis s'enfuit.

Voici le proverbe italien : Pendant que le chien pisse, le lièvre s'enfuit.

Ces proverbes signifient que ni la force ni l'agilité ne dispensent de se tenir sur ses gardes; on., pour peu qu'on perde de temps , on manque l'occasion.

Le loup te mangera.

C'est ce qu'on dit à un enfant pour arrêter ses pleurs.

L'usase blâmable d'intimider les enfans est fort ancien : les noiurices grecques menaçaient leurs poupons de Lamia. C'était une reine de Libye, qui, ayant perdu ses enfans, et enviant aux autres mères un bonheur qu'elle n'avait plus, envoya dans tout son royaume des assassins, avec ordre de massacrer tous les enfans qu'ils pourraient trouver. Cet acte de cruauté rendit son nom redoutable, et fit mettre sur son compte mille fictions. A.Rome, l'épouvantail de cet âge avait, entre autres noms, celui de Manducus. On entendait par ce mot une figure hideuse qui ouvrait une large bouche, et semblait grincer des dents.

Maintenant, en France, c'est Croque-Mitaine.

Ce sobriquet, tiré de l'oubli il y a une quinzaine d'années, remonte au règne de Louis i*"", dit le Débon-

naire. Ce prince avait une cour brillante. Baudouin , son ministre , obligé, pour soulager le pauvre , de taxer les objets de luxe , mit sur certaines mitaines un impôt si considérable que les dames en abandonnèrent Tusage. Baudouin fut alors appelé Croque-Mitaine; et pour rendre le sobriquet plus odieux, on s'en servit comme d'épouvantail pour effrayer les petits enfans.

LOUP. ( Les agneles de la Ferté, dont il ne faut que deux pour étrangler un )

Proverbe historique, qui concerne la petite ville de la Ferté-Bernard, dans le département de la Sarthe.

Pendant le siège de 1689, le gouverneur de la Ferté ayant permis à plusieurs femmes de la campagne, qui s'y étaient réfugiées, de sortir, les assiégeans prirent avec elles leurs ébats. Le gouverneur , qui voyait ce manège du haut des remparts , fît sortir un certain nombre de ses soldats déguisés en femmes. Ceux-ci, bien armés sous leur travestissement , répondirent aux caresses d'une manière perfide.

Lourdaud.

On a peine à croire que ce sobriquet ait été donné aux Français. Lourdaud voirement, disait Cardan , de se laisser ainsi écorner. Heureusement qu'il ne s'agissait que du manque d'habileté dans le commerce des pierreries.

François i" ayant donné un prix extraordinaire d'un diamant que le roi d'Angleterre marchandait en même temps que lui, les Français spéculèrent sur ce nouveau besoin du luxe; mais ils se laissèrent souvent duper par les Italiens, plus connaisseurs qu'eux en pierreries.

Beaucoup plus avancée que la France dans le commerce, ritalie était depuis long-temps en possession

35o LUN

fies objets d'échange ; mais l'Italie jouait de son reste.

Lucrèce.

Nom d'une dame romaine qui se poignarda après avoir été violée; on en a fait un terme proverbial, pour caractériser une femme d'une chasteté exemplaire.

Lune.

Aboyer a la lune.

Crier inutilement contre une personne au-dessus de soi.

LUNE. ( Faire un trou a la)

C'est s'évader dans lobscurité, s'en aller sans payer, faire banqueroute.

Avoir des lunes; c'est être fantasque, inégal, comme la lune, qui change de figure presque tous les jours.

Au mois de juin 1787, Beffioy de Régny, qui déjà avait pris le nom de Cousin Jacques^ afin que le ridicule, s'il s'en donnait, ne retombât pas sur son père, intitula Lunes une espèce de journal uniquement consacré à la pidûlication de ses boutades.

Ces petits cahiers obtinrent une grande vogue, et bientôt parurent les Chiffons ^ ou Mélange de raison et de folie; par mademoiselle Javotte, ravaudeuse (Mague- Saint- Aubin, acteur de l'Ambigu-Gomique).

Le 3o octobre 1 89.9. , M. Gouriet a entrepris, et continué avec succès jusqu'au mois de mai i8'23, les Lunes parisiennes ^ cahiers de 3^ pages ^W-S", qui paraissaient à chaque phase de la lune, et se composaient d'articles sur les mœurs et les usages, de voyages imaginaires, d'une chronique , de comptes rendus de livres nouveaux, d'examens de pièces de théâtre, d'inventions et de découvertes, enfin de descriptions de modes. Une

MAG 35i

gravure au lavis était jointe à la première livraison de chaque mois.

LUTIÎJS.

Démons qui se contentent de faire peur. Le Loyer raconte que, de son temps, il y avait de mauvais gftrnemens qui faisaient leurs sahbats et lutineries dans les cimetières, pour établir leur réputation et se faire craindre , et que quand ils y étaient parvenus , ils allaient dans les maisons buffeter le bon vin et caresser les filles ; de là le proverbe :

Où sont fillettes et bon vin, C'est là que hante le lutin.

LYRE ? ( Qu'a de commun l'âne avec la)

C'est-à-dire, qu'a de commun l'ignorant avec l'homme instruit?

Dans X Eloge de la folie , Erasme donne à un théologien, nommé Nicolas de Lire, le sobriquet ^âne a la fyre.

Nicolas de Lire, mort à Paris en iS/JQ, était cordelier; son Commentaire sur la Bible avait déjà fait faire ce mauvais jeu de mots : Nisi Ljra lyrasset, nemo in Biblid saltasset.

MACÉ. {Prêtre)

Pour maître passé.

Ce jeu de mots se trouve dans Rabelais ( Gargantua, Liv. I, chap. 5 ). René Macé, bénédictin, obtint en i 5q5 le titre de chroniqueur de François i*"" et de son poète.

Magie.

C'est la magie noire.

Expression proverbiale qui s'applique à une chose

35o, MAH

qu'il est difficile de pénétrer, à laquelle on ne comprend rien.

Dans le temps où l'on croyait à la magie ^ c'est-à-dire, à l'art de produire, contre l'ordre de la nature, des effets surprenans , la magie blanche se distinguait de la magie noire; la première était imputée aux bons anges, parce qu'elle était toujours secourable ; la seconde provenait des démons, parce qu'elle produisait des effets nuisibles.

Cette distinction est indifférente pour notre proverbe. Au surplus , la pbilosopliic et la pbysique expérimentale ont fait perdre à la magie presque tout son crédit. Voyez cependant Nouer V aiguillette.

MAGNIFICAT. {Corriger le)

C'est-à-dire, faire des corrections où il n'y a pas lieu d'en faire, se mêler d'une chose qu'on n'entend pas.

Aussitôt qu'Elisabeth entendit la voix de Marie (mère de Jésus-Christ), elle s'écria : «Vous êtes bénie entre « toutes les fennnes, et le fruit de vos entrailles est « béni. » Alors Marie , remplie de l'esprit divin , prononça le cantique Magnificat , etc.

Tillemont appelle ce cantique « la gloire des humbles, et la confusion des superbes.»

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