‹ Dictionnaire des proverbes françaisChapitre 144 sur 335 · MAN · texte numérisé non relu

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appliquée au caractère des Manceaux , plus enclins encore à la chicane que leurs voisins.

Dans le même sens , on dit : La lisière est pire que le drap.

Si l'on veut connaître les Manceaux du temps présent , il faut consulter Y Itinéraire descriptif, ou Description routière y géographique, historique et pittoresque de la France; par M. Vajsse de Filliers , in-8°, Paris, Potey, 18212. M. Vaysse de Villiers habite le Mans. « On reproche, dit-il, aux Manceaux une extrême finesse, qui est réellement peu commune dans ce pays, mais la franchise ne l'est pas moins; la confiance, sa compagne ordinaire, y est même poussée quelquefois au-delà des bornes. Tout le monde vous offre crédit , sans vous connaître ; pas un marchand , pas un ouvrier qui vous présente son mémoire, sans que vous le demandiez, à moins qu'il n'ait eu quelque motif de méfiance ou d'humeur. Je n'ai trouvé la moralité générale en défaut que dans un seul point : il m'a semblé que la simple parole n'engage pas toujours les Manceaux ; ils ne se croient pas liés pour avoir promis. Quand on ne vous tient point parole, me disait un d'entre eux, fort estimable d'ailleurs, c'est qu'on ne le peut pas; d'oii j'ai conclu qu'on ne tient ses promesses, dans le Maine, qu'autant qu'on le peut. Sans doute à l'impossible nul n'est tenu; mais nul aussi n'est tenu de promettre, sans la certitude de pouvoir faire honneur à ses engagemens; je dis honneur, car une parole donnée est toujours une parole d'honneur, une dette contractée, dont on ne se libère qu'en tenant ce qu'on a promis. »

gneurs qui pouvaient faire battre monnaie en France. Mais le roi seul pouvait en faire fabriquer d'or et d'argent.

Philippe-le-Bel réduisit les hauts seigneurs à vendre leur droit df battre monnaie, au moyen d'un édit qui gênait la fabrication.

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MANCHE. {^La paix n est pas faite y il s' en faut le^ Misérable allusion à X^paiXj plaque de métal, derrière laquelle il y a une poignée, et que l'on fait baiser à la messe après Xjgnus Dei.

31 ANCHES ; ( Cesi une autre paire de^

C'est différent.

Réponse faite par une fille d'auberge à un voyageur qui voulait qu'on lui donnât gratis ce qui , la veille , lui avait coûté une paire de manches.

Les paysannes , dans beaucoup de pays , ont des manches plus ou moins fines, qui s'attachent à leur corps de jupe.

MANTEAU. ( // ?ie s'est pas fait tirer le) Pour dire, il ne s'est pas fait prier. Cette expression nous vient des Latins. Scinde re pallium signifiait, chez eux, presser un hôte de rester, lui saisir le manteau pour l'empeclier de partir. Cicéron , parlant de deux personnes qui étaient venues le voir, dit : Ils sont restés , quoique je ne les aie engagés que faiblement : Horum ego vix attigi penulam , tamen remanserunt.

MANTEAUX. ( Garder les)

C'est-à-dire , n'être pas de la fête , de la partie de plaisir.

Dans le temps où les équipages étaient moins communs que maintenant , il y avait une couleur pour les manteaux de bonne fortune; c'est à Regnard que nous en devons la connaissance :

Tu prendras ce manteau fait pour bonne fortune, De couleur de muraille.

( Le Joueur , acte il , scène 4- )

^IkV^MS. {Demoiselle du)

Dans le dix-septième siècle on appelait ainsi , à Paris ,

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les courtisanes , parce qu'il y en avait beaucoup de logées dans ce quartier. Marion de l'Orme était de ce nombre.

Une personne qui se trouvait chez Scarron , et qui l'entendait appeler un petit enfant son neveu , lui demanda par quel endroit il lui était oncle, puisque ses deux sœurs n'étaient pas mariées. Scarron répondit qu'il était son neveu à la mode du Marais.

MARCHAND. (^Politesse de)

C'est-à-dire , affabilité inspirée par l'intérêt.

L'art de capter la bienveillance, d'embarrasser la reconnaissance , est un métier dont les marcbauds font apprentissage. Plus vous montrez d'embarras lorsqu'il s'agit de faire un choix, plus le marchand bien appris est officieux.

Un provincial qui avait fait déplier une grande quantité de pièces d'étoffe , et à qui aucune ne convenait , était embarrassé pour prendre congé du marchand. Voilà ma bourse, dit-il ; je vous laisse libre de me vendre ou de me renvoyer. Ce discours ne déconcerta pas le marchand. Vous seriez trompé ailleurs , lui dit-il , tandis que je sais la valeur de ma marchandise. Là-dessus il ouvrit la bourse, prit ce qu'il lui fallait, coupa l'étoffe et la livra à notre provincial.

Merde a votre gorge, marchand de Paris.

Ce proverbe grossier a pour origine un trait d'histoire. Un duc de Savoie, homme d'une grande valeur, mais de mauvaise mine , était venu eu France pour traiter d'une affaire importante avec Henri iv. La curiosité l'ayant un jour conduit dans une boutique, il y marchanda un objet qui se trouvait à sa convenance; mais son offre ayant été trouvée déraisonnable, le marchand lui

répondit : Ouf da ; de la metxle. Trop au dessus de l'insulte pour en paraître offensé, le duc sortit sans répliquer. Mais en retournant en Savoie et récapitulant les circonstances de son voyage, il se retourne tout-àcoup du coté de Paris, et dit à haute voix, comme s'il eût voulu répondre à notre homme : A votre gorge , marchand de Paris; puis il raconte à ses gens le sujet de sa boutade , et en rit avec eux. Depuis ce temps là, merde a votre gorge, marchand de Paris ^ fut une réplique banale.

MARGUERITE. {A lafrajiche)

Ce proverbe vient d'une superstition amoureuse.

On voit quelquefois des amans cueillir une marguerite, et l'interroger sur les senlimensde leurs maîtresses, en arrachant une feuille à chaque question. L'oracle est renfermé dans la dernière feuille; et ce qu'elle annonce les agite d'espérance ou de frayeur.

Pour se délivrer d'un doute fâcheux, une autre superstition amoureuse consiste à souffler avec force sur une fleur des champs ( pissenlit) dont les aigrettes ressemblent à du duvet. Si l'on a eu le bonheur de faire envoler d'un seul coup toutes les aigrettes , on se croit sûr d'être aimé. Mais on regarde comme un malheur qu'une aigrette soit restée sur sa tige.

En Angleterre , si les parens d'une villageoise s'opposent à ce qu'elle épouse tel jeune homme , elle tâche de l'embrasser sous une branche de gui, bien persuadée que les obstacles s'évanouiront. Telle autre n'a point d'amant; mais elle a trouvé une cosse contenant neuf pois ; elle va la suspendre au dessus de la porte d'entrée de sa chambre , et le premier garçon qui y entrera ne peut manquer de devenir son époux.

Mari A.GE.

Ne t'y fourre pas chaudement , Ou tu auras un coup d'estrille :

Mais pour procéder sagement , De bonne mère prend la fille.

Qui se marie par amours, Une bonne nuit , deux mauvais jours.

Par là nos pères voulaient dire , avec les sages de l'antiquité, que V amitié fait plus de bons ménages que Vamour.

Marmontel , dans ses Mémoires, a donné pour exemple d'un mariage heureux sans amour, celui qu'il contracta avec une nièce de l'abbé Morellet , à un âge où l'on n'a plus l'espoir de plaire. «J'avais, dit-il, tenté plus d'une fois de me donner une compagne , et d'adopter une famille qui me tînt lieu de celle que la mort avait moissonnée autour de moi. Mais par une heureuse falahlé, aucun de mes projets ne m'avait réussi, lorsque je vis arriver à Paris la sœur et la nièce de mes amis MM. Morellet. Ce fut un coup du ciel.... plus je causais avec la mère, plus j'entendais parler la fille, plus je trouvais à l'une et à l'autre ce naturel aimable qui m'a toujours charmé. Mais mon âge, mon peu de fortune, ne me laissaient voir pour moi aucune apparence au bonheur que je présageais à l'époux de mademoiselle de Montigny , et plus de deux mois s'étaient écoulés sans que l'idée m^ fût venue d'aspirer à ce bonheur-là. Un matin, l'un de mes amis et des amis de MM. Morellet, l'abbé Maury , vint me voir et me dit : « Voulezvous que je vous apprenne une nouvelle ? Mademoiselle de Montigny se marie. — Elle se marie ! — Avec qui?

— Avec vous. — Avec moi î — Oui, avec vous-même.

— Vous êtes fou ou vous rêvez. — Je ne rêve point,

et ce n est point une folie ; c'est une chose très sensée, et dont aucun de vos amis ne doute. Alors le voilà qui déploie toute son éloquence à me prouver que rien n'était plus convenable; que je serais aimé; que nous ferions un bon ménage ; et d'un ton de prophète , il m'annonça que nous aurions de beaux enfans. Après cette saillie, il me laissa livré à mes réflexions ; et tout en me disant à moi-même qu'il était fou, je commençai à n'être pas plus sage. Mes cinquante-quatre ans ne me semblèrent plus un obstacle si effrayant; la santé, à cet âge , pouvait tenir lieu de jeunesse. Je commençai à croire que je pouvais inspirer non pas de l'amour , mais une bonne et tendre amitié »

// sera marié cette année , dit-on , en plaisantant , d'une personne qui jette au plancher certaines choses qui s'y attachent.

Pareil pronostic se tirait à Rome, et un passage d'Horace fait présumer qu'on y ajoutait foi. C'était pour les amans un bon augure, quand en poussant des pépins de pomme du bout des doigts on frappait le plancher.

Maison faite et femme a faire.

Pour dire qu il faut rechercher en mariage une fille dont les biens puissent tout de suite défrayer un ménage, et un esprit docile qu'on puisse plier à son gré.

Boire, manger, coucher ensemble, C'est mariage, ce me semble.

( Proi'erlies en rimes , ou Rimes en pnverbes. )

Bussy-Rabutin ne se montre pas plus scrupuleux dans une lettre à madame de Scudéry. «J'admire, dit-il , quelle force a l'usage et quelle autorité dans le monde. \vec trois mots qu'un homme dit , ego conjungo vos, il vous fait coucher un garçon avec une fille à la vue

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et du consentement de tout le monde.... La même action , sans ces trois mots , est une fornication ou un adultère qui déshonore une pauvre femme.... Le père et la mère dans la première affaire se réjouissent, dansent, et mènent eux-mêmes leur fille au lit, et dans la seconde ils sont au désespoir, ils la font raser et la mènent dans un couvent. Il faut avouer que les lois sont Lien plaisantes.

Le joug du mariage.

Une des principales cérémonies du mariage chez les Romains, était de faire passer sous le joug les nouveaux époux; de là le mot conjugium, joug commun, pour signifier mariage. Il est vraisemblable que l'usage de tenir dans l'église un poêle sur la tête du mari et de la femme , nous vient des Piomains.

Mari.

Bon homme est bien le mary Qui souffre à femme favory.

Si l'on se règle sur notre proverbe , l'Italie et l'Espagne sont peuplées de bons hommes. Chaque Italienne a son sigishé ou cavalier servant; et chaque Espagnole , son cortejo.

La mode des cavaliers servans fut importée en Italie par Philippe ti.

Mariée.

Se plaindre de ce que la mariée est trop belle.

Se plaindre de ce qu'une chose a toutes les qualités qu'elle doit avoir.

MARIÉE. ( Dénouer la jarretière de la )

Façon de parler toujours usitée , quoiqu'il ne s'agisse plus d'une jarretière, mais de deux rubans attachés au bas de la jambe.

Vers la fin du repus, un enftmt se glisse sous la table pour détacher la prétendue jarretière. C'est ordinairement un parent de la mariée, ou, à défaut de parent, un ami de sa famille. Il offre ces rubans au garçon qui est le plus proche parent du marié. Celui-ci les coupe en un grand nombre de morceaux qui sont à l'instant distribués ; les hommes en mettent à leur boutonnière , les femmes à leur ceinture; on appelle cela de la livrée. Un de ces rubans est blanc , et l'autre rose , ou bleu , ou lilas. Ce sont des rubans étroits de la sorte qu'on nomme faveur. Ceci n'a lieu que dans les classes moyennes de la société.

Un autre usage, qui ne se pratique plus que dans les campagnes, consiste à porter aux mariés, le lendemain des noces, avant qu'il§ soient levés, \e diaudeau (i), breuvage chaud , composé de lait, d'œufs et de sucre.

Madame de Sévigné va nous faire connaître , par une exception , ce qui se pratiquait de son temps dans la classe élevée. «On les marie ce soir ( lo mars 1687, le fils du duc de Grammont et la fille de M. de Noailles);

personne n'est prié, personne n'est averti On les

mariera; on ne trouvera point un grand étalage de toilette; on ne les couchera point; on laissera le soin à la gouvernante et au gouverneur de les mettre dans le même lit. Le lendemain on supposera que tout a bien été. On n'ira point les tourmenter; point de bons mots, point de mauvaises plaisanteries. Ils se lèveront : le garçon ira à la messe et au dîner du roi; la petite personne s'habillera comme à l'ordinaire; elle ira faire des visites avec sa bonne maman; elle ne sera point

(1) Cliaudfuu, vieux mot qui tioiit à la même racine que le mot chaudière, cliaud-eau (acjua culida).

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sur un lit exposée à toutes les ennuyeuses visites. )' Les nouvelles mariées , vêtues de leurs plus beaux habits et couchées sur un lit, recevaient, pendant trois jours, l.T visite de toutes les personnes qui se présentaient chez elles. La Bruyère a signalé cette mode ridicule dans le passage suivant : «Le bel et judicieux usage que celui qui, préférant une sorte d'effronterie aux bienséances de la pudeur, expose une femme d'une seule nuit sur un lit comme sur un théâtre , pour y faire , pendant quelques jours, un ridicule personnage, et la livrer en cet état à la curiosité des gens de l'un et de l'autre sexe, qui, connus ou inconnus, accourent de toute une ville à ce spectacle pendant qu'il dure ! Que manque-t-il à une telle coutume pour être entièrement bizarre et incompréhensible, que d'être lue dans quelque relation de la Mingrélie ? »

Ce que madame de Sévigné trouvait si étrange , so pratique encore dans quelques départemens.

Un homme très répandu dans la société , nous a adressé la note suivante : «En i8i3 et 1814, au lit « près , auquel on a substitué un fauteuil de cérémo- « nie, j'ai retrouvé ce même usage à La Rochelle. Pen- « dant trois jours consécutifs la mariée est en parade ; « elle reçoit toute la ville. Il sufiit d'être à peu près de « son rang pour avoir le droit de se présenter. A cha- « que personne qui entre, la mariée, en grande toilette, « fait une profonde.i;évérence. Les dames et les demoicf selles l'embrassent, s'asseyent, restent une ou deux « minutes, se lèvent, saluent, et se retirent. Les hommes «s'approchent, cherchent un lieu commun, restent « debout, et sortent. Le pauvre mari est obligé de don- « ner la main à chaque dame qui entre, et de recon- « duire jusqu'à la porte de la rue chaque dame qui sort.

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