AN
Platon a conçu , il l'a senti, et l'a exprimé dans ses vers, toujours décens, toujours circonspects.
Amour poétique.
Amour idéal. Les Italiens disent : Amour à la façon de Pétrarque , Petrarchevolmente.
Piron , dans sa Métromanie , qu'on peut appeler une satire échappée à l'auteur contre lui-même, fait ainsi le portrait d'une maîtresse poétique :
Oui, je l'aimais avec autant de volupté
Que le vulgaire en trouve à la réalité;
La réalité même est moins satisfaisante ,
Sous une même forme elle se représente ;
Mais une Iris en l'air en prend mille en un jour :
La mienne était bergère , et nymphe tour à tour ,
Brune ou blonde, coquette ou prude, fille ou veuve,
Et , comme tu crois bien , fidèle à toute épreuve.
Boileau parle de ces amoureux transis, qui , bien buvant, bien mangeant, meurent par métaphore.
AN. [Bon jour et bon)
Façon de parler proverbiale et familière en saluant les personnes au commencement de l'année.
SUR LE JOUR DE l'aN.
Ne peut-on du calendrier Effacer le premier janvier, Ce jour fatal aux pauvres bourses, Ce jour fertile en sottes courses; Ce jour où cent froids visiteurs, A titre de complimenteurs , Pleins du zèle qui les transporte, Sèment l'ennui de porte en porte ?
Où fuir les assauts pétulans De ces baiseurs congratulans.
Qui viennent donner pour étrenne Le fier poison de leur haleine?
O jour! qui n'as pour amateurs Que l'ordre des frères questeurs ,
5o ANE
Quand du joug dur de tes corvées Verrons-nous nos cités sauvées?
( Mercure de janvier 1726.)
ANE. ( Oi-eille d' )
Nos pères disaient d'un bon serviteur, qu'il devait avoir oreille d'dne; c'est-à-dire, tout écouter, sans faire aucune réplique.
Ce proverbe est pris de la coutume de l'âne , qui , malgré le bruit qu'on fait autour de lui , va son pas et baisse l'oreille.
A'NE. {Courre r)
« Tout le monde chevauchera , et je meneraj l'asne. » (Rabelais, Liv. ii, chap. 27.)
L'usage dont parle Rabelais, usage que la police n'était pas encore parvenue, vers la fin du dix-huitième siècle, à détruire entièrement, avait lieu dans plusieurs parties de la France.
Appliquée d'abord aux. infidélités entre époux, cette mascarade était devenue la vengeance banale de toutes les querelles, de tous les ressentimens, de toutes les petites jalousies. Les ménages les plus honnêtes, les personnes les plus recommandables par leur conduite ou leurs emplois, étaient exposés à servir de jouet à la populace.
Cet usage avait commencé on ne sait à quelle épo- (jue, pour ridiculiser im homme qui s'était laissé battre par sa femme. Cette mauvaise plaisanterie , qui eut lieu pendant le carnaval, fut continuée les années suivantes; et dans d'autres endroits on voulut se donner le même divertissement.
A Castclnaudari, on forma une cour avec un président et des conseillers; on faisait, le premier dimanche de carême , une procession qui passait dans toute la ville, à dix beures du soif, (chaque membre de la cour
ANE 5i
tenait un flambeau, et l'étendard était porté par le plus jeune marié de la troupe. Le costume du président et des conseillers était l'habit de velours noir, et un manteau de soie jaune. La cour avait ses registres sur lesquels on inscrivait les procès-verbaux de ses séances, ainsi que la chanson de l'année.
ANE. ( Faute d'un point Martin perdit son ) Pasquier, Liv. viii de se'y, Recherches , donne à ce proverbe , d'après Alciat , une origine bien peu vraisemblable.
Un nommé Martin aurait été titulaire d'une abbaye appelée Jsello; sur la porte se serait trouvée cette inscription :
PORTA PATE>"S ESTO KULLI CLaUDARIS HOSESTO,
L'abbé, ennuyé des hôtes que cette inscription lui attirait, aurait fait mettre après le mot nulli le point qui se trouvait devant le mot honesto; en sorte que, honnête ou non, tout étranger aurait été exclus.
Pour cette espièglerie, l'abbé aurait perdu son bénéfice : on aurait mis cette nouvelle inscription :
PRO SOLO PUJVCTO CARUIT MARTINUS ASELLO.
Et comme le mot Asello présentait une équivoque , on aurait dit plaisamment :
Faute d'un point Martin perdit sou âne.
Voici une expUcation plus naturelle : Un nommé Martin, ayant joué son âne au dé, le perdit pour un point de différence.
L'âne de la communauté Est toujours le plus mal bâté.
Communiter negligitur quod communiter possidetur; ordinairement on néglige ce (}ue l'on possède eu commun.