‹ Dictionnaire des proverbes françaisChapitre 189 sur 335 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

Lechemindii paresseux est commeunehaied' épines.

( Proverbe de Salomon, )

Dans les parties de la France où un chien tourne la roue qui fait mouvoir le soufflet de la forge des cloutiers, on dit : Paresseux comme un chien de cloutier. Cet exercice ennuie, fatigue le chien, qui, ordinairement, se repose chaque fois qu'il voit son maître tirer du feu le fer rougi, tandis qu'il doit attendre le mot arrête.

PAROISSE. {Le coq de la)

Au propre, c'est le coq qui est à la pointe du clocher; au figuré , c'est le personnage le plus hupé du lieu.

Parler.

L'homme qui parle dans notre sensparle comme un ange.

On dit de l'homme qui parle bien , c^^W parle comme un livre.

Les bavards devraient se souvenir que ti'op parler nuit.

Demander justice à certaines gens, c'est leur parler hébreu.

Quand on veut perdre quelqu'un, on le f ail parler.

Dieu nous garde des villes où les murailles parlent !

Parole.

La parole s'enfuit y V écrit reste. Verba volant , scripta manent.

Proverbe très sage. Surtout n'écrivez point dans un moment d'humeur.

Ce proverbe signifie aussi que l'écrit des gens vaut mieux que leur promesse.

Il est confirmé par cet autre proverbe : Les effets

sont les mâles , et les paroles sont les femelles , voulant dire que l'un est plus fort que l'autre.

Le sage est ménager du temps et ries paroles.

( La Fomtaime, fable 26 du Liv. viii.)

Les paroles des grands ne tombent jamais h terre.

Nous avons emprunté ce proverbe aux Persans.

PAROLES. (^ A grands seigneurs peu de^

Les grands sont si peu disposés à prendre connaissance des affaires des petits ! on a tant à craindre de fatiguer leurs oreilles !

Parpaillots.

Sobriquet donné aux protestans.

Parpaillots , parpaillons ^ sont des synonymes de papillons.

La comparaison était fort naturelle, lorsque les protestans étaient exposés à périr dans les flammes. Partout.

Partout comme gloria patri.

Se dit des gens qu'on rencontre inévitablement.

Fort assidus aux offices de l'église , nos pères tiraient nombre de locutions de leur livre de prières; par exemple, partout comme gloria patri; l'espace d'un miserere; vrai comme mot d'évangile; laid comme le péché mortel; mettre au rang des vieux péchés ; dire à quelqu'un les sept péchés capitaux; être comme l'Ascension (ne pas changer de position); prêcher comme les apôtres avant la descente du Saint-Esprit y c'est-à-dire, mal; etc., etc.

PAS. {Mauvais)

"Le pas ou le pas d'armes s'est dit des combats simulés qui représentaient tout ce qui se faisait à la guerre lors([u'on défendait ou qu'on attaquait un pont,

un défilé, un passage de rivière, ou tout autre passage étroit qu'il était important de garder ou de forcer. Comme c'était un des combats les plus difficiles à soutenir, il semble avoir formé ces façons de parler : Etre dans un mauvais pas ^ sortir d'un mauvais pas.

Passer.

Au plus bas passe-on la seif. (i)

C'est-à-dire, si quelqu'un veut franchir une haie, il ne choisit pas l'endroit le plus élevé. De même , dans l'exécution d'une entreprise, ce sont les moyens les plus faciles que l'on emploie.

Passions.

Qui a bu boira.

La plupart des passions dominantes sont aussi tenaces que l'ivrognerie.

Aliquando qui lusit, iterum ludet, a dit Erasme, qui avait traduit ce proverbe du grec ; qui a joue jouera.

Écoutons Pope : « La passion dominante est le joug que nous ne secouons jamais; et c'est par là qu'on peut^ connaître l'homme.... Cet homme infâme conserve jusqu'à la mort l'amour effréné du plaisir. Ce gourmand célèbre, que son intempérance réduit à l'extrémité, fait appeler son médecin , qui lui déclare qu'il faut mourir: Ah ! qu'on m'apporte au plus vite le reste de mon poisson Dans quel état me vois-je î s'écrie ce JNarcisse

expirant; il agonise, et meurt en se mettant du rouge.... Ce vieillard affable, qui fut pendant quarante ans l'esclave de la politesse et de la cour, un pied dans le tombeau , nous dit en bégayant : Monsieur, que peut-on

(i) Le vieux mot seif, veuanl de scpes , signifie haie.

faire pour votre service?... Je donne et lègue mes fermes à Médos. — Et votre maison ? dit le notaire. — Ma maison , monsieur? il faut donc tout quitter!... Il pleure, et donne sa maison à JMévius. — Et votre argent? continue le notaire. — Mon argent! oh! pour celui-là, je ne puis m'y résoudre Il expire. »

Patatra, monsieur de Nevers!

Exclamation ironique, que l'on fait sottement lorsqu'on voit tomber quelqu'un. Pour en donner l'origine, on a imaginé une historiette sur un duc de Nevers, qui courant au galop sur le pavé de la petite ville de Pouilly, se laissa tomber rudement.

Ce proverbe n'est qu'un jeu de mots : A'ei^ers est ici pour nez à Veiis^ers. Patatra est l'onomatopée de l'allure du cheval.

PATE. {Coq en)

On dit d'un homme bien commodément couché dans son lit, et qui ne montre que la tête, qu/ il est là comme un coq en pâte.

Les pâtés de coqs-faisans et de perdrix ont donné lieu à ce proverbe. Au milieu de la croûte se trouve une ouverture qui donne passage à la tcte de l'oiseau.

Patenotre.

Ce mot est composé des deux premiers mots de rOraison dominicale, Pater noster. On jurait autrefois par Xapatenôtre. Les vendeurs de chapelets s'appelaient patenckriers.

« Qui eût vu, dit un auteui" du seizième siècle, les niagistrats du parlement de Paris, allant de grand matin au Palais, les eût trouvés sur leurs mulets, qui prioient Dieu et qui disoient leurs heures et chapelets

PAT fiGç)

par les cheniins. « On allait alors au palais ù cinq heures du matin, et l'on en sortait à dix.

Patience.

Qui peu endure, bien peu dure.

A dure enclume marteau de plume.

Nos pères caractérisaient par ce proverbe le pouvoir de la patience.

Des moyens faibles en apparence triomphent de grandes difficultés. On oppose des balles de laine et des remparts de terre aux coups de canon.

Patience de Grisèlidis ,

Patience à toute épreuve.

Ce proverbe tire son origine d'un conte de Boccace (dixième de la dixième journée ) , qui a été traduit en prose française dans le quatorzième siècle, sous les titres de Miroir des Dames , ^Enseignement des femmes mariées, (^Exemple des bonnes et mauvaises femmes, etc., remis en vers par Perrault; et en 1^49? retraduit en prose avec des changemens et des augmentations par mademoiselle de Montmartin.

Boccace avait tiré ce conte d'un auteur français ; mais il l'a embelli, soit par les grâces de son style, soit en corrigeant quelques invraisemblances.

Noguier (^Histoire de Toulouse) prétend que Grisélidis n'est point un personnage imaginaire , et que ce phénix des femmes a existé dans le dixième siècle. Philippe Foresti, historiographe italien, donne aussi son histoire comme véritable.

Née d'un pauvre paysan, Grisélidis a charmé par sa douceur le marquis de Saluées son souverain, qui la choisit pour femme; mais comme il met des conditions à ce mariage, il lui fait jurer qu'elle se soumettra de

bon cœur à toutes ses volontés, quelle s'interdira jusqu'au moindre murmure, et obéira d'intention comme de fait. Grisélidis, mariée avec son souverain, en fut plutôt l'esclave que la compagne, se vit enlever, sans en connaître le motif, ses deux enfans , et n'obtint qu'au dénouement le prix de sa patience héroïque.

Patience de Lombard.

C'est-à-dire, patience forcée. Dans le douzième siècle , une rue de Paris prit le nom de rue des Lombards^ à cause de la grande quantité d'Italiens qui s'y étaient établis pour faire le commerce de l'épicerie. Ces Lombards prêtaient à usure. Saint-Louis les chassa en 1268; Philippe-le-Hardi, son fils, renouvela l'ordonnance en 1274. Ils revinrent; mais en i35o, il y eut encore de nouvelles plaintes ; on déclara que leurs créances seraient réduites d'un quart, puis de moitié, enfin on les déclara nulles.

« La patience adoucit les maux qu'on ne saurait guérir. »

Durum sed levius fit patientiâ Quidquid corrigere est nef as.

( Horace , Liv. r , od. 24. )

Optimum est pati quod emendare non possis.

Page 1