ARC
Les Latins disaient : Mendicorum loculi seinpcr inciîies , la besace des mendians n'est jamais pleine.
Pain dérobé réveille V appétit.
Ce proverbe répond à celui des anciens : Dulce pomum y quiun ahest custos.
Pain dérobé que l'on mange en cachette
Vaut mieux que pain qu'on cuit ou qu'on achète.
(L\ Fontaine. )
Ovide a dit sans figure :
Nitimur in vetitum semper, cupimiisque negata.
Dans la Métronianie, Piron fait dire à Lisette :
Tel est le cœur humain , surtout celui des femmes : Un ascendant mutin fait naître dans nos âmes, Pour ce qu'on nous permet , un dégoût triomphant, Et le goût le plus vif pour ce qu'on nous défenrl.
Arbre.
Quand V arbre est tombé, tout le monde court aux branches.
Chacun cherche à accabler l'homme dans sa disgrâce.
ARC. ( Débander l'arc ne guérit pas la plaie. ) Ce proverbe vient de René d'Anjou, roi de Sicile, qui, après la mort d'isabeau de Lorraine, sa femme, arrivée en i453, voulant montrer qu'il l'aimerait toujours, prit ce vers pour l'ame d'une devise dont le corps était un arc qui avait la corde rompue. D'autres attribuent l'invention de ce proverbe à Marot. Il peut s'appliquer dans les occasions oii les moyens qu'on prend pour réparer une perte sont inutiles.
. ARCHIDIACRE. ( Crotté en )
Proverbe du temps où les membres du haut clergé allaient à pied. Une des fonctions des archidiacres consiste à faire des visites chez tous les curés de leur archidiaconé. Dans les diocèses où il y a des archiprêtres
et des archidiacres, les archidiacres sont au-dessus des archiprêtres.
Argent.
I] ars^ent est un bon serviteur et un méchant maître. Cocquard a fait de ce proverbe une épi gramme :
L'argent est nn vrai séfîncteur.
Combien de désirs il fait naître !
Mais si c'est nn bon serviteur, C'est souvent un fort méchant maître.
L'argent est un bon serviteur pour ceux qui s'en servent à propos ; un méchant maître pour ceux qui craignent de le dépenser, ou à qui il fait faire des sottises.
Varient ard gent.
Soif de l'or a le même sens.
Argent fait perdre et pendre gent.
A ce vieux proverbe se rapporte celui des Italiens : Qui veut s'enrichir en un an se fait pendre en six mois.
Argent frais et nouveau ruine le jouvenceau.
Argent a V avare est supplice , au sage pauvre un bénéfice.
Qui n'a point argent en. bourse , ait au moins du miel en bouche.
Qui a de l'argent a des pirouettes.
Avoir de V argent a gogo , à souhait. Gogo vient du latin gaudium , joie. (Voyez Etre en goguettes.)
Etes-vous curieux de connaître ce que vaut l'argent ? Essayez d'en emprunter.
( Science du bon homme Richard. )
ARGENT. {Semer de l')
Dans un tournoi qui eut lieu à Beaucaire , en 1 174) c'était à qui se surpasserait en profusions. Bertran Rai-
baux ayant ordonne qu'on labourât avec douze paires de bœufs le champ du tournoi , y fit semer trente mille pièces {solidoruni):, ainsi notre expression , je/w^r <ff V argent , a d'abord été littérale.
ARGOULET. ( Cest un pauvre )
Ce proverbe s'appliquait autrefois à un homme qui n'était plus à craindre.
On venait d'inventer les armes h feu , et les argoulets avaient cessé d'être des soldats redoutables.
Argot.
Les mendians et les filous ont un argot, c'est-à-dire un langage qui n'est intelligible que pour eux.
Granval, dans son poëme de Cartouche, a critiqué avec esprit l'opinion de Furetière , qui faisait venir argot de la ville d'j4r^os.
Le Duchat, dans ses notes sur Rabelais, a prétendu que , par une légère transposition de lettres , argot venait de Ragot, fameux bélître, qui vivait à la fin du règne de Louis xii, et au commencement de celui de François i".
Feu M. Clavier faisait venir argot du mot latin ergo, fréquemment employé dans l'argumentation, et à peine connu hors des écoles. M. Eloi Johanneau pense que argot vient plutôt à'argutus , rusé , sublil.
Voici quelques mots de l'argot des filous, au commencement du règne de Louis xiv : malingreux , malades simulés; marcandiers , prétendus marchands, ruinés par la guerre; rifodès , se disant ruinés par le {eu;pfè/res, contrefaisant les es[rop\é&;fra/ics-mùou.T, contrefaisant les malades , et portant un bandeau ; callots , feignant d'être récemment guéris de la teigne;
sabouleux , imitant avec du savon l'écume que les épiieptiques jettent par la bouche; drilles, soldats demandant l'aumône l'épée au côté; marpaiits , maris de femmes prenant le titre de marquises ; coquillarts , couverts de coquilles de pèlerin; hubains , se disant guéris de la rage par l'intercession de saint Hubert.
Dans l'argot des filous du temps présent, se camoufler, c'est se rendre méconnaissable.
Vn simple , ou mieux, un pajitre , désigne un de ces campagnards nigauds , bons à exploiter, faciles à faire.
Exploiter, ou faire un homme simple, un pantre , c'est lui escroquer avec plus ou moins d'adresse l'argent qu'il porte sur lui.
Un vol s'appelle un chopiii ; un voleur maladroit, un grinche; un fin voleur, un marlou. Le plus jeune de la bande, c'est le raton; il doit s'introduire dans les maisons, soit par la cheminée, soit par la fenêtre, poui ouvrir la porte aux voleurs en chef.
Argus,
Conlident de Junon, qui gardait lo changée en génisse { c'était une des maîtresses de Jupiter ). Son nom est demeuré à tous les surveiilans et à toutes les surveillantes des belles.
J'ai lu que les filles qu'on destinait pour épouses aux anciens rois d'Ecosse, étaient élevées dans une toiu' oii on les renfermait dès leur enfance. Apparemment ces bons Écossais n'avaient lu métamorphose aucune, et ne savaient pas l'histoire de Danaé. Voici un avis pour les mères qui sont dans Terreur où ils étaient :
Mt^re qui tient un jeune objet Dans une ignorance profonde
Loin du monde, Souvent se trompe en son projet ; Elle croit que l'amour s'envole Dès qu'il aperçoit un argus:
Quel abus î^ 11 faut l'envoyer à l'écok-.
ARIST ARQUE.
Littéralement, ce mot signifie un bon prince; mais l'idée qu'on y attache ordinairement est celle d'un critique sévère et éclairé, parce qu'un grammairien, nommé Aristarque y fit une critique solide et sensée des meilleurs poètes, sans en excepter Homère.
Un Aristarque signifie donc un censeur ; et cette expression était déjà passée en proverbe du temps d'Horace :
Arguet ambiguë dictum, mutanda notabit, Fiet Aristarchus , etc.
( De Arte poet. )
Ainsi , dans une épigramme , Boileau appelle les journalistes de Trévoux , grands Aristarques de Trévoux.
ARMES. {Rendre les)
Expression d'un grand usage dans la poésie galante. La fougère et la bergère ne sont pas plus souvent ensemble, ni le chant des oiseaux avec le murmure des eaux; ainsi le mot armes n'est là que pour l'oreille, et n'a aucune signification.
ARMOIRE. ( Faire son )
C'est l'expression consacrée dans plusieurs départemens par les jeunes filles de la campagne, lorsqu'elles commencent à penser au mariage. Par le fruit de leur travail, elles veulent se trouver munies de bardes et de linge lorsqu'elles se mettront en ménage.
6o ART
V armoire, grande caisse de bois placée dans une direction verticale , ne renfermait autrefois que des armes; et c'est de là que ce meuble tire son nom.
Dans le roman de Perceforêt , il est dit que ce héros , voulant armer des chevaliers de ses amis, leur fit donner des chevaux de son écurie et des armes de son armoire.
L'art de la menuiserie, il y a trois siècles , se plaisait singulièrement «i construire des armoires et à les orner. La maîtrise ne s'obtenait même que par la composition fort compliquée d'un de ces meubles. On prenait pour base les règles de Tarchitecture gothique; et, dans les anciens garde-meubles, on voit des devans d'armoires qui ressemblent à des façades d'églises.
Dans le ci-devant Anjou, on dit, nue paire d'armoires, parlant d'une seule armoire , sans doute à cause de la porte à deux battans.
Art.
Vart est de cacher l'art.
Dans un des couplets ^Isabelle et Gertrudcy opéracomique de Favart, ce proverbe est enchâssé de la manière la plus heureuse.
Oui , oui , le fard de la beauté Est la décence et la simplicité ; L'art est de cacher l'art. C'est le moyen de plaire , C'est le point nécessaire.
. Il faut la voir Cette dame Gertrude; C'est un miroir Pour une prude :
Il faut la voir Avec son grand mouchoir Noir.
Il se plisse ou s'étend sous ses mains vertueuses»,
ATT 6i
S'ajuste, s'arrondit, prend des formes heureuses, Et ménage des jours, des jours de volupté: Le blanc, le noir... l'œil en est enchanté. Ainsi l'on voit dans un bocage sombre Les rayons du soleil se jouer avec l'ombre.
ASTROLOGUE. (// n'est pas grand)
Il n'a pas une grande perspicacité. Par ironie : C'esC un grand astrologue ; il devine les Jetés quand elles sont venues.
Astrologues parlent bien de l'avenir , Mais ils ne le font pas venir.
Attendre.
Mal attend
Qui ne perattend.
C'est-à-dire , attend mal à propos , qui n'a pas la patience d'attendre jusqu'à la fin.
A ce proverbe se rapporte le suivant :
Qui bien attend
Ne surattend.
C'est-à-dire , qui attend avec persévérance, n'attend pas trop long-temps.
« Je prierai le lecteur, dit Henri Estienne (Traité de la précellence du langage français ) , considérer comment nous pouvons faire notre proufit de ce proverbe , en alléguant à celui qui n'aura point eu la patience d'attendre jusques à la fin, mais aura perdu courage. Et nommément pour les attendans de la cour cette leçon est fort bonne, que ce n'est pas bien attendu si on n'attiend jusques à la fin; sinon au cas qu'ils voyent. que cette fin ne prenne aucune fin. »
On compte les défauts de ceux qu'on attend.
(Proverbe espagnol. )