‹ Dictionnaire des proverbes françaisChapitre 213 sur 335 · LA FEMME ET LE MARI · texte numérisé non relu

LA FEMME ET LE MARI

Un gros benêt de paysan voulant un jour rentrer dans sa cabane, trouva la porte fermée : il regarde par le trou de la serrure, et croit voir un homme sur son lit. Outré de rage, il se retire, bien résolu d'en témoigner le soir son mécontentement à sa femme. « Qu'astu ? lui dit-elle en le voyant arriver de mauvaise humeur. — J'ai vu ce matin un homme sur mon lit. — Voilà tes anciennes folies qui te reprennent. — Folies ! je crois ce que j'ai vu. — Souvent il ne faut pas croire ce que l'on voit. » Puis, le prenant par la main , elle le conduit à un cuvier rempli d'eau. « Regarde, dit-elle ; que vois-lu? — Parbleu, je vois une figure d'homme. Eh bien ! répliqua la matoise, lun'«s pas dans cette eiiu,

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et cependant tu t'y vols. Il n'est pas surprenant que tu te sois vu sur ton lit : apprends que les yeux mentent quelquefois.» Le pauvre idiot convint de son tort , et promit à sa femme de ne plus croire ce qu'il verrait.

Marie de France écrivait au commencement du treizième siècle.

Poisson.

Les gros poissons mangent les petits.

C'est-à-dire, les puissans oppriment les faibles.

Les Grecs avaient le même proverbe. Dans Polybe, vivre en poisson ^ signifie ne connaître de loi que celle du plus fort.

Ne mange point de cerises avec un plus grand que toi; car compte qu'il te tirera les noyaux aux jeux.

(Proverbe allemand.)

POISSON. ( On ne sait s'il est chair ou) Dans l'origine du protestantisme , cela voulait dire : On ne sait s'il est catholique ou hérétique ; s'il reconnaît des jours où TEglise interdit l'usage des alimens gras.

Peut-être aussi que ce proverbe a d'abord été exprimé en latin , et qu'il conserve l'équivoque du mot latin EST , qui signifie est et mange.

De tous poissons fors que la tenche , Prenez le dos, laissez la penche (le ventre).

( Proverbe picard. )

Un autre morceau friand de la tanche , est ce qu'on appelle improprement la langue , le palais. Foie de lotte est encore au-dessus :

Une dame vendrait sa cotte Pour manger foie de lotte.

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Voici d'autres proverbes de pêcheurs :

Tête de barbeau , garde-la pour ton museau; Tête de brochet , donne-la à ton valet.

J'aime le brochet sans ton , la carpe sans peau , et la perche sans aille.

C'est-à-dire, je préfère le brochet au brocheton, la carpe au carpeau, et la perche à la perchaille.

Politesse.

Le Voyage de M. Amédée Jaubert en Arménie et en Verse y in-8° , 1821, contient quelques proverbes; en voici un fort ingénieux :

La politesse est une monnaie destinée a enrichir non point celui qui la reçoit ^ mais bien celui qui la dépense. (Proverbe persan.)

Nos proverbes sur la politesse sont populaires ; par exemple, poli comme le manche d'une étrille j c'està-dire grossier. Brûler la politesse , s'esquiver, sortir d'un endroit avant le temps où on devait le quitter.

« La politesse, dit Duclos, est l'imitation des vertus sociales; elle en est l'expression, si elle est vraie, et l'imitation, si elle est fausse. »

La politesse est à l'esprit Ce que la grâce est au visage.

(Voltaire.)

POIVRE. {Cher comme)

Proverbe du temps où nous ne recevions pas encore le poivre des Indes par mer.

PORCS. ( Conseiller du roi, languejeur de)

La chair d'un porc ladre passe pour être malsaine. C'est à la langue de l'animal que la ladrerie est apparente ; de là l'imporlancc de visiter la langue , et la création de charges exprès pour cette visite.

POT , 5o5

PORTE. ( On a balayé devant sa ) Nos pères disaient cela d'un joueur qui n'avait plus d'argent devant lui.

PORTE. ( Sortir par la belle)

C'est se tirer d'une affaire avec honneur. Cette façon de parler vient d'un usage du parlement de Paris : un prisonnierdéclaré innocent étaitrecpnduit par la grande porte, dite belle porte ^ donnant sur le grand escalier de la cour du May.

Portier.

Dans les Bourgeoises a la mode, Angélique, au milieu de ses propositions extravagantes, dit : Il faudra y s' il vous plaît y que nous ayons un portier; et là-dessus le mari s'écrie : Miséricorde \ un portier chez moi! chez un notaire un portier! Ahï madame. Et l'autre répond : Oui y monsieur, un portier. Il en résulte une longue dispute; enfin le notaire se dit en soupirant: Je me ferai bien moquer de moi. Cette comédie n'est pourtant que de 1692. Dans l'espace d'environ un siècle nos mœurs sont bien changées. Aujourd'hui un notaire qui n'aurait pas de portier se ferait, sinon moquer, du moins remarquer.

Pot.

C^est le pot de terre contre le pot de fer.

Proverbe tiré de l'Ecriture.

(c Celui qui se lie avec un plus grand que lui met « un fardeau pesant sur ses épaules. N'entrez point en « société avec un plus riche que vous; quelle union « peut-il y avoir entre un pot de terre et un pot de « fer? car lorsqu'ils se heurteront l'un contre l'autre, a celui de terre sera brisé. »

{^Ecclésiastique y chap. j3.)

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Voyez la fable de La Fontaine : Le pot de terre et le pot de fer ( a'°'= du S'"'^ Liv. ).

POT. (^ Aller comme pois en)

Ne faire qu'aller et venir.

Avant la révolution de 1789 , on disait des moines ^ renfermés dans leurs couvens, ils sont comme pois en gousse; et par un proverbe contraire, quand ils ont mis le pied dehors, ils vont comme pois en pot.

Pot-pourri.

La soupe du grand pot et des friands le pot-pourry.

Proverbe de nos aïeux.

Des viandes pourries de cuire devaient donner d'excellent bouillon ; il y avait dans le même pot du bœuf, du mouton , du veau , du lard , et beaucoup de légumes , nji'ai restaurant et élixir de vicy dit un conte d'Eutrapel.

Du temps de François i" on mettait encore le pot sur la table ; chacun y puisait du brouet, après qu'on en avait tiré et jeté pêle-mêle dans un grand plat la viande et les légumes.

POT , ( A la fortune du ) sans cérémonie.

Le père André, religieux du couvent des Petits-Augustins , à Paris, dit le petit père André, faisait un grand usage des proverbes les plus populaires et les plus communs. La reine Anne d'Autriche étant arrivée à un de ses sermons déjà commencé, il lui dit : a Soyez la bien venue, madame, nous n'en mettrons pas plus grand pot au feu. »

POT. {Hume Guillot, encores y en a-t-il au)

Ce proverbe se trouve dans Rabelais {^Gargantua ^

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Liv. I, ch. 5); on l'applique à une personne qui boit avec avidité.

POT. (^ Sourd comme un)

Un pot n'a point d'oreilles, et c'est en cela qu'il diffère d'une écuelle.

Beaumarchais prétendait qu'on avait gâté ce proverbe. « On ne parle point à un pot, disait-il ; mais une urne qui renferme des restes chéris, reçoit bien des soupirs et des invocations auxquels elle ne répond pas. »

Pouce.

Mettre les pouces.

Se soumettre. Chez les Romains, lorsqu'on voyait un athlète près de succomber, les spectateurs rapprochaient les deux pouces, et à ce signe la lutte cessait.

(Voyez Venir a jubé.)

POUDRE, (// n'a pas inventé la) dit-on d'un homme dépourvu d'esprit. Ce proverbe donne une grande idée de l'inventeur de la poudre à canon, quoique sa découverte ait été, comme beaucoup d'autres, l'effet du hasard.

Vers le milieu du dix-huitième siècle , on appliqua burlesquement le proverbe, Il n'a pas inventé la poudre, à maître André, perruquier, né à Langres en i 722.

Un homme de lettres dont Charles André était le perruquier, lui persuada de devenir auteur tragique. André goûta cet avis, et bientôt après parut le Tremblement de terre de Lisbonne, tragédie en cinq actes et en vers , par maître André, perruquier privilégié , demeurant a Paris, rue de la Vannerie , prés la Grève. l'y 56, m-S". M. Lasalle Dampierrc était le principal auteur de cette facétie. André prit la chose au sérieux, et

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dédia sa pièce à \ illustre et célèbre poète, M. de Voltaire , qu'il appelle monsieur et cher conjrere.

Fouille.

Chanter pouille à quelqu'un, c'est lui dire des injures grossières.

Chez le peuple, se pouiller signifie s'injurier, s'appeler pouilleux.

Pauvreté n'est pas vice, mais personne n'aime à se l'entendre reprocher; or on sait que les poux sont inséparables de la pauvreté.

Poule.

Plumer la poule sans la/aire crier.

Prendre subitement et avec adresse, dérober quelque chose, sans que personne y prenne garde, ou s'en plaigne.

« Ce grand faiseur de larcins amoureux plume la poule sans la faire crier. » ( L'Amour à la mode. )

POULE BLANCHE. {Honneurs de la) Avant la révolution de 1789, dans l'arrondissement de Remiremont , en Lorraine , ces honneurs étaient décernés , le jour de leur mariage , aux jeunes filles dont la réputation de sagesse n'avait jamais été ternie. Les jeunes gens des deux sexes, invités à la noce, se réunissaient quelques jours avant la célébration du mariage, et délibéraient. S'il était reconnu que la jeune mariée avait su se préserver des atteintes du vice , on cherchait, pour le jour de la noce, une poule parfaitement blanche. Cette poule était attachée à l'extrémité d'une perche, entre deux quenouilles garnies de lin. C'était un jeune garçon , ami de l'époux, qui portait la perche : il marchait en tête du cortège ; et au

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moyen d'une ficelle attachée à une des ailes de la poule, il la faisait crier chaque fois qu'on passait devant la maison de quelques unes des amies de la mariée. Ni la richesse, ni la heauté , ni même les marques du repentir ne pouvaient racheter un instant de falhlesse, et les honneurs de la poule blanche étaient impitoyablement refusés à la jeune fille qui n'avait pas su se conserver pure.

POULE BLANCHE; ( Cest le fils de la) se dit d'un homme à qui tout réussit.

Du siècle les mignons, fils de la poule blanche, Ils tiennent à leur gré la fortune en la manche; En crédit élevés ils disposent de tout , Et n'entreprennent rien qu'ils n'en viennent à bout.

( Regmier, sat. 3.)

On dit, au contraire, d'un homme malheureux dans ses entreprises, qu'il ^^l chanceux comme le chien a Brusquetj qui n'alla qu'une fois au bois etfo.t mangé des loups.

Poulet.

On donne ce nom à un billet de galanterie, parce qu'en le pliant on y fait des pointes qui ressemblent aux ailes d'un poulet.

La duchesse de Bar disait de La Varenne, son ancien cuisinier, devenu favori de Henri iv, «Qu'il avait plus gagné à porter des poulets pour son frère, qu'à en piquer dans sa cuisine. »

POUPE. {^Avoir le vent en )

Etre en bonne veine.

La première de ces façons de peindre une situation prospère , est tirée de la navigation ; et la seconde, de l'exploitation des mines.

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POURCEAU DE SAINT ANTOINE. {Aller déporte en porte j comme le)

Cette façon de parler, qui s'applique aux parasites , vient de ce que les pourceaux de l'abbaye de Saint- Antoine de Viennois en Dauphiné avaient le privilège d'aller de maison en maison , avec une clochette au cou, qui les faisait reconnaître. Chacun, par respect pour le patron de l'abbaye , leur donnait à manger au lieu de les chasser.

POURPOINT. ( La chemise est plus proche que le)

Pour dire que nos parens ont plus de droits à notre bienveillance que nos amis.

Le pourpoint , habillement du quatorzième siècle , était un vêtement court. En iSaS, les tailleurs, qui jusqu'alors avaient été appelés tailleurs de robes, recurent de nouveaux statuts sous le titre de maîtres tailleurs pourpointiers.

Les maîtres pourpointiers ne vê tissaient que le corps proj)rement dit; il y avait d'autres ouvriers pour le haut et le bas de chausses. Ceux-ci furent érigés en corps de maîtrise en i546, sous le titre de maîtres chaussetiers. Les boursiers culottiers leur succédèrent.

Enfin, ces différens métiers furent réunis en i588, sous la dénomination de maîti^es tailleurs d'habits , avec le pouvoir de faire tous vêtemens d'homme et de femme , sans aucune exception.

Louis xiv, ayant trouvé convenable d'ôter aux hommes la faculté de faire des habits de femme, créa, en 16^5, un corps de maîtrise féminin sous le titre de maîtresses couturières, auxquelles il donna pouvoir de faire tous les vêtemens de leur sexe.

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Pouvoir.

N'en pouvoir mais.

N'être pas la cause d'une chose fâcheuse.

Faiseurs d'épigrammes , quel mérite y a-t-il à dire que l'âge a sillonné le front de Lydie, blanchi ses cheveux , démeublé sa bouche? En peut-elle /nais? Songez que la plus belle femme en éprouvera tout autant si elle parvient à un âge avancé. Songez aussi que les difformités qui excitent votre bile ne troublent en rien la société.

Si jeunesse savait y si vieillesse poui^ait ^

Jamais le monde ne Jaillirait .

Juvenum lanceœ et senum consilia , dit le proverbe latin.

Suivant l'abbé Suger, on entendit souvent Louis vi, sur la fin de sa vie , se plaindre du malheur de la condition humaine , qui réunit rarement le savoir et le pouvoir.

M. de Beautru était moins sage. Peu de temps avant de mourir, il disait à Ménage : « Je voudrais n'avoir que vingt ans et vingt sous, je ferais une belle fortune, je me ferais ou comédien ou le Mercure de quelque prince. Sachant ce que je sais, j'irais loin dans ces deux professions. — Mais, monsieur, vous n'y songez pas, vous perdriez votre réputation, qui fait un des plus doux biens de votre vie. — Bon , il est aussi difficile de passer pour honnête homme quand on est gueux, qu'il est aisé de l'être dès qu'on est riche. »

(^Ménagiana.)

PRÉ. {Aller sur le)

Dans le seizième siècle, le rendez-vous des duellistes de Paris était le Pré aux Clercs ; de là, peut-être, cette façon de parler, encore usitée , aller sur le pré.

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Le Pré aux Clçrcs , qui aboutissait à la rivière, s'étendait à l'ouest de l'abbaye de Saint-Germain , et occupait l'emplacement des rues de Seine, des Saints-Pères, des Petits-Augustins , etc.

Le nom de clercs s'appliquait alors non seulement aux ecclésiastiques , mais à tous les étudians de l'université de Paris.

Saint-Louis tit, en 1260, une ordonnance contre les duellistes, et Philippe-le-Bel la renouvela; mais on s'aperçut que ceux que l'on privait de la faculté de combattre à armes égales cherchaient à se faire justice avec avantage, et qu'on n'avait fait que substituer l'assassinat à un combat régulier. L'édit de i3o3 règle les cas oïl le combat peut être demandé, et les nombreuses formalités et cérémonies dont il doit être précédé.

Non seulement François i*^"" assista, à Moulins, au duel de Cersay et de Viguier, mais lui-même eut une affaire d'honneur.

En 1547, "" '^"^^ ^^^^ lieu à Saint-Germain-en-Laye, devant Henri 11 et toute la cour, entre Guy Chabot de Jarnac et François de Vivone de la Châtaigneraye. Ce dernier mourut des suites du coup qui lui avait été porté , et le roi fit vœu de ne plus permettre de duels.

Honoré d'Albert, seigneur de Luines, se battit au bois de Vincennes, devant Charles ix, contre le capitaine Panier.

Sous Henri iv, aucun tribunal ne prononça contre les duellistes la peine de mort dont ce monarque les avait menacés.

Le meurtre du baron de Luz, tué dans la rue Saint- Honoré par le chevalier de Guisi!, qu'il força de mettre l'épée à la main, donna lieu à la déclaration de i6i3; mais le même chevalier de Giiise tua, quelque temps

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après, le fils du baion , et aucune poursuite ne fut faite contre lui.

Le 11 juin 1627, François de Boutteville-Montmorenci, et Rosmadec, comte Deschapelles, son cousin, redoutables parmi la noblesse , par le grand nombre d'hommes qu'ils avaient tués en duel, furent décapités en place de Grève. Mais il ne faut pas regarder cette exécution comme la peine d'un duel simple ; ce fut bien plutôt un grand exemple reconnu nécessaire pour soutenir l'autorité du roi contre un sujet rebelle. L'épée du comte de Boutteville avait acquis une célébrité funeste, et son duel avec Beuvron était au moins le quatrième dont le public s'entretenait. Condamné à mort par un arrêt rendu contre lui par défaut pour un autre duel, il avait fait abattre par ses valets, soutenus par quelques cavaliers, le poteau dressé pour y afficher sa condamnation ; et forcé de quitter la France , il avait fait accompagner son carrosse par deux cents hommes armés. Réfugié à Bruxelles, il avait résisté à la prière que le roi lui avait fait faire de ne pas se battre contre Beuvron, quoique cette prière lui eût été transmise par l'infante archiduchesse des Pays-Bas; enfin, quoique le roi lui eût refusé des lettres d'abolition , il avait eu l'audace de revenir à Paris , et s'était battu en plein jour sur la Place-Royale.

On donna à cette exécution le plus grand appareil, et elle fit sur les esprits plus d'impression que tous les édits rendus contre les duels.

En 1679, Louis xiv établit Aes juges du point d'honneur dans tout le royaume ; il appela tous ceux qui auraient éprouvé quelque offense à recourir à leur \rïédiation, à leur autorité, pour en obtenir le redressement et la réparation. La satisfaction et les réparations étaient

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graduées, selon la qualité et la gravité des offenses ^ depuis les plus légères jusqu'aux plus grandes.

Les combats singuliers ne devinrent guère moins fréquens , et l'on en va voir le motif. Le comte de Toulouse s'exprimait ainsi dans une lettre du a'y mars 1 737 : « Les lois sur le duel sont sages; mais jusqu'à ce qu'on ait trouvé le moyen de sauver l'honneur d'un homme, il faut en particulier compatir à ce qu'il est obligé de faire. J'ai vu le feu roi bien sévère sur les duels ; mais en même temps si dans son régiment, qu'il approfondissait plus que les autres, un officier avait une querelle, et ne s'en tirait pas suivant l'honneur mondain , // approuvait qu'on lui fît quitter le régiment, »

Cependant les lois de Louis xiv produisirent un résultat heureux. L'usage des seconds tomba en désuétude, beaucoup d'affaires finirent par de simples blessures, au lieu que, sous le régime des seconds, il y avait toujours mort d'homme.

Louis XV fit un édit contre les duels en 1728, et le confirma en 1729. Cette loi, qui est la dernière que nos rois aient rendue sur cette matière, n'eut pas plus d'infiuence que les précédentes.

Louis XVI eut le bon esprit de ne pas accroître le nombre des lois contre le duel.

Le goût des jeux de mots, l'envie de briller, le penchant pour l'épigramme, faisaient naître quantité de duels.

Deux demoiselles extrêmement jolies , toutes deux filles de médecins, arrivent l'une après l'autre dans un bal : la première fait grande sensation; un murmure llatteur atteste et célèbre sa beauté. L'instant d'après paraît la seconde, et l'admiration change d'objet. Un jeune homme dit en plaisantant : Cette médecine /era

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rendre Vautre. On rit ; l'amant de la première repart : J'en doute; une médecine sans la saignéene fait point d'effet; et ils vont se battre.

Un homme contrefait est au parterre. (On y était debout alors, et souvent très pressé.) Son plus proche voisin lui dit d'un ton goguenard : Votre éminence me gêne beaucoup . Ce mot à double sens excite le rire. Mille pardons, monsieur, repart celui-là \je suis désespéré de n'être pas aussi plat que vous. On rit davantage, et ils vont se battre.

On se battait pour s'être regardé , pour s'être coudoyé, pour une contradiction quelconque. Un jeune homme n'entrait jamais dans un corps sans être tdté par les breteurs du régiment. Dans cette disposition des esprits, une loi n'eut probablement fait que les aigrir; la rage des combats singuliers devait céder à des remèdes plus simples et plus appropriés à l'état actuel des lumières.

Les écrivains les plus distingués répétèrent tant de fois qu'il était tout-à-fait inconvenable de marcher armés, même au sein de la paix, et de traîner des instrumens de mort là où on ne venait chercher que le plaisir, qu'enfin ils furent entendus. On quitta donc l'épée comme d'un commun accord , et dès lors on ne vit plus de ces duels improvisés par suite d'une injure légère, d'un mot un peu vif. Les Parisiennes se distinguèrent dans cette lutte du présent contre le passé; elles proscrivirent les uniformes, qui ne sont bons que dans les revues ou dans les camps; elles ne voulurent pas avoir l'air d'accorder à l'habit des préférences qu'on devait mériter par des moyens plus doux , et les militaires ne parurent plus dans les salons quc/t habit bourgeois; c'était l'expression consacrée.

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Quelques duels, il faut en convenir, finissaient gaiment. M. le comte de F. -P. en a cité un exemple dans son Nouveau Dictionnaire français, publié en 1819, chez Pélicier, galerie des Offices, au Palais -Royal. ((M. de Langerie et M. de Montandre, officiers dans le corps des galères, l'un de plume et l'autre d'épée, se prirent un jour de querelle et se portèrent sur le pré : ils étaient l'un et l'autre excessivement laids. Arrivés au lieu du combat , et les épées tirées, M. de Langerie regarde en face son adversaire, et lui dit : Je Jais une réflexion ; je ne puis pas me battre avec vous. Il remet son épée dans le fourreau. — Comment, monsieur] qu'est-ce que cela signifie? — Cela signifie que je ne me battrai pas. — Quoi! vous m'insultez et vous refusez de m'en rendre raisonl — Si je vous ai insulte, je vous en fais toutes les excuses possibles; mais j'ai une raison insurmontable pour ne pas me battre avec vous. — Mais, monsieur , peut-on la savoir? — Elle vous fâcherait. — Non, monsieur. — Vous me l'assurez? — Oui, je vous l'assure. — Eh bien! monsieur, la voici : si nous nous battons y je vous tuerai, selon toutes les apparences j et je resterai

le plus laid b du royaume. Son adversaire ne put

s'empêcher de rire; ils revinrent à la ville bons amis; et comme leurs preuves de bravoure étaient faites à l'un et à l'autre, tout le monde en rit aussi. »

La jalousie a quelquefois armé la main des Parisiennes du dix-huitième siècle. Il y a environ quaranlecinq ans qu'une actrice, qui vit encore, en appela une autre au bois de Boulogne. Il s'agissait d'un infidèle, à qui un second amour avait fait oublier le premier. Elles furent Tune et l'autre exactes au rendez-vous, et l'amante délaissée dégaina la première; mais à la vue

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du fer vengeur, l'usurpatrice perdit courage, se laissa docilement souffleter, et revint pleurante à Paris.

Les belles de nos jours ne sont pas moins irritables. M. Brillât de Savarin disait , en 1 8 1 9 , dans son ouvrage intitulé Essai sur le duel , d'après notre législation et nos mœurs : «Il n'y a que peu de semaines qu'on a vu dans un dossier, au Palais de Justice, un cartel envoyé par madame C*** de la Haute -Loire, à madame F,... sa voisine, qu'elle accusait de lui avoir fait manquer un mariage. La lettre était cliaude, injurieuse, menaçante; et pour ne laisser aucun prétexte à la couardise, l'offensée laissait à madame F.... le choix des armes, et huit jours pour faire ses dispositions. »

Parmi les causes qui ont diminué le nombre des duels, il faut compter pour quelque chose l'usage oii l'on est depuis une vingtaine d'années de se battre au pistolet. Le combat à l'épée est chevaleresque et noble; le sort n'y entre pour rien; en recevant le coup, on peut le rendre. Mais est-ce se battre, se mesurer, que de tirer au sort lequel des deux champions aura l'affreux privilège de brûler la cervelle à l'autre?

Quelques publicistes voudraient que Tautorité fût implacable pour les témoins. Si ces témoins, disent-ils, étaient des spectateurs, des passans conduits par le hasard, ils se feraient un devoir d'empêcher le combat par tous les moyens possibles , et de rendre à la raison et à l'humanité des hommes exaltés. — Les témoins emploient toutes les voies de conciliation; et si quelquefois ils ont le malheur de ne pas réussir, ils veillent au moins à ce que les choses se passent dans les règles, et qu'un duel ne devienne pas un assassinat.

Les anciens duels étaient presque toujours de vraies parties carrées; chaque adversaire amenait un second .

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qui se battait comme s'il eût été question de sa propre querelle. On a vu des duels entre six et même huit combattans.

Le duel est sans doute un mal, mais la crainte du duel produit quelques bons effets; elle rend plus important et plus général ce principe de l'éducation première , qu'il ne faut offenser personne.

PRÉ. {^Épargne de bouche vaut i^ente de) On demandait à Caton quel était le profit le plus assuré ? De bons prés, répondit-il. — Et ensuite? — Des prés médiocres.

Si petite qu'elle soit, l'économie sur la bonne chère équivaut à une grande épargne. Ce sont les petites pluies qui gâtent les grands chemins ^ disait madame de Sévigné.

PRÉ. {Faucher le grand)

C'était l'expression dont on se servait autrefois pour désigner le genre de travail des criminels condamnés aux travaux publics, parce qu'ils passaient le temps de leur détention à ramer sur les galères du roi.

Quoiqu'il n'y ait plus de vaisseaux appelés galères^ le mot galérien est encore employé quelquefois; mais ordinairement on ^\\,Jhrçat, homme forcé à travailler.

Les forçats sont placés dans les ports. On les enferme dans de grands bâtimens construits à terre, et appelés bagnes (de bagno , nom donné autrefois par les Italiens à la grande prison des esclaves de Constàntinople, où il y avait des bains).

Les forçats partent à certaines époques des prisons de l'intérieur, et on leur adjoint tous les condamnés à la même peine , détenus dans les prisons qui se trouvent sur leur route. La troupe de ces criminels forme

re (]ue l'on nomme nne chaîne ; car ce mot signifie el la peine des galères, et la troupe des criminels condamnés aux galères.

L'auteur de V Histoire générale des prisons sous le règne de Bonaparte, volume in-^" de 1-76 pages, qui parut à Paris en i8i4^ parle comme témoin oculaire, dans la prison de Bicêtre , du départ de la chaîne.

« Vous, dit-il, qui n'écoutez jamais que la voix des plaisirs et de la licence, accourez, voyez et frémissez.... La garde est doublée, tous les prisonniers sont renfermés dans leurs cabanons , les cours sont désertes, et le silence règne dans toute la prison. Tout à coup, vers onze heures, il est interrompu par l'ouverture de la grille qui donne sur la grande cour , et par l'arrivée des lourdes charrettes où sont les fers ; viennent ensuite le capitaine de la chaîne, ses trois lieutenans, une douzaine de sbires armés de bâtons et de sabres, des officiers de paix, et plusieurs agens de police. Aussitôt, et tandis que les gardes traînent et préparent les longues chaînes sur le pavé retentissant, la cloche sinistre se fait entendre , les condamnés arrivent à la file , et sont remis à leurs nouveaux gardiens, qui d'abord les font asseoir à terre , alignés vingt-six par vingt-six....

«Midi sonne; des sbires, la tète et les bras nus, rangent une chaîne derrière chaque cordon futur, et le ferrage commence. Un énorme collier de fer attaché aux branches de la chaîne pesante est posé sur le front du forçat, comme la couronne du malheur; et lorsqu'on s'est assuré que sa tète ne peut passer à travers, le carcan s'ouvre, embrasse étroitement son col, s'arrête sur une enclume que les cyclopes appuient contre le dos du patient immobile;

Et leurs énormes bras lèvent de lourds marteaux Qui tombent à grand bruit et rive)Jt les anneaux.

«La chaîne était composée d'environ deux cenls hommes : dès qu'on les ç^yjXfeirès, ils se levèrent à un signe de leurs chefs, furent alignés sur plusieurs rangs, et le concierge, Tétat-major, les agens de police procédèrent à l'appel ainsi qu'à la revue. Ces derniers jettent sur chaque galérien un regard scrutateur, afin de le reconnaître nn jour si, s'échappant du bagne , il revenait à Paris, comme cela arrive assez souvent. Quand la revue est terminée , on ordonne à ces malheureux de se déshabiller jusques et y coinpris la chemise, pour revêtir les habits du voyage.... Ces habits, faits de. toile à serpillière, sont placés seuls entre le corps et la chaîne, qui pèse vingt-cinq livres.... Le ciseau du barbier coupe leurs cheveux de façon que leur tête paraît sillonnée....

«Le lendemain, dès le lever du jour, et après une nuit passée sur la pierre que recouvre un peu de paille, ces malheureux sont placés, les jambes pendantes, sur de longs chariots découverts. La grille s'ouvre; et, sous l'escorte de leurs gardes et de la gendarmerie, ils partent ainsi pour Toulon, Rochefort, Lorient ou Rrest. »

Cette sorte de caravane porte avec elle, ustensiles, fers, vivres, etc. Outre les condamnés, elle se compose de plusieurs employés et d'une escorte militaire. A mesure qu'elle se grossit de nouveaux criminels, ceux-ci sont enchaînés comme les autres ; c'est-à-dire , qu'on leur met un collier de fer de deux pièces, unies en devant par une forte charnière , et fermées par derrière au moyen d'un boulon de for, que l'on enfonce et que l'on rive à coups de masse. Ce collier est passé dans le premier anneau d'une chaîne de six à huit pieds , dont l'autre extrémité est enfilée par une autre chaîne, qui est très longue : cette dernière, qui reunit ordinairement une centaine des premières, reçoit le nom de cordon. Chaque forçat a une ceinture de cuir pour sup-

PRE Sat

porter le poids de sa chaîne, et empêcher les commotions de se transmettre au cou et n la tête.

Ainsi composée, la chaîne générale se traîne péniblement pendant quatre à cinq lieues par jour, faisant des haltes fréquentes, et couchant sur la paille. Les plus malades sont tantôt placés sur les charrettes qui portent le bagage, et tantôt portés par leurs camarades. Ceux qui meurent dans le chemin sont même portés sur les épaules jusqu'à la ville la plus prochaine. Ce voyage est tellement fatigant, que les forçats le redoutent autant que quelques années de séjour au bagne.

A l'arrivée de la chaîne, on fait subir une espèce de quarantaine aux condamnés qui la composent. A Brest, on les reçoit dans un des hôpitaux de la marine extra muros, où des salles grillées sont préparées pour eux. On s'empresse d'abord de débarrasser chaque homme du collier de voyage. Pour cela , le forçat s'assied à terre, la tête près d'un billot sur lequel est fixée une enclume; puis, à grands coups de masse et de repoussoir, deux hommes chassent le boulon qui tient le collier fermé. Dès que celui-ci est ôté, on place à la partie inférieure de la jambe une manille. C'est une pièce de fer d'une forme parabolique, du poids de deux à trois livres, et percée a chaque bout d'un trou dans lequel on met un fort boulon, qui est arrêté lui-même par une clef de fer rivée à coups de masse. La manille est l'attribut essentiel des forçats; on ne l'ôte d'un membre fracturé que pour la replacer à l'autre; c'est à elle qu'est attachée une chaîne de dix pieds qui unit les forçats par couple.

Après avoir éxéjerréf l'arrivant est dépouillé de toute espèce de vêtement, de ses bijoux, etc.; ses cheveux sont coupés courts; il est entièrement rasé; puis on le

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