‹ Dictionnaire des proverbes françaisChapitre 214 sur 335 · D22 PRE · texte numérisé non relu

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lave à grande eau, on l'essuie; après quoi il est vêtu d'une chemise de toile rousse, d'une casaque très ample, d'un gilet et d'un pantalon, le tout d'un drap très fort, et de couleur écarlate. On lui donne en même temps des souliers de cuir jaune et un bonnet de laine de même couleur que l'habit, vert, ou bien vert bordé de noir, suivant qu'il a été condamné à peu d'années, à beaucoup ou à perpétuité. A la pointe de ce bonnet est attachée une petite plaque de fer-blanc portant le numéro du forçat. Celui-ci reçoit ensuite une ration de vin chaud, et est placé isolément dans un lit : on sépare les malades des bien portans; mais les derniers n'en sont pas moins traités pendant vingt ou trente jours comme des convalescens. Enfin, lorsqu'ils sont bien reposés, on les envoie au bagne pour y suivre les travaux et le régime commun.

La bagne de Brest passe pour être le mieux entendu. Il se compose principalement de quatre salles immenses, formant deux étages. Chaque salle, soutenue dans le milieu de sa largeur par une rangée de piliers à la base desquels sont, de deux en deux, des latrines à l'anglaise , est garnie de quatorze tolats ou doubles bancs , espèce de lits de camp de quinze pieds en tous sens, et formant deux plans inclinés à l'horizon, réunis du côté de la tête; du côté des pieds, ces tolats ont une longue barre de fer dans laquelle la chaîne du forçat se trouve passée quand il est à son banc. Chaque banc est pour douze places. Entre le pied du banc et la muraille, il y a un passage assez large; et, au milieu de la longueur de chacjue salle, se trouve un espace entouré de grilles, qui contient la cantine ou taverne, la cambuse^ lieu de la distribution des vivres, et la cuisine. Le nombre des hommes de chaque salle est de -700 à 800.

Le forçat reçoit en été un pantalon de toile, et en hiver, quand il travaille à l'air, en sus de ses vêtemens, une capote de toile garnie d'un capuchon. Le poids de la manille et de la chaîne est de douze livres, ou à peu près, et la longueur de cette dernière de dix pieds ; d'où il résulte qu'en la faisant courir sur le barreau du banc, chacun peut disposer d'une ligne de trente-quatre pieds, et atteindre la latrine.

Le forçat couche tout habillé sur la planche nue, à moins qu'il n'achète un petit matelas et une couverture. Ses vivres consistent, chaque jour, en 3o onces de pain, ou 23 onces de biscuit; une once de fromage, ou 4 de légumes secs; une livre d'huile de lin, et ai livres de sel pour mille rations. Il ne mange j ..Tiais de viande, à moins qu'il ne l'achète. Celui qui ne travaille pas n'a d'autre boisson que de l'eau ; tandis que le forçat h la Jatigue reçoit deux tiers de pinte de vin , ou un sixième de pinte d'eau-de-vie mêlée avec autant d'eau , ou même une pinte et un tiers de bière ou de cidre.

A cinq heures en été, et à sept heures et demie en hiver, les forçats se lèvent; et aussitôt que leurs salles sont balayées, et qu'ils ont leur déjeuner, des gardechiourmes les conduisent aux travaux du port. Ces travaux sont réservés pour les plus coupables; les travaux des ateliers, les corvées pour les vivres, pour le bois, etc. , sont faits par les autres. Ceux qui n'ont plus^que peu de temps à rester dans le bagne , sont découplés et employés dans les salles ou dans les hôpitaux comme servans ou infirmiers; ils reçoivent une paie de 20 centimes par jour. Au contraire, tous les forçats condamnés à perpétuité, ou connus par quelque tentative d'évasion , ne sortent jamais qu'enchaînés à un seul cordon.

Les forçats rentrent pour dîner à onze heures, en

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été; ils retournent au travail à une heure, et rentrent de nouveau avant la nuit. En hiver, ils font la journée de neuf à trois heures sans s'arrêter. A leur rentrée du soir, on les enchaîne à leur banc; à sept heures en hiver, à huit heures en été, une cloche donne le signal du silence et les force à se coucher.

La police qu'on exerce envers eux est extrêmement sévère; la moindre faute est punie du fouet ou du rotin , dont on applique des coups sur les reins et à la partie postérieure du thorax; on y joint toujours le cachot. Si l'un d'eux est condamné au supplice , tous les autres sont présens à l'exécution, à genoux, et le bonnet à la main. ^

Le forçat dont''.ypeine approche de son terme est intéressé à ne pas s'évader ; c'est pourquoi on l'emploie de préférence dans les hôpitaux et les ateliers. A son départ, on lui ôte les fers et les habits de bagne; on lui donne un gilet rond et un pantalon de drap gris commun ; il reçoit le prix de sa main d'œuvre qui avait été mis en réserve, puis une cartouche ou congé imprimé sur papier jaune, et une feuille de route avec laquelle il touche six sous par myriamètre. Arrivé chez lui, il reste ordinairement sous la surveillance de la police pendant un an.

Précieuses.

On donna ce nom , vers le milieu du dix-septième siècle , à une société de femmes dont le langage était alambiqué; et la comédie des Précieuses ridicules, jouée en 1659, n'eut pas d'autre but que de faire cesser ce jargon.

Bodeau de Somaize, qu'il ne faut pas confondre avec rérudit Saumaise , ne tint compte de la critique, et

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publia, en lŒo^le grand Dictionnaire des Précieuses, qui forme deux volumes. ^^'-^J::"^

Comme cet ouvrnge est rare'/ en voici un extrait :

Conter fleurettes,

Pousser le dernier doux.

Un chapelet,

Une chaîne spirituelle.

Avoir de belles lèvres.

Avoir des lèvres bien ourlées.

Danser,

Tracer des chiffres d'amour.

Se marier ,

Donner dans V amour peî'inis .

Les peintres.

Les poètes muets.

Les lieux d'aisance,

La lucarne des antipodes.

Démêler des cheveux,

Délabjrinther des cheveux.

Pester contre une personne, et n'oser ouvrir la bouche pour se plaindre ,

Jurer entre cuir et chair, , L'auteur cite ses autorités.

Prendre.

L'orthographe du proverbe suivant peut faire juger de son ancienneté :

Trois choses sont tout d'ung accord , L'Église, la court et la mort; L'Église prent du vif et mort, La court prent le droit et le tort, La mort prent le foyble et le fort.

On sait qui l'on quitte, on ne sait pas qui Ton prend.

Ce proverbe s'adresse à ceux qui changent de maître»

ou de domestiques, au risque de perdre au changement.

Qui prend s'engage.

Recevoir des présens , c'est contracter des obligations envers ceux qui les font.

Personne ne doit être plus en garde contre les dons intéressés que les femmes. Dans le Préjugé a la mode y Durval , époux de Constance , lui fait un cadeau sans se faire connaître. Constance craint que ce cadeau ne vienne d'un séducteur ; humiliée d'une avance si injurieuse, elle dit à son mari :

Ah ! j'étais respectée , et je ne le suis plus !

Prêt.

C'est un prêter a ne jamais rendre , dit-on d'une chose qu'on prête à un homme insolvable, ou qui a la réputation de ne rien payer.

Senecé a fait usage de ce proverbe dans l'épigramme suivante :

Pour acheter un bien qui se vend par décret. Il rae faut mille écus ; prête-les-moi , Cléandre ; Opulent , bon ami , tu ne peux t'en défendre. — Arcas , à te prêter je n'aurais pas regret ; Mais n'est-ce pas emprunt fait pour ne jamais rendre? — Qui diable t'a dit mon secret ?

Le parti le plus sage consiste à ne prêter qu'une partie de la somme demandée, et à n'y plus penser.

Ami au prêter, ennemi au rendre.

G. Meurier dit plus énergiquement : Auprêter Dieu, au rendre diable.

Un homme qui veut puiser dans votre bourse vous accable de caresses. A-t-il obtenu ce qu'il désirait, il évite votre présence, et si vous lui parlez de paiement, vous courez risque d'être injurié.

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