‹ Dictionnaire des proverbes françaisChapitre 227 sur 335 · REN · texte numérisé non relu

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habile médecin , mais comme devin. Un jour un paysan qui avait perdu son âne, vint pour en savoir des nouvelles. Maître-Jean, qui était alors entouré de beaucoup de monde, et qui voyait un importun, dit à ceux qui avaient coutume de l'aider dans ses opérations , Donnez un clystère à ce bon homme, et il retrouvera son âne. L'ordonnance fut aussitôt exécutée au grand étonnement du rustre, qui jusque-là avait ignoré ce que c'était qu'un clystère. Il paya et ne demanda pas son reste. A quelques pas du village, une colique l'obligea à s'arrêter. Le bruit que fit l'opération du dégagement parvint jusqu'aux oreilles de l'âne, qui, las de courir, se reposait derrière un buisson. Il se mit à braire ; son maître enchanté lui répondit; ils se reconnurent. La réputation du médecin s'accrut, et pendant long-temps on eut recours aux elystères pour retrouver les choses perdues.

RENARD. (Se confesser au)

Pour dire faire confidence d'une affaire à un homme qui a intérêt de l'empêcher.

Ce proverbe est un de ceux qui reçoivent les applications les plus fréquentes. Qu'un spéculateur communique un projet à son ami qui court la même carrière; celui-ci s'en saisit, et à l'insu de l'indiscret, il obtient de la fortune des faveurs qui ne lui étaient pas destinées. Qu'un auteur ait l'imprudence de se confier à un courtisan des muses , qui malheureusement soit son rival; le confident s'approprie ses idées, ses plans, et gagne des lauriers qui ne devaient pas couronner sa tête. Voilà le monde ; il est plein de gens qui font de la société un élément orageux que parcourent sans £esse des corsaires.

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RENARD. (^Prendre martre poui-)

Prendre une chose pour une autre, étant trompé par une légère ressemblance.

Jadis les fourrures n'étaient point permises indistinctement. La martre était réservée aux princes et à la haute noblesse; et le renard était une des fourrure* à l'usage des bourgeois.

Le renard est pris, lâchez vos poules.

Se dit lorsqu'un homme fort entreprenant vient d'épouser une femme qu'il a abusée.

Enfumé comme un renard.

On étouffe avec de la fumée les vieux renards qui ne veulent pas sortir de leur terrier.

RENÉ. ( Se chauffer a la cheminée du roi)

Proverbe provençal. René , roi de Sicile , comte d'Anjou et de Provence, mort en 1480 , avait coutume de partager son temps entre l'Anjou et la Provence; mais lorsque Louis xi , son oncle, se fut emparé de l'Anjou, la Provence devint le lieu habituel de sa résidence.

René se livra à son goût pour la vie pastorale. Comme au temps de Saturne et de Rhée , il garda quelquefois ses troupeaux avec Jeanne de Laval son épouse. A Marseille, oïl il passait ordinairement l'hiver, on le voyait sur le port se pénétrer des rayons du soleil ; et de là vint le proverbe , Se chauffer à la cheminée du roi René.

Les Provençaux l'avaient surnommé le Bon; il fut en effet le bienfaiteur de tous les pays qu'il gouverna. La France lui doit l'introduction des raisins muscats, des paons blancs, des perdrix rouges et des œillets dits de Provence. Ce qui est bien autrement recommandable , il fit naître dans l'Anjou et dans la Provence le goût des belles-lettres et des arts. La PYance possède quelques tableaux de sa main. Au moment oîi

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il apprit que Louis xr venait de s'emparer de l'Anjou par surprise , il peignait une perdrix dans son château de Beaugé; il continua de travailler, et ne témoigna d'autre regret que celui de quitter pour toujours un pays auquel il était tendrement attaché. Ce prince était gai, vif et fécond en saillies.

Le ^4 août 1819, on a posé la première pierre d'un monument que les Provençaux érigent dans la ville d'Aix à la mémoire du roi René.

M. Lieutard, secrétaire perpétuel de l'Académie de Marseille, possède un recueil précieux de Lettres de ce prince.

Dans un poëme en quatre chants, intitulé leis MagnanSy c'est-à-dire, les Fers a soie, publié depuis peu, l'ingénieux auteur, M. Diouloufet, a eu l'art d'amener un épisode intéressant, relatif au roi René , et parfaitement conforme aux souvenirs historiques. Pour peindre le bonheur dont on croit généralement que la Provence a joui sous son règne, le poète s'est exprimé en quatre vers dont la traduction rigoureusement littérale, sans déplacer un seul mot , produit ces quatre vers français :

On vit partout aux bords de la Durance De grands troupeaux de moutons et de bœufs; Poules alors pondaient de plus gros œufs, Et l'âge d'or existait en Provence.

Lorsque ce prince voyageait dans ses provinces , c'était toujours sans aucun faste; souvent il préférait la modeste habitation d'un simple particulier au château d'un grand seigneur; et en partant, il crayonnait sur la muraille de la chambre qu'il avait occupée, son portrait avec ce vers :

Sicelidum régis effigies est ista Renati :

ceci est le portrait de René , roi de Sicile.

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