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SUI

dans la musique on rencontre ces mots : Con sordino.

SUCRE. {Apothicaire sans )

Avant que le sucre devînt commun, on ne l'employait guère que comme remède. Un apothicaire sans sucre était un apothicaire dont la boutique était mal fournie. Cette façon de parler s'applique à tout autre marchand qui n'est pas assorti, et, en général, à quiconque n'a pas les choses nécessaires pour sa profession.

Le plus ancien compte oii il soit fait mention de sucre en France, est de l'année i333. Le sucre fin ou raffiné se tirait de lOrient par la voie d'Alexandrie; il était apporté par les Italiens , qui faisaient presque seuls le commerce de la Méditerranée. Peut-être ceux-ci en fabriquaient-ils chez eux ; car il y a plusieurs témoignages que, vers le milieu du douzième siècle, les Siciliens avaient transporté de leur île des cannes à sucre.

Lorsqu'au commencement du quinzième siècle le prince Henri de Portugal voulut cultiver Madère que ses vaisseaux avaient découverte, il y fit planter des cannes à sucre tirées de Sicile. De Madère, les Portugais, par la suite, en transpottèrent au Brésil : l'Espagne suivit cet exemple ; elle introduisit dans les royaumes d'Andalousie, de Grenade, de Valence et aux Canaries la culture dont nous parlons. En i545, Ovando, gouverneur de Saint-Domingue, tira des Canaries une certaine quantité de cannes à sucre qu'il fit planter dans son île. Grâce à la fertilité du climat, elles y prospérèrent tellement, que bientôt leur produit fut une des principales richesses des colons.

Suisse.

N^ entendre pas plus raison qu'un Suisse.

Ne tenir compte d'aucune représentation. Les fac-

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tionnaires suisses sont observateurs rigides de leur consigne.

Point d'argent point de Suisses, (i)

On ne donne rien pour rien.

Le mérite est un sot si l'argent ne l'escorte. Vouloir sans intérêt faire agir la faveur, C'est sa%'oir mal son monde et risquer son bonheur. Mais avec ce secours , pour peu qu'on sollicite , L'argent passe, morbleu , sur le ventre au mérite.

( MosTFLEURY, la Femme juge et partie , act. 2 , se. i"-)

Je méprise les biens, mais peut-on s'en passer?

Non. Malgré qu'on en ait , il faut en amasser :

Le plus ou moins d'argent nous fait ce que nous sommes ,

Et c'est par sa valeur que l'on compte les hommes.

On respecte , on honore un coquin opulent ;

Et l'honnête homme pauvre est mort civilement.

(BoiSSY, l'Embarras du choix , act. i"^, se. 9.)

Suivante.

On appelle suivante , en style de théâtre, une demoiselle attachée au service d'une dame. C'est le grand Corneille qui est l'inventeur du rôle de suivante , en place de la nourrice qu'on introduisait avant lui sur la scène. Le rôle de nourrice était joué par des hommes habillés en femme, et masqués.

Superflu.

Le superflu , chose si nécessaire.

Les anciens législateurs et les sages appelaient luxe, luxation j déboîtement, l'état des sociétés qui recherchaient comme nécessaires à leur bonheur des choses superflues; mais les temps sont changés, et ce mot plaisant : Le supeifiu , chose si nécessaire , équivaut à un ])roverbe.

(1) A\ant de la peine à nourrir ses habitans, la Suisse les envoie au •ervice des puissances qui veulent les soudoyer.

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Sybarite.

Se dit d'un homme qui mène une \ie extrêmement molle et voluptueuse, par allusion aux liabitans de Sybaris, ville célèbre de la Grande-Grèce, aujourd'hui de la Galabre. L'histoire, en indiquant l'époque de la destruction de Sybaris, n'a point fait mention des motifs qui déterminèrent ses ennemis à la consommer. Cette destruction fut opérée cinq cent soixante-huit ans avant l'ère chrétienne, par les Crotoniates.

« Nous arrivâmes, dit un voyageur moderne, sur les bords du Chratis qu'il faudrait interroger pour connaître le véritable emplacement de Sybaris.... Les digues qui contenaient les deux rivières, le Chratis et le Sybaris , aujourd'hui nommé Cocillo , ayant été rompues, leur cours impétueux eut bientôt renversé et emporté tous les édifices. »

Les médailles, les statues, les vases antiques, qui ont survécu à la ruine de Sybaris , attestent que les arts y furent portés au plus haut point de perfection. La vie efféminée des Sybarites est passée en proverbe , et on conte de leurs mœurs et de leurs coutumes des traits qui sont à peine croyables.

Sycophante.

Imposteur, trompeur, calomniateur.

Littéralement, ce mot, qui vient du grec, signifie délateur de ceux qui exportaient des figues.

Les Athéniens, dont le territoire sec et aride ne produisait guère que des olives et des figues, défendirent par une loi de transporter des figues hors du territoire d'Athènes, ce qui autorisa à déférer en justice les infracteurs de la loi ; mais comme souvent ces sortes de

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dénonciations étaient de pures calomnies, on se servit du mot sycophante , pour dire un calomniateur.

Taba-C.

Je n'en donnerais pas une prise de tabac. Je n'en donnerais pas une épingle.

Comparaisons employées pour exprimer le peu de cas que l'on fait d'une chose.

Dès 1 56o , Jean Nicot, médecin , avait fait connaître le tabac en France, à son retour d'une ambassade en Portugal. Cette plante est originaire de Tabaco , dans les Indes occidentales, et de là, tabac.

Prôné d'abord , le tabac fut ensuite proscrit par arrêt, comme nuisible à la santé; mais l'usage réforma la décision supérieure, et il se fit une grande consommation de tabac, soit en feuilles, soit en poudre.

Le ministre Louvois fut le premier en France à faire parade d'une tabatière; elle était de vieux laque. On mit ensuite du prix aux tabatières de porcelaine de Saxe , aux tabatières d'écallle , ornées de dessins en coulé ou en piqué, et aux boîtes d'agate, de malaquite, de lapis, montées en or. Le régent fit peindre à l'encre de la Chine des sujets hbres, par Klingstet, et la touche spirituelle de ces miniatures a valu au peintre le surnom de Raphaël des tabatières.

M. de Vendôme s'entretenant avec un riche fournisseur, ouvrit sa tabatière, et le petit Crésus y puisa familièrement. Je suis charmé, dit M. de Vendôme, que mon tabac soit de votre goût; agréez aussi la boîte. Ce fut à cette occasion qu'il fit pratiquer dans ses vestes une petite poche de peau qui devint sa tabatière.

TAB 6ir

Nous ne changeons plus de tabatière dans chaque saison, comme cela se faisait vers le milieu du dix-huitième siècle ; mais on dépense encore pour ce petit meuble des sommes considérables, parce que la mode en change trois ou quatre fois l'an.

Parmi les tabatières que l'on pouvait appeler épigrammatiques , nous citerons d'abord les turgotines on platitudes , fort en vogue en 1776, et qui furent inventées pour jeter du ridicule sur les réformes que faisait M. Tin-o^ot, contrôleur général.

Lorsque le cardinal de Rohan, impliqué dans la trop célèbre affaire du collier, fut déchargé de toute accusation, comme sa crédulité et son aveugle confiance le rendaient blâmable aux yeux de beaucoup de gens , on imagina des tabatières rouges avec un point blanc dans le milieu : cela s'appelait le cardinal blanchi jusqu'à un certain point.

A la suite de ces tabatières , viennent naturellement se placer les écrans a la Montejnard, les galons a la chanceliere y les cannes a la Barmécide , et les bonnets a la caisse d'escompte.

Fatigué des plaintes de ses courtisans, Louis xv, qui protégeait le ministre de la guerre, Monteynard, provoquait sa démission ; le marquis de Monteynard s'obstinait à ne pas comprendre le monarque ; de là , les écrans a la Monteynard, qui tombaient et se relevaient d'eux-mêmes.

En 1770, époque de l'exil des parlemens , et de la haine générale que s'était attirée le chancelier Maupeou , on fit des galons qui imitaient l'or, et que l'on appelait a la chanceliere y parce qu'ils étaient faux et ne rougissaient pas.

La chute des Barmécides , tragédie de M. de La

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Harpe, fit donner le nom de Barmècides à des cannes qui produisaient l'effet d'un sifflet en s'appuyant sur la pomme.

En 1781 , la caisse d'escompte payait fort mal. Les marchands de modes imaginèrent des chapeaux a la caisse d'escompte; ces chapeaux n'avaient pas de fond.

Si nous eussions remonté un peu plus haut, nous aurions trouvé la béquille du père Bariiabas , et les jésuites.

Un capucin, vers l'an i63o, fut chansonné pour avoir laissé sa béquille dans un mauvais lieu. En 1736, un musicien de l'Opéra , nommé Charpentier , se fit apprendre, moyennant un pour boire ^ la vieille chanson du père Barnabas : c'en fut assez pour la remettre en vogue. On ne rima plus que par la béquille; l'opéra de Castor et Pollux fut parodié sur cet air, et toutes les étrennes de l'année suivante, couvertures d'almanachs , tabatières , pain d'épices , bonbons , eurent la forme ou l'empreinte d'un capucin portant une béquille.

Quelque temps après la destruction des jésuites (septembre 1762), des marchands de la foire Saint-Ovide imaginèrent de faire des figures de cire habillées en jésuites; elles avaient pour base une coquille d'escargot, et, à l'aide d'une ficelle, on faisait sortir et rentrer le jésuite dans sa coquille.

Table.

Les os sont pour les absens.

Tardé venientibus ossa , disaient aussi les Latins.

Anciennement on se mettait à table à l'heure indiquée , sans se mettre en peine du retard de quelques personnes invitées.

Il y aurait aujourd'hui de l'impolitesse à ne pas

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attendre tous les convives, tandis qu'autrefois l'impolitesse consistait à se faire attendre.

Tablier.

On dit d'une fille, qu'elle a crainte que le tablier ne levé , quand elle se défend des poursuites amoureuses.

Celle-là sans doute s'était mal défendue qui adopta \es, pafiiers , autrement nommés vertitgades , de l'espagnol vertugado. ,

D'abord les paniers ne fm^ent que des bourrelets adaptés au bas du corset pour gonfler la jupe. On employa ensuite les cercles de baleine et la toile gommée. Cbarles ix défendit les cercles de fer et de baleine ; mais deux ans après, un nouvel édit accorda aux femmes ce que, malgré la défense, elles avaient toujours gardé. En i-yao , nouvel édit contre les paniers.

On appelait criardes , les paniers qui étalent de toile goniJTiée et faisaient du bruit. Les cadets descendaient moins bas que les paniers ordinaires. Les paniers a coude eX. à guéridon étalent ainsi nommés, parce qu'ils étaient larges du liaut, et que les coudes portaient presque dessus. Quant au surnom de maître des rc' quêtes, il venait de ce qu'un maître des requêtes s'appelait Panier; ainsi l'on jouait sur le mot.

Qu'il est charmant ce corbillon !

Qu'y met-on , ma mignonne , Pour soutenir ton cotillon ,

Été , printemps , automne ?

En tout temps on peut le nommer La corne d'abondance , Ce joli panier, De bois de rosier , Ce joli panier Sans anse.

Ces vers furent faits en 1 720,

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En voici de plus modernes :

Quelle grâce en effet, quels charmes singuliers Nos dames présentaient avec leurs grands paniers , Pour qui, sans une marche obliquement adroite, La porte à deux battans se trouvait trop étroite ! Une belle avec eux de ses grands falbalas Couvrait dans un salon les plus larges sofas ; Mais la dame trouvant les chaises trop petites , En chargeait les genoux de ses deux acolytes ; Sur une base énorme, obélisque nouveau , Dans sa gaine le corps s'allongeait en fuseau , Et, serré fortement afin d'être plus libre. Présentait sur sa pointe un cône en équilibre.

Ce que l'un critique, l'autre l'approuve : madame de Genlis, dans son Dictionnaire des étiquettes , suppose une trentaine de femmes de la haute société , assises à coté les unes des autres. « Leurs énormes paniers formaient un riche espalier arlistement couvert de fleurs, de perles, d'argent, d'or, de paillons de couleur et de pierreries. L'effet de toutes ces brillantes parures réunies ne peut se décrire. On portait alors, non seulement des fleurs, mais des fruits, des cerises, des groseilles, des fraises avec leurs fleurs, etc. L'art imitait ces fruits à s'y méprendre. »

La mode des paniers n'a cessé en France que par suite de la révolution de 178g.

TAILLEURS. ( Vœil des)

A une époque qui n'est pas fort éloignée, les tailleurs ne fournissaient point l'étoffe qu'ils employaient, par conséquent les rognures appartenaient à la personne qui leur avait commandé un vêtement. De là les mauvaises plaisanteries sur \œil , que l'on supposait être un coffre. Des restes, monsieur! il n'y en a pas plus qu'il n'en peut tenir dans l'œil.

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Sans craie, sans corde et sans mesure, il vous taillera des mensonges , disent les Russes par allusion aux tailleurs d'habits.

TAMBOUR. (O qui vient de laJliUe s'en retourne au)

En Normandie, l'on dit : Ce qui vient dujlot s'en retourne d'ebe. (^Ehe , reflux, du bas latin ebba. )

On dépense ordinairement en superfluités ce qu'on a gagné sans peine.

Sous Louis xiiT, on disait à Paris : L'argent de fric s'en va de Jrac. L'auteur de \Histoire des Larrons (Liv. II, p. 18'^), explique ainsi ce proverbe : «Tout bien mal acquis et du côté gauche ne retourne jamais au coté droit. »

Tàrare-pon-pon.

Expression burlesque dont on se sert dans plusieurs parties de la France, pour donner à entendre qu'on ne croit point telle ou telle chose.

TARGE. (// n'aura plus escu ni) C'est-à-dire, il n'aura plus ni or ni monnaie. Dans le temps où l'on faisait usage de ce proverbe , les écus étaient la seule monnaie d'or. On appelait targe une petite monnaie du duché de Bretagne , qui , en place de reçu ordinaire, avait pour empreinte une targe , espèce de bouclier presque carré.

Tartufe.

Hypocrite. Molière se trouvant un jour chez le nonce du pape, avec deux ecclésiastiques dont l'air modifié et hypocrite rendait assez bien l'idée qu'il avait alors dans la tête en travaillant à sa comédie de Vlmposteur, on vint présenter à son excellence des truffes à acheter. Un

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de ces dévots, qui savalt'un peu d'italien, à ce mot de truffes, sembla sortir tout à coup de son recueillement ; et prenant les plus belles pour les considérer , il s'écriait d'un air riant : Tartiifoli, signor nuntio ; tartufoli. Molière prit de là l'idée de donner à son imposteur le nom de Tartufe.

Humble au dehors, modeste est son langage;

L'austère honneur est peint sur son visage.

Dans ses discours règne l'humanité ,

La bonne foi , la candeur , l'éqnité :

Un miel flatteur sur ses lèvres distille :

Sa cruauté paraît douce et tranquille;

Ses vœux au ciel semblent tous adressés;

Sa vanité marche les yeux baissés;

Le zèle ardent masque ses injustices,

Et sa mollesse endosse les cilices.

( J. B. Rousseau, Allégorie i", Liv. ii.)

TAUPES. (// est allé au royaume des^ Pour dire, il est mort; proverbialement et bassement.

Voltaire.

TEMPLIER. {Boire comme un)

Quelques étymologistes ont prétendu qu'au lieu de Templier, il fallait dire Temprier, qui est l'ancien nom des ouvriers employés à la fabrication du verre.

Quoique nous n'admettions pas Temprier pour Templier , nous convenons que le proverbe : Boire comme un Templier n'a été imaginé qu'après la proscription des Templiers , et que c'est une suite des calomnies répandues contre eux.

Bihere papaliter, boire comme un pape, n'a pas plus de fondement.

Nous disons : Boire comme un trou ^ boire comme un sonneur; et les Italiens, boire comme un moissonneur.

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