LE VOYAGE
{La pitié n'est pas de l'amour; I ou Rajeunir par la beauté.
A voyager passant sa vie.
Certain vieillard, nommé le Temps,
Près d'un fleuve arrive et s'écrie :
« Ayez pitié de mes vieux ans.
Eh quoi ! sur ces bords on m'oublie ,
Moi , qui compte tous les instaus !
Mes bons amis, je vous supplie.
Venez, venez passer le Temps. »
De l'autre côté, sur la plage,
Plus d'une fille regardait ,
Et voulait aider son passage
Sur un bateau qu'Amour guidait; '
Mais une d'elles, bien plus sage.
Leur répétait ces mots prudens :
« Ah ! souvent on a fait naufrage
En cherchant à passer le Temps. »
L'Amour, gaîment, pousse au rivage,
Il aborde tout près du Temps ;
Il lui propose le voyage ,
L'embarque , et s'abandonne aux vents.
Agitant ses rames légères,
11 dit et redit, dans ses chants:
«Vous voyez bien, jeunes bergères.
Que l'Amour fait passer le Temps. »
Mais tout à coup l'Amour se lasse, Ce fut toujours là son défaut;
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